24 Juil

Les recours visant le député PS, Joël Aviragnet, jugés recevables par le juge électoral

Deux recours visent l’élection du dernier député PS de la Haute-Garonne, Joël Aviragnet. Le conseil constitutionnel a validé, ce vendredi 21 juillet, leur recevabilité.

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Ce n’est que le début du commencement. Mais les deux recours demandant l’annulation de l’élection de Joël Aviragnet seront bien examinés. Le conseil constitutionnel a effectué un premier filtre. Des saisines finissent au panier. Souvent pour des erreurs grossières sur la forme. C’est notamment le cas d’une requête concernant l’élection de la députée LREM, Monique Iborra.

En revanche, les deux procédures visant la 8ème circonscription de la Haute-Garonne continuent.

Une notification officielle a été délivrée aux requérants ce jeudi 20 juillet. Les dossiers sont désormais référencés et l’instruction va être lancée. Les échanges de pièces et une éventuelle audition de témoins peuvent commencer.

Le premier recours a été déposé par le concurrent malheureux de Joël Aviragnet, Michel Montsarrat. L’ancien candidat LREM vise une fraude. Selon nos informations, le dossier comporte plusieurs attestations de « vrais-faux » électeurs. La signature de plusieurs « votants » figure dans la liste d’émargement alors que, selon eux, ils n’ont jamais franchi le seuil du bureau de vote.

Le second recours repose sur une base différente. Déposé par l’ex-représentant LR-UDI, Jean-Luc Rivière, c’est l’implication d’une « vraie-fausse » candidate, Carole Delga, qui est contestée.  La présidente de Région figurait, sans être suppléante, sur les affiches et les tracts du candidat Aviragnet. Selon le requérant, cette implication a brouillé le scrutin en enduisant les électeurs en erreur.

Selon nos informations, il est possible que le conseil constitutionnel joigne les deux instances. Cette décision du juge électoral repose sur l’existence d’un lien entre deux recours. Une jonction permet une instruction commune et un seul jugement.

Un jugement qui peut déboucher sur une annulation du scrutin et un nouveau vote des électeurs. Selon une source proche du dossier, la probabilité d’une annulation est de 1 sur 2.

En toute hypothèse, la décision du constitutionnel n’interviendra pas avant plusieurs mois.

Laurent Dubois (@laurentdub)

20 Juil

Premiers pas des député(e)s : les bons et les mauvais élèves en Occitanie

Depuis début juillet, l’Assemblée Nationale siège. Cette première session estivale est marquée par des dossiers chauds : réforme du code du travail, hausse de la CSG, moralisation de la vie publique. Les député(e)s d’Occitanie sont-ils réellement au travail ?

©Julien Mattia / Le Pictorium/MAXPPP - Julien Mattia / Le Pictorium - 12/07/2017  -  France / Ile-de-France / Paris  -  Questions au gouvernement a l'assemblee Nationale. Julien Mattia / Le Pictorium -  National Assembly: Questions to Government -  12/07/2017  -  France / Ile-de-France (region) / Paris  -  Questions to the government at the National Assembly. (MaxPPP TagID: maxnewsworldfour326068.jpg) [Photo via MaxPPP]

©Julien Mattia /MAXPPP 

La XVème législature n’est pas une législature comme les autres. Elle est caractérisée par un fort renouvellement des député(e)s. De nouveaux visages et de nouveaux usages, c’est la promesse de campagne d’Emmanuel Macron. S’agissant de la nouveauté des visages, c’est indéniable. Les sortants ont été massivement sortis par les électeurs et les « entrants » sont majoritaires. Mais le chamboule-tout du personnel est-il synonyme d’une Assemblée plus active et travailleuse ?

Réponse par les chiffres. Des chiffres fournis par le site NosDéputés.Fr : Observatoire citoyen de l’activité parlementaire. Des chiffres actualisés deux fois par jour et qui reposent sur des critères purement matériels : présence en commission, intervention en commission, intervention longue et courte dans l’Hémicycle, amendements proposés, déposés et adoptés, questions écrites ou orales.

Par rapport à ce tableau de bord, l’Occitanie détient un record. Le député le plus absent de toute l’Assemblée Nationale est le représentant de l’Hérault, Patrick Vignal (LREM). Mais, à l’autre extrémité du classement, les données statistiques attribue la palme de la députée la plus active à une Tarn-et-Garonnaise, Valérie Rabault (PS). 

