28 Juin

« Chouf Tolosa », le nouveau média de Toulouse, par les quartiers et pour les quartiers

Emanation d’une formation au journalisme pour les jeunes des « cités » initiée par le Tactikollectif, Chouf Tolosa est en ligne pour proposer un autre regard sur les quartiers populaires.

Le quartier du Mirail à Toulouse (Photo : R. Gabalda / AFP)

Un média des quartiers, par les quartiers, pour les quartiers. Près de 15 ans après le Bondy Blog, voici Chouf Tolosa. Un nouveau média qui vient de voir le jour à Toulouse (cliquer ici).

Sortir du « récit violent et anxiogène »

D’emblée, dans sa présentation, ce nouveau site internet annonce la couleur, écorchant au passage les « médias dominants » et leur regard sur les quartiers populaires :

Le constat de départ est que l’image des quartiers véhiculée par la presse dominante est encore aujourd’hui trop souvent la même : faite de clichés, de faits divers sensationnalistes et stigmatisants, véhiculant un récit violent et anxiogène, en décalage avec les réalités vécues par beaucoup d’habitantes et habitants. Face à ces regards biaisés, Chouf Tolosa entend redonner la parole à celles et ceux qui vivent dans les quartiers.

Bref, l’idée est de proposer de l’info sur les quartiers populaires de Toulouse à rebours des faits divers habituels voire des poncifs de la presse traditionnelle.

Né de l’atelier journalisme du Tactikollectif

Ce qui est à l’origine de ce nouveau site, c’est l’initiative lancée en 2017 par Tactikollectif et dont nous avions d’ailleurs parlé sur ce blog (cliquer ici) : un atelier de journalisme pour des jeunes issus de « banlieue » comme on dit généralement, des quartiers populaires de Toulouse pour être plus précis (qui bien que souvent situés en périphérie de la ville sont tout de même sur le territoire de la commune et non en « banlieue » comme cela peut être le cas en région parisienne).

Ces apprentis en journalisme, issus donc des quartiers toulousains, ont travaillé avec le journaliste indépendant Emmanuel Riondé (Médiapart, Médiacités) et, ensemble, ils ont fait le constat qu’il fallait passer à l’étape suivante : créer un journal en ligne, publier, faire des interviews, organiser des débats, aller à la rencontre des habitants, modifier l’image que l’on peut avoir des quartiers populaires…

Le pluralisme dans les quartiers aussi

On a souvent souligné sur ce blog l’importance du pluralisme de la presse dans la vie d’une démocratie et, plus localement, dans celle d’une région ou d’une ville.

Bienvenue donc à Chouf Tolosa (qui tire son nom du mot arabe « chouf », qui signifie regarde, voit ! et le nom de Toulouse en Occitan) dans le petit monde pas toujours tranquille des médias toulousains.

Souhaitons longue vie à ce nouveau média et surtout de réaliser son objectif d’offrir une information sur les quartiers populaires, différente, gratuite, libre et indépendante.

FV (@fabvalery)

26 Juin

En dix ans, 13 % de journalistes locaux en moins en Occitanie

Médiacités publie une enquête sur l’état de presse quotidienne régionale et locale en France où il apparaît une chute des effectifs. L’Occitanie est particulièrement concernée, notamment les départements de l’ex-Languedoc-Roussillon.

Le siège de Midi Libre à Saint-Jean-de-Védas près de Montpellier (Photo : MICHAEL ESDOURRUBAILH/ MaxPPP)

On dit d’une démocratie qu’elle est en bonne santé quand sa presse est diverse, pluraliste et vivace. La notre doit être un peu malade.

Dans une longue enquête fouillée publiée ce mardi 26 juin, le site d’investigation locale Médiacités (cliquez ici) fait l’état des lieux de la presse quotidienne en France. Et ce n’est pas brillant.

Médiacités a recensé notamment la baisse du nombre de cartes de presse entre 2009 et 2018 département par département. En moyenne, le nombre de journalistes locaux a baissé de 12,5 % en France en une dizaine d’année.

Cette baisse est encore plus sensible en Occitanie, d’après les chiffres recueillis par Médiacités : 13,12 % de baisse en moyenne dans les 13 départements de la région avec des records notamment dans les départements de l’ex-région Languedoc-Roussillon comme l’Hérault, l’Aude, les PO, etc, qui atteignent plus de 16 % de baisse du nombre de journalistes.

Le rachat des journaux du Midi (Midi Libre, L’Indépendant, etc) par La Dépêche du Midi, la fermeture d’agences, le recentrage de La Marseillaise qui a quitté certains départements, la crise générale de la presse écrite face au numérique sont autant de raisons à cette forte baisse.

L’enquête de Médiacités comprend également une carte interactive (cliquez ici) des fermetures d’agences locales ou départementales partout en France.

FV @fabvalery

24 Juin

Après les propos de Charline Vanhoenacker, Sud Radio réclame les excuses de Sibyle Veil, la patronne de Radio France

Le torchon brûle, comme on dit, entre l’animatrice-journaliste-humoriste de France Inter et le patron de Sud Radio Didier Maïsto qui a peu apprécié les propos récents de la Belge.

