06 Juin

Lettre ouverte à la députée Sandrine Mörch qui a (sans doute) oublié qu’elle est toujours salariée de France Télévisions

La députée LREM de la Haute-Garonne fait partie de ces parlementaires qui ont produit un rapport accablant sur France Télévisions. Problème : journaliste, Sandrine Mörch est salariée de France Télévisions, son contrat étant uniquement suspendu pendant son mandat de députée.

Sandrine Mörch (Photo : J. Demarthon / AFP)

Madame la députée de la Haute-Garonne, chère collègue,

Oui j’écris « chère collègue » car je n’ai pas oublié que vous avez été ces dernières années journaliste à la rédaction de France 3 à Toulouse et donc salariée de France Télévisions. Votre nom apparaît d’ailleurs toujours dans les effectifs de la chaîne, la loi prévoyant que votre contrat de travail n’est que suspendu pendant vos 5 années de mandat. La loi est protectrice : si vous deviez être battue aux élections en 2022 ou ne pas vous représenter, vous pourriez reprendre votre poste à France 3, retrouver votre bureau et refaire des reportages.

Je n’ai pas vraiment été surpris de lire les conclusions du rapport mené par un groupe de parlementaires emmené par votre collègue LREM Frédérique Dumas, sur le « modèle social » de France Télévisions. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, c’est de bonne guerre. D’autant qu’on trouvera toujours dans la population, y compris parmi les journalistes des autres médias, des gens pour penser (et même dire) qu’à France Télé on est tous des fainéants, trop payés et souvent en grève ! Un groupe de députés dont vous faites partie, ce qui, là, est beaucoup plus surprenant. Stupéfiant, même !

En résumé, pour vous et vos collègues, France Télévisions est mal gérée, la masse salariale est trop importante, les journalistes ne travaillent pas assez, etc. Je renvoie ceux que ça intéresse à la lecture de la presse qui n’a pas manqué de publier de nombreux articles sur ce rapport.

Je n’aurai pas l’outrecuidance, madame la députée, chère collègue, de rappeler que vous n’avez pas, il y a quelques années, ménagé vos efforts pour obtenir un CDI à France Télévisions, au prix d’une augmentation sensible de la masse salariale de l’entreprise. Je ne dirai pas non plus que personne ici dans la rédaction ne vous a jamais entendu vous plaindre du volume de jours de congés ou de RTT qui vous était attribué.

Non, la critique du service public audiovisuel n’est pas interdite, elle est même plutôt utile et nécessaire. L’argent public doit être bien employé. Le téléspectateur-internaute est aussi un contribuable.

Et oui, cet audiovisuel public, dont France Télévisions, a besoin de se réformer, chacun le sait.

Ce qui me surprend, en revanche, c’est que vous participiez à cet hallali. Loin de moi l’idée de vous donner la moindre leçon ou de vous dire ce que vous devez penser ou voter, j’ai pour cela trop de respect pour la fonction qui est désormais la vôtre.

Laissez-moi simplement vous dire la surprise, la peine, voire la colère, qui habitent depuis quelques heures vos anciens collègues, journalistes, techniciens, administratifs, que vous croisiez tous les jours (moins les RTT) dans les couloirs de France 3 Toulouse, avec lesquels vous partagiez un café ou un repas à la cantine, qui partaient avec vous en reportage. Ils ne comprennent pas comment une collègue peut faire partie de ceux qui tirent à boulets rouges sur l’entreprise dans laquelle elle était encore présente il y a un an. Je vous le redis : ils sont peinés, surpris, parfois en colère.
Trahis, sans doute…

Il faut les comprendre : ils auraient sans doute apprécié, par respect pour leur travail, que vous vous teniez politiquement éloignée d’un dossier qui concerne votre employeur. Ils découvrent avec effroi que vous faites partie du tout petit groupe d’auteurs de ce rapport. Pas 50, pas 20, pas 10 députés : l’une des 7 concernés.

Ceci dit, veuillez agréer, Madame la députée, chère collègue, l’expression de mes sentiments distingués.

Fabrice Valéry
Journaliste à France 3