20 Juin

Des élus régionaux réclament la fusion de France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

Dans un document qui sera mis au vote vendredi 22 juin en assemblée plénière, des élus de la majorité fixent des conditions à la conclusion d’un contrat d’objectifs et de moyens entre le Conseil régional d’Occitanie et France 3. Parmi ces conditions : la disparition du découpage actuel entre les antennes de Toulouse et Montpellier jugé « obsolète ». 

(Photo : Eric Piermont / AFP)

C’est une phrase qui peut s’apparenter à une petite bombe politique dans le landerneau médiatique d’Occitanie, extraite d’un texte qui doit être mis aux voix vendredi 22 juin lors de l’assemblée plénière à Montpellier. Des élus des groupes de la majorité « Nouveau Monde » et « socialiste, républicain et citoyen » y dézinguent l’organisation actuelle de France 3 dans la région avec cette exigence :

Effacement rapide du découpage aujourd’hui obsolète de l’Occitanie entre ses deux anciennes régions qui l’ont constituée après leur fusion il y a près de trois ans de cela

Cette phrase, pour parler clair, est une manière de réclamer la fusion des antennes qui constituent actuellement France 3 Occitanie : France 3 Midi-Pyrénées, basée à Toulouse, et France 3 Languedoc-Roussillon, à Montpellier. Si les deux antennes travaillent régulièrement sur des contenus communs, les téléspectateurs bénéficient actuellement de deux journaux régionaux différents, chaque jour, à 12 heures et 19 heures.

Des conditions à la signature d’un COM

Cette petite phrase est extraite d’un document que nous nous sommes procuré : un projet « d’amendement au rapport sur la politique d’information et de communication du Conseil régional » où il est question des discussions en cours pour aboutir, avant la fin 2018, à la conclusion d’un contrat d’objectifs et de moyens (COM) entre France 3 et la région Occitanie.

Ces élus (rappelons-le issus de la majorité de Carole Delga), s’inspirant des récentes déclarations de la ministre de la Culture sur les nouveaux objectifs pour l’audiovisuel public en France, fixent un certain nombre de conditions à la signature d’un tel contrat. Dans le désordre :

  • « le maintien du financement à haut-niveau de l’antenne de France 3 Occitanie par sa tutelle nationale, la Région n’ayant pas vocation à venir pallier les éventuelles réductions de budget de France Télévisions.
  • une augmentation très significative à court ou moyen terme du temps d’antenne de France 3 Occitanie.
  • une offre télévisuelle amplifiée, renouvelée et de qualité à même de démultiplier la retransmission de créations originales, de débats pluralistes ou d’événements (…)
  • garantie du maintien des éditions locales (…)
  • augmentation substantielle du temps d’antenne consacré à à l’expression vivante et contemporaine des langues occitane et catalane (…)
  • synergie entre les divers médias régionaux (…)
  • strict respect de l’indépendance éditoriale de France 3 Occitanie
  • coût raisonnable pour le budget de la collectivité régionale ».

Et puis donc, cet « effacement rapide du découpage aujourd’hui obsolète de l’Occitanie entre ses deux anciennes régions qui l’ont constituée après leur fusion il y a près de trois ans de cela ». 

Une bombe sociale ?

Depuis plusieurs mois, des discussions ont été entamées entre France 3 et la Région pour aboutir à un contrat d’objectifs et de moyens qui permettrait surtout de financer de nouveaux programmes. Pour autant, France Télévisions fixe dans ce cas des limites, des champs où les élus ne peuvent intervenir : la ligne éditoriale et l’organisation de l’entreprise.

La volonté de ces élus de voir disparaître rapidement les deux entités Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon pourrait donc être un casus belli dans les discussions. C’est aussi une bombe sociale : supprimer les journaux séparés entre Toulouse et Montpellier, les fusionner en un seul, aurait sans aucun doute des conséquences sur l’emploi, chez les journalistes mais aussi les personnels techniques et administratifs, pour éviter les doublons. Dans un contexte d’annonce imminente de baisse du budget de l’audiovisuel public par le gouvernement et de probables suppressions de postes dans les différentes entreprises, ce sujet est extrêmement sensible.

