17 Jan

Un blogueur de Lourdes relaxé d’incitation au terrorisme

Un blogueur lourdais avait publié un article sur le parcours possible d’un terroriste dans le sanctuaire de Lourdes. Jugé mardi à Tarbes pour incitation au terrorisme, il a été relaxé.

Le sanctuaire de Lourdes (Photo : MaxPPP)

Le sanctuaire de Lourdes (Photo : MaxPPP)

Par Régis Cothias

Il est 20 h 15 quand Jean Luc Laplagne, s’avance à la barre du tribunal de Tarbes. Après la sordide affaire d’un papy pédophile ou d’un ivrogne récidiviste, les juges s’accordent, si ce n’est une récréation, au moins un dossier plus léger. Jean-Luc Laplagne, 53 ans, tient un blog sur la vie politique lourdaise : « Les esprits libres ».

L’été dernier, peu après le 15 août, il se met dans la peau d’un terroriste et dans un long papier « Moi, JLL djihadiste » assorti de 21 photos, il retrace le parcours possible d’un assaillant au volant d’une fourgonnette dans le sanctuaire de Lourdes. L’itinéraire détaille et met en évidence les failles du dispositif de sécurité autour de la grotte de Massabielle, dispositif pourtant renforcé après la vague d’attentats en France, et singulièrement celui perpétré dans une église à St Etienne du Rouvray en juillet 2016.
« C’est une parodie pour dénoncer une situation… J’ai retenu un scénario comme ceux de Barcelone ou de Nice qui ont provoqué les dégâts que l’on connait, un scénario qui peut se jouer à Lourdes » soutient à la barre le blogueur  « Oui, c’est une parodie au style provocateur mais avec cette « promenade » imaginaire d’un djihadiste, en signalant les manquements en matière de sécurité, je participe à la sécurisation du site. » explique l’auteur du papier.

« On peut comprendre ce qui vous anime », lui renvoie la présidente, « mais on regrette que ce ne soit pas constructif ». Le prévenu a quand même retiré l’article litigieux après sa garde à vue et l’interrogatoire des policiers. L’hiver venu, il se retrouve au tribunal pour incitation au terrorisme. « Ce sont des propos irresponsables et inconséquents » soutient la procureure Marie-Odile Meunier-Gerner. « Ce blog en libre accès peut permettre à un déséquilibré d’avoir des informations précieuses. C’est une attitude irresponsable et inadmissible » mais au moment de réclamer une condamnation, face à l’absence d’intention réelle, l’accusation ne réclame aucune sanction pénale et s’en remet à l’appréciation du tribunal.

Après un bref délibéré, la cour relaxe le blogueur. « Nous vous engageons à éviter de recommencer. Il n’est pas sûr que l’administration apprécie. » La présidente du tribunal sermonne une dernière fois l’auteur du papier. En tous cas, l’administration disposera d’un compte rendu détaillé : deux fonctionnaires du renseignement territorial sont les uniques personnes présentes dans le public.

Régis Cothias