19 Mar

Plainte du FN : retour au tribunal pour les époux Portheault et le journaliste toulousain Pascal Pallas

L’affaire de la plainte pour diffamation du FN contre les époux Portheault pour laquelle le journaliste rédacteur-en-chef de la Voix du Midi Pascal Pallas avait été poursuivi pour complicité par le juge d’instruction et renvoyé lui aussi devant le tribunal, rebondit en appel. Le parquet de Toulouse a fait appel du jugement en première instance. Selon l’avocat du journaliste, l’appel du parquet est consécutif à la contestation par le Front National des condamnations pécuniaires à son encontre.

L’audience devant la Cour d’Appel de Toulouse est fixée au 11 mai 2015.

L’affaire aurait dû s’arrêter le 26 février dernier lorsque le tribunal a prononcé la relaxe des prévenus, condamnant même le Front National pour procédure abusive à verser 1000 euros à chacune des personnes mises en cause.

Cette affaire avait fait grand bruit dans le monde de la presse : ce couple, anciens militants FN, révélait dans un article de la Voix du Midi publié fin 2013 les propos racistes émanant de cadres du FN 31 à l’encontre de Nadia Portheault, d’origine maghrébine. Le FN avait porté plainte pour diffamation contre le couple (pas contre le journal ni le journaliste) et c’est le juge d’instruction qui avait convoqué et mis en examen Pascal Pallas pour complicité en tant qu’auteur de l’article avant de le renvoyer devant le tribunal correctionnel.

La justice va donc pour la seconde fois juger une affaire de presse où la diffamation n’est pas constituée : le journaliste donnait dans son article la parole au Front National qui se défendait. Ce faisant, il montrait qu’il avait écrit son article « de bonne foi », ce qui est un élément juridique imparable en droit de la presse.

Je rappelle encore une fois sur ce blog que le soutien apporté par la profession à Pascal Pallas n’est pas une simple émanation d’un quelconque corporatisme : la liberté d’expression dont on parle beaucoup depuis l’attentat de Charlie Hebdo passe aussi par la liberté de la presse, qui s’exerce en France en respectant les lois en vigueur (en matière de diffamation, d’injure, de respect de la vie privée ou de présomption d’innocence).

Poursuivre l’auteur d’un article (et non le directeur de la publication comme le prévoit la loi) c’est mettre au-dessus de la profession de journaliste une sorte de menace permanente qui pourrait conduire à de l’auto-censure, et donc desservir le lecteur. Poursuivre un journaliste alors qu’il n’a fait que son métier, c’est s’en prendre aussi à tous les citoyens qui ont droit à une information libre.

FV