09 Sep

La BD fait sa rentrée. Tananarive ou l’aventure en héritage, un récit de Sylvain Vallée et Mark Eacersall

Le dessinateur Sylvain Vallée rêvait de prendre une année sabbatique, de s’éloigner un peu de la bande dessinée, jusqu’au jour où il reçoit le scénario de Mark Eacersall et en tombe raide dingue pour la simple et bonne raison qu’il mettait en scène deux vieillards. Bingo ! Tananarive est l’un des plus beaux albums de la rentrée. Une histoire à la fois intime et universelle, douce et dingue, dramatique et poétique…

Bon, on ne va pas vous faire languir sur le coup, vous obliger à lire cette chronique jusqu’à la dernière ligne, on vous le dit d’entrée, l’album de Sylvain Vallée et Mark Eacersall est un pur bonheur, un gros chef-d’oeuvre, le genre de bouquin qui vous fait aimer encore plus la bande dessinée. De la première à la dernière page, tout est un régal, les dialogues, les dessins, le découpage, le rythme, les couleurs et bien sûr l’histoire.

L’histoire justement, celle d’un notaire, Amédée, le chauve avec son imper et son faux air de Jérôme K Jérôme Bloche, vous savez le détective de Dodier, ici en version retraité. Cette ressemblance tombe bien parce que le notaire, enfin l’ex-notaire, se transforme dans le récit en détective. C’est pour ça qu’il a ressorti l’imper. Pour faire vrai. Et la petite Triumph cabriolet sport qui va bien. L’aventure avec un grand A ne se vit pas avec un monospace tout de même.

© Glénat /Vallée & Eacersall

Tout commence un soir chez Jo, son ami le plus proche. Sa maison est en face de la sienne. Tous les deux refont le monde à la façon du film Un Singe en hiver avec Gabin et Belmondo. Un verre à la main, Jo raconte sa vie d’aventurier, Diên Biên Phu, la Mer rouge, les pirates, les Guaranis… devant un Amédée conquis. Qui en redemande. Mais il est 11 heures, et il ne faut pas rater le sommeil de 11 heures lui dit Jo. La suite demain. Mais le lendemain, Jo meurt d’une crise cardiaque, laissant Amédée dans le plus grand désarroi. Prêt lui aussi à se laisser mourir.

Et puis non ! Amédée se ressaisit et décide de partir à la recherche des héritiers. Pas de testament, pas d’enfants connus. Amédée va devoir retrouver les traces de l’état civil de son ami, aller à Madagascar où il disait être né avant de voyager partout à travers le monde. Madagascar ? Non, finalement, ce sera Charleville. C’est marqué sur l’acte de décès, en toutes lettres : « Monsieur Joseph Gaston Seigneur, né à Charleville ». Celui qu’il croyait connaître par coeur avait ses petits et grands secrets. Et Amédée n’a pas fini d’en apprendre sur son ami…

© Glénat /Vallée & Eacersall

Magistral ! je vous le disais. Sylvain Vallée et Mark Eacersall mettent en scène une aventure humaine à la fois pleine de poésie, de sagesse et de drôlerie entre deux septuagénaires, le premier qui n’a pas franchement profité de la vie, pépère avant l’heure, et le second, qui l’a passée à travestir la réalité, fantasmer un destin d’aventurier au long cours Tananarive parle de l’amitié bien sûr, de la mort un peu, de la vie beaucoup, de ce qu’on en fait, de ce qu’on laisse en héritage. Un tourbillon d’émotions !

Eric Guillaud

Tananarive, de  Sylvain Vallée et Mark Eacersall. Glénat. 19,50€