18 Août

Que faut-il retenir de la fausse info sur la mort de Chirac ? [Ah les journalistes !]

Je ne sais pas vous mais moi, quand je lis un truc sur le site internet d’un grand média national de référence, j’en déduis que l’info est vraie, qu’elle est vérifiée-recoupée et que je peux faire confiance au média en question.

Dimanche 17 août, L’Express.fr a publié un article d’un contributeur  qui indiquait que l’ancien chef de l’Etat Jacques Chirac était décédé durant ses vacances au Maroc. L’Express a ensuite retiré cet article, mais le mal était fait.

Jacques Chirac n’est pas (encore) mort mais la crédibilité des journalistes vient de prendre une nouvelle balle dans le flanc ! 

L’Express a publié ce lundi un article d’explication et d’excuses, mais qui renvoie surtout la responsabilité de la fausse info sur un autre site internet,jeuxvideo.com, accusé par l’hebdomadaire d’avoir fomenté le complot et de n’avoir pas respecté la charte de publication de l’Express. C’est pas moi, c’est lui !

Ce qui est plus surprenant ici de mon point de vue, c’est que L’Express justifie dans cet article d’explication publier des contributions sans en contrôler le contenu a priori comme l’indique cette mention en fin d’article :

« Les propos et infos de cet article n’engagent que son auteur. La rédaction de LEXPRESS.fr n’a pas vérifié ni validé cet article. »

Ainsi si vous regardez bien la capture d’écran ci-dessous, ce qui intrigue c’est ce petit panneau en haut à droite « Non vérifié » :

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Cela apparaît un peu comme un label : une sorte de « logo maison ». Un peu comme « info exclusive » ou « révélation », que l’on sert à toutes les sauces. Mais avouez quand même que « Non vérifié », ça fait un peu froid dans le dos.

Assumer ainsi comme L’Express le statut d’info « non-vérifiée », c’est pour un journaliste un peu comme si votre médecin décrétait que vous avez un cancer sans vous faire passer le moindre examen !

L’Express a beau nous dire aujourd’hui qu’il a été victime de contrefacteurs qui ont abusé de lui, la vraie victime, après Jacques Chirac bien-sûr, c’est le lecteur !

Que nous dit L’Express :

« Certains lecteurs ont cependant cru qu’il s’agissait d’informations émanant de la rédaction de L’Express. Nous leur présentons toutes nos excuses et réfléchissons à une manière de présenter les choses de façon encore plus claire, pour éviter toute ambiguïté si un tel cas venait à se reproduire. « 

Oui, on vous confirme, cher L’Express, que quand un article est publié sous votre bannière avec à droite votre widget Facebook et toute la mise en forme habituelle du site, alors oui, on vous le redit, le lecteur peut croire qu’il s’agit d’un de vos articles.

Mais lisons encore ceci :

« A savoir également: avant validation par la rédaction de L’Express,les articles comme celui-ci ne sont ni référencés sur les moteurs de recherche sur Google, ni mis en avant d’aucune manière sur le site. Pour en trouver trace, il faut se rendre dans la page profil de l’internaute concerné. Dès que L’Express a connaissance, comme ici, d’un abus, le post est immédiatement mis hors-ligne -cela a notamment été le cas en moins d’une heure dimanche. Sans action malveillante, un article non-vérifié ne sera donc lu par personne. »

Ceci montre soit une véritable crédulité, soit un mensonge : tout auteur d’un article sur le web se précipite pour le « partager » dès publication sur les réseaux sociaux (facebook, twitter, google+, etc). Croire qu’il ne sera lu par personne avant validation c’est se moquer du monde… de 2014  ou tout ignorer de la puissance de la « viralité » d’une info !

Mais alors, pourquoi ne pas attendre la validation pour publier ?

Car ce qu’attend le lecteur du journaliste c’est la vérification d’une information, aussi importante soit-elle, AVANT publication ! Et dans ce cas précis, vu l’étendue du carnet d’adresse de la rédaction de L’Express et particulièrement de son médiatique directeur à l’écharpe rouge, la vérification d’une telle information ne devait pas prendre plus de 10 minutes, même pendant le week-end du 15 août ! Or l’article est resté en ligne plus d’une heure !

Certes, les journalistes publient souvent des infos émanant de sources « non-officielles ». En somme des infos « non-confirmées », mais qu’on ne peut pas qualifier de « non-vérifiées » si les sources du journaliste sont fiables. De même, les journalistes usent aussi abondamment (parfois trop) du conditionnel pour faire comprendre à leurs lecteurs que l’info qu’ils publient ne porte pas forcément le label « vérifiée, recoupée ».

Bref, le but de ce post n’est pas de jeter la pierre à L’Express mais de profiter de cet incident pour « faire avancer le Schmilblick » dans le bon sens. L’idée de l’hebdomadaire d’ouvrir son site internet aux contributeurs extérieurs à la rédaction à travers le concept « Express yourself » est plutôt bonne. Mais elle montre là ses limites. Soit les contributeurs sont « de confiance » et peuvent publier sans validation de la rédaction, mais dans ce cas on créé une sorte de seconde rédaction, soit chaque article est validé avant publication ce qui va donner un boulot monstre aux « validateurs ».

C’est quand même cette seconde solution qui a ma préférence.

FV