18 Fév

« Le Journal Toulousain » s’estime exclu des budgets pub de la ville

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Décidément l’année 2016 débute à Toulouse sur des questions qui porte sur les relations, souvent ambigües, compliquées ou même tendues, entre les médias et les collectivités locales, entre ligne éditoriale et pouvoir politique.

Au lendemain de la mise sur la place publique du bras de fer entre la ville de Toulouse et son maire Jean-Luc Moudenc d’une part et La Dépêche du Midi et son patron Jean-Michel Baylet de l’autre, règlement de compte par autres médias interposés que nous avons relaté ici, c’est la question du pluralisme des médias et du poids économique de la ville et de la métropole dans le marché publicitaire qui est soulevé par un autre journal.

Le soutien économique des collectivités est essentiel

Du côté de la ville, on estime que ce qui provoque la colère des dirigeants de La Dépêche du Midi, c’est la décision de couper la participation de la ville aux achats d’espaces publicitaires et aux annonces légales dans les colonnes du journal, au nom des économies à réaliser et… du « pluralisme ».

En d’autres termes, on donne moins (voire pas du tout) à La Dépêche du Midi et on soutient économiquement d’autres médias locaux. Illustration : le nouveau mensuel toulousain, Boudu, né en novembre dernier, bénéficie d’encarts publicitaires achetés par la ville ou la métropole toulousaine (comme d’ailleurs d’autres collectivités comme le conseil départemental ou la ville de Blagnac).

Créer ou faire vivre un média indépendant, à Toulouse comme ailleurs, est de toute façon une mission quasi-impossible sans le soutien économique des collectivités locales. 

« Le Journal Toulousain » s’estime exclu des pubs et annonces légales

journal toulousain - copieMais aujourd’hui, un journal, l’hebdomadaire « Le Journal Toulousain », repris par ses salariés et des partenaires sous forme de société coopérative en août 2014, se plaint du mauvais traitement que lui réservent la mairie de Toulouse et la Métropole.

« Nous avons eu un seul achat d’espace publicitaire par la Métropole, explique l’un des associés Rémi Demersseman-Pradel, c’était en septembre 2014, juste après la reprise du journal, pour la somme de 1000 euros hors-taxes. En décembre, la ville nous a demandé un devis mais n’a pas donné suite. Et jamais, depuis la relance du Journal Toulousain, la ville ou la métropole n’ont placé d’annonces légales dans nos colonnes. C’est une drôle de conception du pluralisme ».

Une décision « politique » ?

Remi_DEMERSSEMAN-PRADEL-500-500Pour Rémi Demersseman-Pradel, il s’agit sans aucun doute d’une décision politique, liée… à son propre engagement. Chef d’entreprise, il a créé puis revendu les crèches « La Part de Rêve » et vient de lancer à Toulouse et Nantes l’Oïkosystème, une sorte de couveuse d’entreprises à la démarche éthique. Mais ce quadra entrepreneur est aussi un homme politique. Candidat aux dernières municipales à Plaisance du Touch et secrétaire national adjoint du Parti Socialiste à la rénovation des pratiques militantes.

Selon lui, le Journal Toulousain, dont la santé financière est encore précaire, est victime d’une mise à l’écart des budgets publicitaires de la ville et de la Métropole en raison de cette appartenance politique de l’un de ses associés.

La mairie réfute ces arguments

Interrogé par nos soins, Arnaud Mounier, le directeur de cabinet de Jean-Luc Moudenc, réfute toute volonté d’écarter le Journal Toulousain des budgets de la ville. « Concernant les annonces légales, explique-t-il, nous traitons à parts égales avec trois titres locaux (NDLR : La Voix du Midi, Le Petit Journal et la Gazette du Midi), qui sont non seulement habilités à les faire paraître (NDLR : ce qui est aussi le cas du Journal Toulousain), mais ont aussi une zone de diffusion plus large que Toulouse ». 

A propos des budgets publicitaires, le collaborateur de Jean-Luc Moudenc indique « ne pas regarder l’actionnariat des titres et veiller à distinguer parfaitement régie publicitaire et ligne éditoriale ». « Pour la pub, on a réduit les budgets pour tout le monde et on regarde d’abord le ratio coût/visibilité ». 

Il semble donc que ce ratio soit encore trop faible pour la mairie concernant Le Journal Toulousain. Mais la ville indique aujourd’hui être « à l’écoute de tous les titres » pour diversifier les achats d’espaces.

Le pluralisme de la presse est aussi à ce prix. Sans l’aide des collectivités locales les médias privés sont affaiblis économiquement. Avec cet appui financier, ils peuvent être suspectés de perdre leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique ! Terrible dilemme.

Fabrice Valéry (@fabvalery)