06 Août

Curro Romero à l’écart des lieux communs

Romero sans brin de romarinDes articles par dizaines, quelquefois même des livres entiers ressassent depuis des décennies les mêmes banalités sur Curro Romero. Jusqu’à l’écœurement.

Par charité, je ne donne pas le nom de leurs auteurs. Par charité, et aussi par goût de la justice. Car en fait d’auteurs, il s’agit souvent de copieurs. Il est spectaculaire de constater à quel point un artiste aussi original a pu susciter des textes aussi convenus.

C’est d’abord parce qu’il tranche avec cette antienne que le papier d’André Viard paru dans la dernière livraison de Terres Taurines a retenu mon attention.

Mais c’est parce que Viard a su mettre en scène avec grâce et légèreté sa rencontre avec le « Pharaon de Camas » (voilà que je m’y mets à mon tour, décidément!) qu’il m’a charmé.

Et c’est surtout parce que Curro Romero est réellement un artiste à part, qu’il répond avec beaucoup d’humour et pas mal de profondeur aux questions de Viard, qu’il m’a enthousiasmé.

Il faut noter que ce numéro de Terres Taurines (le n° 46) est un des plus réussis de la collection. On trouve également au sommaire la saga de la famille Urquijo, une rencontre avec Antonio Ferrera et un portrait de Juan Bautista.

Toros d’Urquijo pour Curro Romero, Antonio Ferrera et Juan Bautista. Curieux cartel, non?

31 Juil

Corbachista

Dernière rencontreOn sait tous où on était le 16 septembre dernier.
Tous, je veux dire, les aficionados.
Le 16 septembre 201, c’était le jour de José Tomás à Nîmes. On peut tous raconter notre journée. Comment on s’y est pris pour avoir une place, où on était placé dans les arènes, comment on a vécu la « chose ». Où on est allé manger après. Comment on n’arrivait pas à en parler. Comment on se disait que non, vraiment, ça ne valait pas la peine de retourner aux arènes l’après-midi. Vous voyez ce que je veux dire.
Moi comme les autres, je ne suis pas près de l’oublier, cette journée.
Et aujourd’hui, moins que jamais.
Ce jour-là, Isabelle Dupin, nous a fait poser côte à côte, Corbacho et moi. On a souri, du mieux qu’on a pu. Clic.
Je ne l’ai jamais revu.

JJ

Mille mercis à Isabelle Dupin.

Le dernier paseo d’Antonio Corbacho

Antonio Corbacho, est mort ce mercredi 31 juillet en milieu d’après-midi à Madrid, des suites d’une longue maladie, comme l’on dit, à l’âge de 62 ans. Né le 18 septembre 1951, dans la capitale espagnole, il fut novillero et débuta avec picadors en 1975 à la Roda. Dix ans plus tard, il défila à la Maestranza de Séville avant de rejoindre le rang des banderilleros où il toréa notamment  dans les rangs de Roberto Dominguez, David Luguillano et Sergio Sanchez avant de s’occuper des carrières de José Tomas, Sergio Aguilar, Victor Puerto, Alejandro Talavante, Arturo Macias, Esau Fernandez et dernièrement du novilero colombien Sebastian Ritter.

Considéré comme l’un des « gourous » de la préparation mentale et physique des toreros, Antonio Corbacho était un apoderado solitaire, à la fois visionnaire et atypique, forçant le respect de tous les professionnels du toreo. Un Seigneur…

zoc.

28 Juil

Toro Va ! Le torero à cheval

Il s’appelle Gabin Réhabi. C’est un des meilleurs picadors français à l’heure actuelle. Il est originaire d’Arles, et était hier à Beaucaire, pour piquer la corrida du Curé de Valverde.

Sur son compte twitter, on peut lire cette devise tomasiste : « Vivir sin torear no es vivir »…

24 Juil

Pas de comparaison possible

Plaza deSalou: Mathieu Sodore, Patrice Pouey et votre serviteur - photo D.R.