Patrick Vignal, député le plus absent et Valérie Rabault, députée la plus active

Aucune participation à une réunion en commission. Aucune intervention dans l’Hémicycle. Aucun amendement proposé, déposé ou adopté. Pour le député (LREM) de l’Hérault, Patrick Vignal, c’est un zéro pointé. Le parlementaire d’Occitanie est le moins actif des 577 député(e)s de la nouvelle Assemblée Nationale.

L’anti-Vignal est dans l’opposition et se situe également en Occitanie. La députée PS Valérie Rabault explose le compteur : 12 interventions en commission, 54 interventions dans l’Hémicycle, 4 amendements proposés, 54 amendements signés et 5 adoptés. C’est un des meilleurs score de la nouvelle Assemblée Nationale.

Des député(e)s LREM en dessous de la moyenne

Le groupe LREM est le principale formation de l’Assemblée. Il est composé de 314 député(e)s. En moyenne, les parlementaires de la nouvelle majorité participent à 5 réunions en commissions et interviennent une fois dans ce cadre. Ces mêmes député(e)s réalisent 8 interventions dans l’Hémicycle et proposent ou signent 5 amendements.

En Occitanie, les représentants LREM sont en dessous de cette moyenne. Le principal vivier LREM d’Occitanie est la Haute-Garonne. Sur les 9 député(e)s La République En Marche, 3 sont largement en dessous de la barre.

Jean-François Portarieu : 4 présences en commission. Aucune intervention dans l’Hémicycle. Aucune intervention en commission. Aucun amendement proposé, signé ou adopté.

Pierre Cabaré : 5 présences en commission. Aucune intervention dans l’Hémicycle ou en commission. Aucun amendement.

Sébastien Nadot : 4 présences en commission.

La députée LREM la plus active est, paradoxalement, une représentante de l’ancien « système ». Députée sortante et réélue, ex-PS et ancienne vice-présidente du conseil régional, Monique Iborra n’est pas vraiment dans les « canons » de La République En Marche. La députée de la 6ème circonscription, 72 ans, n’a pas le profil d’une nouvelle venue, issue de la société civile. Mais c’est probablement la vertu de l’expérience et d’une connaissance du milieu parlementaire, Monique Iborra surpasse ses collègues LREM de la Haute-Garonne. 9 réunions en commission et 2 interventions. 2 amendements signés dont 1 a été adopté.

S’agissant des amendements, Monique Iborra est surpassée par son collègue Jean-Luc Lagleize. On est très loin du record absolu du nombre d’amendements signés. Il est détenu par la députée ariégeoise (France Insoumise), Bénédicte Taurine : 267. Jean-Luc Lagleize se contente de 8 amendements signés dont 4 ont été adoptés. Mais, s’agissant des député(e)s LREM de la Haute-Garonne, c’est le meilleur résultat.

A noter que Corinne Vignon appartient au club très fermé des « amendeurs ». La députée a défrayé l’actualité, pendant la campagne des législatives, suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour travail dissimulé. Mais, à la différence de l’ancien référent départemental et nouveau député, Michaël Nogal, Corinne Vignon a signé deux amendements dont 1 a été adopté.

La signature ou l’adoption d’un amendement est à relativiser. Il peut s’agir d’une simple formalité, gérée par le groupe auquel appartient le parlementaire et qui ne traduit pas un vrai investissement dans le travail législatif.

Louis Aliot et Gilbert Collard, les spécialistes de la question écrite

Certaines cases de l’activité parlementaire restent vides. C’est le cas des questions écrites. Elles sont adressées aux ministres et, à la différence des questions orales, elles n’ont pas droit à l’oeil des caméras. Pas de séance publique et télévisée pour des questions qui prennent la forme d’un courrier.

La socialiste Valérie Rabault a pris sa plume pour interpeller le ministre de l’Education Nationale. Sujet : la semaine de 4 jours à l’école. Mais, en dehors cette rare exception, plus de 90% des nouveaux représentants de la Nation n’ont pas posé de question écrite. Sauf au Front National ou cette pratique est une véritable spécialité. Non seulement Louis Aliot et Gilbert Collard ont utilisé le procédé. Mais les députés des Pyrénées-Orientales et du Gard ont utilisé cette « arme » de manière intensive.

Louis Aliot a rédigé 4 questions : 1 au ministre de la Défense sur la question des harkis, 1 au ministre de l’Agriculture sur la question de la Politique Agricole Commune, 1 toujours au ministre de l’Agriculture sur la situation de producteurs de pêche dans le Roussillon, 1 au ministre des Sports s’agissant de la Fédération Française de Karaté.

Gilbert Collard intervient plus souvent que Louis Aliot dans l’Hémicycle : 30 prises de parole contre 1 pour Louis Aliot. Mais le député du Gard est moins prolixe à l’écrit que le numéro 2 du Front National : 3 questions écrites. Une question porte sur le coût de la réunion du Congrès à Versailles et 2 autres portent sur la presse.