Charline Vanhoenacker (Photo : J. Saget / AFP)

Rien ne va plus entre Radio-France et Sud Radio. Tout est parti d’une interview de Charline Vanhoenacker dans Le Parisien dimanche. L’animatrice-journaliste belge, aux commandes de l’émission « Par Jupiter !  » sur France Inter (avec ses complices Alex Vizorek et Guillaume Meurice), distribue avec son style bien à elle des mandales à une bonne partie du Paysage Audiovisuel Français (PAF).

Au détour d’une phrase concernant la place de Marine Le Pen et de l’extrême-droite dans les médias en France, elle égratigne Sud Radio.

Je suis toujours hallucinée qu’on déroule le tapis rouge à l’extrême droite. En Wallonie, elle n’est jamais sur les plateaux et, aux européennes, elle a fait moins de 5 %. En France, Marine Le Pen est partout et a gagné le scrutin… Les médias sont responsables de la banalisation de ses idées. Surtout ceux comme Sud Radio dont les théories d’Alain Soral sont le fonds de commerce (In Le Parisien, 23 juin 2019)

Des propos qui ont scandalisé Didier Maïsto, pdg de Sud Radio et de Fiducial Médias, sa maison-mère. Immédiatement, dès dimanche, il a lancé sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, une opération de contre-attaque vis à vis non seulement de l’animatrice mais aussi de France Inter et Radio France.

Ce lundi, Didier Maïsto nous indiquait attendre toujours des excuses publiques de la part de la présidente de Radio France :

Je suis sincèrement scandalisé et mes équipes aussi. Nous avons toujours été impeccables sur le sujet. J’attends toujours les excuses de Sibyle Veil. A mon avis je peux attendre longtemps (Didier Maïsto, au blog Médias d’Ici)

Une vieille chronique de Sophia Aram sur les « gros cons »

Dans la foulée, Didier Maïsto a créé sur Twitter le hashtag #NousSommesTousDesGrosCons qui se réfère, non pas aux propos récents de Charline Vanhoenacker, mais à ceux, beaucoup plus anciens d’une autre chroniqueuse de France Inter, Sophia Aram, qui avait, en 2011, écrit une chronique sur le sujet après une émission de Robert Ménard sur Sud Radio au cours de laquelle des propos antisémites avaient été tenus.

 

Une chronique datant de près de 8 ans, alors que Sud Radio n’appartenait pas encore à Fiducial Médias. Quant à Robert Ménard, le maire de Béziers, il n’est plus animateur sur Sud Radio depuis belle lurette.

Le cas Etienne Chouard

Si Charline Vanhoenacker a évoqué Alain Soral à propos de Sud Radio, ce n’est sans doute pas parce que l’idéologue de l’extrême-droite et des complotistes y aurait micro ouvert (ce qui n’est pas le cas) mais parce que la radio invite régulièrement des proches de Soral. Voire plus.

Sud Radio est allée jusqu’à recruter Etienne Chouard comme animateur régulier en mars dernier. Ce professeur d’économie gestion de Marseille, proches des Gilets jaunes, est très contesté. Didier Maïsto a défendu bec et ongles l’homme et sa liberté de penser et de s’exprimer. Mais patatras…

Lors d’une interview début juin sur le site Le Média, Etienne Chouard a souligné qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur l’existence ou non des chambres à gaz, n’ayant « jamais rien lu » sur le sujet. Il avait ensuite reconnu sur son blog qu’il avait été « maladroit » mais sans pour autant s’excuser. Reconnaissant seulement qu’il devrait…

…refuser de s’exprimer sur ces sujets, qui servent surtout aux puissants du moment à museler leurs opposants politiques ».

Malgré le soutien qu’il lui avait toujours apporté, Didier Maïsto a été contraint, le 20 juin dernier, de suspendre Etienne Chouard, soupçonné de « confusionnisme », de l’antenne de Sud Radio.

Une aubaine pour « la radio du peuple » ?

Aujourd’hui, Sud Radio version Didier Maïsto a donc pris le parti de donner la parole à ceux que, selon lui, on ne voit pas ou que l’on entend peu sur les grands médias. Au risque de dérapages plus ou moins contrôlés.

Lui même intervient souvent à l’antenne et lors de longs Facebook Live pour exprimer une parole qu’il qualifie de « vraie » et de « libre ». Durant la campagne présidentielle de 2017, dans une longue interview à la web-télé d’extrême droite TVLibertés, il avait comparé le candidat Macron à Mussolini. 

Malgré une audience toujours faible, le positionnement de la radio, qui s’est ouvertement placée comme la radio des Gilets jaunes au plus fort du mouvement, fait réagir : Sud Radio, à défaut d’être très écoutée, fait beaucoup parler d’elle. Elle est devenue selon son pdg « la radio du peuple » contre les élites.

Alors quand l’une des animatrices les plus en vue de la radio leader en France égratine Sud Radio, l’occasion est belle pour le patron de la chaîne, certes de défendre son entreprise, mais aussi d’entretenir une sorte de « bruit médiatique » qui fait parler de la radio. Celle qui, selon lui, serait libre quand le service public dans son ensemble (télé et radio) serait muselé par l’Etat.

Toujours le peuple contre les élites médiatiques.

FV (@fabvalery)