22 Déc

Il y a 20 ans, la naissance à Toulouse de « Satiricon »

On ne pouvait pas terminer l’année 2015 sans évoquer un anniversaire : celui de la naissance de « lou journal des mémés qui aiment la castagne », Satiricon. C’était il y a 20 ans.

La première une de Satiricon, en juin 1995.

La première une de Satiricon, en juin 1995.

Ci-dessus, la une du premier numéro, daté de juin 1995, paru avant les élections municipales du même mois et qui publiait déjà les résultats ! Dès le premier numéro, l’esprit Satiricon était là : dézinguer à tour de bras le pouvoir établi en visant tous les pouvoirs en place (Dominique Baudis, le Capitole, la famille Baylet, La Dépêche du Midi, le Conseil général, Pierre Izard, etc), dans la plus grande indépendance.

Au début c’était un gag, mais fait avec beaucoup de sérieux. Finalement, il a duré des années ! »

Pierre Samson

A l’époque, seul le directeur de la publication, le dessinateur Pierre Samson, apparaît sous son vrai nom. Les autres (tous ou presque journalistes dans des médias « traditionnels » à Toulouse signent sous pseudonymes : Mélanie Cautine, Agathe Zeblouze, Noël Ottison, Eva Zeline…). Des pseudos potaches qui cachent un vrai travail journalistique de révélation des affaires et de causticité qui manque aujourd’hui à la presse locale (NDLA : ceci est un avis personnel).

« Au début c’était un gag, se rappelle Pierre Samson, pour animer une campagne des municipales qui était courue d’avance avec la victoire annoncée de Baudis. J’ai eu l’idée de faire un faux journal. Mais il ne devait pas y avoir de suite au premier numéro ! »

« On en avait marre à l’époque de ne pas voir les vrais sujets sortir dans la presse, raconte aujourd’hui Stéphane Thépot, qui désormais peut parler de Satiricon sous son vrai nom (il y a prescription). Alors, tous bénévoles, on s’est lancés dans l’aventure de ce Canard Enchaîné local, avec notamment un réseau de dessinateurs de presse fédéré autour de Pierre ».

IMG_0071A la une du premier Satiricon, on retrouve par exemple ce dessin de Tignous, l’une des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier.

Ton, mise en page, dessins. Satiricon, dès son premier numéro, s’inspire en effet largement du Canard Enchaîné. Et comme Le Canard, Satiricon s’attire les foudres du landerneau politique toulousain !

Ainsi, un entrefilet du N°1, sur le service social de la mairie de Toulouse, vaut au titre un retentissant procès en diffamation intenté par Dominique Baudis. « C’est la meilleure chose que Baudis pouvait nous faire, se rappelle Stéphane Thépot. Cette attaque dès le premier numéro nous a fait une pub d’enfer, il y a eu des manifestations de soutien, des soirées, des collectes ». « Cet esclandre médiatico-judiciaire, surenchérit Pierre Samson, nous a décidé à aller plus loin, à sortir les affaires. Baudis pensait qu’à travers cet entrefilet sur le service social, on avait des infos beaucoup plus lourdes sur ce sujet ».(NDLA : révélée en 1998, l’affaire du « service social » de la mairie a conduit à la condamnation de plusieurs prévenus pour le détournement de centaines de milliers de francs de l’époque).

Ce qui aurait pu être l’arrêt de mort du journal (publié sous statut associatif) dès son premier numéro a été en fait une formidable rampe de lancement. Dès lors, à raison de deux numéros par an, Satiricon est un événement attendu par ses lecteurs toulousains et par le pouvoir en place, qui se ruent sur les kiosques le jour de sa sortie, par forcément… pour les mêmes raisons !

L’aventure va ainsi durer 11 ans, jusqu’en 2006, quand Pierre Samson passe la main. Satiricon, avec une nouvelle équipe, cesse sa parution deux ans plus tard, en 2008. 

1995-2015. On vous le disait, ç’eut été une injustice de finir cette année, marquée en janvier par le massacre de Charlie Hebdo sans souligner qu’il y a 20 ans naissait à Toulouse, ce modèle de presse locale satirique, con !

FV