24 Mai

Législatives – Lot : quand l’utilisation du label Macron conduit devant les tribunaux

Revendiquer l’étiquette Macron (sans avoir l’investiture En Marche !) peut conduire devant les tribunaux. La preuve dans le Lot.

Photo MaxPPP/Morissard

Photo MaxPPP/Morissard

La campagne des législatives ne passe pas vraiment par la confrontation des programmes. Il faut avoir une oreille sérieusement affutée pour entendre les différences et les divergences. Les débats de fond sont (furieusement) absents. En revanche, une question de forme prend le dessus et agite les esprits.

Dans plusieurs départements d’Occitanie, le label « macroniste » fait l’objet d’une (véritable) foire d’empoigne.

Dans le Tarn, un candidat revendique les valeurs du nouveau président. Pierre Laporte « barre » ses affiches électorales d’un slogan sans équivoque : une majorité pour Emmanuel Macron.

Pierre Laporte n’a pas été investi par le mouvement En Marche ! Peu importe. Le candidat tarnais place sa candidature sous les couleurs « macronistes ». Les instances départementales d’En Marche ! lancent un rappel à l’ordre.

Contacté par France 3 Occitanie, Clément Baller déclare :

Nous ne pouvons accepter qu’une confusion puisse s’instiller dans l’esprit des concitoyens. Seuls les candidats investis par La République En Marche ! peuvent légitimement faire référence à notre mouvement ou à Emmanuel Macron.

Dans le Tarn-et-Garonne, le climat est à l’apaisement. Pas de contre-attaque.

La députée sortante, Sylvia Pinel, utilise les logos du PS, du PRG et l’expression « majorité présidentielle ». La présidente des radicaux de gauche place sa campagne sous un arc-en-ciel allant de Benoît Hamon en passant par Yannick Jadot et Emmanuel Macron. Les  militants d’En Marche ! n’apprécient pas. Mais les instances départementales restent l’arme au pied.

En revanche, dans le Lot, le représentant d’Emmanuel Macron sort l’artillerie lourde. Sébastien Maurel prépare un référé devant les tribunaux. La députée (PRG) sortante, Dominique Orliac, est visée. Juridiquement le recours va faire « pschittt ». La bannière « majorité présidentielle » n’est pas une marque déposée ou un label protégé.

Tous les candidats peuvent se l’approprier. Mais le message (politique) est clair. Pas question de laisser faire un « hold-up ».

La députée En Marche ! de la Haute-Garonne, Monique Iborra, défend la ligne « lotoise » :

En Haute-Garonne, nous n’avons pas encore toutes les affiches électorales. Je ne pense pas que cela figure (ndlr l’expression majorité présidentielle). Mais quand cela se produit, il faut dénoncer une malhonnête politique et intellectuelle. C’est fait pour tromper les gens.

Le dernier sondage en date ne va pas calmer les tentatives de « captation » du label Macron. Une étude Ifop-Fiducial pour Paris-Match, Sud Radio et C News dessine une large majorité pour le nouveau locataire de l’Elysée.

De quoi rendre encore plus populaire les couleurs « macronistes ». Surtout auprès des candidats qui ne portent pas officiellement le dossard   d’En Marche !

Laurent Dubois (@laurentdub)

20 Mai

Le PS a ouvert un guichet pour dénoncer ses dissidents

Les Premiers secrétaires fédéraux du PS sont priés de dénoncer leurs camarades dissidents.

Photo MaxPPP

Photo MaxPPP

La circulaire interne date du 14 avril 2017. Le texte émane de la commission nationale des conflits (CNC) et son objet est surprenant. Les instances nationales du PS demandent aux responsables départementaux du PS de ficher les militants, cadres et élus du parti. Une adresse électronique est indiquée et doit servir à monter des dossiers :

Je te remercie de bien vouloir adresser dans les plus brefs délais tout élément factuel qui indiquerait la manifestation d’un soutien d’un camarade du Parti quel qu’en soit la forme à un autre candidat que celui du parti.

Les instances nationales du PS dressent une liste des pièces à fournir :

Articles de presse, interviews, mails, tracts, expressions sur les réseaux sociaux. Ces éléments doivent être transmis exclusivement en forme numérique (scans, capture d’écrans). Les coordonnées de camarades concernés devront être expressément mentionnées.

La surveillance et la collecte des infos a un relent de « flicage ». Pour ne pas dire d’espionnage. Mais, surtout, elle montre que la Commission Nationale des Conflits a quelques lacunes en matière juridique. Les tracts, les articles de presses, les publications sur Facebook et Twitter relèvent d’une expression publique. En revanche, les mails sont des correspondances privées. A ce titre, ils bénéficient d’une protection juridique. La Commission Nationale des Conflits (CNC) veille au respect des statuts du parti.