D’ailleurs dans le syndicat CGT de France 3 a déjà réagi parlant de « conditions inacceptables », « incompatibles avec les intérêts de France Télévisions ». 

« Faire région »

Pour les élus :

L’objectif affiché d’un tel contrat est de permettre à la Région, à l’instar de certaines de ses homologues, de soutenir le développement qualitatif et quantitatif de l’offre télévisuelle régionale en Occitanie, publique et privée, tout en contribuant à « faire région » en rapprochant ses habitant/es autour du sentiment d’appartenance à un territoire fondé sur un projet humain commun.« 

Dans la région voisine de Nouvelle Aquitaine, un COM a été rapidement signé entre France 3 et le Conseil régional, présidé par le socialiste Alain Rousset. Il y est question de financer des nouveaux programmes, notamment pour la future chaîne numérique NoA. Mais pas de demander à la chaîne de se réorganiser entre Bordeaux, Poitiers et Limoges, pas d’être une sorte de « co-gestionnaire » de l’entreprise.

Une tentation pas si nouvelle

L’indépendance des médias, que ce soit par rapport à leur ligne éditoriale ou leur organisation interne, est un combat quotidien. Souvent, les élus ont la tentation, en aidant au financement de programmes télé, en contractualisant avec des chaînes de télé locale, ou en achetant généreusement des espaces publicitaires dans la presse écrite ou sur les sites internet, de se mêler des contenus, d’être, d’une certaine manière « payés en retour ».

Une tentation qui n’est pas nouvelle, pas propre non plus à Toulouse et à notre région. D’autant que les médias ont souvent besoin de diversifier leur rentrée financière et que l’argent public est une solution : pendant des années, la chaîne locale toulousaine TLT a été maintenue à flot par l’argent de la ville de Toulouse ; pour faire vivre ses antennes à Montpellier, Nîmes, Perpignan et maintenant Toulouse, Via Occitanie (ex-TV Sud) a signé des COM avec la région ; régulièrement la Région achète massivement des espaces publicitaires au groupe La Dépêche du Midi (comme par exemple pour la finale du Top 14 entre Montpellier et Castres), etc.

FV (@fabvalery)

Mise à jour : après publication de cet article, les 4 élus de la France Insoumise au Conseil régional ont indiqué qu’ils s’opposeraient à ce texte lors de l’assemblée plénière du 22 juin : « nous nous opposerons à l’amendement déposé par l’ensemble des élu.e.s PS, EELV et PCF qui conditionne la signature d’un Contrat d’Objectifs et de Moyens avec les éditions locales de France 3 à la fusion des antennes Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Cette injonction à ré-organiser les antennes de France 3 locales est une dangereuse remise en cause de l’indépendance des médias. Son application serait au demeurant menaçante pour l’avenir de l’emploi dans ces rédactions ».

15 Juin

La radio 100 % émettra à Toulouse à partir du 3 juillet

La radio régionale indépendante née dans le Tarn débarque à Toulouse le 3 juillet sur le 90.5 Mhz.

Les studios de 100 % (Facebook)

Attendue à Toulouse depuis que le Conseil supérieur de l’audiovisuel lui a attribué une séquence, la radio régionale 100 % émettra dans la ville rose à partir du mardi 3 juillet, a indiqué au blog Médias d’ici, le patron de la radio Olivier Fabre (qui est aussi le maire de Mazamet dans le Tarn).

La radio s’installe dans des locaux du boulevard de l’Embouchure avec 7 personnes (3 journalistes, 2 animateurs et 2 commerciaux) dont la moitié a été recrutée pour l’occasion et émettra sur le 90.5, une fréquence jusque là attribuée à France Bleu Occitanie qui « déménage » sur la bande FM.

