24 Juin

Après les propos de Charline Vanhoenacker, Sud Radio réclame les excuses de Sibyle Veil, la patronne de Radio France

Le torchon brûle, comme on dit, entre l’animatrice-journaliste-humoriste de France Inter et le patron de Sud Radio Didier Maïsto qui a peu apprécié les propos récents de la Belge.

Charline Vanhoenacker (Photo : J. Saget / AFP)

Rien ne va plus entre Radio-France et Sud Radio. Tout est parti d’une interview de Charline Vanhoenacker dans Le Parisien dimanche. L’animatrice-journaliste belge, aux commandes de l’émission « Par Jupiter !  » sur France Inter (avec ses complices Alex Vizorek et Guillaume Meurice), distribue avec son style bien à elle des mandales à une bonne partie du Paysage Audiovisuel Français (PAF).

Au détour d’une phrase concernant la place de Marine Le Pen et de l’extrême-droite dans les médias en France, elle égratigne Sud Radio.

Je suis toujours hallucinée qu’on déroule le tapis rouge à l’extrême droite. En Wallonie, elle n’est jamais sur les plateaux et, aux européennes, elle a fait moins de 5 %. En France, Marine Le Pen est partout et a gagné le scrutin… Les médias sont responsables de la banalisation de ses idées. Surtout ceux comme Sud Radio dont les théories d’Alain Soral sont le fonds de commerce (In Le Parisien, 23 juin 2019)

Des propos qui ont scandalisé Didier Maïsto, pdg de Sud Radio et de Fiducial Médias, sa maison-mère. Immédiatement, dès dimanche, il a lancé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, une opération de contre-attaque vis à vis non seulement de l’animatrice mais aussi de France Inter et Radio France.

Ce lundi, Didier Maïsto nous indiquait attendre toujours des excuses publiques de la part de la présidente de Radio France :

Je suis sincèrement scandalisé et mes équipes aussi. Nous avons toujours été impeccables sur le sujet. J’attends toujours les excuses de Sibyle Veil. A mon avis je peux attendre longtemps (Didier Maïsto, au blog Médias d’Ici)

Une vieille chronique de Sophia Aram sur les « gros cons »

Dans la foulée, Didier Maïsto a créé sur Twitter le hashtag #NousSommesTousDesGrosCons qui se réfère, non pas aux propos récents de Charline Vanhoenacker, mais à ceux, beaucoup plus anciens d’une autre chroniqueuse de France Inter, Sophia Aram, qui avait, en 2011, écrit une chronique sur le sujet après une émission de Robert Ménard sur Sud Radio au cours de laquelle des propos antisémites avaient été tenus.

 

Une chronique datant de près de 8 ans, alors que Sud Radio n’appartenait pas encore à Fiducial Médias. Quant à Robert Ménard, le maire de Béziers, il n’est plus animateur sur Sud Radio depuis belle lurette.

Le cas Etienne Chouard

Si Charline Vanhoenacker a évoqué Alain Soral à propos de Sud Radio, ce n’est sans doute pas parce que l’idéologue de l’extrême-droite et des complotistes y aurait micro ouvert (ce qui n’est pas le cas) mais parce que la radio invite régulièrement des proches de Soral. Voire plus.

Sud Radio est allée jusqu’à recruter Etienne Chouard comme animateur régulier en mars dernier. Ce professeur d’économie gestion de Marseille, proches des Gilets jaunes, est très contesté. Didier Maïsto a défendu bec et ongles l’homme et sa liberté de penser et de s’exprimer. Mais patatras…

Lors d’une interview début juin sur le site Le Média, Etienne Chouard a souligné qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur l’existence ou non des chambres à gaz, n’ayant « jamais rien lu » sur le sujet. Il avait ensuite reconnu sur son blog qu’il avait été « maladroit » mais sans pour autant s’excuser. Reconnaissant seulement qu’il devrait…

…refuser de s’exprimer sur ces sujets, qui servent surtout aux puissants du moment à museler leurs opposants politiques ».

Malgré le soutien qu’il lui avait toujours apporté, Didier Maïsto a été contraint, le 20 juin dernier, de suspendre Etienne Chouard, soupçonné de « confusionnisme », de l’antenne de Sud Radio.

Une aubaine pour « la radio du peuple » ?

Aujourd’hui, Sud Radio version Didier Maïsto a donc pris le parti de donner la parole à ceux que, selon lui, on ne voit pas ou que l’on entend peu sur les grands médias. Au risque de dérapages plus ou moins contrôlés.

Lui même intervient souvent à l’antenne et lors de longs Facebook Live pour exprimer une parole qu’il qualifie de « vraie » et de « libre ». Durant la campagne présidentielle de 2017, dans une longue interview à la web-télé d’extrême droite TVLibertés, il avait comparé le candidat Macron à Mussolini. 

Malgré une audience toujours faible, le positionnement de la radio, qui s’est ouvertement placée comme la radio des Gilets jaunes au plus fort du mouvement, fait réagir : Sud Radio, à défaut d’être très écoutée, fait beaucoup parler d’elle. Elle est devenue selon son pdg « la radio du peuple » contre les élites.

Alors quand l’une des animatrices les plus en vue de la radio leader en France égratine Sud Radio, l’occasion est belle pour le patron de la chaîne, certes de défendre son entreprise, mais aussi d’entretenir une sorte de « bruit médiatique » qui fait parler de la radio. Celle qui, selon lui, serait libre quand le service public dans son ensemble (télé et radio) serait muselé par l’Etat.

Toujours le peuple contre les élites médiatiques.

FV (@fabvalery)