12 Sep

Comment expliquer le succès des Journées du Patrimoine ? Une ethnologue nous répond

IMG_4086

C’est devenu une tradition. Voilà 33 ans que les Journées Européennes du Patrimoine s’inscrivent dans le calendrier de la rentrée. En 2016, 12 millions de Français (120 000 à Bordeaux) ont pris d’assaut les musées, les monuments et autres édifices, anciens ou contemporains, désireux de connaitre l’envers du décor.

Pour tenter de comprendre cet engouement, l’ethnologue bordelaise Marie-Dominique Ribéreau-Gayou nous éclaire sur le sujet en 4 questions.

Comment interprétez-vous ce succès populaire ?

On peut penser que le patrimoine joue un rôle analogue à celui que représente, à l’échelon de la famille, la maison héritée des générations précédentes : fournir des repères stables quand tout bouge autour de soi…

Mais je pense que cela ne suffit pas à expliquer cet engouement. Le patrimoine, c’est aussi un miroir de nos sociétés et de l’humanité en général.

Dans ce qui se discute autour du patrimoine – les palombières, par exemple, sont-elles des objets patrimoniaux ?–, j’entends aussi des questions philosophiques fondamentales : que devons-nous conserver comme trace à la fois de notre humanité commune et de nos différences locales ?  D’où venons-nous, en tant que membres d’une société et d’une culture ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui ? Et là-dedans, qu’est-ce qui est commun aux 7 milliards d’êtres humains : des objets matériels, des objets culturels, des valeurs, des symboles, l’eau, l’air ?  Dans ce que nous faisons aujourd’hui, qu’est-ce qui, pour les générations futures, aura suffisamment de sens pour leur servir à se sentir membres d’une seule humanité par-delà leurs différences ? Et bien d’autres questions encore.

En somme, il y a une dynamique de réflexion sur soi et sur l’humanité dans son ensemble. Et ça, c’est extrêmement intéressant : c’est quand même la première fois dans l’histoire de l’humanité que les hommes ont l’envie et les moyens techniques de débattre ensemble de ce qui a un sens, une valeur pour eux. On constate le même phénomène à propos du changement climatique.

IMG_4097 bis

Comment en est-on venu à parler de « patrimoine mondial » ?

A l’origine, le mot « patrimoine » désignait uniquement les biens que le père de famille transmettait à ses descendants. Aujourd’hui, mon patrimoine inclue aussi  la ravissante église romane de mon village qui est un patrimoine que je partage avec le reste de l’humanité. C’est-à-dire qu’on est passé d’une idée individuelle du patrimoine à une idée collective.

La mondialisation a provoqué une modification importante du sens donné à « patrimoine ». Cette première ouverture a permis toutes les autres. En fait, depuis qu’elle s’est émancipée du cercle de la famille, la notion de patrimoine n’a pas cessé de s’élargir, de s’enrichir – ou de se diluer un peu trop selon le point de vue !–. Elle a évolué à la fois dans sa nature et géographiquement : patrimoine local/national/universel mais aussi patrimoine culturel (langues, traditions), patrimoine naturel (à toutes les échelles, du village à la stratosphère) et, tout récemment, patrimoine génétique.

Attention, quand on parle de « patrimoine génétique« , aujourd’hui on ne désigne plus seulement ce qui se manifeste dans les maladies héréditaires ou la fossette au menton que se transmettent les descendants de tel ancêtre. On ne parle pas, non plus, seulement des caractéristiques d’une population, comme le taux exceptionnellement élevé de gens du groupe sanguin O négatif chez les Basques. « Patrimoine génétique », ça désigne aussi maintenant l’ensemble des caractéristiques des plantes et des animaux  qui constituent des ressources qui devraient permettre à l’humanité, entre autres, d’adapter l’agriculture et l’élevage aux besoins qu’on ne connaît pas encore.

A ce propos, il faut noter que, au cours de son évolution, l’idée de patrimoine a embarqué un certain nombre de principes et de valeurs comme celle de « devoir » (devoir de préserver pour transmettre en bon état), celle de « respect des générations futures » (plus ou moins associé au principe de précaution), celle de « bien commun » ou encore celle d' »identité ». Cette dernière idée sert parfois d’ailleurs des projets idéologiques plutôt troubles pour ne pas dire malsains !

Journées du patrimoine 2017

Pour quelle raison cette notion de « patrimoine » ne cesse-t-elle de s’élargir ?