Laurent Dubois (@laurentdub)

07 Juil

Législatives : un second recours contre l’élection du seul député PS de la Haute-Garonne, Joël Aviragnet

Le dernier député socialiste de la Haute-Garonne, Joël Aviragnet, est la cible d’un second recours visant à l’annulation de son élection

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Un premier recours a été rendu public fin juin. Le mois dernier, France 3 Occitanie a relevé l’existence d’un procédure visant l’élection de Joël Aviragnet. Ce vendredi 7 juillet, le Conseil constitutionnel publie la liste des contentieux s’agissant des législatives 2017 et une seconde saisine apparaît. Elle a été déposée par l’ancien concurrent de Joël Aviragnet, Jean-Luc Rivière.

Contacté par France 3 Occitanie, Jean-Luc Rivière précise que le recours porte notamment sur des affiches électorales jugées litigieuses. Toutes les affiches doivent être soumises à une commission de propagande. Cette intervention n’est pas une simple formalité. Selon nos informations, dans le Tarn-et-Garonne, les affiches de l’ancienne ministre Sylvia Pinel ont été retoquées et ont fini au panier. Elles comportaient un code couleur qui est prohibé : le fameux tricolore « Blanc, Blanc, Rouge ». Un tricolore qu’aucun candidat ne peut s’approprier et réserver aux documents officiels de la République.

Jean-Luc Rivière ne vise pas un problème d’affichage et de couleurs. Il cible le contenu des affiches. Selon l’ancien candidat (LR-UDI) aux législatives, les affiches soumises à la commission de propagande ne sont pas celles qui ont été exposées au regard des électeurs. Dans leur « vraie » version, les affiches comportaient un bandeau « avec Carole Delga« . La mention du nom de la présidente de la Région aux côtés du nom du candidat n’aurait pas été soumis au contrôle de la commission de propagande. Ce contrôle est une question de principe. Mais c’est également une question de fond. L’utilisation du nom des soutiens est réglementée. De plus, le nom de la suppléante était absent. Tout cela pouvait brouiller les pistes et induire les électeurs en erreur.

Dans l’autre recours visant Joël Aviragnet, le requérant vise des soupçons de fraude. Jean-Luc Rivière se situe sur un autre terrain. C’est l »influence de la présidente de Région et son impact sur le scrutin qui sont au cœur de la saisine du conseil constitutionnel. Le témoignage d’électeurs incités à « voter Delga » alors que la présidente de Région n’était pas candidate sont notamment versés au dossier.

Le verdict ne tombera pas avant plusieurs mois. Le délai peut même atteindre 1 an.

Laurent Dubois (@laurentdub)

30 Juin

Que devient l’ex-députée (LR) de la Haute-Garonne Laurence Arribagé ?

Laurence Arribagé a perdu son siège de députée dans une circonscription jugée imperdable pour la droite. Sa réaction face à un échec brutal et imprévu ?

Laurence Arribagé. Photo AFP J.Demarthon

Laurence Arribagé. Photo AFP J.Demarthon

C’est la première sortie de Laurence Arribagé. Après 10 jours de black-out et de spleen, l’ex-députée de la Haute-Garonne renoue avec son agenda d’élue locale. Jeudi 29 juin, Laurence Arribagé a participé à un conseil communautaire à Toulouse Métropole. En marge de la réunion, l’adjointe au Capitole a confié « aller mieux ». Cet aveu traduit la violence du choc.

Laurence Arribagé a été battue au terme de son premier mandat. Mais, surtout, sa défaite a été une vraie surprise.

Beaucoup pensaient que la circonscription était imperdable. En plus, En Marche ! a mis en face de Laurence une candidate que l’on disait faible. A droite, on pensait même que c’était un cadeau d’En Marche!

Les propos d’un responsable de la droite toulousaine explique la sidération de Laurence Arribagé. Son entourage politique tablait sur une circonscription en « béton armée ». Une circonscription découpée par un ministre de droite, Alain Marleix, pour un candidat local, Jean-Luc Moudenc. Mais Alain Marleix n’avait pas prévu une chose : la vague Macron. Une vague qui a submergé les clivages traditionnels et la vieille distinction entre la droite et la gauche.

