10 Fév

Des journalistes visés par les policiers à Toulouse, un photographe blessé par une grenade

Samedi 9 février, alors qu’ils étaient isolés de la manifestation des Gilets jaunes et identifiables, trois photo-reporters ont été la cible d’un jet de grenade de désencerclement par un policier. L’un d’eux a été blessé. Ils ont effectués un signalement à l’IGPN.

Le photographe après avoir été blessé (Photo : U. Lebeuf)

« On a été clairement, délibérément visés » explique Ulrich Lebeuf, photographe de Libération à Toulouse. Vers 16h40 samedi, alors que la tension monte Place du Capitole, entre Gilets jaunes et forces de l’ordre, trois photographes se tiennent à l’écart des manifestants « en position de sécurité », accroupis contre le mur près du McDo.

Parfaitement identifiables et isolés des manifestants

« Il n’y a alors aucun manifestant autour de nous, les premiers sont à une vingtaine de mètres ». Surtout, les trois journalistes, avec leurs appareils photos professionnels, un casque marqué « presse » et leur brassard de presse sont fortement identifiables.

Pourtant, un policier lance une grenade de désencerclement dans leur direction. Dans la vidéo ci-dessous, publiée par le site Actu Toulouse, on entend (à partir de 0’30 ») le cliquetis de la goupille et on voit l’explosion, à proximité des journalistes, loin de tout manifestant.

La suite, Valentin Belleville, jeune étudiant en journalisme et photographe indépendant rattaché à l’agence Hans Lucas, la raconte :

J’entends une très forte détonation et une vive douleur me saisit, ma main agrippe machinalement l’arrière de ma cuisse. Je hurle de peur et de douleur comme rarement je l’ai fais. J’entends les flashball siffler autour de moi, je saute à cloche pied pour me mettre en sécurité. Je m’effondre quand j’y suis. Plusieurs personnes viennent s’occuper de moi, des streets medics me soignent. Plus de peur que de mal pour cette fois.

Le photographe, accroupi, a vu la grenade lui exploser dans les pieds. Il a été blessé à la fesse et à la cuisse.

Un signalement à l’IGPN

Les journalistes visés ont immédiatement fait un signalement à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), qui peut être saisie en ligne. Ils espèrent maintenant que l’enquête déterminera que le policier les a délibérément visés.

« La place du Capitole est l’endroit de Toulouse qui est le plus filmé, explique Ulrich Lebeuf. Il y a des caméras de surveillance partout. Les images montreront que nous avons été visés ».

Et le photo-reporter de conclure : « Je suis journaliste professionnel. Je mesure les risques que je prends et je sais me mettre en sécurité si besoin. Mais je ne peux pas lutter contre le fait d’être pris pour cibles par les forces de l’ordre ! ».

Dimanche matin, Valentin Belleville indiquait également son intention de porter plainte.

FV (@fabvalery)

09 Fév

Gilets jaunes : un manifestant jugé pour l’agression d’un journaliste à Toulouse

Un homme d’une trentaine d’années a été placé sous contrôle judiciaire avant sa comparution pour avoir agressé le correspondant de CNews à Toulouse le 24 novembre.

Un trentenaire sera prochainement jugé à Toulouse pour l’agression d’un journaliste de CNews, le 24 septembre dernier, place du Capitole, rapporte la radio 100 %.

L’homme a été placé en garde à vue le 6 février et présenté à un magistrat. Il avait déjà été identifié et placé en garde à vue mais une expertise psychiatrique avait été commandée. Elle a montré qu’il était responsable de ses actes.

Le 24 novembre dernier, lors de l’acte 2 des Gilets Jaunes, place du Capitole, plusieurs journalistes avaient été menacés, frappés et injuriés parmi lesquels les correspondants des chaînes infos BFM TV et CNews.

Malgré la présence de gardes du corps, les journalistes avaient dû fuir, poursuivis par un groupe de manifestants. Une véritable tentative de lynchage selon des témoins.