En fait, dans les sociétés occidentales, Le cheminement suit, avec un certain décalage, les évolutions sociales, techniques, scientifiques et philosophiques. Par exemple, la modification de l’importance de la famille dans la société a favorisé le glissement de l’individuel au collectif. Le développement de l’éducation grâce à l’école obligatoire, libre et gratuite annonçait l’idée de « patrimoine culturel ». Les progrès scientifiques qui montrent qu’il n’existe pas de races mais une seule et unique race humaine en même temps que le développement de la connaissance du monde, des transports, du tourisme et des outils virtuels, tout cela déroule le tapis rouge au « patrimoine universel« . La prise de conscience des problèmes environnementaux, des limites des ressources naturelles a fait le lit du « patrimoine naturel ». Les craintes suscitées par l’appauvrissement des ressources dû, notamment, à l’excès de sélection sur la faune et la flore ouvrent maintenant la porte au « patrimoine génétique ». Bref, l‘idée de patrimoine s’élargit, en fait, au fur et à mesure que notre conscience et notre connaissance du reste du monde s’enrichissent.

Il serait donc illusoire de faire « comme si » le patrimoine était une réalité objective, fixe, immuable !

Ce n’est pas la peine d’essayer de dresser une liste  de ce qui est patrimoine en pensant que cette liste sera définitive, au moins pour ce qui concerne le passé et qu’il suffira de rallonger la liste avec les nouveaux patrimoines qui apparaîtront dans les siècles à venir pour définir le patrimoine. En fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, le patrimoine nous parle moins du passé que du présent et de notre vision du futur.

En  résumé, je dirais que le patrimoine ce n’est pas une réalité en soi, ferme et définitive, c’est une interprétation, toujours remise en cause. C’est un miroir, un reflet du monde et c’est pour ça que son contenu est intangible, qu’il bouge tout le temps. C’est pour ça aussi qu’il est si riche en significations, en symboles. Mais aussi en idéologies et en intentions politiques.

PATRIMOINE_TROGLODYTE_DE_L_ESTUAIRE-00_01_28_09

L’UNESCO défend le repas gastronomique français, la cuisine mexicaine ou le pain d’épices de Croatie du Nord… Certaines pratiques sociales, traditions orales et événements festifs sont désormais inscrits sur la liste du patrimoine immatériel.  Pourquoi est-ce si important ?

Le patrimoine est désormais un ensemble évolutif de biens collectifs matériels et immatériels, hérités des générations précédentes. Il peut s’agir de biens appartenant à un groupe (cabanes de pêcheurs de l’estuaire de la Gironde; pratiques thérapeutico-religieuses des chamans amérindiens, etc.), ou à une nation (monuments historiques, langue, traditions, héros, etc.) ou, plus récemment, à l’humanité entière (patrimoine mondial de l’Unesco, ressources naturelles, biodiversité, etc.). On a l’impression que tout et n’importe quoi peut devenir patrimoine au gré des intérêts des nations et des groupes de pression alors que tous les objets patrimoniaux n’ont pas la même importance, c’est-à-dire pas la même valeur d’incarnation d’une identité spécifique ou de symbole. Ce n’est pas totalement faux et cela dévalorise un peu les classements.

Mais cet inventaire à la Prévert, certes un peu déroutant, ne doit pas masquer l’essentiel : dans le grand fourre-tout du patrimoine s’élabore aussi, par tâtonnements, le sentiment d’une appartenance à la même humanité, celle qui a décoré la grotte de Lascaux et fait le premier pas sur la lune. Il s’y amorce aussi, on peut l’espérer, le dessin à grands traits d’un futur partagé sinon commun.

Personnellement, j’ai l’impression d’être plus profondément citoyenne du monde depuis que les manuscrits de Tombouctou,  les temples de Palmyre, la forêt amazonienne et les pandas géants sauvages de Chine font parti de mon patrimoine de française au même titre que la Tour Eiffel, la gastronomie, la laïcité, le festival d’Avignon ou le Provençal ! C’est important ça, non ?!

Marie-Dominique Ribereau-Gayon est Docteure en Anthropologie sociale et culturelle. Ses recherches portent sur l’évolution des relations à la nature, des traditions et des identités culturelles liées au territoire.    
Bibliographie 
« Prenez la vie côté cabane ! » : les cabanes landaises dans les stratégies commerciales et publicitaires », in B.Brun, A-H. Dufour, B.Picon, M-D. Ribereau-Gayon (eds.),Cabanes, cabanons et habitats temporaires, 2000, Editions de Bergier : 71-88. Accès gratuit : http://www.ecologie-humaine.eu/documents/seh_cabane/cabane_09_ribereau-gayon.pdf

Chasseurs de traditions – l’imaginaire contemporain des Landes de Gascogne, 2001, Paris, Editions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 380 p.