La circulaire rappelle cette fonction et insiste sur la régularité de la procédure. La CNC veut éviter que « les décisions soient entachées d’un vice de forme opposable devant les tribunaux civils ». L’intention est louable. Mais les « gardiens du Temple » socialistes oublient un « détail » : le Code Pénal. La violation d’une correspondance privée (par un 1er fédéral du PS ou un voisin de palier) peut mener devant le tribunal correctionnel.

L’unité du parti mérite (visiblement) un fichage des militants. Pas évident que cela justifie un passage devant un juge d’instruction.

L’ouverture d’un guichet anti-dissidents remonte avant le 1er tour de la présidentielle. Selon nos informations, aucune nouvelle circulaire est intervenue pour abroger le dispositif. Il est donc toujours potentiellement actif.

Mais le contexte politique a complément changé. La défaite de Benoît Hamon et la victoire d’Emmanuel Macron modifie la ligne du PS. Les socialistes soutenant En Marche ! n’ont plus de raison de redouter un fichage.

Jeudi 18 mai, Bernard Cazeneuve est venu, dans l’Aude, soutenir les candidats (socialistes) aux législatives en Occitanie. L’ancien premier ministre est sur la ligne de la présidente (PS) de Région, Carole Delga, et d’autres socialistes : une majorité constructive avec Emmanuel Macron.

Les « macronistes » du PS peuvent se rassurer. Malgré la compétition des législatives, la hache de guerre est enterrée. La Commission Nationale des Conflits n’a plus besoin d’agents de surveillance.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

 

19 Mai

Législatives, Tarn-et-Garonne : l’addition de candidatures face à Sylvia Pinel

Sylvia Pinel a évité la concurrence d’un candidat En Marche ! Mais deux candidatures viennent troubler le jeu. La députée sortante va devoir affronter le conseiller municipal (DVG) de Labastide Saint Pierre, Thierry Hamelin. Un ex-PRG, Frédéric Jean-Avalonne, entre également en piste.

Meeting of former French prime minister and candidate in the left-wing primary for the 2017 French presidential election, Manuel Valls, in Alfortville

Dans le Tarn-et-Garonne, le dépôt des candidatures en préfecture n’a rien d’une formalité. Les guichets viennent de fermer et on assiste à une véritable coup de théâtre. Un candidat chamboule la donne sur la 2ème circonscription. Le conseiller municipal de Labastide Saint Pierre, Thierry Hamelin entre en piste et concurrence (à gauche) Sylvia Pinel.

Un accord entre En Marche ! et le PRG a libéré la députée sortante d’une concurrence avec un candidat « macronien ». Cette entente cordiale limitait le match à une confrontation entre Sylvia Pinel et le FN. Cette configuration était « confortable ». L’ancienne ministre pouvait compter sur un front républicain. C’était une vraie sécurité et l’assurance de faire le plein des voix de gauche.

Mais, depuis ce vendredi 19 mai, ce schéma appartient au passé. Une offre alternative à gauche existe.

Selon nos informations, cette offre se prépare depuis plusieurs jours. L’absence d’un candidat En Marche ! face à Sylvia Pinel a suscité un vent de révolte chez les « macronistes » du Tarn-et-Garonne.

La colère s’est rapidement muée en tractations et en démarchages. Plusieurs personnalités départementales ont été approchées.

Finalement, c’est un élu socialiste qui a franchi le pas.

Thierry Hamelin est secrétaire de section à Grisolles et membre du conseil fédéral du PS 82.

Du côté de la fédération socialiste du Tarn-et-Garonne, un élu affirme avoir découvert la candidature de Thierry Hammelin après le dépôt des candidatures en préfecture. Selon cette source, Thierry Hamelin n’a pas informé son parti.

Sylvia Pinel bénéficie d’un pacte de non agression avec Emmanuel Macron. Mais la présidente du PRG a également signé un accord (pour les législatives) avec le PS. Cette signature pouvait conduire à l’exclusion de Thierry Hamelin.

Le candidat aux législatives a anticipé. Thierry Hamelin a déposé son dossier en préfecture sous l’étiquette Divers Gauche.

Cette précaution ne changera rien au fond. La situation de Sylvia Pinel se complique. Mais ce n’est pas forcément la candidature Hamelin qui va peser le plus symboliquement. Un autre candidat jette un plus gros pavé dans la marre.

Il s’agit de Frédéric Jean-Avallone. Ex-PRG, ce candidat sous l’étiquette « La France qui ose » a été un proche de Sylvia Pinel.