« Les studios toulousains seront notre deuxième plus importante implantation après le siège à Mazamet », explique Olivier Fabre. L’ouverture de l’antenne toulousaine est un événement attendu depuis des années par la radio. Née dans le Tarn, 100 % Radio sera désormais présente dans 12 départements (outre Toulouse, elle ouvre aussi son antenne à Cahors), de la Montagne noire au Béarn, des côtes catalanes au Lot et Garonne.

A Toulouse, 100 % Radio prévoit des programmes locaux et des journaux régionaux. « L’info est très importante pour nous, explique Olivier Fabre, et les auditeurs toulousains vont découvrir de vrais journaux régionaux avec de l’enquête, des infos exclusives et pas des petits flashs d’une minute où l’on lit les 5 infos rabâchées partout ». Avec aussi un mix musical des années 80 aux tubes actuels.

Reste la difficulté d’une implantation sur un marché radiophonique saturé à Toulouse avec toutes les grandes radios généralistes, les antennes des réseaux musicaux nationaux et des radios locales indépendantes déjà positionnées sur l’info et la musique. « On est convaincus qu’il y a de la place à Toulouse pour une radio adulte, locale, régionale indépendante, répond Olivier Fabre. Les Toulousains sortent souvent de leur ville et ont déjà eu l’occasion de nous entendre. On estime qu’un Toulousain sur 3 connaît déjà notre marque ». 

100 % Radio fait travailler une quarantaine de personnes, dont une trentaine à temps plein.

FV (@fabvalery)

11 Juin

Audiovisuel public : l’union de la presse en région, présidée par Jean-Michel Baylet, s’emporte contre la ministre de la Culture

L’UPREG n’a pas du tout apprécié que Françoise Nyssen estime que la proximité est « délaissée par les médias privés » et pousse l’audiovisuel public a créer un « média quotidien régional ».

Jean-Michel Baylet (Photo : Ph. Uste / MaxPPP)

Pas contente, mais alors pas contente du tout, l’union de la presse en région (UPREG), qui regroupe la presse quotidienne régionale et départementale et qui est présidée depuis janvier dernier par l’ex-ministre et toujours pdg du groupe La Dépêche du Midi Jean-Michel Baylet.

Dans un communiqué, l’UPREG s’insurge des propos tenus par Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, lors de la présentation lundi 4 juin des nouvelles orientations pour l’audiovisuel public. La ministre a plaidé pour la création d’un média quotidien régional, en écho avec la presse quotidienne régionale (PQR), en rapprochant France 3 en région de France Bleu.

Colère de l’UPREG qui dans un communiqué fustige ce projet à grands coups de règlements de comptes avec les journalistes de l’audiovisuel public en région, qui apprécieront notamment cette phrase, contestant un pseudo abandon des territoires locaux par la presse privée :

L’utilisation massive par l’audiovisuel public local des informations publiées dans les colonnes de nos journaux en est la preuve

Ce que l’UPREG et son président Jean-Michel Baylet n’ont pas apprécié c’est la sortie de la ministre qui avait estimé que la proximité était « délaissée par les médias privés ». Une phrase sinon maladroite au moins mal comprise, la ministre visant plus probablement les médias audiovisuels privés, pas forcément la presse écrite.

D’où la colère de l’UPREG :

Au passage, ce sont donc les rédactions locales et régionales de France 3 et de France Bleu qui « prennent » ! Cette réaction est aussi l’illustration des rapports difficiles, dans certaines régions, entre l’audiovisuel public et la PQR, notamment depuis que France 3 puis France Bleu ont renforcé leur présence sur les supports numériques. Une certaine idée du pluralisme, ou plutôt, du monopole, à l’ancienne.

Bien-sûr, la presse quotidienne régionale est une source d’informations pour les autres médias, parmi bien d’autres sources. Mais l’inverse est aussi vrai.

L’intention, affichée par la ministre, de renforcer les moyens des médias audiovisuels publics sur le numérique risque donc de donner des boutons à l’UPREG.