« La Rosière, incarnation et médiatrice d’une nouvelle ruralité », Norois, 2007/3, n°204 :53-65. Accès gratuit : https://norois.revues.org/1440

« La légitimité de la forêt des Landes de Gascogne du XIX ème siècle à la tempête de 2009 », in Tempêtes sur la forêt landaise- histoires, mémoires, 2011, Mont-de-Marsan :L’Atelier des Brisants: 165-181. https://www.lu-et-cie.fr/livre/9782846231084-tempete-sur-la-foret-landaise-histoires-memoires-collectif/

« Qu’est-ce qu’une « race animale pure » ? La fabrication de la race bovine bordelaise », avec Patricia Pellegrini, revue d’Ethnoécologie, 2014. Accès gratuit :https://ethnoecologie.revues.org/1680

« Les nouveaux jardins publics de Bordeaux- La construction d’une culture de la nature », avec Dominique Prost, in Menozzi M.-J (ed.), Les jardins dans la ville, entre nature et culture, 2014, Collection « Espaces et Territoires », Presses Universitaires de Rennes : 107-123. http://www.ecologie-humaine.eu/fr/fichiers/PubPFR_JARDINS.htm

08 Sep

La renaissance du château-fort de Langoiran, l’oeuvre de toute une vie

L2

A l’approche des Journées Européennes du Patrimoine qui auront lieu les 16 et 17 septembre prochain, partons à la découverte d’un château méconnu qui vaut vraiment le détour : la forteresse médiévale de Langoiran, construite dans l’Entre-Deux-Mers à la fin du XIIIème siècle. Sa restauration force l’admiration.

L4

Voilà 44 ans que Robert Bibonne, professeur d’histoire et propriétaire du château, s’évertue à le remettre debout, réalisant chaque jour un rêve d’enfant.

C’est à l’âge de 7 ans qu’il tombe sous le charme du château-fort, représenté sur une carte postale qui déclenche en lui un attrait irrésistible. Le petit garçon habite alors Talence et, sans doute poussé par un élan chevaleresque, prend son vélo pour rejoindre la forteresse par des chemins caillouteux. C’est l’éblouissement devant une ruine, l’édifice étant inoccupé depuis 350 ans.

L5

Ce souvenir ne le quittera plus, à tel point que devenu jeune homme, il n’hésite pas à l’acheter lorsque l’opportunité se présente en 1972, se lançant dans une folle aventure.

L’accès au château se fait alors par une simple passerelle, il faut commencer par construire un pont et déblayer des tonnes de remblais. La lutte contre la végétation est un combat qui va durer des années. Une centaine d’arbres sont arrachés dans l’enceinte même de la forteresse.

L7

Les travaux sont titanesques. Sans fortune et sans subvention, Robert Bibonne et son épouse décident de créer une association, les Amis du château, pour recueillir des fonds et organiser des chantiers de bénévoles. Pendant 20 ans, 2500 personnes de toutes nationalités se sont ainsi relayées pour faire revivre le château.

Revivre est bien le mot. Le château est habité par les propriétaires qui, par leur seule présence, lui donnent un supplément d’âme. On y entre un peu comme dans une belle demeure, accueilli par des fleurs élégamment mêlées à la rocaille. Pas banal dans une forteresse !

Des fêtes médiévales y sont également organisées et plus de dix mille visiteurs y viennent chaque année, dont de nombreux écoliers. Deux chambres d’hôtes ont été aménagées pour offrir aux amateurs d’histoire un voyage dans le temps et parfois, des baptêmes et des mariages sont organisés dans la chapelle.

L6

Bref, ce château au riche passé, autrefois propriété de grands seigneurs, continue à écrire son histoire, une histoire vivante qui illustre à merveille la passion du patrimoine.

L3

 

La forteresse médiévale sera bien sûr ouverte à la visite lors des Journées du Patrimoine.

Amis du château de Langoiran
Château de Langoiran
33550 Langoiran

Tel : 05 56 67 12 00

chateaudelangoiran@hotmail.fr

18 Juil

Cap sur la couleur au port de Biganos

FTV0672-00_00_07_08
C’est un décor de carte postale posé sur le port de Biganos. Des cabanes de toutes les couleurs qui font le bonheur des peintres et des photographes. Mais que se cache-t-il derrière cette image d’aquarelle ?