Plusieurs plaintes avaient alors été déposées.

FV (@fabvalery)

02 Fév

Le journaliste proche de Dieudonné, Vincent Lapierre, « expulsé » de la manif des Gilets jaunes à Toulouse et légèrement blessé

Le journaliste autoproclamé « indépendant », chouchou de certains leaders des Gilets jaunes, ancien collaborateur d’Alain Soral et proche de Dieudonné, n’était pas le bienvenu ce samedi 2 février à Toulouse.

Vincent Lapierre (à gauche avec le bonnet) à Toulouse avant l’incident qui l’a contraint à quitter la manif. (Photo : S. Duchampt / France 3)

Toutes les manifestations de Gilets jaunes en France ne se ressemblent pas. Le journaliste « indépendant » Vincent Lapierre en a fait la douloureuse expérience de samedi.

Présent à Toulouse ce 2 février, il a été légèrement blessé, selon ses propres déclarations au visage, ainsi que son caméraman, après avoir été « expulsé » de la manif toulousaine par ce que lui-même a nommé les « black blocs », que d’autres nommeront extrême-gauche ou antifas (pour anti-fascistes).

Le paradoxe c’est que Vincent Lapierre est le journaliste « chouchou » de certains gilets jaunes, notamment Eric Drouet. Mais d’une ville à l’autre les manifestations peuvent avoir des compositions très différentes : à Toulouse, notamment en tête de cortège, on voit (et on entend) beaucoup plus l’extrême-gauche chaque samedi que dans d’autres villes de France.

Certains visages liés à l’extrême-droite n’y sont donc pas les bienvenus.

Ancien collaborateur d’Alain Soral pour son site internet « Egalité et réconciliation », avec lequel il serait désormais brouillé, Vincent Lapierre est aussi proche de l’humoriste Dieudonné. Lire à ce sujet, le long portrait précis que L’Express lui a consacré fin décembre 2018 (cliquez ici).

L’humoriste lui a notamment remis à plusieurs reprises une « Quenelle d’Or » du journalisme, comme en 2017, « pour son travail en plein essor ».

FV (@fabvalery)

 

31 Jan

Rose Filippi Paolacci, nouvelle directrice régionale de France 3 Occitanie

Elle succède à Carlos Bélinchon et prendra ses fonctions le 18 février.

Rose Filippi Paolacci (Photo : F. Valéry / France 3)

C’est la nouvelle patronne de France 3 en région Occitanie : Rose Filippi Paolacci a été nommée directrice régionale. Cette journaliste de formation, ancienne reporter d’images arrive (à compter du 18 février 2019) de France Ô où elle occupe depuis juillet 2017 le poste de directrice par intérim de l’antenne et des programmes.

Rose Filippi Paolacci connaît bien le réseau France 3 : elle a été directrice des antennes de France 3 Corse de 2007 à 2011 notamment lors du lancement de la chaîne de plein exercice Via Stella, puis adjointe au directeur délégué à la coordination des antennes régionales de France 3.

De mai 2013 à janvier 2017, elle a occupé le poste de directrice des antennes TV et Radio de Wallis et Futuna 1ère.

Elle arrive en Occitanie dans un contexte chargé avec le lancement expérimental de la diffusion, depuis début janvier, de la matinale de France Bleu Occitanie sur l’antenne de France 3 Midi-Pyrénées, le renforcement des supports numériques, la régionalisation de France 3 et le développement des programmes régionaux, la recomposition aussi des effectifs lancée par France Télévisions et enfin la conclusion d’un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM) entre France 3 et le conseil régional d’Occitanie.

Rose Filippi Paolacci succède à Carlos Bélinchon, qui a quitté l’entreprise en décembre 2018.

FV (@fabvalery)

12 Jan

Décès du journaliste Jean-Manuel Escarnot, correspondant de Libé à Toulouse et auteur de plusieurs livres-enquêtes

Le journaliste est décédé vendredi des suites d’une grave maladie.

