20 Déc

Sivens, un barrage contre les journalistes

La liberté de la presse ce n’est pas simplement un grand principe que l’on érige face aux dictateurs ou aux régimes totalitaires. La liberté de la presse doit s’exercer partout et tous les jours. En démocratie, les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier librement, sans entrave. Même à Sivens.

Depuis des mois autour du dossier de ce barrage dans le Tarn, on ne compte plus les journalistes bousculés, voire exfiltrés manu militari, les véhicules siglés de la presse tagués ou aux pneus crevés, les injures, les crachats, les projectiles…

Certains journalistes ont été obligés de couvrir des manifestations anti-barrages avec à leurs côtés des gardes du corps ! D’autres ont subi les foudres musclées des pro-barrages, parfois sous les yeux des forces de l’ordre qui n’ont pas bougé un orteil !

Ceux qui s’opposent et ceux qui sont favorables au barrage ont au moins ce point en commun : il y aurait la bonne et la mauvaise presse, les bons et les mauvais journalistes, qui varient forcément selon côté où l’on se place. Reconnaissons cependant que ces agités, de part et d’autres, sont minoritaires.

Jeudi 18 décembre, lors de la manifestation des agriculteurs du Tarn-et-Garonne favorables au barrage, plusieurs journalistes ont été de nouveau pris à partie et chassés par les manifestants.

Photo Grégoire Souchay / Reporterre

Photo Grégoire Souchay / Reporterre

C’était le cas du rédacteur de Reporterre qui raconte sur le site du journal cette désagréable mésaventure.

Alors donc, parce qu’un journaliste représente un média qui ne pense pas forcément comme vous (en l’occurence ici un journal qui se revendique écologiste) il faut l’insulter, le pourchasser ?

Ça vous a peut-être échappé, mais la ligne éditoriale du Figaro n’est pas tout à fait la même que celle de l’Humanité. Pareil entre Marianne et Valeurs Actuelles.

Et si vous rêvez d’un monde où tous les médias reproduisent exactement ce que vous pensez, sans jamais donner la parole à votre voisin qui pense autrement, alors bienvenue en Corée du Nord, dans le Chili de Pinochet ou la RDA des années 80.

Mais si vous voulez vivre en France en 2014, avoir le droit de manifester, de donner votre avis quand vous voulez, de voter librement pour qui vous voulez, alors laisser travailler les journalistes, tous les journalistes, et battez vous pour vos idées, pas contre la presse.

FV