Bien à l’abri du vent du large, ce petit port champêtre est une curiosité, créé dans la forêt sur un bras de l’Eyre, la rivière qui se jette dans le Bassin d’Arcachon.

Un site préservé où vous ne trouverez ni commerce ni restaurant.

FTV0562-00_00_01_15

Nous entrons dans le port à bord d’une barque à fond plat qui offre une navigation paisible au coeur d’un paysage sauvage.

Notre embarcation est une galupe comme celle que l’on trouve au Courant d’Huchet, remise au goût du jour par notre guide Yannick, un enfant du pays qui propose des balades dans le Delta de l’Eyre, la rivière qui se jette dans le Bassin d’Arcachon.

Nous croisons des poissons évoluant dans l’eau saumâtre, mélange d’eau douce et d’eau salée, et d’innombrables libellules dont la présence est toujours un signe de qualité de l’environnement.

FTV0609-00_00_00_14

Le village apparaît derrière les arbres dans ce pays plus agricole que maritime. Autrefois, les cabanes tournaient le dos à l’Eyre, s’ouvrant côté champs. Les paysans ne partaient à la pêche qu’en hiver et y rangeaient leur matériel et leurs outils.

Contrairement aux apparences, il ne s’agit donc pas de cabanes ostréicoles, la culture de l’huître étant impossible dans cette partie du Bassin.

FTV0653-00_00_02_04

Quant aux couleurs, elles sont apparues tardivement, dans les années 1990, lorsque le site a été classé. jusque-là, elles étaient simplement peintes à l’huile de vidange et gardaient leurs teintes boisées.

Une jolie façon de veiller sur ce patrimoine fragile pour la mairie de Biganos. L’endroit pittoresque est devenu un spot pour les touristes… Venez le découvrir avec nous, côté coulisses (images Dominique Mazères, montage Olivier Pallas, mixage Véronique Lamartinière).

FTV0695-00_00_00_22

Et pour en savoir plus et préparer votre visite, il existe un ouvrage, le petit guide des ports de Biganos, signé Yves Dessales, membre de la Société Historique et Archéologique du Bassin d’Arcachon et du Pays de Buch.

biganos

06 Juil

3 étoiles pour la Place de la Bourse à Bordeaux

FTV1318-00_00_07_13

C’est la bonne nouvelle régionale du guide Michelin qui vient de paraître.

L’emblématique Place de la Bourse recueille trois étoiles dans l’édition 2017 du guide Michelin Bordeaux week-end. Jusque-là, seules deux places en France avaient obtenu cette distinction, la Place de la Concorde à Paris et la Place Stanislas à Nancy.

« Qui vaut le voyage » est l’appréciation correspondant à cette récompense rare. 9 critères sont exigés, allant de la valeur du patrimoine à la qualité de l’accueil du public. Au total,15 nouvelles étoiles ont été attribuées à la seule ville de Bordeaux, dont une au Pont de Pierre. 

FTV1351-00_00_01_15 (1)

Une validation qui demande du temps. Il aura fallu attendre plusieurs années d’observation avant que le jury considère que toutes les conditions étaient réunies. Actuellement, c’est la Cité du Vin qui est en cours d’évaluation.

Au-delà de Bordeaux, Saint-Emilion est également scrutée de près. La cité viticole, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, figure dans « la très petite liste des villages susceptibles de décrocher les trois étoiles« . Réponse dans la prochaine édition !

Pour en savoir plus, regardez notre reportage dans lequel est interviewé Philippe Orain, le rédacteur en chef du guide Michelin Bordeaux Week-end.

03 Juil

Le jardin de Rose, paradis des fleurs

ROSE2

C’est une oasis bien cachée derrière ses murs de pierre envahis de végétation, au coeur du village de Caudrot près de Langon, dans le Sud-Gironde. On y croise mille et une plantes mais une seule Rose, la jardinière au prénom prédestiné qui s’adonne à ses protégées, sans compter depuis 45 ans…

Ce jardin, je l’ai fait au fil du temps, selon les mois, les années, mes voyages, ma vie…

ROSE3

Chaque jour, Rose Dulou transporte une centaine d’arrosoirs, dédaignant le vulgaire tuyau. Elle préfère maîtriser les quantités d’eau avec une façon bien à elle. Elle se sert de l’arrière de l’arrosoir, pour faire une petite cascade, plutôt que d’utiliser le goulot !

