15 Nov

Toulouse : le journaliste Guillaume Bernard, interpellé pendant une manif de Gilets jaunes, a été relaxé par la justice

Jugé pour rébellion ce vendredi, après avoir passé 27 heures en garde à vue le 12 octobre, le jeune journaliste de 26 ans a été relaxé des faits qui lui été reprochés.

Le journaliste Guillaume Bernard devant le palais de Justice (Photo : FV / FTV

Il est ressorti du palais de justice de Toulouse plus détendu que lorsqu’il y était rentré un peu plus tôt.

Guillaume Bernard, journaliste indépendant travaillant pour « Rapports de force », Ecomnews et Sans Transitions, a été blanchi par le tribunal de Toulouse, qui intervenait en formation de juge unique, des faits de rébellion qui lui étaient reprochés.

Je suis vraiment soulagé. C’est une période très dure à vivre qui s’achève. Merci à ceux qui m’ont soutenu. La profession de journaliste est attaquée, il faut se serrer les coudes (Guillaume Bernard)

27 heures de garde à vue

Le 12 octobre dernier, il avait été interpellé à Toulouse et avait passé 27 heures en garde à vue. Au départ, les enquêteurs lui reprochaient des jets de projectiles. Mais au fil de la garde à vue, il est apparu qu’il y avait eu sans doute erreur sur la personne.

Ce sont donc uniquement des faits de rébellion qui avaient été retenus contre lui, une faible « résistance » au moment de l’interpellation, « pour éviter de tomber » a-t-il expliqué au juge, un « réflexe par un acte de rébellion » a précisé son avocate Maître Claire Dujardin.

« On savait que Guillaume Bernard était journaliste mais on l’a maintenu en garde à vue, on a prolongé sa garde à vue alors qu’on savait qu’il n’était pas l’auteur des jets de projectiles » s’est insurgée son avocate.

De nombreux soutiens

Guillaume Bernard était soutenu par des nombreux confrères journalistes, des organisations syndicales, l’Association des Journalistes de Toulouse, le club de la presse d’Occitanie ou encore la Ligue des Droits de l’Homme.

Tout le monde s’est réjoui de sa relaxe. Le ministère public avait estimé que les faits de rébellion étaient constitué et avait réclamé un stage de citoyenneté à son encontre.

Ce procès a été l’occasion de revenir sur la difficulté pour les journalistes de travailler lors des exercices de maintien de l’ordre.

« Nous sommes face à un Etat de plus en plus répressif et il est de plus en plus difficile d’informer, a déclaré Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ), qui avait fait le déplacement à Toulouse à cette occasion. La violence policière et judiciaire contre les journalistes est là pour les empêcher de témoigner, d’informer. Guillaume Bernard en est un nouvel exemple, un exemple de trop ».

Voilà donc le jeune journaliste toulousain (diplômé de l’école de journalisme de Sciences Po Paris) débarrassé de tout soupçon et accusations.

Des conséquences pour les petites rédactions

Mais ce procès était aussi l’occasion d’expliquer que ces procédures ne sont pas sans conséquences notamment pour les médias indépendants.

« Il y a un aspect moral, sur la liberté d’informer. Mais il y a des conséquences matérielles aussi pour des petits médias indépendants comme le notre, explique Stéphane Ortéga, de « Rapports de Force » l’un des employeurs de Guillaume Bernard. Quand Guillaume est en garde à vue, il ne peut pas écrire les articles qu’il devait faire. Quand nous allons le soutenir, nous ne sont pas en train de faire nos reportages. Et puis il y a tout le suivi judiciaire, qui nous prend du temps et des moyens, et pendant ce temps-là, nous n’informons pas ».

A Toulouse, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, il y a un an, plusieurs journalistes ont été blessés, empêchés de travailler, repoussés par les forces de l’ordre ou des manifestants. Guillaume lui avait été arrêté, placé en garde à vue pendant plus d’une journée.

A chaque fois, la liberté d’informer et donc l’accès à l’information des citoyens reculent un peu plus.

FV @fabvalery