19 Août

La (petite) histoire de la une du Petit Journal Catalan sur les gitans de Perpignan

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« A quoi servent les gitans de Perpignan ? ». Ce titre qui barre la une de l’édition du 14 août de l’hebdomadaire Le Petit Journal Catalan choque. Sous prétexte de revenir sur les événements de 2005, le journal affiche un titre volontairement provocateur. Raciste et xénophobe, pour certains.

Mais il est intéressant de connaître les conditions de sa fabrication.

Sur facebook, le personnel du journal, en grève depuis le 11 mai, indique que cette une a été réalisée… à Montauban (Tarn-et-Garonne), au siège de la maison d’édition Arc-en-Ciel, dirigée par Alain Paga, qui édite les différentes éditions du Petit Journal. Le personnel gréviste se désolidarise donc de cette édition de son journal.

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Mais à Montauban, au siège du journal, Alain Paga l’entend d’une autre oreille : « Ils ne peuvent pas être en grève, ils ne sont pas salariés ! Nous n’avons pas les moyens d’embaucher des journalistes et nous ne travaillons qu’avec des correspondants ».

Je ne m’occupe pas des titres, je ne regarde pas les unes !

                                 Alain Paga, directeur de la publication.

Quant au choix du titre de une, le patron de la société éditrice, pourtant directeur de la publication des différentes éditions du Petit Journal, réfute toute intervention : « Je ne m’occupe pas des titres, je ne regarde même pas les unes. C’est le correspondant sur place qui l’a senti comme ça. Nous sommes un journal dans lequel souffle un air de liberté ».

« Il faut de la provocation »

Un peu plus d’embarras dans la voix du responsable de cette édition départementale. Le titre a-t-il dépassé la ligne jaune ? Long silence. Puis finalement la réponse : « Non, je ne crois pas, il est dans les normes. Et puis vous savez, quand on veut relancer un journal, il faut un peu de provocation ! »

« Une question que nous posons et que nous condamnons »

Le correspondant auteur du dossier (3 pages) sur la communauté gitane souhaite lui aussi éclaircir la situation. « Oui nous posons la question de l’utilité des gitans de Perpignan, nous explique-t-il, simplement parce que les Perpignanais eux-mêmes se la posent. Mais dès le début de mon article, nous condamnons cette question. Et nous y répondons, en disant que les gitans sont utiles à l’âme de la ville ! Mais pourquoi ne faudrait-il pas poser dans un journal les questions que les gens se posent vraiment ? »

La communauté gitane dénonce « un crime »

Le Petit Journal vient de recevoir deux courriers du responsable local de la communauté gitane de Perpignan et du responsable national. Le correspondant local reconnaît lui-même que des responsables gitans l’ont appelé pour lui dire que pour eux cette une était « un crime » car ils pensent que les Perpignanais auront lu le titre sans lire le dossier et les articles. Il y aurait donc distorsion entre le but et les moyens utilisés. La provocation se serait retournée contre ses auteurs.

« Le but n’était évidemment pas de stigmatiser une population » indique-t-on à Montauban où l’on assure qu’une rencontre est d’ailleurs prévue rapidement entre la communauté gitane et le correspondant local.

Un « petit » journal…

Le Petit Journal édite une douzaine d’éditions hebdomadaires principalement en Midi-Pyrénées, mais aussi dans l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et l’Aude. « Nous ne recevons aucune aide de l’Etat, s’exclame Alain Paga, nous faisons tout cela de bric et de broc ! »

Par ailleurs, Alain Paga a récemment été mis en examen pour « recel de fonds publics détournés par personne dépositaire de l’autorité publique ou investie d’une mission de service public » soupçonné d’avoir publié des articles payés par la ville de Montauban au profit de la maire LR Brigitte Barèges, elle aussi mise en examen, durant la campagne des élections municipales de mars 2014.

FV

MISE A JOUR DU 20 AOUT : 
Le président d’une association gitane a porté plainte pour « discrimination » jeudi. « Je sors du commissariat où j’ai déposé plainte contre le journal pour discrimination »,
a déclaré Joseph Saadna, président du Comité d’animation de la Place du Puig, dans le quartier Saint-Jacques à Perpignan. « Il est dit que les Gitans ne servent à rien, qu’ils ne veulent pas s’intégrer, travailler, mais il ne faut pas oublier qu’on est français, on n’a pas à s’intégrer, c’est notre pays », a-t-il dénoncé.
Le titre, « inadmissible« , et l’article ont « énormément choqué » Jean-David Rey, président de l’association Gitans de France. « On est français, comme vous, comme n’importe qui », a-t-il ajouté. (avec AFP).