19 Jan

Le député PS du Tarn Jacques Valax agresse (encore) verbalement un journaliste

Jacques Valax (Photo : MaxPPP)

Jacques Valax (Photo : MaxPPP)

Le bouillant député socialiste du Tarn Jacques Valax a décidément du mal avec la liberté de la presse. Selon nos confrères du Tarn Libre, il s’en est pris à l’un de leurs journalistes avec un vocabulaire fleuri, l’agressant verbalement devant témoins.

Notre confrère raconte la scène :

« Tu as dit à une journaliste d’Antenne 2 (sic) que je n’étais pas allé à Sivens » Puis : « Tu es un salopard, un minable, je te dis ça là, il  y a deux ans après, je t’aurais pigné, cassé la gueule, t’as de la chance ». Interloqué, ce n’est que quelques instants après que nous lui avons dit que « de tels propos sont indignes de la fonction » de député. Devant Christophe Ramond et Eva Géraud, conseillers départementaux, Jacques Valax réitérait : « Tu es un minable, un vicieux, un salopard ».

En avril 2014, alors que tout le monde attendait le président de la République à Carmaux, le même Jacques Valax s’en était pris violemment au politologue et journaliste de France 3 Midi-Pyrénées Laurent Dubois, le traitant de « traître » et de « délateur » et le menaçant s’il ne « dégageait » pas.

Décidément Jacques Valax a plus de respect pour les intimidations et les noms d’oiseaux que pour le travail des journalistes.

FV

11 Jan

Journalistes, soyons à la hauteur !

IMG_3915

Je ne sais pas vous mais moi je me dis que malgré le malheur qui a frappé des dizaines de familles cette semaine, les journalistes ont une occasion inédite de redorer leur blason auprès des Français et de prendre le temps de réfléchir à leurs pratiques professionnelles. Mais serons-nous à la hauteur de cet enjeu ?

Parce que les terroristes s’en sont pris à des journalistes, des caricaturistes (et nous n’oublions pas les policiers et les juifs victimes de ces attentats), la France a vécu ces derniers jours un sursaut incroyable en faveur de la liberté de la presse, de la liberté d’expression.

Pourtant, les Français n’aiment pas les journalistes. Année après année, des sondages nous indiquent qu’ils ne font pas confiance à la presse. Les symptômes différent d’un avis à l’autre : trop dépendants de leurs actionnaires, trop proches des politiques, trop imprudents, trop ceci ou pas assez cela… Mais la maladie est la même : une faible confiance dans les grands médias traditionnels (lire ci-dessous le baromètre 2014 TNS-Sofres) qui s’accélère avec l’accès de nos concitoyens à des sources d’informations sans intermédiaires via notamment les réseaux sociaux.

Alors que peuvent apporter les journalistes ? L’information n’a d’intérêt que lorsqu’elle est contextualisée, expliquée. Dans une période de crise comme celle que nous venons de vivre, l’information brute, voire parcellaire, peut être diffusée, mais avec une grande prudence.

Tout va vite, parfois trop vite. Cette semaine, nous avons vu du bien et du moins bien. Audrey Goutard, journaliste spécialisée police-justice de France 2 incarne à mon sens le journalisme responsable. Pendant des heures d’antenne sur le plateau de la chaîne, cette journaliste très informée n’a cessé d’être en relation avec ses sources policières. Mais jamais les infos qu’elle a données à l’antenne n’ont mis en danger la vie des otages ou n’ont pu livrer des données essentielles des enquêtes aux terroristes qui auraient pu s’en servir.

La journaliste Audrey Goutard de France 2

La journaliste Audrey Goutard de France 2

Bien d’autres médias et journalistes ont continué cette semaine, malgré l’émotion, malgré le stress et l’incroyable et tragique feuilleton à rebondissements, à faire leur travail consciencieusement, c’est à dire littéralement : avec conscience.

Mais dans la course à l’info, certains médias ont aussi déversé un flot d’informations, parfois invérifiables et quelquefois dangereuses pour des vies humaines. Certes il n’y a eu aucun dérapage grave mais la profession ne s’est pas forcément grandi de ces attitudes irresponsables.

