30 Avr

#CHULeaks : quand le CHU de Toulouse s’en prend à « deux jeunes journalistes qui ont voulu se faire un nom »

Le feuilleton des #CHULeaks n’en finit pas : cette fois, sur son compte Twitter officiel, le CHU de Toulouse s’en est pris directement aux auteurs de l’article de Médiacités sur la fuite des fiches incidents. En les attaquant notamment sur leur jeune âge.

(Photo : Rémy Gabalda / AFP)

Pour le CHU de Toulouse, il faudrait donc être un « vieux » journaliste (NDLR : aguerri et bedonnant sans doute), pour justifier de sortir une info ! Car, dans un tweet publié ce week-end sur son compte officiel, le CHU de Toulouse s’en prend directement aux deux auteurs de l’article qui fait polémique depuis des semaines : Pablo Tupin et Hakim Mokadem se voit ainsi traités de « jeunes « journalistes » (NDLR : le mot journalistes figure entre guillemets) [qui] ont voulu se faire un nom sur le dos du CHU de Toulouse. C’est tout. Mais un peu d’éthique et de déontologie ne nuisent pas ».

Un ton agressif qui tranche avec la traditionnelle politique de communication d’un établissement public de santé aussi important que le CHU de Toulouse. Surtout, même si le CHU a évidemment le droit de se défendre sur les révélations publiées par ces deux journalistes sur le site Médiacités (ce que l’établissement a d’ailleurs fait à de nombreuses reprises depuis la publication de l’article) on comprend mal pourquoi cette communication de crise devrait désormais passer par une opération de décrédibilisation des auteurs de l’article.

Car s’ils sont jeunes, ce qui est vrai, cela en fait-il pour autant des journalistes incompétents ? En outre, leur enquête a été publiée sur Médiacités, le site d’investigation lancé par des anciens journalistes de L’Express et de l’Expansion dont on peut dire, assurément, que, d’une part ils ont un peu de « bouteille » dans le métier et d’autre part qu’ils ne sont pas tous « de la dernière averse » ou « sortis de l’œuf » comme l’aurait chanté Georges Brassens. Désolés chers « vieux » confrères !

Sur le fond, le CHU se prévaut d’une démarche de qualité dont ces fiches d’événements indésirables seraient la marque de fabrique. Sur les réseaux sociaux, le CHU relaie d’ailleurs des témoignages positifs de malades ou d’associations qui lui apportent leur soutien. Sur la forme, en revanche, ses réponses s’accompagnent de cette attaque personnelle contre les journalistes auteurs de l’enquête et sur « l’âge du capitaine ».

Contacté par nos soins, le service communication de l’hôpital a expliqué sa position. Dominique Soulié, directeur de la communication du CHU de Toulouse, qui gère les comptes sociaux de l’hôpital, admet que ce tweet (consécutif à une émission de France Inter sur l’hôpital toulousain) est venu suite à une « exaspération » :

Le CHU de Toulouse a vécu une campagne de dénigrement sans précédents, longue et particulièrement injuste, avec un traitement médiatique pas très objectif. Nous avons fourni des éléments à Médiacités qui n’en a que très peu tenu compte. Ce tweet est la réponse représentative du point de vue du personnel, des patients. A un moment donné, il faut dire stop ! (direction de la communication du CHU)

Cette attaque en crédibilité contre des journalistes « débutants » intervient dans un climat étrange à Toulouse au sujet du traitement journalistique autour de ces #CHUleaks. Il y a quelques semaines, lors d’un débat entre journalistes et communicants organisé à Toulouse, un des participants professionnel de la communication a fustigé le « CHU bashing » ambiant (le directeur de la communication du CHU reconnaît pourtant lui-même que l’établissement entretient de bonnes relations avec les médias en général) et un responsable d’un média local a affirmé qu’il croirait en une enquête sur le CHU de Toulouse le jour où elle serait signée de journalistes « moins jeunes » !

Je connais personnellement des journalistes qui n’ont pas attendu d’avoir 25 ans pour signer des enquêtes édifiantes, sortir des infos inédites, publier des articles bluffants. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années ». Que cela plaise ou non, ce métier-passion ne s’exerce pas uniquement après un passage dans des écoles reconnues et de longues années d’études.  On ne « devient » pas non plus journaliste au bout de 15 ou 20 années de pratique. Qui plus est en 2018, avec l’avènement du journalisme participatif, la naissance aussi d’initiatives pour diversifier l’origine sociale et sociologique des journalistes, que ce soit dans les quartiers populaires ou dans la préparation aux concours d’entrée dans les écoles.