Jean-Manuel Escanot (Photo : Ulrich Lebeuf)

Sa silhouette va manquer dans le petit monde de la presse toulousaine. Jean-Manuel Escarnot est décédé vendredi 11 janvier emporté par la maladie, a-t-on appris auprès de ses proches.

Il était le correspondant du journal Libération à Toulouse et dans la région. Il avait encore publié des articles il y a quelques semaines pour le journal.

Le journaliste avait aussi publié plusieurs ouvrages, notamment au terme d’enquête sur les milieux djihadistes. En 2017, avec « Djihad, c’est arrivé près de chez vous », aux éditions Robert Laffont, il avait enquêté notamment sur les filières toulousaines (Merah, Essid, Clain, etc) et apportait de nouveaux éclairages et des témoignages inédits, notamment en matière de renseignement.

A sa famille, à ses amis proches, nous présentons nos condoléances.

FV (@fabvalery)

 

05 Jan

Non, cette photo prise à Toulouse n’a pas été maquillée par l’AFP

DESINFOX – Sur Twitter, de nombreux messages ont été échangés au sujet de l’inscription sur la « batte de baseball » du manifestant. Mais cette photo de l’AFP prise à Toulouse le 8 décembre dernier n’a pas été retouchée.

A Toulouse, le 8 décembre dernier (Photo : R. Gabalda / AFP)

Depuis novembre, le mouvement des Gilets jaunes cultive une défiance envers la presse. Mais parfois, les accusations portées tombent à l’eau.

C’est le cas pour cette photo d’un manifestant en gilet jaune, prise à Toulouse le 8 décembre dernier et diffusée à ses clients par le service photo de l’Agence France Presse (AFP).

On y voit un manifestant de profil, le visage partiellement caché sous un foulard, portant sur l’épaule une sorte de batte de baseball avec cette inscription :

Approche Macron, j’ai un truc à te dire

La photo est disponible pour les médias abonnés sur la plateforme photo depuis le 8 décembre. Elle a d’ailleurs été utilisée par plusieurs médias clients de l’AFP, dont France 3 Occitanie, pour illustrer des articles.

Mais en ce début janvier 2019, sur Twitter, plusieurs internautes ont découvert cette image : pour eux, pas de doute, c’est une photo maquillée : impossible que le manifestant puisse posséder une vraie batte de baseball avec cette inscription imprimée. Le texte aurait donc été, selon eux, ajouter après, sur l’image. Le photographe et l’agence sont donc mis en cause.

 

Certains y ont vu un autre exemple de photo maquillée, suite notamment à l’erreur commise par la rédaction nationale de France 3 en décembre qui avait la mention « dégage » d’une photo portant « Macron dégage » illustrant le plateau du JT. La direction de l’info de France Télévisions avait reconnu et regretté cette erreur humaine.

Mais dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, certaines précisions s’imposent.

D’abord, il ne s’agit pas d’une batte de baseball mais d’un objet y ressemblant : en carton, sans doute.

Contacté par nos soins, le photoreporter de l’AFP, Rémy Gabalda, confirme qu’il a livré la photo ainsi prise à l’agence et qu’elle n’a pas été maquillée. Photographe professionnel de renom, il avoue ne pas maîtriser les outils qui auraient permis de rajouter le texte.

D’autant qu’il ne l’a pas fait : le texte figurait bien sur la fameuse « batte de baseball ».

Pour le prouver, nous avons pu consulter nous-même d’autres clichés pris sous un autre angle, où l’on voit également très bien l’inscription sur la « batte ». D’autres photographes travaillant indépendamment ou pour d’autres agences ont d’ailleurs pris le même cliché ce jour-là à Toulouse sous un autre angle également :

 

Ni le photographe, ni personne à l’AFP n’est intervenu pour ajouter ce texte ou en modifier le contenu. Ces accusations sont donc totalement injustifiées.