Un cadre LR résume parfaitement la situation :

Laurence a fait une belle remontée, de plus de 7000 voix entre le 1er et le 2nd tour. Cela veut dire que notre électorat s’est remobilisé et a essayé de la sauver. Mais ça ne suffisait pas. Corinne Vigon (ndlr concurrente de Laurence Arribagé) a profité à fond de son étiquette et d’une dynamique nationale

Ce dernier point est essentiel et explique la coup de blues (post défaite) de Laurence Arribagé. L’ex-députée a dû céder son siège à Corinne Vignon. La « tombeuse » de Laurence Arribagé a été élue dans un drôle de contexte. Juste avant le 2nd tour des législatives, l’actuelle députée de la 3ème circonscription a fait l’objet d’une procédure judiciaire. Pour un cadre LR, « perdre son siège, c’est dur mais ce faire éliminer par Vignon pour Laurence, c’est juste insupportable« .

La semaine dernière, Laurence Arribagé et son équipe ont passé trois jours dans les cartons pour libérer son bureau parisien. La permanence toulousaine a également dû être vidée. Ces moments ont été éprouvants selon son plus proche collaborateur, Yoan Rault-Wita. Un collaborateur qui, d’ailleurs, envoie des CV pour retrouver un emploi dans le privé.

S’agissant de l’avenir, c’est d’abord un retour à la normale. Après un conseil communautaire ce 29 juin et un conseil municipal, Laurence Arribagé renoue avec la politique. L’élue toulousaine va participer, la semaine prochaine, à un bureau national des Les Républicains. Un bureau national au cours duquel Laurence Arribagé compte « faire entendre sa petite voix ». L’ex-députée se projette également vers la rentrée. Laurence Arribagé va lancer, en septembre, des Etats Généraux. Le but est de préparer… 2020 et les prochaines municipales. Découverte de nouveaux talents et conquête de nouvelles communes.

Laurence Arribagé est touchée. Elle confesse même avoir « beaucoup pleurer » après sa défaite. Mais elle ne sombre pas. Laurence Arribagé veut s’investir à fond dans sa présidence départementale de LR et son mandat municipal.

Laurent Dubois (@laurentdub)

26 Juin

Soupçons de fraudes sur l’élection du député PS de Haute-Garonne Joël Aviragnet

Info France 3 Occitanie -L’élection du dernier député PS de la Haute-Garonne fait l’objet d’un recours contentieux. Ce mardi 27 juin, le Conseil constitutionnel va être saisi par le concurrent (LREM) de Joël Aviragnet. Motif : une suspicion de fraude.

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Joël Aviragnet (Photo : Vincent Isore / MaxPPP)

Le recours n’a pas d’effet suspensif. Joël Aviragnet peut continuer à exercer son mandat de député. Mais le Conseil constitutionnel va devoir se prononcer sur le maintien au Palais-Bourbon du parlementaire du Comminges. Le recours est déposé par le concurrent (malheureux) de Joël Aviragnet. Michel Montsarrat (candidat sous l’étiquette En Marche !) demande l’annulation d’un scrutin qui s’est soldé par un résultat (extrêmement) serré :  91 voix d’écart.

Un recours pointant une fraude électorale

Ce finish sur le fil est déterminant pour la suite des événements. En matière de contentieux électoral, l’annulation d’une élection n’est (évidemment) jamais acquise. Les juges disposent d’un pouvoir (souverain) d’appréciation des faits. Mais il existe une condition de base : la faiblesse de l’écart de voix. Que ce soit devant le Conseil d’Etat (pour les élections locales) ou devant le Conseil Constitutionnel (compétent s’agissant des législatives), la jurisprudence applique toujours le même principe. Pas d’annulation (même avec une liste de fraudes digne du bottin téléphonique) si le vainqueur est  largement élu. Or dans ce cas, il y avait au second tour 91 voix d’écart.

Cette condition élémentaire a bien été identifiée par les avocats de Michel Montsarrat. Des avocats qui ont d’ailleurs bénéficié de l’appui et de l’expertise du service juridique de La République En Marche. Selon nos informations, cela fait plusieurs jours que LREM collecte des éléments auprès de la préfecture de la Haute-Garonne mais aussi de témoins et d’élus.

Des pièces ont été collectées et versées au dossier. Michel Montsarrat insiste sur un point :

Si nous n’avions pas des éléments solides, des preuves solides et une vraie chance de gagner, je n’aurai jamais déposé de recours. Si je le fais, c’est qu’il existe des faits précis.

Le recours déposé par Michel Montsarrat vise des procurations jugées douteuses. Mais des signatures non conformes (entre le 1er et le 2nd tour) sont également ciblées. Plus d’une centaine de votes sont sur la sellette. Plusieurs bureaux de vote, dans plusieurs communes, ont été recensés par LREM.

Les communes de Cazères, Encausse-Les-Thermes (dont est originaire Joël Aviragnet), Beauchalot et Saint-Bertrand sont particulièrement suspectées.