A la division de la gauche (déjà présente avec un candidat France Insoumise, deux candidats Ecologistes et la candidature d’un ex-PS), Frédéric Jean-Avallone ajoute la brûlure d’un schisme au sein de la famille radicale de gauche.

L’addition commence à être lourde.

Laurent Dubois (@laurentdub)

Législatives : fronde anti-Folliot chez les « macronistes » tarnais

Dans le Tarn, l’absence de candidat « macroniste » en face du député (centriste) Philippe Folliot suscite une véritable fronde dans les rangs d’En Marche !

Philippe Folliot, député du Tarn. Photo : MaxPPP/V.Isorel

Philippe Folliot, député du Tarn. Photo : MaxPPP/V.Isorel

Emmanuel Macron réveille deux spécialités que l’on croyait réserver au Vatican et au Kremlin : l’interprétation savante de la parole officielle. Le nouveau président communique peu. La moindre déclaration est soigneusement scénarisée et la communication élyséenne est totalement cadenassée. Dans le département du Tarn, le mouvement d’Emmanuel Macron respecte scrupuleusement la ligne.

Jeudi 18 mai, En Marche ! 81 a publié un communiqué de presse. A première vue, c’est un non-événement. Les « macronistes » tarnais rappellent qu’ils soutiennent leurs candidats dans le département. C’est la moindre des choses. Le contraire serait étonnant et même détonnant. Dans le même communiqué de presse, En Marche 81 ! précise également :

Nous prenons acte de la décision de la CNI de ne présenter aucun candidat représentant notre mouvement sur la 1ère circonscription du Tarn

Cette déclaration est dans le veine du reste du communiqué de presse. Une belle Lapalissade. Le mouvement En Marche ! se transforme tout juste en véritable parti. Mais, parti ou mouvement, En Marche ! reste une structure avec une hiérarchie et une organisation verticale. Les « macronistes » du Tarn respecte les décisions du national. Là encore, c’est normal et banal. Mais attention, les apparences sont trompeuses. C’est une vieille règle de la rhétorique et de la communication politique : soulignez les évidences montre qu’il y a un loup dans la bergerie.

C’est exactement ce qui passe dans le Tarn. En Marche ! 81 affiche et affirme que l’absence d’un candidat face à Philippe Folliot est intégré. Mais, en réalité, les dents grincent. Avant la proclamation des investitures, une pétition a été adressée aux instances nationales d’En Marche ! Les signataires exprimaient leur défiance envers Philippe Folliot. Une fois les candidatures connues, une nouvelle mobilisation s’est organisée. Des adhérents d’En Marche ! se sont adressés au référent départemental du mouvement, Clément Baller, pour soutenir sa candidature face à Philippe Folliot.

Autre fait, autre signe d’une fronde, un adhérent d’En Marche ! veut se présenter contre le centriste Folliot. Lors de la conférence officialisant cette dissidence, un représentant d’En Marche ! était dans la salle. Le signal est clair. Des « macronistes » du Tarn refusent d’entériner l’accord Macron-Folliot. Un accord en forme de pacte de non agression : pas de candidat en face du député sortant.

Selon nos informations, une procédure est en cours pour couper les ponts entre En Marche ! et le candidat anti-Folliot. Ce n’est pas simple. Il faut trouver une base statutaire pour mettre hors jeu le trublion. Mais le message est clair : pas question de laisser prospérer une dissidence.

En attendant, le mal est fait. En Marche ! 81 (à la différence d’autres départements) évite un schisme sur la place publique. Mais, en coulisse et en OFF, les « macronistes » du Tarn ne cachent pas leur déception.

Une déception (souvent) teintée de colère.

Laurent Dubois (@laurentdub)

Après l’hologramme de Mélenchon, le photomaton de Macron

Pendant la présidentielle, un hologramme a permis à Jean-Luc Mélenchon de tenir un meeting dans 7 villes différentes. Pour les législatives, Emmanuel Macron fait encore plus fort : projeter son image sur les murs de plus de 500 circonscriptions grâce à une seule photo.

Emmanuel Macron. Photo MaxPPP/CMorin

Emmanuel Macron. Photo MaxPPP/CMorin

Le procédé a fait le buzz pendant la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a utilisé un hologramme pour être simultanément en meeting à Dijon, Nancy, Clermont-Ferrand, Montpellier, Nantes et Grenoble. Trois mois après cette innovation technologique et politique, un autre « candidat » fait dans le High tech. Il s’agit d’un candidat vraiment particulier : le nouveau Président de la République. Emmanuel Macron ne brigue pas un mandat. Il a décroché le Saint-Graal d’un quinquennat. Mais il « candidate » au travers de plus de 500 candidatures aux législatives.

