09 Nov

Une motion de défiance votée par les journalistes de La Dépêche du Midi

FRANCE-MEDIAS-PRESS-LA DEPECHE

Réunis en assemblée générale à Toulouse samedi 7 novembre, les journalistes des quotidiens de La Dépêche du Midi ont voté trois motions dont une motion de défiance concernant Bernard Maffre, le directeur général du groupe qui est aussi Pdg de Midi Libre depuis le rachat des Journaux du Midi par La Dépêche.

Un audit sur l’emploi

Au-delà de la défiance envers la direction, la rédaction, en plein questionnement après l’annonce de 350 suppressions de postes dans les titres du groupe, s’interroge aussi sur la situation de l’entreprise et sur la stratégie menée par La Dépêche. Ainsi, les journalistes demandent-ils qu’un audit, mené par un organisme extérieur et indépendant, sur la rédaction puisse faire le point de la situation de l’emploi. « La situation est alarmante, explique un délégué syndical. Chaque mois, un à deux journalistes quittent l’entreprise sans être remplacé. Nous estimons à 45 le nombre de postes perdus ainsi depuis 2010. Nous réclamons donc rapidement un audit, avec un moratoire sur l’emploi durant cette période d’analyse ». 

Nous estimons à 45 le nombre de postes perdus depuis 2010″ Un délégué syndical

L’ouverture de négociations ?

Les journalistes demandent aussi une concertation sur les projets multimédia, le rattachement du site internet La Dépêche.fr à la rédaction, celui aussi des journalistes qui travaillent sur le flash vidéo, etc. L’ouverture enfin de négociations sur la réalisation de vidéos par les reporters sur le terrain.

La mutualisation et les droits d’auteurs en question

En filigrane de toutes ses questions, c’est la manière dont La Dépêche va s’organiser dans son nouveau périmètre après le rachat des Journaux du Midi. Bernard Maffre, dans une récente interview à La Lettre M, expliquait : « On réfléchit à une organisation intelligente qui permette de maintenir la diversité de l’information dans l’ADN de chacun des titres. Mais pour la diffusion, on va fusionner tout ça. Je n’ai pas besoin de deux chefs des ventes, de deux logisticiens, de deux responsables de la promotion. On va donc faire de l’optimisation, dans les zones de concurrence, des moyens logistiques, tout en maintenant une organisation qui permette de maintenir une identité et une initiative rédactionnelle »

On va faire de l’optimisation » Bernard Maffre (in La Lettre M)

Mais les journalistes s’inquiètent pour le maintien de cette « identité » par titre, notamment dans les départements où plusieurs titres du groupe sont en concurrence (Aveyron et Aude) mais pas seulement.

Les droits d’auteurs des journalistes face aux bénéfices de la holding familiale

Lors de l’opération de « groupe » sur la dénomination de la future région, les contenus éditoriaux ont été repris par les différents titres. Dans un tract du 13 octobre, l’intersyndicale expliquait alors que la direction s’était assise sur les droits d’auteurs des journalistes et rapportait les propos de Jean-Nicolas Baylet, le directeur général délégué du groupe, qui aurait indiqué devant le CE que cette question était « scandaleuse ». Opportunément, dans ce tract dont nous avons eu connaissance, les syndicats rappelaient les règles en matière de droits d’auteurs et fustigeait l’attitude de la direction : « Pour ramasser le maximum à son seul profit et sans rien payer, écrivaient-ils, elle tente de culpabiliser les journalistes pour les pousser à renoncer à leurs droits. Pourtant, la direction, elle, ne se prive pas : sans se soucier du déficit de 2014 (NDLR : 1,9 million d’euros) les dirigeants familiaux de la holding financière ont augmenté leurs salaires de 400.000 euros. On peut juger que c’est scandaleux, mais c’est leur droit. Comme c’est le droit des journalistes de se faire payer la reprise (NDLR : par d’autres titres du groupe) de leur travail ».

Jean-Michel Baylet interpellé par les journalistes ?

La rédaction n’est pas la seule à vivre une période de tension. Une grève a eu lieu récemment à la comptabilité où les salariés ont obtenu l’ouverture de négociations sur l’emploi. Les services expédition, abonnements ou même la régie publicitaire sont également sous pression actuellement.  Les représentants du personnel ont obtenu de la rédaction lors de l’assemblée générale, à laquelle assistaient également des délégués de Centre Presse Aveyron, de Midi Libre et de L’Indépendant, qu’ils saisissent le plus vite possible la direction. Samedi 14 novembre, à 11 heures, Jean-Michel Baylet, le Pdg du groupe, doit réunir tous les personnels pour expliquer sa stratégie. Une réunion au cours de laquelle les syndicats de journalistes ont prévu de l’interpeller sur la situation de l’entreprise.

FV