La saisine du Conseil constitutionnel va déboucher sur une (véritable) bataille juridique. En vertu du principe du contradictoire, les personnes mises en cause vont devoir présenter leur défense (sous forme d’un mémoire ou directement devant le juge en cas de convocation). De son côté, le juge électoral peut ordonner une enquête et exiger la transmission de toutes les pièces utiles.

Mais, parallèlement à la guérilla contentieuse, l’intervention du juge électoral prend une tournure (éminemment) politique.

Un recours politiquement explosif

Joël Aviragnet n’est pas n’importe quel député socialiste. Le député du Comminges a profité d’une mobilisation (hors norme) de l’appareil socialiste en Haute-Garonne. Comme le précise un vieux militant :

Je n’ai jamais vu cela. Des voitures sont venues de Toulouse remplies de militants, de cadres de la Fédé et d’élus du conseil départemental. Du jamais vu de toute ma vie de militant.

L’artillerie lourde ne s’est pas limitée à un déploiement de troupes et un bombardement de tracts sur les marchés. Des élus commingeois témoignent de l’arrivée (opportune) de subventions. Certaines sont (même) arrivées la veille du scrutin.  Un (vieux) dossier géré par le Conseil Départemental (présidé par le socialiste Georges Méric) a trouvé (subitement) une issue favorable.

Evidemment, c’est un simple hasard. Mais il fait (très bien) les choses.

Un fait résume l’engagement massif du PS de la Haute-Garonne. La soirée électorale pour le 2nd tour a été délocalisée… à Saint Gaudens, dans le Comminges. Il ne restait plus grand chose à fêter sur Toulouse. Tous les députés PS sortants ont été balayés au 1er tour. Mais la présence des éminences socialistes aux côtés de Joël Aviragnet va bien au-delà d’un geste symbolique.

La 1ère des socialistes d’Occitanie, Carole Delga, s’est comportée en véritable « directrice de campagne » de Joël Aviragnet. La présidente de Région a multiplié les réunions publiques et les visites dans les communes aux côtés du candidat en titre. Carole Delga s’est même affichée sur les… affiches électorales de Joël Aviragnet.

La décision du juge électoral reste aléatoire. Dans le passé, il est arrivé que le Conseil constitutionnel énumère une demi-douzaine de fraudes sans annuler le scrutin. Mais une chose est certaine. La sentence ne sera pas uniquement scrutée par Joël Aviragnet.

Laurent Dubois (@laurentdub)

23 Juin

Le numéro 3 du PS Christophe Borgel quitte la vie politique

Christophe Borgel a été battu au 1er tour des législatives. L’ancien député de la Haute-Garonne en tire les conséquences et quitte son poste du numéro 3 du PS.

Christophe Borgel, député de la Haute-Garonne et numéro 3 du PS. Photo MaxPPP/Padillat

Christophe Borgel, député de la Haute-Garonne et numéro 3 du PS. Photo MaxPPP/Padillat

C’était le premier et ce sera le dernier mandat législatif de Christophe Borgel. Battu aux législatives de 2017, l’ancien député de la Haute-Garonne renonce à tout mandat électif. Christophe Borgel se retire également de la vie interne du PS et abandonne le secrétariat national aux élections.

Après des mandats locaux et régionaux en Île-de-France, Christophe Borgel a débarqué en Haute-Garonne en 2012. Une arrivée polémique et qui a secoué le PS départemental. La circonscription d’accueil était initialement réservée à une femme. Mais, à l’époque, Christophe Borgel est le tout puissant patron des élections au PS. Spécialiste de la carte électorale, au cœur du dispositif des investitures, Christophe Borgel s’est imposé.

C’est une nouvelle venue en politique, la journaliste (LREM) Sandrine Mörch, qui a interrompu la trajectoire de Christophe Borgel.

Éliminé dès le 1er tour, le Monsieur Elections du PS décide donc de quitter la scène politique.

Christophe Borgel annonce à France 3 Occitanie qu’il reste un homme de gauche, avec des convictions, mais qu’il démissionne de son poste de secrétaire national et entame une nouvelle vie avec de nouveaux projets professionnels.

Cette décision sera rendue officielle demain, samedi 24 juin, lors d’un bureau national du PS.

Laurent Dubois (@laurentdub)

Les dessous de l’affaire Vignon

La députée (LREM) de la Haute-Garonne, Corinne Vignon, est poursuivie en justice. Son camp politique anticipe sa possible condamnation. Nouvelles révélations, où il est aussi question de Jean-Luc Moudenc.

