13 Oct

La ville de Toulouse, grande absente de la nouvelle télé locale

Plus d’un an après la disparition de TLT, le CSA a attribué la fréquence disponible à Toulouse à TV Sud. Le tour de table du nouvel opérateur et son plan de financement sont quasiment bouclés. Et la métropole toulousaine en est la grande absente. Explications.

Lors d'une manifestation des salariés de TLT en 2008.

Lors d’une manifestation des salariés de TLT en 2008.

C’est un choix politique. Malgré les sollicitations, pendant des mois, de membres de son entourage qui lui répétaient que, comme au poker, il faut payer pour voir, Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président de Toulouse Métropole, n’a pas changé de position : pas question de faire entrer la Métropole au capital de la future chaîne locale, pas question non plus de signer un contrat d’objectifs et de moyens (COM). 

Le douloureux passif de TLT

Jean-Luc Moudenc garde en travers de la gorge la fin de TLT. Les salariés, à bout, lui avait fait porté le chapeau. « Moudenc m’a tué » avaient-ils écrit sur une banderole ; une manière de cibler le maire qui n’avait pas voulu, une fois de plus renflouer les caisses. Selon les calculs du Capitole, 17 millions d’euros d’argent publics ont pourtant été engloutis dans TLT durant les presque 30 ans de vie de la chaîne.

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Une chaîne qui, de péripéties en changements d’actionnaires, n’a jamais trouvé d’équilibre financier et dont la Métropole, via la société CTV, était finalement devenue l’actionnaire principal. Pas question pour Jean-Luc Moudenc de recommencer : prendre 5 ou 10 % du capital, symboliquement, puis, par défaillance de l’actionnaire majoritaire ou tout autre fait, monter à 20 %, 30 %…  Scénario inimaginable pour le maire de Toulouse.

La région plutôt que la Métropole

L’autre scénario envisageable et tout aussi écarté d’un revers de la main par le maire, celui d’un Contrat d’Objectifs et de Moyens (COM). En gros, la collectivité signe un contrat à durée déterminée avec la chaîne : moyennant versement d’argent, la chaîne s’engage à plus ou moins réaliser des programmes qui mettent en valeur la ville. Pas de COM pour TV Sud avec la métropole. Là aussi, Jean-Luc Moudenc a dit non. Tout au plus, la Métropole et la ville achèteront des espaces publicitaires pour soutenir le nouveau média local.

La nature (mais aussi les médias et la politique) ayant horreur du vide, c’est… le Conseil régional qui devrait signer un COM avec TV Sud. L’ex-région Midi-Pyrénées s’était déjà engagée à hauteur d’1,5 millions d’euros sur 3 ans avec TLT. Et l’ex-Languedoc Roussillon a aussi signé un COM avec TV Sud à Montpellier.

TV Sud a présenté au Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA), lors de son audition le 5 octobre, un projet de COM avec la Région Occitanie. Il prévoit un versement de 300 000 euros la première année (sachant que le démarrage de la chaîne pourrait intervenir au mieux fin mars au pire en juin 2017). Mais pour le moment rien n’est signé. Le COM doit être rédigé et validé par l’assemblée régionale.

N’empêche, la ville et la métropole laissant la place, Carole Delga, la présidente PS de la Région, va sauter sur l’occasion de la création de la nouvelle télé locale de Toulouse pour financer le projet de rapprochement régional de toutes les chaînes de TV Sud. Une télé régionale privée financée en partie par l’argent public de la région.

Moudenc se félicite, la gauche le prend aux mots

Jean-Luc Moudenc s’est félicité de l’annonce du CSA d’attribuer la fréquence à TV Sud. « L’arrivée d’une nouvelle chaîne locale à Toulouse est une bonne nouvelle, dit-il. C’est même à mes yeux un gage de pluralisme pour le spectateur. Ce sera mon premier point de vigilance. Ce choix est aussi un signal positif pour la filière de production audiovisuelle, très présente à Toulouse, qui doit être partie prenante de cette chaîne. Ce sera mon deuxième point de vigilance. Une histoire particulière lie les télévisions locales et la Ville de Toulouse : il y a 30 ans, Toulouse était pionnière dans ce qui était « l’aventure des télévisions locales ». A nouveau, Toulouse se retrouve en première ligne pour la définition des contours de cette nouvelle génération de télévisions locales en France« .

Mais dans son opposition, on ironise sur l’écart entre ce message positif et l’absence de la métropole dans l’économie de la nouvelle chaîne. « Nous partageons cette analyse, réagit François Briançon, conseiller municipal et communautaire PS et ancien adjoint au maire. C’est pourquoi nous lui demandons de mettre ses actes en conformité avec ses souhaits et ses paroles et d’engager notre métropole, dans un soutien actif, à notre nouvelle télévision locale. Il serait incompréhensible que Toulouse Métropole reste à l’écart de cette bonne nouvelle ».

Un dossier politique

Nous n’avons cessé de l’écrire sur ce blog : à Toulouse, plus qu’ailleurs, le lien entre certains médias et le monde politique est fort. Certains acteurs du monde des médias, pourtant avec de l’expérience dans d’autres villes, en ont été surpris pendant l’instruction par le CSA de l’appel d’offres pour la nouvelle chaîne. La volonté de Jean-Luc Moudenc de ne pas mettre un doigt dans l’engrenage financier de TV Sud est une posture défendable. Mais des observateurs pensent déjà que c’est une erreur de laisser la main au Conseil régional avec le risque de voir, à terme, la fréquence locale transformée en chaîne régionale.

Fabrice Valéry (@fabvalery)