Pourtant, jamais les Français, assommés par la tuerie de Charlie Hebdo, ne se sont sentis aussi proches de la presse, de leur presse. Alors, soyons à la hauteur.

Les journalistes français ont là une occasion unique de réfléchir à l’exercice de leur métier. De se rapprocher aussi de la population, de ces centaines de milliers de Français qui sont descendus dans la rue. Il faudra pour cela abandonner le sensationnalisme, expliquer notre travail à nos lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, assumer nos choix rédactionnels (dire par exemple haut et fort qu’une rédaction a choisi de ne pas traiter tel ou tel sujet), ne plus regarder les chiffres d’audience…

Sans doute ne serons-nous pas totalement à la hauteur, mais si nous progressons, même un peu, individuellement dans nos pratiques et collectivement dans nos choix éditoriaux, alors tout n’aura pas été perdu.

Je ne crois pas que les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo auraient aimé ces vagues d’hommages et ces mobilisations populaires en leur honneur. Mais ils auraient sans doute souri de savoir que leur journal, financièrement mal en point et qui ne respectait rien ni personne, soit devenu brutalement le symbole mondial de la liberté d’expression, d’opinion et de la liberté de la presse. Et pourquoi pas, l’objet d’un rapprochement entre les Français et leurs journalistes.

FV

19 Déc

Un statut d’entreprise solidaire de presse qui arrive un peu tard

L’Assemblée Nationale a adopté mercredi dernier une proposition de loi émanant du groupe socialiste qui a le mérite d’exister mais qui arrive un peu tard pour certains titres locaux, dont, à Toulouse, feu Carré d’Info disparu au début de l’année.

Ce texte, qui devra ensuite aller vers le Sénat avant de revenir en seconde lecture à l’Assemblée, veut « moderniser » la presse française et la mettre à l’heure du XXIème siècle. Il crée donc un nouveau statut d’entreprise solidaire de presse d’information, qui fait enfin entrer le monde de la presse dans l’univers prometteur (en terme d’emplois et de développement) de l’économie sociale est solidaire (ESS). Ce statut prévoit en effet de permettre à des particuliers ou des entreprises d’investir dans des médias en développement dont les bénéfices seront ensuite réinvestis. Reste à déterminer, en cette période de régime budgétaire drastique sur fond d’impôts à faire rentrer, quel avantage fiscal en tireront les investisseurs. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a confié que le gouvernement saurait faire un geste.

Ce statut est une bonne nouvelle pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure d’une (petite) entreprise de presse. Mais il arrive malheureusement trop tard pour des sites locaux comme Dijonscope ou, plus près de nous, Carré d’Info qui a fermé ses portes en janvier 2014, faute d’argent.

carre_dinfo

Reste qu’au niveau local, dans de petites structures, la recherche d’investisseurs, la course aux annonceurs et la paperasse administrative sont (et seront) toujours incompatibles avec le travail des journalistes locaux (enquête, rédaction, reportages, photos, édition web etc).

Ce statut pourrait donc tout changer et ne rien changer du tout : OK les investisseurs (particuliers ou autres) seront davantage encouragés à mettre de l’argent dans ces nouvelles structures, mais il faudra toujours aller les démarcher, les convaincre. OK les bénéfices seront réinvestis dans l’entreprise mais qui croit encore qu’on peut gagner de l’argent en faisant de la presse, qui plus est sur internet ?

Le vrai courage politique serait de réformer le maëlstrom des aides à la presse. Xavier Lalu, l’un des cofondateurs de Carré d’Info, me confiait récemment que l’équipe du site avait à un moment renoncé à demander des aides de l’Etat : il aurait fallu presque un emploi à plein temps pour préparer le dossier pour in fine récolter quelques milliers d’euros par an.

Regardez ce graphique des montants (en euros) des 20 plus gros bénéficiaires des aides à la presse en 2013, publié cette année par Le Monde, qui n’est pas le plus mal classé :

aides à la presse

Tant que le système des aides financières à la presse « récompensera » les plus gros et les champions de la concentration, et exclura les petits et les pure-player, le mouvement ira vers encore plus de concentration aux mains de grands patrons de presse, au détriment (parfois) de l’indépendance et de la liberté de ton auxquels aspirent pourtant de plus en pus de lecteurs.

FV