Corinne Vignon (Photo : Vincent Isore/MaxPPP)

Corinne Vignon (Photo : Vincent Isore/MaxPPP)

L’ouverture d’une enquête préliminaire est tombée sans préavis, 48 heures avant le 2nd tour des législatives. Mais l’affaire Vignon occupait les services fiscaux depuis des semaines. Le dossier de la députée de la Haute-Garonne est arrivée sur le bureau du Procureur de Toulouse au terme d’une investigation de la direction du contrôle fiscal. Une enquête qui, selon une source, aurait duré deux mois.

Une enquête judiciaire débroussaillée par le fisc

Le déclenchement de l’affaire Vignon proviendrait d’une dénonciation. C’est classique en matière fiscale. Le plus important n’est pas de savoir qui a allumé la mèche. Le plus déterminant (pour la suite des événements) est la procédure suivie par le fisc. Comme le précise un magistrat, une saisine du parquet par le service des impôts suppose (et même impose) une consultation d’une commission interne à l’administration fiscale. Il s’agit de la Commission des Infractions Fiscales (CIF). Cette dernière donne un avis sur la solidité du dossier transmis à la justice. S’agissant de l’affaire Vignon, la CIF a délivré un « feu vert ».

Corinne Vignon est dans son rôle et plaide la non-culpabilité. Mais, sans remettre en cause la présomption d’innocence, un fait est avéré. L’enquête préliminaire ouverte par le Parquet repose sur des bases solides. En amont de l’action judiciaire, une première enquête fiscale a été menée et elle débouche sur une conclusion : les faits reprochés sont suffisants lourds pour justifier l’intervention des tribunaux.

D’ailleurs, selon nos informations, le ministre de l’Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, a téléphoné à la Direction Régionale des Finances Publiques, à Toulouse. Ce contact a eu lieu la veille du communiqué de presse du parquet de Toulouse annonçant l’ouverture d’une enquête préliminaire. Selon une source, le fisc de la Haute-Garonne a confirmé à son ministre de tutelle la gravité des charges pesant sur Corinne Vignon.

Selon nos informations, la même analyse est faite du côté du ministère de l’Intérieur. Gérard Collomb, a convié des parlementaires à une rencontre place Beauvau.

A cette occasion, un haut responsable du ministère de l’Intérieur a confié à un parlementaire d’Occitanie son sentiment : Corinne Vignon est dans la nasse.

Evidemment, il faut attendre les conclusions de l’enquête judiciaire. Mais une chose est certaine. L’affaire Vignon n’est pas une simple vengeance politique ou une boule puante. Dans les services fiscaux et au plus haut sommet de l’Etat, le dossier est jugé (suffisamment) sérieux pour évoquer (ouvertement) l’imminence de foudres judiciaires.

Dans ce contexte, une question agite les rangs parlementaires de La République En Marche. Corinne Vignon, comme tous ses collègues de l’Assemblée, doit s’inscrire dans un groupe parlementaire. Élue sous l’étiquette LREM, Corinne Vignon a une vocation naturelle : un siège dans le groupe La République En Marche. Mais, en cas de condamnation, ce même groupe LREM ne pourra pas exclure Corinne Vignon.

Un autre volet de l’affaire Vignon ne pose pas un problème d’exclusion. Mais d’inclusion. Selon plusieurs sources, Corinne Vignon « associe » le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, à l’activité qui lui vaut d’être poursuivie en justice : la voyance.

Jean-Luc Moudenc client de Corinne Vignon ?

Au premier degrés, l’affaire Vignon a un côté cocasse. Derrière l’enquête du fisc et l’intervention de la justice se trouve une activité de voyance. Ce profil atypique n’a pas échappé aux collègues de la nouvelle députée. Lors de son arrivée à la buvette de l’Assemblée, Corinne Vignon a été saluée par un « ah voilà la voyante », lancé par un parlementaire du nord de la Loire.

Le ton est beaucoup moins innocent du côté de Toulouse. Selon plusieurs sources, Corinne Vignon affirme que le 1er magistrat de la Ville Rose a eu recours à ses lumières.

Contactée par France 3 Occitanie, Corinne Vignon n’a pas souhaité s’exprimer. Ce silence ne vaut pas confirmation. Mais ce n’est pas (non plus) un démenti.

En revanche, Jean-Luc Moudenc récuse catégoriquement les allégations prêtées à Corinne Vignon. Le maire de Toulouse affirme n’avoir jamais eu recours au talent astrologique de la nouvelle députée.

