28 Nov

La croisade des journalistes de Midi Libre contre le pillage de leurs articles sur les réseaux sociaux

Le journal a donné comme consigne à ses journalistes et correspondants de chasser les copies d’écran ou PDF d’articles qui circulent sur le net.

Olivier Biscaye, directeur de la rédaction de Midi Libre (Photo : M. Clementz / MaxPPP)

« On ne peut plus laisser faire, explique Olivier Biscaye, directeur de la rédaction de Midi Libre à Montpellier. L’enjeu est trop important pour les entreprises de presse. J’ai donc donné la consigne à nos journalistes, aux chefs de service et à nos 750 correspondants de ne plus laisser passer sur les réseaux sociaux des captures d’articles, voire de pages entières du journal ».

#pqrmonamour

Et le patron de la rédaction de Midi Libre (groupe La Depêche du Midi) a lui-même retroussé ses manches. Depuis quelques jours, il interpelle directement élus ou acteurs économiques qui tweetent ou partagent sur facebook des captures d’écrans du journal, comme par exemple au sujet de la fête des lumières à Montpellier, avec l’une des adjointes au maire Philippe Saurel :

« C’est du pillage ! »

Ces élus, ces décideurs connaissent les contraintes économiques des entreprises ; ils et elles sont pour la plupart favorables à aider et soutenir la presse. Mais quand ils sont sur les réseaux sociaux, ils font l’inverse ! Et on a constaté que depuis quelques semaines cela avait pris de l’ampleur, donc on réagit (Olivier Biscaye)

La question de l’accès gratuit à l’information est un vaste débat, depuis des années en France. Le modèle économique que défend Midi Libre c’est celui de l’info payante.

Nos lecteurs sont prêts à payer pour de l’info de qualité, issue du travail rémunéré de journalistes professionnels, nous le savons. Mais quand nous consacrons deux pages à un événement, disponibles dans le journal papier payant ou sur le site pour nos abonnés et que cela se retrouve dès 8 heures du matin en PDF sur les réseaux sociaux, il s’agit ni plus ni moins que de pillage (Olivier Biscaye)

Le directeur de la rédaction de Midi Libre est rejoint en cela par de nombreux journalistes, notamment de la presse quotidienne en France.

Le début d’un mouvement dans la presse française ?

Des journalistes de La Montagne (groupe Centre France) interpellent régulièrement des internautes qui publient les articles in extenso plutôt que de partager le lien vers leur site, comme par exemple la directrice des rédactions du groupe, interpellant un syndicat d’éleveurs bovins :

Vous ne distribuez pas vos animaux gratuitement après les avoir élevés ? Pourquoi le faire avec nos articles ? »

On ne s’imagine pas sortir d’une boulangerie sans payer sa baguette ou sa chocolatine. L’info a également une valeur.

Monétisation des contenus

Les journaux, nationaux ou régionaux, ont subi de plein fouet l’arrivée de la presse en ligne. Comme le rappelle Olivier Biscaye, « longtemps notre modèle a été le tout gratuit en ligne. On a fait de l’audience, parfois beaucoup d’audience, mais sans rien monétiser ou presque… Aujourd’hui le modèle est devenu payant et il faut le faire respecter« .

Le comble c’est que, parfois, ceux qui partagent gratuitement sur les réseaux sociaux le travail des journalistes sont aussi les mêmes qui fustigent les ogres Google et Facebook qui s’assoient allègrement sur les droits d’auteurs !

Sans même sans rendre compte ?

FV @fabvalery