Pour faire campagne, il utilise un procédé original : le photomaton virtuel. Tous les représentants d’Emmanuel Macron peuvent s’afficher avec le Chef de l’Etat. Mais sans avoir pris une photo avec… Emmanuel Macron. Samedi 13 mai, tous les candidats aux législatives ont fait à Paris un shooting. Un shooting avec maquilleuse et sur fond blanc.

Pour les affiches électorales, il suffit d’incruster Emmanuel Macron dans l’image ainsi obtenu. Du fin fond du Tarn aux tréfonds de la Lozère, tous les candidats aux législatives pourront faire un montage. L’illusion sera (quasiment) parfaite et seuls les initiés décrypteront l’astuce.

Cette communication par l’image (quitte à tricher un peu) constitue un véritable enjeu. C’est un syndrome aussi vieux que l’élection présidentielle : il est toujours bon de s’afficher aux côtés du monarque Républicain. Mais, surtout, Emmanuel Macron a investi de nouveaux visages. C’est l’image du nouveau Président qui va permettre de les identifier et qui doit servir de levier électoral.

Sur le fond, le photomaton (virtuel) d’Emmanuel Macron est basique. Dans le hall de la gare Matabiau, à Toulouse, ou les galeries marchandes des supermarchés d’Occitanie, des photomatons permettent d’incruster le visage de Zizou, des petits cœurs ou des ballons roses. La véritable innovation (technologique) du kit de campagne d’Emmanuel Macron se trouve du côté d’une plateforme informatique permettant de télécharger des professions de foi prêtes à l’emploi, des tracts ou des conseils juridiques et en communication.

Mais le photomaton Macron rappelle une parfaite évidence : pour Emmanuel Macron, les législatives sont uniquement la continuation de la présidentielle.

Laurent Dubois (@laurentdub)

18 Mai

Haute-Garonne : le retour détonant de Pierre Castéras dans le sillage d’En Marche !

En charge de la mobilisation et directeur de campagne d’un candidat, Pierre Castéras est un pivot d’En Marche ! en Haute-Garonne. Le passé et le passif du personnage détonnent par rapport aux exigences de transparence et d’éthique affichées par le mouvement d’Emmanuel Macron.

Photo : MaxPPP

Photo : MaxPPP

Emmanuel Macron ne transige pas avec les exigences de la moralité publique. Avant de nommer son premier gouvernement, le nouveau président a décidé de passer au scanner la situation fiscale et patrimoniale de ses ministres. Parmi les premières mesures, le locataire de l’Elysée veut renforcer les règles de la vie publique en interdisant, notamment, les emplois familiaux des parlementaires.

Emmanuel Macron met la barre très haut. Mais cette exigence a un coût : un abaissement du seuil de « tolérance ». C’est la rançon d’une exemplarité affichée.

La moindre faille, le moindre décalage entre le discours d’Emmanuel Macron et les actes de son mouvement alimente les commentaires. C’est exactement ce qui se passe en Haute-Garonne. Depuis plusieurs semaines, le retour sur scène d’un ancien élu socialiste ne passe pas inaperçu.

Pierre Castéras n’est pas connu du grand public. Ancienne étoile montante du PS 31, Pierre Castéras n’est pas sous les feux de la rampe. Mais il joue un rôle stratégique dans En Marche ! de Haute-Garonne. Proche du référent départemental d’Emmanuel Macron, Pierre Castéras est en charge de la mobilisation. Mais il est également le directeur de campagne du candidat sur la 4ème circonscription, Michaël Nogal.

Avant de s »investir dans le mouvement d’Emmanuel Macron, Pierre Castéras a eu une vie. Et même une vie (professionnelle) agitée qui s’est étalée dans la presse.

Pierre Castéras est un ancien conseil régional. A ce titre, il a présidé un satellite de l’Hôtel de Région : la Confédération Pyrénéenne du Tourisme (CTP). Son bilan se résume à un chiffre : 1,3 million d’euros. Avant l’arrivée de Pierre Castéras, la confédération disposait de plus de 800 000 euros de trésorerie. Après 5 ans de gestion, Pierre Castéras laisse des factures impayées et un déficit abyssal.

Tous ces faits sont connus et publics. Mais une nouvelle pièce alourdit le dossier.

France 3 Occitanie s’est procuré l’audit mené par leCconseil régional et signé de la main de l’ancien président de Région, Martin Malvy.