Le malaise (pour ne pas dire l’agacement) est perceptible. C’est logique. L’association d’une personnalité politique de premier plan à l’astrologie n’est pas simple à assumer. L’astrologie n’est pas la magie noire ou la lecture dans les entrailles de poulet. Les horoscopes s’étalent à longueur de journaux. Les astrologues et la politique ont même eu leur heure de gloire. François Mitterrand a fait entrer les études astrales à l’Elysée. Malgré ce précédent, Jean-Luc Moudenc n’a pas (forcément) envie de se retrouver avec l’image d’un maire lisant son avenir dans les étoiles.

Mais c’est surtout l’aspect purement « terrestre » de l’affaire Vignon qui peut contrarier le Capitole.

L’activité astrologique de la députée Vignon finit devant les tribunaux.

Et ça c’est vraiment un mauvais alignement des planètes.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

Battu de 91 voix, Michel Montsarrat (LREM) dénonce la campagne « bizarre et choquante » du PS de Haute-Garonne

Dans la 8ème circonscription de la Haute-Garonne, largement devancé au premier tour, le candidat socialiste Joël Aviragnet l’a emporté de justesse au second. Le candidat battu de la République en Marche dénonce les méthodes du PS dans l’entre-deux tours : « on continue à subir leur loi ».

Michel Montsarrat (Photo : France 3)

Michel Montsarrat (Photo : France 3)

Pendant la campagne de l’entre-deux tours des législatives, certains militants socialistes toulousains ont découvert que le département de la Haute-Garonne ne s’arrête pas au périphérique toulousain. A l’issue du premier tour, après la déroute qui a coûté leur place à 9 des 10 candidats socialistes, le PS de Haute-Garonne a sonné la mobilisation générale sur la 8ème circonscription, la seule où il restait un candidat PS. Et pas n’importe lequel : Joël Aviragnet, celui choisi pour succéder à Carole Delga qui ne se représentait pas.

Les socialistes ont donc sillonné, labouré, le Comminges et le Savès et ça a fonctionné ! Joël Aviragnet l’a emporté face au candidat d’En Marche! Michel Montsarrat qui disposait pourtant au premier tour de près de 7000 voix d’avance. Aviragnet l’a emporté avec 91 voix d’écart sur son adversaire. La « Remontada » ont dit les militants PS, euphoriques. « Une vague arrivée en travers », estime le candidat vaincu Michel Montsarrat.

« Je suis surpris, moi qui débute en politique, a confié le candidat battu. J’ai vu arriver une machine de guerre, des cohortes. C’est impressionnant. Mais finalement, c’est de bonne guerre ».

Mais Michel Montsarrat est aussi plus incisif :

Je trouve bizarre et choquant cette façon de faire. Jusqu’au premier tour c’était une campagne normale. Ensuite j’ai été battu par des candidats, pas par un candidat. Je suis tombé sur les poids-lourds »

Il faut dire que le PS a mobilisé pour garder l’ex-circonscription de Carole Delga : la présidente de région n’a pas compté son temps et son énergie aux côtés du candidat, le président du conseil départemental Georges Méric s’est mobilisé, le premier fédéral du PS Sébastien Vincini a mouillé le maillot.

Un  bon connaisseur du Comminges expliquait l’autre jour sur notre blog politique : « Si Aviragnet gagne on dira Carle a gagné et si Aviragnet perd on dira Carole a perdu ». Carole Delga a donc pesé de tout son poids de présidente de Région pour éviter la bascule du Comminges. 

L’opération « il faut sauver le soldat Aviragnet » a marché. Elle ferait presque oublier que le PS de Haute-Garonne a perdu 7 de ses 8 députés dans le département.

FV (@fabvalery)

18 Juin

Le patron du PS de Haute-Garonne Sébastien Vincini réclame la démission de Cambadélis

Sébastien Vincini n’a pas attendu que la soirée électorale du second tour des législatives s’achève. Dès 20 heures, il a réclamé la démission du numéro 1 du PS Jean-Christophe Cambadélis et l’arrivée d’une nouvelle majorité. Quelques minutes après, le patron du PS s’est mis « en retrait »

Sébastien Vincini (Photo : Mathieu Delmestre)

Sébastien Vincini (Photo : Mathieu Delmestre)

Secoué par la déroute aux législatives, le PS entre dans une période où tous les coups sont permis. Dimanche soir 18 juin, ce n’est pas l’appel du Général de Gaulle qui a été commémoré mais celui de… Sébastien Vincini qui a été lancé ! Le secrétaire fédéral du PS de Haute-Garonne, qui a perdu la plupart de ses députés dans la bataille électorale, a réclamé dès 20 heures la tête du numéro 1 du PS Jean-Christophe Cambadélis.