Nous devrions tous nous féliciter de trouver parmi nous des « jeunes » confrères, pas uniquement cantonnés aux chiens écrasés ou aux articles sur la dernière mode qui fait fureur sur facebook. Et c’est un vieux journaliste (carte de presse N°71 172) qui écrit ces lignes !

Quant au CHU, il indique vouloir désormais « passer à autre chose » même si la direction générale de l’hôpital toulousain étudie toujours la possibilité de donner des suites judiciaires aux articles de Médiacités.

FV (@fabvalery)

05 Avr

Des députés veulent interdire aux médias de diffuser le nom et la photo des terroristes

Quelques jours après les attaques de Trèbes et Carcassonne, le député Les Républicains du Lot Aurélien Pradié est à l’origine d’une proposition de loi interdisant aux médias de publier les noms et les photos des auteurs d’acte de terrorisme pendant 5 ans.

Des policiers devant le domicile du terroriste de Trèbes et Carcasssonne (Photo / P. Pavani / AFP)

« La lutte contre le terrorisme est aussi une guerre des images » expliquent les députés signataires de la proposition de loi déposée par Aurélien Pradié, député LR du Lot. C’est à ce titre que cette proposition de loi veut interdire aux médias (et par extension à tout citoyen) de diffuser pendant 5 ans les noms, prénoms et photos du visage de terroristes ayant commis un attentat sur le sol français. Une proposition de loi qui intervient quelques jours après l’attentat de Carcassonne et de Trèbes perpétré par Radouane Lakdim.

« Cette proposition de loi contribuera à donner à notre démocratie une arme supplémentaire pour combattre nos ennemis » écrivent les députés signataires (voir liste complète en pied de cet article, parmi lesquels une majorité de députés LR et quelques députés LREM, dont l’Héraultais Patrick Vignal ou encore Cédric Villani).

Le non-respect de cette interdiction, selon l’article 4 de cette proposition de loi, entraînerait, si elle était votée, « des mesures de blocages immédiates de la diffusion et une peine d’amende de 45 000 euros d’amende assortie d’un an de prison avec sursis pour l’auteur ou le responsable de la publication ».

 

Si cette proposition peut répondre à un souci de « guerre des images » et éviter, comme l’écrivent les députés signataires, que les terroristes deviennent des « héros du fanatisme« , elle a cependant une principale limite : outre le fait que la liberté de la presse peut ainsi être remise en question (certains médias ayant d’ailleurs déjà décidé en conscience de ne pas diffuser la photo des terroristes), la diffusion d’informations ne connaît désormais pas de frontières. Ainsi, ce que l’on interdirait aux médias français serait accessible, sur internet notamment, sur les médias étrangers.

L’information ne serait donc pas totalement occultée ni inaccessible. C’est d’ailleurs déjà le cas lors des soirées électorales : la loi interdit la diffusion des résultats par les médias en France avant 20 heures et pourtant, à chaque scrutin, on les trouve partout sur les sites des journaux francophones, notamment suisses et belges.

FV (@fabvalery)

La liste des députés LR et LREM signataires : Aurélien Pradié, Ian Boucard, Pierre-Henri Dumont, Jean-François Parigi, Jacques Cattin, Thibault Bazin, Sophie Beadouin-Hubière, Alain Ramadier, Michel Herbillon, Veronique Louwagie, Jean-PIerre Door, Paul Chrsitophe, Patrick Vignal, Eric Pauget, Jean-Marie Fievet, Syéphane Viry, Stéphane Demilly, Robin Réda, Isabelle Valentin, Cédric Villani, Brigitte Kuster, Damien Abad, Nathalie Bassire, Jean-Charles Taugourdeau, Emmanuelle Anthoine, Constance Le Grip, Raphaël Schellenberger.

Des étudiants grévistes occupent « La Dépêche du Midi » et obtiennent la publication d’un communiqué

Plusieurs dizaines d’étudiants grévistes de l’université Jean-Jaurès de Toulouse ont investi ce jeudi les locaux de La Dépêche du Midi. Ils n’ont libéré les lieux qu’après avoir obtenu la publication d’un communiqué sur le site internet du journal.

Les étudiants installés dans la salle de rédaction du journal (Photo : UET)

Mécontents du traitement de leur mouvement de grève et de blocage de l’université par le journal, des étudiants grévistes de Jean-Jaurès Toulouse 2 ont investi jeudi après-midi les locaux et la salle de rédaction de La Dépêche du Midi.

Sur leur page facebook, ils ont expliqué leurs motivations et exigé la parution d’un communiqué :

Sur son site internet, le journal a indiqué que la rédaction avait pris connaissance du texte et avait décidé de le publier en ligne pour répondre aux exigences des grévistes et permettre qu’ils quittent ainsi la rédaction qu’ils occupaient.

FV (@fabvalery)