Le document de 6 pages est accablant. L’autorité de tutelle (et principal financeur) de la Confédération Pyrénéenne du Tourisme pointe ouvertement une violation du code des Marchés Publics  :

Peu d’achats ont fait l’objet d’une mise en concurrence; Si l’association dispose bien d’une commission des marchés qui se réunit 2 à 3 fois par an, il reste que la mise en concurrence et la publicité requises sont généralement ignorées.

Le conseil régional ne se contente pas de dresser un constat. Les contrôleurs pointent des exemples et qualifient les sommes en jeu de significatives :

Une prestation de lobbying de 125 000 euros TTC, une étude complémentaire pour 30 378 euros, une proposition de mise en place d’une team de sportifs pour 107 162 euros.

Le diagnostic des contrôleurs régionaux pouvait justifier une saisine de la justice. En vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, le Conseil régional pouvait (et même devait) saisir le parquet. Selon nos informations, une solution politique a été privilégiée. Pierre Castéras a été poussé vers la sortie par Martin Malvy.

Pour les salariés de la Confédération, l’histoire ne s’est pas terminée avec le départ (forcé) de leur ancien président. Un départ qui s’est d’ailleurs soldé par un « parachutage » dans une collectivité gérée par le PS.

Mais, s’agissant des anciens salariés de Pierre Castéras, la bataille s’est déplacée sur le terrain judiciaire.

Les prestataires de service de la Confédération sont allés devant les tribunaux pour obtenir le paiement des factures impayées. Cette longue séquence s’est terminée (seulement) en 2016. Mais une autre phase est toujours en cours. Les ex-salariés attaquent en justice l’ancien directeur de la Confédération, recruté dans des conditions rocambolesques par Pierre Castéras.

Hasard du calendrier judiciaire, le prochain épisode se déroulera le 22 juin, 4 jours après le second tour des législatives.

Laurent Dubois (@laurentdub)

17 Mai

Nouvelles révélations sur l’emploi présumé fictif du fils de la députée PRG du Lot Dominique Orliac

La députée (PRG) du Lot, Dominique Orliac, a employé son fils en tant qu’assistant parlementaire. Cet emploi (en CDI et à temps complet) se cumulait avec un autre emploi, également à temps complet, dans… des pharmacies toulousaines.

La députée du Lot Dominique Orliac ©Maxppp / Marc Salvet

La députée du Lot Dominique Orliac
©Maxppp / Marc Salvet

Dans un précédent article Le Blog Politique de France 3 Occitanie a soulevé la question de l’emploi familial de la députée du Lot, Dominique Orliac. Cette enquête reposait sur les déclarations (dans la presse régionale) de la parlementaire lotoise et sur le document (déposé par Dominique Orliac) auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). Un point soulevait des interrogations : la profession de pharmacien du fils de la députée et le cumul de cette qualité avec l’emploi d’assistant parlementaire.

Dominique Orliac n’a pas mentionné auprès de la HATVP le statut de pharmacien de son assistant de fils. Au delà de cet oubli, on pouvait s’interroger sur la réalité du travail parlementaire effectué par Pierre Orliac. Sollicité à plusieurs reprises, Dominique et Pierre Orliac n’ont jamais répondu à nos demandes d’éclaircissements.

Ce mutisme ne permettait notamment pas d’éclaircir un point essentiel. Juridiquement, un pharmacien peut parfaitement cumuler son activité professionnelle avec un emploi d’assistant parlementaire.

Néanmoins, cette compatibilité est soumise à une condition pratique : la nature du contrat de travail. Seul un temps partiel peut permettre d’avoir un pied dans une officine et un autre à l’Assemblée.

Or, selon nos informations, Pierre Orliac a été rémunéré par l’Assemblée Nationale alors qu’il était (en même temps) pharmacien remplaçant dans des officines. Pharmacien remplaçant c’est-à-dire un pharmacien qui tient la boutique en l’absence du pharmacien titulaire. C’est un remplacement « poste à poste », avec toutes les activités qui vont avec : gestion des stocks, ouverture et fermeture de l’officine, encadrement des vendeurs et des préparateurs… Rien à voir avec un stage effectué sous le contrôle et en présence d’un pharmacien titulaire.

Dans un CV (que s’est procuré France 3 Occitanie), Pierre Orliac déclare avoir été employé en août 2013 et d’avril à mai 2013 dans deux officines toulousaines.

Problème. L’Assemblée Nationale a rémunéré Pierre Orliac pour des volumes de travail allant de 103,41 heures en avril 2013 à 131, 41 heures en mai 2013.

Ces temps de travail sont difficilement compatibles avec les horaires d’ouvertures de l’officine qui (elle aussi) salarie et rémunère Pierre Orliac.

