28 Mar

Sud Radio stoppe la chronique d’Henri Guaino, qui dénonce « une police de la pensée »

La chronique quotidienne de l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy s’arrête. Selon Henri Guaino, la radio met fin à leur collaboration parce qu’il aurait pris la défense de l’ancien président mis en examen… sur BFM TV.

Henri Guaino (Photo : MaxPPP)

L’hommage rendu au lieutenant-colonel Beltrame lors de « Libre comme Guaino », le lundi 26 mars sera la dernière chronique d’Henri Guaino sur Sud Radio.

Dans un texte, que nous nous sommes procuré, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy explique que la station a mis fin à sa chronique quotidienne à l’antenne, lui reprochant d’avoir pris la défense de l’ancien président de la République sur le plateau de BFM TV.

J’arrête aujourd’hui ma chronique quotidienne sur Sud Radio à la demande du directeur général de cette antenne. N’ayant aucun engagement ni aucune obligation l’un envers l’autre, cette décision ne me pose en elle-même aucun problème de principe. Ce qui me pose un problème c’est la raison de ce choix. Sud Radio ayant, avec mon consentement, abondamment utilisé mon nom, mon image et ma réputation dans sa communication, je ne saurais rester muet sur la nature du désaccord car celui-ci mérite à mes yeux d’être mis sur la place publique.

Henri Guaino explique dans ce texte ce que semble lui reprocher la direction de Sud Radio et évoque une « police de la pensée » qu’il y aurait dans les médias :

Il paraît que je n’aurais pas dû prendre la défense de Nicolas Sarkozy dans l’émission présentée par Apolline de Malherbe sur BFM TV le dimanche 25 Mars de 12 heures à 13 heures. Aucun engagement d’exclusivité ne me liait à Sud Radio. La question est donc de fond : Y a-t-il dans certains médias une police de la pensée qui me priverait du droit, de critiquer la manière dont on traite un ancien président de la République et de me poser des questions sur le fonctionnement de la justice et les dangers d’une dérive qui risquerait demain de conduire au procès judiciaire de la politique de la France et de la raison d’État ? Que dire d’une radio qui considère qu’un éditorialiste, présenté par ailleurs comme totalement libre, au point d’intituler ( ironie de l’histoire ) sa chronique matinale «libre comme Guaino », n’a pas le droit de prendre la défense de Nicolas Sarkozy, même sur un autre média.? Pourquoi? Quels intérêts, quelles rancoeurs contre l’ancien Président, quelles arrières pensées inspirent cette attitude?

Dimanche 25 avril, Henri Guaino était en effet l’invité de BFM TV où il est longuement revenu sur la mise en examen de Nicolas Sarkozy dans le dossier du financement lybien supposé de sa campagne électorale de 2007. Il avait notamment évoqué sa « gène » face à ce qu’il a qualifié de « spectacle judiciaire«  dans cette affaire.

Henri Guaino stoppe donc sa chronique radio quotidienne mais a choisi d’en rendre publiques les raisons. Et redit qu’il n’aurait pas changé un mot de ses propos sur BFM TV, avant de conclure par cette phrase :

Reconnaissons qu’en France, à l’heure actuelle, il est bien difficile de demeurer un esprit libre.

Selon nos informations, Didier Maïsto, le patron de Fiducial Médias, propriétaire de Sud Radio, a envoyé un message au personnel de la radio pour répondre, d’une certaine manière, à Henri Guaino. Selon lui :

Henri Guaino s’était engagé à ne plus faire de politique partisane (…) Or, il est allé sur un media, de sa propre initiative et sans nous avertir, s’exprimer dans une émission politique, seul invité, sans contradicteur, se présentant néanmoins comme « éditorialiste Sud Radio ». Je ne peux cautionner ce mélange des genres car il faut toujours savoir qui parle et d’où il parle. Homme politique ? Éditorialiste ? Moitié moitié ? Henri Guaino n’a de fait toujours pas tranché, contrairement à ce qu’il nous avait assuré ».

Le recrutement d’Henri Guaino sur l’antenne de Sud Radio avait fait grand bruit à l’été 2017. Il fait partie de ces personnalités politiques qui ont choisi de franchir le Rubicon et de passer derrière le micro ou la caméra, comme avant lui l’ancienne ministre Roselyne Bachelot ou plus récemment la proche de Jean-Luc Mélenchon Raquel Garrido.

Sud Radio appartient à Fiducial Medias, filiale du groupe Fiducial. Installée à Toulouse durant des décennies, la radio a été déménagée par le groupe à Paris durant l’été 2017. Une mutation qui a conduit au licenciement d’une grande partie des personnels et journalistes historiques de la radio.

Sud Radio tente de grignoter des auditeurs notamment à sa grande rivale RMC, au prix d’un « recrutement » de grands noms : Natacha Polony, André Bercoff, Yolaine de La Bigne, Mickaël Darmon, Patrick Roger, Valérie Expert, Brigitte Lahaye, etc. Et jusqu’à cette semaine, donc, Henri Guaino. Mais l’audience de Sud Radio reste encore très faible.

En 2017, juste avant le premier tour de l’élection présidentielle, le président de Fiducial Médias et patron de Sud Radio, Didier Maïsto, avait évoqué la stratégie du groupe sur TV Libertés, une web télé proche de l’extrême-droite, comparant au passage Emmanuel Macron à… Benito Mussolini !

FV (@fabvalery)