Je pense qu’il faut être un peu branque pour faire ça ! On a la tête en bas du matin au soir et c’est jamais fini, c’est sans fin… Ce n’est pas un tableau qui s’achève et c’est sûrement ça que j’aime…

En fait, Rose n’a pas dessiné un jardin, mais trois en un, d’inspiration française, anglaise et japonaise. Patiemment, c’est elle qui a tout planté, au gré de son imagination. Une attention de tous les instants sur ses 1600 m² de terrain.

ROSE 5

Une oeuvre vivante, remarquée par la Société d’Horticulture de la Gironde qui lui a décerné le label des « beaux jardins » destinés aux particuliers. Une récompense accueillie en toute humilité.

Je suis une petite fourmi car je me sens très petite quand je vois ce qui émerge du sol sans moi… Mes mains guident pour que ce soit harmonieux mais sans moi, elles poussent les plantes. Je trouve que c’est magique, presque un miracle…

ROSE

Venez vous émerveiller avec nous dans le jardin de Rose qui reçoit les visiteurs uniquement sur rendez-vous…


25 Juin

Les belles transhumances de la vallée de l’Isle

S_DECOUVERTE_bergere_de_la_Vallee_de_l_Isle-00_00_02_23

Loin des Pyrénées, il existe des transhumances plus discrètes mais tout aussi impressionnantes. Dominique Sancier Trèmoureux, la bergère de la ferme du Paillot, change régulièrement ses brebis de pâturages. Le jour où nous l’avons rencontrée, par une matinée écrasée de soleil, elle conduisait un troupeau de 400 brebis pressées de déguster l’herbe fraîche.

BERGERE 2

C’est du sport ! On est toujours en forme… Il faut avoir l’oeil sur le troupeau, sur les chiens, sur les voitures éventuelles…

BERGERE 7

Toutes ces brebis appartiennent à la race des « Blanc du Massif Central ». Elles sont nées à la ferme du Paillot à Saint-Antoine sur l’Isle, nourries avec le fourrage produit sur place, élevées en bio pour leur viande. L’agnelage a lieu toute l’année. Une éclosion à chaque saison.

BERGERE 5

Les brebis ne sont pas toutes de la même couleur, crème ou noires. Ces différences intéressent beaucoup Dominique qui souhaite utiliser leur laine plutôt que de la jeter comme le font aujourd’hui tous les éleveurs.

Elle expérimente actuellement un manteau protecteur sur Noisette, l’une de ses protégées. Un manteau venu de Nouvelle-Zélande pour garantir la qualité de la matière.

BERGERE 15

Bientôt, une centaine de bêtes sera équipée pour relancer une fabrication artisanale oubliée : la confection du feutre, que l’on obtient en mélangeant les fibres avec de l’eau et du savon.

Progressivement, la laine devient tissus et peut servir de base à beaucoup de créations : tapis de yoga et tapis de jeu pour enfant 100% naturel, tapis de selle pour chevaux…

BERGERE 9

BERGERE 8

De quoi ouvrir de nouveaux horizons à la ferme du Paillot pour continuer à cultiver un mode de vie hors des sentiers battus…


Les Landes, voyage à travers la gravure

546a0c4c7953c

C’est un beau voyage dans le temps que proposent Jean-Jacques Taillantou et Gilles Kerloc’h dans cet ouvrage qui vient de paraître aux Editions Cairn (Pau). Un panorama à partir de gravures et de dessins signés notamment Paul Kauffmann et Camille Bonnard.

Loin de l’image d’Epinal des bergers sur échasses et des résiniers perchés dans les pins, les auteurs nous dévoilent des aspects plus méconnus des villages, des bords de rivières, des embouchures de courant, du littoral et des scènes de la vie quotidienne. On y voit les premiers trains surgir dans le désert ou des dunes de sable se perdre dans une mer de nuages, comme le montre le graveur Jean-Edouard Dargent et l’écrit Arthur Mangin en 1866 dans un livre intitulé Le désert et le monde sauvage :

On a comparé avec raison l’aspect général des dunes à celui des vagues de l’Océan ; ce sont bien des ondulations, des flots de sable soulevés par le vent, comme les flots de la mer, et participant de leur mobilité. Il faut voir ces contours si moelleux qu’on dirait des montagnes de plâtre polies par la main de l’ouvrier, et dont la surface est si mobile qu’un petit insecte y laisse sa trace très visible.