Dans une déclaration faite à la presse, Dominique Orliac justifie l’emploi de son fils par la rédaction de rapports. Les services de l’Assemblée et des parlementaires expliquent que ce n’est pas conforme aux usages du Palais Bourbon. Inutile de recruter des assistants pour rédiger des rapports. Il existe les fameux « administrateurs » (des hauts fonctionnaires recrutés sur concours et employés par l’Assemblée) pour cela.

Même si on prend au sérieux l’argument de la députée lotoise, cela ne cadre pas. La nature du contrat de Pierre Orliac ne correspond pas à une activité rédactionnelle.

Pierre Orliac a été l’assistant parlementaire de sa mère de mars 2013 à février 2014. Le contrat est un contrat de 35 heures et à durée indéterminée. C’est bien long (12 mois) et régulier (151,67 heures de travail mensuel en moyenne) pour uniquement rédiger un rapport.

Au regard de tous ces éléments, un (fort) soupçon d’emploi fictif pèse.

La situation a été apurée par Dominique Orliac. La députée du Lot a mis fin à l’emploi de son fils.

Mais il reste une série de faits qui, tout en appartenant au passé, renvoient à une pratique difficilement justifiable.

Laurent Dubois (@laurentdub)

16 Mai

Main tendue à Emmanuel Macron : Jean-Luc Moudenc secoue la droite toulousaine

Le maire (LR) de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a signé un appel pour soutenir le nouveau premier ministre d’Emmanuel Macron. Cette position fracture la droite toulousaine.

Jean-Luc Moudenc et Emmanuel Macron au Capitole. Photo : Max PPP

Jean-Luc Moudenc et Emmanuel Macron au Capitole. Photo : Max PPP

Emmanuel Macron ne s’en cache pas. La stratégie du nouveau président  de la République est simple et redoutable : diviser pour mieux régner. Emmanuel Macron veut fracturer et recomposer. Cette logique de « décomposition-recomposition » a débuté avec le PS. Elle se poursuit avec la droite. Et, visiblement, cela fonctionne à Toulouse.

La droite locale est divisée.

Le maire de la ville Rose a signé un appel pour saisir la main tendue par Emmanuel Macron. Les élus et les militants de la droite toulousaine ont du mal à suivre la ligne de Jean-Luc Moudenc. La forme passe mal. De nombreux militants ont appris la position du maire de Toulouse sur Twitter ou dans la presse.

Cette absence de communication interne froisse. Mais, surtout, des militants et des cadres LR sont déstabilisés  ou parfois irrités par un décalage. Pendant la campagne présidentielle, Jean-Luc Moudenc ne s’est pas exposé, en restant loin de la mélée. Le maire de Toulouse a cultivé une certaine distance et s’est mis en mode « service minimum« .

D’un seul coup, quelques semaines avant les législatives, le locataire du Capitole change de ton et descend dans l’arène de la politique nationale.

Comme le précise un cadre LR, ce changement de pied secoue la droite toulousaine :

On ne peut pas dire que Jean-Luc Moudenc s’est battu corps et âme pour François Fillon ou Alain Juppé. Et, sans prévenir, il fait une sortie tonitruante en pleine campagne des législatives. C’est incompréhensible. Les militants ne comprennent pas. Ils se disent que Jean-Luc ferait mieux de s’occuper de Toulouse. Certains se disent, c’est pas possible il vise un ministère.

Les militants et les cadres LR ne pas les seuls à exprimer leurs incompréhensions. Selon nos informations, la députée de la Haute-Garonne et présidente de LR31, Laurence Arribagé, prépare un communiqué de presse. Un communiqué pour rappeler la ligne Baroin. Priorité aux législatives et pas question de tomber dans le piège tendu par Emmanuel Macron.

Un adjoint de Jean-Luc Moudenc à la mairie n’a pas attendu pour se positionner publiquement. Dans un communiqué envoyé ce mardi 16 mai, François Chollet déclare :

Le soutien d’une vingtaine de personnalités de droite (ndlr dont Jean-Luc Moudenc) crée le trouble même s’il se veut symbolique d’une volonté de travailler en dehors des postures stériles.

Les vagues dépassent le cadre de la droite toulousaine. Un contre-appel national, signé par des personnalités LR, est en cours de réalisation.

Mais le mal est fait et le malaise profond. La tentation Macron d’une partie de la droite est réelle. Selon nos informations, en Haute-Garonne, des personnalités de droite se mobilisent (en coulisse) en faveur des candidats En Marche ! pour les législatives.