Cela méritait d’être précisé.

FV (@fabvalery)

18 Déc

Vincent Rodriguez succède à Jacques Vendroux comme chef des sports de Radio France

Le directeur de France Bleu Hérault et ancien directeur de France Bleu Toulouse a été nommé ce mardi.

Vincent Rodriguez (Photo : Ch. Abramowitz / Radio France)

Le prochain chef du service des sports de Radio-France vient d’Occitanie. C’est en effet le journaliste Vincent Rodriguez qui a été nommé à ce poste, succédant ainsi à Jacques Vendroux, comme l’a annoncé la présidente de Radio France Sybile Veil ce mardi.

Vincent Rodriguez est actuellement directeur de la radio locale France Bleu Hérault à Montpellier et ce depuis janvier 2015. Auparavant, il était directeur de France Bleu Toulouse (devenu depuis France Bleu Occitanie) depuis sa renaissance en 2011.

Diplômé de l’ESJ Paris, ancien reporter à France Info et France Inter, Vincent Rodriguez a aussi été délégué à l’antenne du Mouv’, la radio jeune de Radio France de 2007 à 2010.

Il va donc retrouver les rédactions d’Inter et Info à Paris. Passionné de sport, notamment le rugby, il va donc diriger le service commun des sports des radios du service public.

FV (@fabvalery)

 

10 Déc

Toulouse : un photographe touché par un tir de flashball pendant la manif des Gilets Jaunes

Tien Tran, photographe indépendant, a été touché à la cuisse samedi. Il indique qu’il n’a vraisemblablement pas été visé par la police mais victime d’un « tir perdu ».

Photo : Tien Tran

Un photographe toulousain indépendant, Tien Tran, a été touché par un tir de flashball samedi 8 décembre pendant la manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse.

« C’était en début d’après-midi, raconte-t-il, à l’angle du boulevard Lascrosses et de l’avenue du Maréchal Leclerc. La manifestation a commencé à dégénérer avec des petits groupes qui lançaient des projectiles sur les forces de l’ordre. Il y avait beaucoup de tirs de flashball pour repousser les manifestants ».

Les forces de l’ordre balançaient du gaz lacrymogène, des GLI F4 et flashballs sur une foule extrêmement clairsemées. Les tirs au flashball étaient clairement hasardeux. J’étais au niveau des manifestants les plus violents qui balançaient des pierres sur les forces de l’ordre, à couvert derrière un arbre, entre le boulevard et le mur du trottoir, à une trentaine de mètre de la police. J’ai entendu une GLI F4 (NDLR : grenade de désencerclement) détoner à un ou deux mètres de ma position, dans mon dos et immédiatement une douleur très intense dans la cuisse droite, derrière. J’ai hurlé de douleur et me suis extrait en boitant. En me retournant, j’ai vu la BAC qui chargeait le long du trottoir et que je n’ai probablement pas vu dans mon dos, car j’étais tourné vers le boulevard. J’ai été sonné pendant une dizaine de minutes et ai repris mes esprits à l’arrière du cortège. J’ai dans un premier temps pensé que c’était un éclat de GLI F4 que j’avais pris à cause de la détonation. C’est en rentrant chez moi le soir que vu la nature de l’impact, je pense qu’il s’agissait d’une flashball qui m’a touché quasi simultanément avec la grenade GLI F4. Je porte un casque avec marqué PRESSE en gros devant et derrière et au moment de la détonation et de l’impact, j’étais en position accroupie contre un arbre, pour me protéger des tirs de flashball et de GLI F4 donc pas vraiment menaçant, voire pas du tout en fait.

