09 Jan

Des journalistes s’insurgent contre la « censure en marche » du maire de Rodez

Les journalistes de France 3 Quercy-Rouergue ont fait part dans un communiqué de leur colère contre Christian Teyssèdre qui conditionne l’autorisation de tournage d’un reportage au Musée Soulages à la présence d’un élu parmi les personnes interviewées.

Christian Teyssèdre montrant la presse locale à Emmanuel Macron (Photo : MaxPPP)

Christian Teyssèdre montrant la presse locale à Emmanuel Macron (Photo : MaxPPP)

Un reportage sur une exposition temporaire au Musée Soulages de Rodez devrait être une formalité. Pour la rédaction de France 3 Quercy-Rouergue, c’est pourtant plus compliqué : depuis début décembre, l’équipe ne peut réaliser un reportage sur l’exposition « Tant de Temps » le président du Grand Rodez, l’ex-PS Christian Teyssèdre, imposant la présence d’un élu dans le reportage. Le Musée Soulages appartient à la communauté urbaine « Rodez Agglomération ».

« La censure en marche »

Dans un communiqué, les journalistes, soutenus par le SNJ de France Télévisions, dénoncent donc une « censure en marche » (en référence au soutien que Christian Teyssèdre apporte à Emmanuel Macron). « Nous n’acceptons pas que des hommes politiques s’érigent en journalistes qu’ils ne sont pas et s’arrogent le droit de nous imposer une ligne éditoriale qui n’est pas de leur ressort », écrivent notamment les journalistes rappelant que le maire de Rodez a défilé il y a deux ans sous la bannière « Nous sommes Charlie » pour défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression après l’attentat de Charlie Hebdo.

Les journalistes expliquent qu’ils peuvent comprendre qu’un élu soit indispensable dans un reportage expliquant la politique culturelle mais pas quand il s’agit de montrer le travail d’un ou de plusieurs artistes.

Le même cas à Toulouse

Ce n’est pas la première fois que des élus imposent leurs conditions à la réalisation de reportages. A Toulouse, la mairie et la Métropole veulent que l’élu en charge du dossier soit systématiquement interviewé quand un reportage est réalisé. Ainsi, il y a quelques jours, au sujet de l’état de la pelouse du Stadium, aucun employé municipal n’a été autorisé à répondre aux questions de France 3. La rédaction refusant d’interviewer uniquement un élu, la position de Toulouse Métropole a été clairement expliquée dans le reportage lors de sa diffusion. 

De bien mauvaises habitudes

Localement ou régionalement, certains élus ont des relations ambigües avec les médias. Certains les imaginent (ou les souhaitent) serviles, d’autres sont persona non grata dans certains médias, d’autres « s’amusent » même à s’auto-interviewer quand ils ne sont pas contents des questions qui leur sont posées. Certains « achètent » le silence des médias à grand coups de pages de publicité ou de conventions de partenariat. D’autres, enfin, ne se privent pas de se mêler des nominations au sein des rédactions !

Pourtant tous, ou presque, ne manquent jamais de défendre la liberté d’expression. Une notion « pas négociable » comme le rappellent les journalistes de France 3 à Rodez. « Sans presse libre, il n’y a pas de démocratie ».

FV (@fabvalery)