Une aide qui passe notamment par des coups de fils et une aide pour trouver des suppléants.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

12 Mai

Investitures Macron : les « circos » cadeaux au PRG et à Alliance Centriste en Occitanie

Le mouvement d’Emmanuel Macron n’a pas investi de candidats sur 10 des 49 circonscriptions d’Occitanie. Certaines vont être attribuées la semaine prochaine. Mais, dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne, la République En Marche ! n’aura pas de représentant.

Photo MaxPPP

Photo MaxPPP

577 candidats. Emmanuel Macron a annoncé des candidatures dans toutes les circonscriptions de France et de Navarre. Le compte n’est pas bon. Jeudi 11 mai, une seconde vague d’investitures porte à 442 le nombre de candidats. Une ultime série doit intervenir. Mais, en toute hypothèse, il n’y a aura pas de représentants d’Emmanuel Macron dans toutes les circonscriptions. Le cas Manuel Valls a capté toute la lumière médiatique : aucune investiture et aucun candidat en face.

En Occitanie, plusieurs circonscriptions sont délaissées par la République En Marche ! S’agit-il de « circos Valls » (pas de candidat) ou de circonscriptions en cours d’attribution ?

7 des 13 départements sont concernés : Ariège, Tarn, Tarn-et-Garonne, Pyrénées-Orientales, Hérault, Haute-Garonne, Gard.

Dans cette liste (représentant au total 10 circonscriptions), deux départements et deux circonscriptions relèvent de la jurisprudence Valls.

  • « Jurisprudence » Valls dans le Tarn et le Tarn-et-Garonne

Emmanuel Macron se défend d’avoir passé des accords électoraux avec des partis. Mais il existe, tout de même, des alliances ou du moins des ententes. C’est indéniable avec Manuel Valls. Mais c’est également vrai en Occitanie. Dans le Tarn-et-Garonne, il ne s’agit pas ouvertement de ménager une personnalité politique. Le risque d’une victoire du Front National sert de justification. Mais le résultat est le même. Comme pour Manuel Valls dans l’Essonne, la présidente des radicaux de gauche, Sylvia Pinel ne devra pas affronter un candidat En Marche !

Des tractations entre Emmanuel Macron et le PRG ont permis cette solution. Une solution qui reposait sur les épaules d’un homme : le sénateur Jacques Mézard. Jean-Michel Baylet s’est appuyé sur ce « macroniste » de la première heure pour défendre les intérêts du PRG auprès d’Emmanuel Macron.

Sans la médiation du président du groupe RDSE au Sénat, les radicaux de gauche se seraient heurtés à leur erreur stratégique. Lors de la présidentielle, Sylvia Pinel a soutenu…Benoit Hamon. Et pour les législatives, la présidente du PRG a signé un accord avec…le PS.

Dans le Tarn, sur la 1ère circonscription, Philippe Folliot a également le champ libre. Le député sortant ne respectait pas les règles d’investitures d’En Marche ! Philippe Folliot brigue son 4ième mandat. L’exigence de renouvellement et la limitation « 3 mandats successifs » barraient la route du parlementaire tarnais. Le président d’Alliance Centriste (originaire des Monts de Lacaune) a soutenu Emmanuel Macron avant le 1er tour de l’élection présidentielle et participait aux réunions du comité politique du candidat En Marche !

Cette démarche a coûté l’étiquette UDI-LR à Philippe Folliot. Le député du Tarn n’a jamais caché son souhait de se (re)présenter, avec ou sans le dossard « macroniste ».

L’absence d’adversaire est un « lot de consolation ». Selon nos informations, la commission nationale d’investiture (CNI) d’En Marche ! a acté le gel de la circonscription de Philippe Folliot. Localement, les militants d’En Marche ! se mobilisent pour défendre la candidature de leur référent départemental, Clément Baller. Mais, a niveau national, le dossier semble régler.

  • Des investitures à venir en Haute-Garonne

Selon nos informations, la CNI a recommandé l’attribution d’investitures sur les 5ème et 8ème circonscriptions de la Haute-Garonne. Cette dernière est encore occupée, avant le renouvellement de juin prochain, par Carole Delga. Le candidat PS est l’ancien suppléant de la présidente de Région, Joël Aviragnet. A peine les investitures connues, des élus du Comminges ont propagé une « info » : l’absence de candidat En Marche ! vise à préserver le candidat de l’ancienne ministre.

Selon une source interne à En Marche !, un candidat devrait être désigné lors de la dernière fournée prévue la semaine prochaine.