Mais le photographe précise : « Je pense que je n’ai pas été visé volontairement. C’est sans doute un tir perdu. je suis conscient qu’il peut y avoir des « erreurs » d’appréciation, que ça soit de la part de la police ou de manifestants (pas mal de cailloux sont passés pas loin aussi) mais il y a des conditions légales d’utilisation des flashballs et les tirs de samedi n’en faisaient pas partie. C’est la seule raison pour laquelle je souhaite témoigner. Je ne pense pas personnellement avoir fait l’objet d’une violence policière mais je pense être la victime collatérale d’une utilisation illégitime des flashballs« .

Tien Tran a publié sur les réseaux sociaux des photos de l’hématome sur sa jambe :

A Paris, plusieurs journalistes et photographes ont été visés délibérément par les forces de l’ordre samedi 8 décembre. Contrôlés, certains ont même vu leur matériel de protection, lunettes et masques à gaz, confisqués par la police.

A Toulouse, cela n’a pas été le cas, malgré les violents incidents. Mais les journalistes qui couvrent ces manifestations et leurs suites avec notamment les dégradations exercent leur métier dans des conditions vraiment très difficiles.

FV (@fabvalery)

06 Déc

Un journaliste agressé, sa caméra volée et détruite, pendant la manif des lycéens à Toulouse

Cette nouvelle journée de mobilisation des lycéens a donné lieu à des débordements envers la presse, notamment l’agression d’un journaliste de France 3 Midi-Pyrénées  et le vol de sa caméra, retrouvée ensuite détruite.

La caméra a été retrouvée totalement détruite (Photo : F. Valéry / France 3)

Les journalistes sont désormais des cibles. Ce jeudi 6 décembre, à la mi-journée, alors qu’il faisait des images de la manifestation des lycéens devant le Lycée Polyvalent Rive gauche à Toulouse, au moment où les manifestants « démontaient » un portail de l’établissement, un journaliste reporter d’images (JRI) de France 3 Midi-Pyrénées a été agressé et sa caméra lui a été volée, par un groupe dont certains membres avaient le visage caché derrière des cagoules ou foulards.

Sur la vidéo ci-dessous, tournée par un autre journaliste de France 3, on entend des manifestants s’en prendre au journaliste en lui reprochant de filmer. Puis il y a une bousculade et c’est quelques secondes plus tard, après la fin de cette vidéo, que la caméra a été volée.

La caméra professionnelle a ensuite été retrouvée, à quelques mètres de là, détruite, « explosée » en petits morceaux. Le journaliste n’a pas été blessé mais lui et ses collègues présents ont été profondément choqués.

La direction de France 3 condamne fermement cette agression.

Le matin même d’autres journalistes avaient été « coursés », visés par des jets de pierre, menacés par les jeunes manifestants dans les rues de Toulouse alors qu’ils faisaient seulement leur travail.

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes plusieurs épisodes graves se sont déroulés à l’encontre des journalistes. Le 24 novembre, des journalistes de BFM TV et C News ont échappé à une tentative de lynchage. 

Avec l’entrée des lycéens dans le mouvement cette semaine, de nouveaux incidents ont eu lieu en France, particulièrement en Occitanie.

FV (@fabvalery)

27 Nov

Chère Sophia Chikirou, n’avez-vous réellement aucune compassion pour les journalistes agressés à Toulouse ?

La présidente de Médiascop affirme ne pas avoir ressenti de « compassion sincère » après la tentative de lynchage de plusieurs journalistes à Toulouse, en marge des manifestations des Gilets Jaunes. J’ai choisi de lui répondre.

Sophia Chikirou (Photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Chère Sophia Chikirou, chère madame, chère présidente du Mediascop,

Je vous écris d’abord pour vous dire que je suis d’accord avec vous. Enfin, sur un point seulement : le dernier écrit sur votre post facebook du 26 novembre. Cette phrase où vous dites à propos des journalistes de BFM TV et C News :

Ne les lynchez pas : ne leur parlez pas, ne les lisez pas et ne les regardez pas.

