13 Juin

Télé locale : ce que TV Sud veut faire à Toulouse

Une vingtaine de salariés, un projet de fédération régionale de chaînes locales mutualisant moyens et programmes avec les autres chaînes locales du groupe. Le patron de Médias du Sud, Christophe Musset, qui exploite les télés locales de Montpellier, Nîmes et Perpignan, répond au Blog Médias d’Ici pour présenter son projet de télé à Toulouse.

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a lancé l’appel d’offres pour que les candidats se fasse connaître. Christophe Musset était sorti du bois dès l’arrêt de TLT en juillet 2015. Il explique ici son modèle économique, son projet pour Toulouse, ses relations avec les collectivités locales et la presse quotidienne régionale. Interview.

Christophe Musset

Christophe Musset

Quel est votre projet pour Toulouse ?

Christophe Musset : D’abord ce projet il nous paraît naturel car nous avons les télés locales de Nîmes, Montpellier et Perpignan, donc nous sommes les télés du sud. Toulouse étant la capitale régionale de la nouvelle grande région, nous souhaitons obtenir cette fréquence pour créer ce réseau de chaînes locales en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées.

Toulouse serait donc un maillon d’un réseau régional de chaînes locales ?

Oui TV Sud Toulouse serait un maillon du groupe Médias du Sud mais qui aurait une place prépondérante en raison de la taille de la ville et de la métropole.

Mais le projet prévoit aussi une mutualisation de programmes et de moyens entre toutes vos chaînes ?

C’est un peu le principe de notre modèle. Nous arrivons grâce à la mutualisation à être plus performants ce qui nous permet de faire des économies d’échelles et nous aurons donc des programmes dédiés, spécifiques à Toulouse, et une autre partie des programmes, des émissions régionales, communes aux autres chaînes, qui auront pour but une meilleure compréhension des territoires de la nouvelle région.

Une chaîne locale ne peut pas vivre sans les collectivités mais ne peut pas vivre exclusivement des collectivités ».

Quels rôles jouent les collectivités locales ou régionales dans votre modèle économique ?

A Nîmes et Montpellier, nous sommes sur la base d’un 50/50 : 50 % de notre financement vient du privé, 50 % du public. Une chaîne locale ne peut pas vivre sans les collectivités mais ne peut pas vivre exclusivement des collectivités. Il faut s’appuyer sur les collectivités mais aussi savoir aller chercher des partenaires ailleurs.

Donc il faut conclure des contrats d’objectifs et de moyens (COM) ?

L’appel du CSA vient juste d’être lancé donc nous n’avons pas débuté les discussions avec les collectivités à Toulouse. Mais je peux vous annoncer que nous irons voir l’ensemble des collectivités, la mairie et la métropole de Toulouse, le Conseil régional et aussi le conseil départemental qui ne s’est jamais engagé dans TLT. On sait que pour la ville de Toulouse, l’expérience TLT a été douloureuse. Mais, il ne peut pas ne pas y avoir de télé locale dans la 4ème aire urbaine de France. On espère donc que la ville et la métropole reverront leur position. (NDLR : après l’échec de TLT, gouffre financier, Jean-Luc Moudenc n’est pas favorable à l’entrée dans le capital ou même à un COM avec une nouvelle chaîne mais dans son entourage certains poussent à changer cette position afin de peser dans le choix du nouvel exploitant voire à influer sur la ligne éditoriale de la future chaîne).

Une chaîne loco-régionale ferait vivre l’écosystème audiovisuel autour de Toulouse et dans la région. On souhaite que la Région soit sensible à cet argument »

Votre projet est très « régional ». Vous êtes en contact avec le Conseil régional et sa présidente Carole Delga ?

Nous avons des COM avec la Région pour nos chaînes existantes. Donc nous allons voir avec la Région quelle est sa position pour Toulouse. Je ne m’exprimerai pas au nom de Carole Delga mais nous allons défendre l’idée de cette fédération de télés locales au niveau régional et tant mieux si la Région est réceptive. On considère qu’il y a un alignement des astres, car l’appel d’offres pour la fréquence de Toulouse se fait au moment de la création de la grande région et que cela peut être une belle opportunité pour tout le monde audiovisuel, notamment les producteurs qui ont besoin de diffuseur de qualité. Une chaîne loco-régionale ferait vivre l’écosystème audiovisuel autour de Toulouse et dans la région. On souhaite que la Région soit sensible à cet argument. 

Et pour la partie privée de votre modèle économique ?

Nous avons également su diversifier nos ressources avec la production, avec l’événementiel avec de l’achat publicitaire et puis, sur le digital, nous sommes comme une start-up : nous venons de lever des fonds pour notre plateforme vidéo MyVidéoPlace. Nous sommes une référence dans la monétisation des vidéos sur le digital. Côté charges, nous avons mutualisé plein de métiers dans le groupe : ça va de la présidence du groupe, la direction générale, la direction commerciale, le comptable, l’administratif, ce qui permet d’avoir une structure qui coûte moins cher. On a aussi un système de diffusion des chaînes centralisé qui nous permet de les gérer à distance. Tout cela pour dire que toutes les personnes qui seront dans l’effectif de TV Sud Toulouse seront liées à la production. 

Quels effectifs pour la future chaîne toulousaine si vous êtes choisi par le CSA ?

L’effectif à Toulouse devrait se situer autour de 20 personnes. La différence avec TLT, c’est que ces 20 personnes, comme je viens de vous l’expliquer, seront à 90 % dédiées à la production. Cela permet d’avoir plus de « cityreporters » pour suivre l’actualité toulousaine.

Êtes vous en discussion avec La Dépêche du Midi parmi vos futurs partenaires ?

Le lien avec La Dépêche du Midi vient d’un lien historique : Midi Libre possédait 10 % du capital de TV Sud Languedoc-Roussillon. Donc quand La Dépêche a racheté Midi Libre, mécaniquement, elle est devenue actionnaire de nos chaînes. Ce partenariat nous paraît très équilibré. Nous avons notamment des accords industriels autour de l’utilisation de nos vidéos. 

Nous n’avons aucun marqueur politique »

Des proches de Jean-Luc Moudenc disent qu’un accord du futur exploitant de la télé locale avec La Dépêche serait un casus belli avec la mairie. Pourriez-vous vous passer de l’un ou de l’autre ?

J’entends que les rapports entre La Dépêche et Moudenc sont compliqués. Mais dans le milieu télévisuel, on essaie de ne pas tenir compte de ce genre de situation. Notre offre est équilibrée, nous respectons la pluralité. Donc si La Dépêche entre au capital, cela n’influencera pas nos programmes et notre façon de voir l’actualité toulousaine. Ce que l’on a déjà démontré, c’est que l’on sait travailler avec toutes les collectivités, quelle que soit leur couleur politique. Nous n’avons aucun marqueur politique. 

Vous êtes confiant pour décrocher cette fréquence toulousaine ?

Je suis toujours très triste quand une télé locale s’arrête. Notre projet est cohérent, au niveau régional : le rugby, le sport, la culture, la découverte des territoires dans cette nouvelle région. C’est formidable qu’il puisse y avoir une nouvelle chaîne sur Toulouse, berceau des télés locales. 

Propos recueillis par Fabrice Valéry (@fabvalery)