J’appelle la direction actuelle de Solférino à démissionner et à passer la main à une nouvelle génération. Il est urgent de refonder réellement pour faire vivre les valeurs d’une gauche sociale-démocrate et écologiste assumée. Cette refondation doit partir de la ‘’base’’, de la vie réelle des gens, des citoyens, des militants et des élus locaux qui sont les « bénévoles’’ de la République.

Le secrétaire fédéral du PS 31 passe donc à l’offensive avant, afin, peut-être d’être lui-même emporté par la rébellion.

Dans la foulée, vers 20h20, Jean-Christophe Cambadélis a annoncé son « retrait » de la direction du PS.

Vous trouverez l’intégralité de l’appel de Sébastien Vincini ci-dessous.

FV (@fabvalery)

Le texte intégral de Sébastien Vincini ! 

« Le Parti Socialiste doit faire face à son destin-Monsieur CAMBADELIS doit démissionner

Ce soir, nous connaissons la plus lourde défaite de l’Histoire du Parti Socialiste sous la Vème République. Les élections législatives, qui n’ont été qu’une confirmation et une ratification de la présidentielle, ont été marquées par la volonté des électeurs de renouvellement profond de la classe politique. Nous devons en prendre la mesure et en tirer toutes les conséquences.
Notre formation politique s’est effondrée au terme d’une mandature chaotique. Notre action gouvernementale et notre projet n’ont pas suffisamment répondu aux attentes et aspirations de nos concitoyens. Certaines mesures, comme la déchéance de nationalité et la loi travail, ont dérouté et détourné de nous ceux-là même qui constituaient le cœur de notre électorat.
Nous avons échoué à améliorer la vie du plus grand nombre de nos concitoyens. Pire, les pratiques politiciennes critiquables, que les citoyens ne supportent plus, d’un personnel politique trop éloigné de la vie réelle, ont provoqué une grande défiance à notre égard. Dès demain nous devrons faire l’inventaire du quinquennat passé, sans complaisance, sans tabou.

Ainsi s’achève le cycle d’Epinay. Un nouveau doit commencer.

J’appelle la direction actuelle de Solférino à démissionner et à passer la main à une nouvelle génération. Il est urgent de refonder réellement pour faire vivre les valeurs d’une gauche sociale-démocrate et écologiste assumée.
Cette refondation doit partir de la ‘’base’’, de la vie réelle des gens, des citoyens, des militants et des élus locaux qui sont les « bénévoles’’ de la République.
Il est urgent de faire naître un collectif pour travailler sur les idées, avec les syndicats, les associatifs, les intellectuels, pour penser et nourrir un projet socialiste d’aujourd’hui, démocrate, progressiste, écologiste et européen.
J’appelle à un véritable renouvellement doctrinal, philosophique, politique et géopolitique.
Il est urgent de s’ouvrir à toutes celles et ceux qui veulent bâtir à gauche. L’avenir de la gauche est dans le collectif. Nous devons recréer avant tout des lieux de débats et des espaces d’échanges.
J’appelle à des assises de la gauche et de la refondation qui devront s’appuyer sur ce travail de réflexion et d’échange.

En Haute-Garonne, notre fédération forte de ses militants et de ses élus locaux prendra pleinement part à ce processus. C’est pourquoi, je vais proposer dès cette semaine aux instances fédérales d’engager ce chantier de la refondation.
Ce travail ne doit pas se faire en conclave depuis Paris, ni depuis la fédération du Parti Socialiste de la Haute-Garonne, mais sur le terrain, en allant à la rencontre des citoyens, en ouvrant des outils de collaboration numérique, en lançant une grande enquête auprès des territoires.
Je souhaite que les élus locaux, les militants, les sympathisants, les acteurs associatifs, les citoyens engagés puissent débattre de notre avenir politique, construire un nouveau projet et renouer le lien avec les habitants de notre territoire.
Cette période nous permettra d’entendre leurs espoirs et leurs peurs; leurs attentes et leurs reproches; de rebâtir une relation de proximité et de confiance, ciment d’un pacte démocratique renouvelé.
C’est par ce travail, dans tous les territoires de France, que nous pourrons redonner du sens à notre engagement politique et à une gauche refondée.
Durant cette phase de refondation, nous devons mettre de cotés les questions d’égos, les initiatives individuelles, les esprits de chapelle, pour retrouver le sens de l’intérêt général, de la gauche, de la république.

J’en appelle à la responsabilité de chacune et de chacun pour en permettre la pleine réussite.
Un nouveau cycle s’ouvre, il doit être celui du renouvellement, du travail, de l’humilité et du collectif.

Sébastien Vincini 1er Secrétaire fédéral du PS 31