Si vous lisez régulièrement ce blog, ce dont je doute, vous trouverez à peu près les mêmes propos, notamment dans mon billet du 19 novembre dernier (lire ici), où j’écrivais, permettez-moi je vous prie de m’autociter (ce sera la première et la dernière fois) :

Si on n’est pas d’accord avec un organe de presse, la solution la plus simple c’est de ne pas regarder cette chaîne de télé, de ne pas écouter cette radio, de ne pas lire les articles de ce site internet, de ne pas acheter ce journal ou ce magazine… Jamais de s’en prendre verbalement ou physiquement aux journalistes.

Alors oui, chère madame, on est assez d’accord sur un point : quand on n’aime pas un média, on le zappe, on ne l’achète pas, on ne l’écoute pas.

Mais le plus important, celui qui nous sépare dans notre vision de la liberté de la presse et de la démocratie, c’est la dernière phrase de la citation ci-dessus : « jamais s’en prendre verbalement ou physiquement aux journalistes ».

Pour que les choses soient claires, mes éventuels lecteurs informés et que vous ne puissiez me reprocher d’avoir déformé ou amputé vos propos, je reproduis ici l’intégralité de votre post facebook du 26 novembre :

Alors donc, vous ne parvenez pas « à ressentir de compassion sincère pour ces journalistes » agressés samedi à Toulouse et qui ont, pour certains, échappé à un lynchage !

Ces propos personnels, on peut les zapper eux-aussi, refuser de les lire, les ignorer. Un commentaire de plus sur les réseaux sociaux…

Seulement, permettez-moi de vous le rappeler chère Madame, vous n’êtes pas n’importe qui. Ceux de mes lecteurs qui l’ignoreraient encore doivent savoir que vous êtes la présidente de la société Médiascop, que vous avez animé avec succès la communication de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2017 et que vous êtes l’ancienne directrice de Le Média, cette web-télé née en 2018 pour concurrencer les « médias dominants ».

Vous êtes donc une voix qui porte.

Mes confrères toulousains, pères de famille, qui ont échappé samedi à un lynchage (le mot n’est pas trop fort, tous les témoins vous le diront) apprécieront donc que cette voix qui porte, notamment à gauche, non seulement ne compatit pas pour eux mais semble justifier les actes de violence en raison de « la corruption mentale » de ces journalistes.

N’auriez-vous donc aucune « compassion sincère » pour ces centaines de journalistes emprisonnés en Turquie, pour Jamal Khashoggi, découpé en morceaux par les services secrets saoudiens et pour tant d’autres, détenus, torturés, tués à travers le monde ?

Alors, je vous plains.

Ceux qui se battent tous les jours pour une info de qualité apprécieront aussi que votre voix qui porte indique que « pour s’informer désormais, les réseaux sociaux sont plus sûrs ». Fake news, infox, post-vérité… Vous semblez balayer d’un large geste les accusations fondées contre les officines qui manipulent et déforment les informations sur facebook et ailleurs, le plus souvent à des fins politiques. Pour quelqu’un qui a un tel talent et tant de compétences dans la communication politique, c’est un comble.

Ce post n’a pas vocation à vous convaincre, restons modeste. On peut comprendre que les récents événements judiciaires concernant Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise et votre société Médiascop vous aient un peu énervée ; que la couverture de ces événements par les médias ait renforcée votre colère envers les journalistes. C’est votre droit.

Espérons simplement (ensemble ?) qu’aucun journaliste en France ne sera lynché par un groupe extrémiste au nom de la lutte contre la « corruption mentale » ou qu’aucun geste violent ne sera porté parce qu’un manifestant aura cru qu’une « voix qui porte » lui a donné sa bénédiction.

Vous avez raison en fait. Je vais cesser de vous lire.

FV (@fabvalery)

PS : après la parution de cet article, Sophia Chikirou a publié un tweet dans lequel elle semble vouloir s’expliquer et indique qu’à propos des journalistes elle « ne voulai(t) pas qu’ils puissent se victimiser et recommandai(t) donc de ne pas les agresser ».