Le maire (PS) de Luchon, Louis Ferré, est en piste. Mais une figure de la société civile, Michel Monsarrat (restaurateur et ancien rugbyman) tiendrait dans la corde. Selon nos informations, le profil d’une candidate UDI intéresserait la CNI d’En Marche !

Autre circonscription non « gelée » : la 5éme. Selon nos informations, c’est un collaborateur du maire (PRG) de Gruissan, Jean-François Portarrieu qui aurait les faveurs de la CNI. L’ancien directeur de la communication du maire (PS) de Toulouse pourrait toutefois décliner en raison d’une proposition professionnelle dans le milieu sportif.

En revanche, l’autre postulante, la socialiste (tendance Strauss-Kahn) Sandrine Floureusse est toujours en piste.

Une candidat estampillé « centriste » peut également l’emporter au finish.

Après un vrai couac et un petit psychodrame, François Bayrou a obtenu des circonscriptions supplémentaires. Ce respect d’un accord (qui se veut pas un accord tout en étant un accord) peut se traduire par un candidat « Bayrou » sur la 5ème circonscription de la Haute-Garonne.

La présence d’un candidat UDI (sous la bannière UDI-LR) rend, toutefois, ravale toutefois ce scénario au rang d’une simple hypothèse.

  • Des candidats en marche sur toutes les circonscriptions de l’Hérault

Dans le Gard, les Pyrénées-Orientales et l’Hérault des circonscriptions sont toujours « orphelines » de candidats En Marche ! Selon une source, toutes les circonscriptions de l’ex-Languedoc-Roussillon seront pourvues. Dans l’Hérault, sur la 7ème circonscription, le maire de Pézenas est candidat. Sur la 8ème, c’est la carte de la diversité qui se dessine.

Laurent Dubois (@laurentdub)

 

 

 

09 Mai

Manuel Valls chez Emmanuel Macron : Carole Delga « lui c’est lui et moi c’est moi »

Manuel Valls brigue une investiture En Marche ! pour les législatives. Son principal soutien en Occitanie, la présidente de Région, réagit.

Carole Delga, présidente d'Occitanie et Manuel Valls, ancien premier ministre. Photo : MaxPPP

Carole Delga, présidente d’Occitanie et Manuel Valls, ancien premier ministre. Photo : MaxPPP

Ce matin, mardi 9 mai, Manuel Valls a annoncé, au micro de RTL, son intention de porter les couleurs d’Emmanuel Macron pour les législatives. Cette annonce s’accompagne d’un avis de décès. Pour l’ancien premier ministre de François Hollande, « le PS est mort ».

Quelques heures après cette déclaration, en amont d’un bureau national, Jean-Christophe Cambadélis a réagi. Le patron du PS pose clairement le cadre et recadre l’ancien ministre.

Manuel Valls va devoir choisir entre le parti socialiste et Emmanuel Macron.

Une investiture En Marche ! n’est pas compatible avec la carte du PS.

En Occitanie, la présidente de Région est une « valliste » historique. Ancienne ministre de Manuel Valls, Carole Delga a soutenu l’ex locataire de Matignon dans la course des Primaires.

Après la victoire de Benoît Hamon, Carole Delga a pris ses distances. La présidente de Région a joué la carte d’un loyalisme sans faille envers le PS et le verdict des urnes. Carole Delga a fait campagne aux côtés du vainqueur de la Primaire.

Cet alignement s’est accompagné d’un discours mettant en avant la loyauté et le respect de la parole donnée. Les participants à la Primaire s’étaient engagés à soutenir le vainqueur, quel que soient son nom et sa ligne politique. Carole Delga a respecté, à la lettre, le « pacte de la Primaire ».

Ce n’est pas le cas de l’ancien premier ministre. Manuel Valls n’a pas attendu la victoire d’Emmanuel Macron pour se rapprocher du nouveau président de la République. Mais, s’agissant de Carole Delga (après la Primaire comme avant les deux tours de la présidentielle) la ligne a toujours été constante : fidélité au PS et à son candidat officiel.

En briguant l’étiquette La République En Marche pour les législatives, Manuel Valls va au bout d’une démarche entamée depuis mars dernier. Avec, notamment, le refus de parrainer Benoît Hamon. Ce mardi 10 mai, Manuel Valls franchit un ultime Rubicon. Mais la réaction de Carole Delga est dans le droit fil de ces derniers mois :

Lui c’est lui et moi c’est moi.

Le commentaire est laconique. Mais il résume parfaitement l’état d’esprit de Carole Delga. La présidente de Région reste une présidente socialiste. Pas question de suivre l’exemple de Manuel Valls et de se mettre En Marche ! en marge du PS.

Laurent Dubois (@laurentdub)