17 Août

TLT : le directeur général de CTV conteste les propos du CSA

L’interview de Nicolas About, membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) chargé des télés locales, réalisée sur ce blog début juillet juste après la disparition de la chaîne toulousaine TLT a fait réagir Jean-Marie Belin, nommé par Jean-Luc Moudenc à la direction générale de CTV, la société d’économie mixte qui gère les intérêts de Toulouse dans ce dossier.

Il nous a fait parvenir un long texte dans lequel il démonte plusieurs des arguments du CSA sur les responsabilités concernant la défaillance de TLT.

Nous avons choisi de publier ce texte sachant qu’il ne s’agit pas d’un droit de réponse mais du point de vue d’un acteur de ce dossier. Pour mémoire, le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé début juillet la liquidation judiciaire de Télé Toulouse. Dans notre interview, Nicolas About annonçait le lancement d’une consultation dès septembre puis d’un appel d’offre avant Noël pour permettre à une nouvelle télé locale d’émettre à Toulouse dès la mi-2016. Pour l’instant seul le groupe TVSud a fait connaître son intérêt pour cette fréquence.

FV

Le texte de Jean-Marie Belin :

« Que de paradoxes ! »

« Le sérieux de l’information vérifiée, c’est le CSA qui en France, à Toulouse aussi, en est le garant. Est-il un instant sérieux de prétendre que les collectivités locales ont « abandonné leurs responsabilités en tant qu’actionnaires majoritaires » ? Des noms que diable ! A Toulouse, aucune des trois municipalités successives ces dix dernières années ne les a abandonnées, bien au contraire, ni elles, ni aucun élu, ni aucune des quatre communes concernées. Ni, on les oublie un peu, les contribuables toulousains. Ils ont, à eux seuls, dans la Métropole, versé 3000 euros par jour (bien lire : par jour) pour des programmes qu’ils ne regardaient plus. CTV quant à elle, est redevable, en théorie de plus de 330 000 euros d’avances non remboursées. Le Conseil Régional a, lui aussi, assumé pleinement ses engagements en maintenant et en anticipant son financement. Et il n’était pas, contrairement à la Ville, à la fois actionnaire et financier (il aurait d’ailleurs dû l’être, mais les socialistes ne se sont pas mis d’accord entre eux, Ville et Conseil Régional). Les COM ont été maintenus, signés et garantis ; leurs versements réglés comme du papier à musique, même si, en face, les objectifs n’étaient pas pleinement remplis. Qu’est ce donc que ce procès bâclé où seuls les actionnaires ou financiers fautifs seraient les collectivités, alors qu’elles ne représentent que 48 % du capital de TLT ? L’oubli de Nicolas About est éloquent et ne plaide pas en faveur de la qualité de son information. A aucun moment, le CSA ne s’est intéressé à la situation économique réelle de TLT ; le tribunal seul l’a fait. Paradoxe.

Jean-Marie Belin

Jean-Marie Belin

Mais il y a plus intéressant encore : c’est l’absence de curiosité du CSA. Le texte du jugement du tribunal de Commerce est, à son égard, sans pitié. Tout y est résumé, il fait l’historique sans faille de la longue impasse financière. Et démontre que tout le monde le savait. Le CSA n’a-t-il pas un organisme qui le représente ici, le CTA (Comité territorial de l’audiovisuel), grand absent de A à Z dans ce dossier ? Les conclusions de l’administrateur judicaire, Me Baron, étaient catégoriques : les finances de TLT lui permettaient de tenir… deux mois. Le juge-enquêteur M. Molvot, de son côté, après deux mois d’auscultations minutieuses, arrivait, à quinze jours près, à la même conclusion : un mois et demi de survie tout au plus. Et alors que leurs conclusions peuvent être connues de tous, y compris du CSA, l’autorité de régulation prolonge l’autorisation de fréquence de TLT pour … 5 ans ! Un administrateur judiciaire qui dit deux mois de sursis, un juge qui dit six semaines et un CSA qui dit 5 ans : l’un des trois doit se tromper… Il fut un temps où les conseillers du CSA consultaient les administrateurs judiciaires et se souciaient de la santé économique des radios et des télés. Aujourd’hui, nul au CSA n’a consulté, ni l’un, ni l’autre, ni le Tribunal de Commerce, dont les attendus sont impitoyables. Or, l’article 28-1 de la loi du 30 septembre 1986, au titre duquel cette décision contestable a été prise, comporte un § 4 qui interdit la reconduction de l’autorisation si « la situation financière du titulaire ne lui permet pas de poursuivre l’exploitation dans des conditions satisfaisantes ». Or, il se trouve que la société Toulouse Télévision était en attente d’une décision judiciaire susceptible de la placer en liquidation. Ce § 4, on a dû le sauter au CSA. Autre paradoxe.

Chacun connaissait, y compris au CSA, la date de l’audience de la fin mai, et quelle décision fatale allait être prise. Pourquoi donc ne pas attendre, pourquoi se précipiter, au risque de troubler, et les salariés, de loin les plus fragilisés, et les actionnaires, et le tribunal, par une décision hâtive et surtout infondée ? Deux jours avant l’audience du tribunal ? Pour troubler le jeu local, pour mettre en porte-à-faux les politiques : est-ce le rôle du CSA ? »

J-Marie Belin