18 Avr

Dernière ligne droite à gauche

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À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, les candidats de gauche terminent la première campagne dans la Ville rose. Parmi les prétendants, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou*.

À l’instar du candidat François Mitterrand pour sa campagne présidentielle victorieuse de 1981 et plus récemment de François Hollande en 2012, il est de tradition pour les candidats de gauche d’achever à Toulouse leur tour de France avant le premier tour.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise a fait son meeting sur la Prairie des filtres dimanche 16 avril. Selon les organisateurs, près de 70 000 personnes sont venues écouter le candidat mais les journalistes locaux s’accordent pour constater que la réalité avoisinerait les 50 000 auditeurs. Dans tous les cas, ce rassemblement est —à l’heure actuelle— le plus gros meeting toulousain de cette campagne présidentielle.

Sorti vainqueur de la primaire citoyenne de La Belle alliance populaire chapeautée par le Parti socialiste, Benoît Hamon est allé à la rencontre d’habitants des Izards et a donné un meeting le soir même au Zénith de Toulouse en réunissant un peu plus de 6 000 personnes.

Sur la liberté, vous disserterez

Propulsé par les intentions de vote et une campagne dynamique sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon semble également aimer la Ville rose. En août 2016, le candidat de la France insoumise était dans les jardins de l’observatoire pour sa rentrée politique. Par ailleurs, une fois élu président de la République, Jean-Luc Mélenchon pourrait choisir Toulouse pour « convoquer l’assemblée constituante et passer à la VIe République », explique-t-il sur son site de campagne.

Après la place du Capitole en 2012, le candidat s’approprie à nouveau l’espace public. En installant une scène rectangulaire au centre de la Prairie des filtres et visible à 360°, Jean-Luc Mélenchon réutilise la même philosophie scénographique qu’au moment de sa rentrée politique fin août 2016. Le défi est de taille car en ce week-end prolongé ensoleillé, les électeurs pouvaient être tenté de quitter la région. Le meeting débute à 15h mais une heure avant, on essaie de se frayer un chemin parmi la foule compacte. Rapidement, la prairie noircie de monde mais les structures métalliques installées et servant d’escaliers déversent encore ses torrents de curieux.

« Ah bah tiens, v’là un Insoumis ! »

Du monde il y en a mais à quelques minutes du début des interventions il est encore impossible de pouvoir estimer le nombre de participants. En attendant, les membres de l’équipe de campagne, à l’image d’Eric Coquerel, de l’économiste Liêm Hoang-Ngoc mais aussi de son directeur de campagne et toulousain Manuel Bompard répondent aux nombreux journalistes dont une télévision japonaise lors d’un point presse informel. Là, un garçon d’environ six ans échappe à la vigilance du paternel. En face du père, une femme s’exclame: « Ah bah tiens, v’là un Insoumis! ». Les visages sourient.

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Le moment fatidique approche, Jean-Luc Mélenchon apparait sur le quai de Garonne. Entouré par des policiers du Service de la protection, le candidat de la France insoumise salue ses supporters survoltés. « Maman regarde, il est là! », hurle une adolescente. Dès les premières minutes, le tribun de gauche attaque François Fillon où il promet de lui adresser « une veste électorale cousue main ». Dissertant sur le sujet de la liberté, il s’est notamment adressé directement aux journalistes. « L’heure de votre libération approche! », explique le candidat. Quand on connait le passif, parfois épidermique, entre Jean-Luc Mélenchon et la presse le représentant de la France insoumise veut mettre un terme aux conditions précaires des journalistes. « La peur des chefferies de rédaction » est « la peur de tous les maîtres qui tient les cerveaux », lance-t-il.

Après un peu plus d’une heure trente de meeting, l’eurodéputé est acclamé par ses supporters. La Marseillaise retentit sur la Prairie des filtres, exit l’Internationale bien connue par le peuple de gauche. Néanmoins plus tard, Bella Ciao se fait entendre et les connaisseurs reprennent avec conviction ce chant italien.

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Deux jours plus tard, c’est au tour de Benoît Hamon de se déplacer à Toulouse. Après avoir répondu à des questions d’un grand quotidien régional, le candidat socialiste est arrivé dans le quartier des Izards pour rencontrer des habitants et membres d’associations locales. Là, plusieurs tables et chaises étaient installées dans un grand espace vert public ombragé l’exercice peut s’avérer être périlleux et la discussion, parfois franche, est orientée sur les problèmes du quotidien tels que le chômage ou encore l’exclusion sociale. En répondant avec les axes forts de son programme, Benoît Hamon a fait de l’explication de texte sur le revenu universel d’existence, la légalisation du cannabis, …

Parmi les personnes venues, des mères mais aussi des adolescents très enthousiastes de voir de leurs propres yeux le candidat « vu à la télé ». Il faut dire que le lieu de la rencontre était bien choisi, à proximité d’un arrêt de bus qui traverse le quartier, c’est le passage obligé pour les habitants qui se déplacent en transport en commun. Ajoutez à cela la masse médiatique avec les caméras et les photographes, l’effet de curiosité est décuplé. Les échanges durent déjà plus d’une heure, ici, une femme discute avec une amie et s’étonne « putain, il est moins vingt ! J’ai oublié mes enfants à l’école ! ». Là, deux amies et adolescentes sont venues écouter le candidat et l’une d’entre-elle murmure à sa voisine: « c’est le moment de demander un stage! ». La discussion s’achève, vient le moment des selfies et photos. Un rituel immuable pour tous les candidats. Direction le Zénith de Toulouse pour le meeting qui débute dans plus d’une heure trente.

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La salle est déjà remplie et les organisateurs ouvrent les volets des dernieres rangées pour permettre au public de trouver des places supplémentaires. Au total, c’est plus de 6 000 personnes qui ont fait le déplacement pour le candidat socialiste. Au pied de la tribune, l’ancien maire de Toulouse Pierre Cohen, supporter de la première heure, prend le micro. Installés aux premiers rangs, les principaux élus locaux mais aussi des soutiens comme Cécile Duflot, son ex-concurrent Yannick Jadot qui s’est rallié au candidat vainqueur et enfin Carole Delga qui était pro-Valls au moment de la primaire.

Une haie d’honneur conduit le candidat jusqu’à la tribune et avant de gravir les quelques marches de l’escalier, un technicien installe le micro serre-tête sur le candidat. Sur scène, Benoît Hamon reprend le thème de la « liberté » et exhorte la jeunesse à garder « sa liberté et son courage ». Toujours à la tribune, le socialiste tacle le candidat d’En Marche. « Ce n’est pas une campagne électorale que mène Emmanuel Macron, c’est une OPA sur l’Elysée ».

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À la fin du discours, la Marseillaise fait vibrer le Zénith. Tous les élus locaux et personnalités nationales rejoignent le candidat. Ses plus fervents supporteurs hurlent son prénom et Hamon se retrouve avec un nombre impressionnant de téléphones sous le nez. Tous veulent leur selfie. Dehors, les policiers gardent un oeil attentif sur les environs. Le ballet des autocars s’élance. Plus que cinq jours avant le premier tour.