Pas de comparaison possible. Les gauchers qui estoquent de façon magistrale ne sont pas légion. Tenez, prenez ce formidable coup d’épée, en plaza de Saint-Sever, de Mathieu Sodore, maintenant artiste peintre à Lisbonne. Le geste est aussi sûr que sincère. Ayant été « du même bord » nous en avons souvent parlé, une fois reconvertis dans le péonage. Estoquer de la main gauche possède l’avantage sur les droitiers de mûrir une certaine réflexion, le temps de passer l’estoc à gauche. L’inconvénient c’est que l’on a l’air un peu gauche en changeant le matériel de mains, instant que peut choisir le cornu pour charger. Enfin, second handicap, les conseils de la cuadrilla, rarement informée de votre « particularité à babord ». Quand un banderillero nous signalait : « suerte natural », il nous fallait à l’inverse comprendre « suerte contraria »…

Matador, torero, espada, estoqueador et tous les autres noms ravissaient nos oreilles. Un seul nous rendait un brin perplexes: diestro…

magistrale estocade de Mathieu Sodore. Sans comparaison...photo DR

Chiasme (mon oeil !)

Juan José Padilla à Mont-de-Marsan

Dans les années soixante-dix, on en aurait certainement pondu quelques pages savantes dans une revue de Sciences Humaines. On aurait intitulé ça :

« Volonté de spectacle et spectacle de la volonté« ,

et on aurait glosé à l’infini sur le « Paradoxe Padilla »…

Soyons honnêtes : tout ça n’aurait jamais dû se produire. Il y a deux ans, Juan José Padilla, sympathique torero spectaculaire de la fin des années 2000, se dirigeait tout tranquillement vers une retraite moyenne, comme la carrière qu’il déroulait depuis l’année 1994, au cours de laquelle il prit l’alternative.

Mais le 7 octobre 2011, dans les arènes de Saragosse, un toro de Ana Romero vint trancher, de la pire des manières, dans la chair biographique cousue d’avance. Padilla trébuche au moment de la pose d’une paire de banderilles, et reçoit un coup de corne dans le visage : traumatisme facial sévère, lésions auditives et du maxillaire irréversibles, perte de l’œil gauche… Les choses basculent. Et la presse raconte à l’infini cette carrière interrompue.

Mais à voir réécrire ainsi, sous le seul œil qui lui reste, la fin de son histoire, Padilla décide qu’il tiendra lui-même la plume. Et la muleta. Car démentant toutes les prévisions, il annonce à sa sortie de l’hôpital qu’il reviendra dans les arènes la saison suivante. Hochements de têtes. Mais bien sûr : après tout, il a bien droit à sa tournée d’adieux, comme un compagnon de la chanson borgne.

L’histoire taurine, qui a la mémoire longue, célèbre plusieurs borgnes, souvent pour leur courage, jamais pour leur longévité dans l’arène. Ainsi Manuel Domínguez Campos « Desperdicios », premier borgne de la tauromachie, l’œil droit énucléé par le toro Barrabas, le 1er juin 1857 dans les arènes du Puerto de Santa Maria : après la cornada, Domínguez s’arracha lui même le globe oculaire, pendant et inutile, avant de rejoindre à pied l’infirmerie. Cinquante trois jours après, le maestro « Desperdicios », borgne, reprenait l’épée…

Mais de Lucio Sandin à Luis de Pauloba, on sait que les toreros d’un seul œil ne font jamais long feu dans une arène…

En mars 2012, pour la feria d’Olivenza, la première de la saison, Juan José Padilla fait donc le paseo, un bandeau noir à l’ancienne posé sur l’œil. Pour cette première corrida, comme pour celles qui suivent, les gens viennent d’abord saluer le courage insensé de  celui qui ne se rend pas. Qui, bandeau de pirate sur l’oeil, refuse la fatalité. D’ailleurs, cette histoire de pirate, c’est pas si mal : pourquoi est-ce qu’on ne creuserait pas l’idée ? Après tout, il s’agit, ici aussi, plus ou moins, de marketing et de désir du public. Va pour le pirate. Spontanément, les peñas s’emparent de la mise en icône, et les drapeaux de circonstance – tête de mort blanche sur fond noir – fleurissent dans les gradins, surgissent en marées houleuses à chaque vuelta. Et puis pourquoi ne pas garder ce bandeau, alors que la chirurgie esthétique vous refait un visage et un œil comme si de rien n’était ?…

Résultat des courses à la fin 2012 : Soixante et onze corridas toréées en France, en Espagne et aux Amériques : beaucoup plus que dans n’importe lesquelles des dix sept saisons qui précédèrent celle-ci !