L’auteur semble fasciné par « cette éternelle nudité, sans un brin d’herbe, sans un atome de végétation ; cette solitude moins imposante que celle des montagnes, mais plus sauvage encore ».

Une vision aux accents romantiques, empreints de cette époque du XIXème siècle où les Landes apparaissaient comme une terra incognita. Nul doute que ce voyage à travers la gravure permettra à tous les amoureux du pays landais de se plonger dans les mystères de ses jardins secrets.

les-landes-voyage-a-travers-la-gravure

24 Juin

Le château de la biodiversité

a1

C’est un domaine où le printemps éclate de tous côtés. Sous un grand ciel bleu, la vigne inondée de soleil vit dans un milieu semi-naturel où fleurit une biodiversité inattendue. Nous sommes au château d’Esther à Saint-Loubès en Gironde.

AG

Ici, on ne visite pas tout de suite le chai… On prend le temps de s’attarder sur une vieille barrique récupérée pour servir d’abri aux hérissons, « l’ami du jardin » bienvenu dans le vignoble. A quoi servent-ils ? La réponse contient en elle-même toute une philosophie.

Nous protégeons les hérissons… pas seulement parce qu’ils mangent les insectes !  Nous apprécions juste leur présence, ce que nous appelons ici la vie, nous sommes dans une ferme vivante.

A3

Voilà 15 ans qu’Eva et Thomas Fabian se sont lancés dans cette aventure exigeante. Oubliée, la monoculture qu’ils ont trouvée en arrivant.

Ils ont planté 200 arbres fruitiers qui ponctuent les rangs de vigne.

ad

Un verger qui profite des alluvions de la Dordogne. Une terre riche faisant l’objet de tous les soins, ignorant la moindre chimie. Chaque année par exemple, Thomas Fabian plante de l’avoine pour aérer la terre et l’enrichir naturellement en minéraux. Il concocte également des tisanes pour soigner le raisin bio, évidemment.

A7

Eva et Thomas ont également installé des ruches et 140 nichoirs pour accueillir les oiseaux.

Le château d’Esther est même devenu refuge de la Ligue de Protection des Oiseaux ! Au total, une vingtaine d’espèces ont élu domicile, attirés par les abricots, pêches et autres prunes.

aa

Bref, rien d’étonnant si l’on ressent un sentiment d’harmonie dans ce décor où tout respecte l’environnement.

Aujourd’hui, un paysan, on l’appelle un exploitant agricole… Moi, je préfère dire que je suis agriculteur car je n’exploite rien…

Hélas, depuis la réalisation de ce reportage, ce spectacle rayonnant a été anéanti par l’épisode de gel qui compromet toute production de vin en 2017.

Un printemps qui rappelle cruellement la force de la nature dans ce domaine où tout est fait pour la protéger.

Le château d’Esther organise régulièrement des expositions et des rendez-vous culturels… A déguster sans modération !

 

 

01 Juin

Bordeaux Jardins, l’histoire secrète des parcs de la Métropole

Que diriez-vous d’une longue balade de parcs en jardins dans Bordeaux et la Métropole ?  C’est ce que nous propose Philippe Prévôt. Un guide documenté et illustré, rempli d’anecdotes, qui tombe à pic (Editions le festin), à la veille des Rendez-vous aux jardins qui se tiennent ce week-end partout en France.

Au fil des pages, on y aborde le jardin comme un souvenir de paysage, belle expression reflétant bien l’importance du passé dans ces lieux que nous traversons tels des évidences, sans nous poser trop de questions…

Electre_978-2-36062-165-1_9782360621651

Peixotto, Bourran, Majolan, Laurenzanne, autant de noms familiers synonymes d’évasion loin de la foule et du bruit de la ville…

Des orangeries en passant par les serres, des gloriettes aux kiosques romantiques, des courbes délicatement tracées aux fleurs toujours bien sélectionnées, l’auteur nous emmène dans les secrets de ces espaces verdoyants et de leurs créateurs, les plus célèbres étant Louis-Bernard Fischer, qui réalisa notamment le Jardin public, et les Frères Bülher qui signèrent une vingtaine de parcs.

JARDIN 5

Au Jardin public, un jour de pluie…

Pour accompagner la lecture, retrouvez notre série de reportages sur le Jardin public en cliquant ici.

Bonne lecture et bonne balade !

RSS