FV (@fabvalery)

 

06 Juin

Lettre ouverte à la députée Sandrine Mörch qui a (sans doute) oublié qu’elle est toujours salariée de France Télévisions

La députée LREM de la Haute-Garonne fait partie de ces parlementaires qui ont produit un rapport accablant sur France Télévisions. Problème : journaliste, Sandrine Mörch est salariée de France Télévisions, son contrat étant uniquement suspendu pendant son mandat de députée.

Sandrine Mörch (Photo : J. Demarthon / AFP)

Madame la députée de la Haute-Garonne, chère collègue,

Oui j’écris « chère collègue » car je n’ai pas oublié que vous avez été ces dernières années journaliste à la rédaction de France 3 à Toulouse et donc salariée de France Télévisions. Votre nom apparaît d’ailleurs toujours dans les effectifs de la chaîne, la loi prévoyant que votre contrat de travail n’est que suspendu pendant vos 5 années de mandat. La loi est protectrice : si vous deviez être battue aux élections en 2022 ou ne pas vous représenter, vous pourriez reprendre votre poste à France 3, retrouver votre bureau et refaire des reportages.

Je n’ai pas vraiment été surpris de lire les conclusions du rapport mené par un groupe de parlementaires emmené par votre collègue LREM Frédérique Dumas, sur le « modèle social » de France Télévisions. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, c’est de bonne guerre. D’autant qu’on trouvera toujours dans la population, y compris parmi les journalistes des autres médias, des gens pour penser (et même dire) qu’à France Télé on est tous des fainéants, trop payés et souvent en grève ! Un groupe de députés dont vous faites partie, ce qui, là, est beaucoup plus surprenant. Stupéfiant, même !

En résumé, pour vous et vos collègues, France Télévisions est mal gérée, la masse salariale est trop importante, les journalistes ne travaillent pas assez, etc. Je renvoie ceux que ça intéresse à la lecture de la presse qui n’a pas manqué de publier de nombreux articles sur ce rapport.

Je n’aurai pas l’outrecuidance, madame la députée, chère collègue, de rappeler que vous n’avez pas, il y a quelques années, ménagé vos efforts pour obtenir un CDI à France Télévisions, au prix d’une augmentation sensible de la masse salariale de l’entreprise. Je ne dirai pas non plus que personne ici dans la rédaction ne vous a jamais entendu vous plaindre du volume de jours de congés ou de RTT qui vous était attribué.

Non, la critique du service public audiovisuel n’est pas interdite, elle est même plutôt utile et nécessaire. L’argent public doit être bien employé. Le téléspectateur-internaute est aussi un contribuable.

Et oui, cet audiovisuel public, dont France Télévisions, a besoin de se réformer, chacun le sait.

Ce qui me surprend, en revanche, c’est que vous participiez à cet hallali. Loin de moi l’idée de vous donner la moindre leçon ou de vous dire ce que vous devez penser ou voter, j’ai pour cela trop de respect pour la fonction qui est désormais la vôtre.

Laissez-moi simplement vous dire la surprise, la peine, voire la colère, qui habitent depuis quelques heures vos anciens collègues, journalistes, techniciens, administratifs, que vous croisiez tous les jours (moins les RTT) dans les couloirs de France 3 Toulouse, avec lesquels vous partagiez un café ou un repas à la cantine, qui partaient avec vous en reportage. Ils ne comprennent pas comment une collègue peut faire partie de ceux qui tirent à boulets rouges sur l’entreprise dans laquelle elle était encore présente il y a un an. Je vous le redis : ils sont peinés, surpris, parfois en colère.
Trahis, sans doute…

Il faut les comprendre : ils auraient sans doute apprécié, par respect pour leur travail, que vous vous teniez politiquement éloignée d’un dossier qui concerne votre employeur. Ils découvrent avec effroi que vous faites partie du tout petit groupe d’auteurs de ce rapport. Pas 50, pas 20, pas 10 députés : l’une des 7 concernés.

Ceci dit, veuillez agréer, Madame la députée, chère collègue, l’expression de mes sentiments distingués.

Fabrice Valéry
Journaliste à France 3