Car petit à petit, le projet a prit forme : vendre, avec Padilla et sa tauromachie joyeuse, violente, populaire, l’image de l’infini courage, et du spectacle de son engagement. Il faut certes plus que du courage pour continuer à toréer, comme si de rien n’était – banderilles incluses – à toréer « comme avant », comme quand on avait deux yeux pour voir venir le danger – cornes incluses… Jusqu’à la blessure, c’était la volonté de Juan José Padilla de donner du spectacle, qui s’organisait dans ses apparitions. Désormais, c’est le spectacle de cette volonté que l’on met en scène.

Ainsi, quelque chose s’est installé, impeccablement, avec la dose de cynisme dont les taurins sont aussi capables, et que l’on prit plaisir à observer la semaine dernière à Mont-de-Marsan, où Padilla triompha vraiment devant un bon toro de Joselito.
Un triomphe de plus dans cette étrange marche glorieuse qui, depuis sa terrible blessure, fait de Padilla un homme riche et adulé. Dans le callejon, le maigre Diego Robles, qui veille sur sa carrière, ne dit, dans un sourire forcé, pas autre chose :

« Dans notre malheur, le pire c’est que ça ne nous soit pas arrivé trois ans plus tôt »…

19 Juil

callejon

Le callejon est, dans une arène, l’endroit où se réunissent les professionnels indispensables au bon déroulement de la corrida. (Mont de Marsan, jeudi 18 juillet 2013)

18 Juil

Toro va !… Les larmes aux yeux

On le sait, le mot irrationnel est un de ceux qui s’appliquent le mieux à cet étrange monde des toros. Est irrationnel ce qui est en dehors de la raison, comme par exemple s’habiller en lampion avec des bas roses pour affronter un toro de cinq cent kilos. Ou certaines superstitions, qui ne s’expliquent pas.

Mercredi matin à Mont de Marsan, lors du tirage au sort de la corrida de Fuente Ymbro, les cuadrillas unanimes mirent tout de suite de côté un des toros : « Non, celui-là, non. On le garde comme remplaçant, mais il n’est pas dans les six de départ… » Dans ces cas-là, inutile d’aller savoir pourquoi…

Or, ce paria, ce recalé du matin, il a bien fallu que le Juli le torée, en remplacement du quatrième, qui s’était à moitié tué en tapant contre le montant d’un burladero. Le toro est donc finalement sorti, plutôt bien, magnifique de tête, de corps, de présence, et il a même laissé une de ses oreilles dans la besace du madrilène… Aussi a-t-on cherché à savoir pourquoi le matin les cuadrillas n’avaient pas voulu de lui. Et la réponse du callejon est venue, simple, désarmante :

« Il avait les larmes aux yeux !… »

16 Juil

Enhorabuena, Monsieur le Maire

Rafael Ortega Blanca est né le 10 Mars 1970 à Apizaco dans le département mexicain de Tlaxcala. Il débute avec picadors à la Monumental de Mexico en 1987 et prend l’alternative à Puebla, le 23 décembre 1990, des mains de Manolo Arruza et David Silveti. Le 15 août 1996, il se présente en France, à la feria de Béziers en compagnie de Juan Mora et Joselito, face à du bétail d’ Enrique Martin Arranz. Le 24 juin 2001, il confirme son doctorat de matador de toros à Madrid, parrain Leonardo Benitez, témoin Ruiz Manuel, toros de Los Derramaderos.

Cette saison 2013, il est classé 19 ème à l’ATP du Mexique et totalise 8 corridas pour 14 oreilles et une queue. Depuis hier, dimanche 14 juillet il est maire d’Apizaco, 80.000 habitants

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