Journalistes, soyons à la hauteur !

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Je ne sais pas vous mais moi je me dis que malgré le malheur qui a frappé des dizaines de familles cette semaine, les journalistes ont une occasion inédite de redorer leur blason auprès des Français et de prendre le temps de réfléchir à leurs pratiques professionnelles. Mais serons-nous à la hauteur de cet enjeu ?

Parce que les terroristes s’en sont pris à des journalistes, des caricaturistes (et nous n’oublions pas les policiers et les juifs victimes de ces attentats), la France a vécu ces derniers jours un sursaut incroyable en faveur de la liberté de la presse, de la liberté d’expression.

Pourtant, les Français n’aiment pas les journalistes. Année après année, des sondages nous indiquent qu’ils ne font pas confiance à la presse. Les symptômes différent d’un avis à l’autre : trop dépendants de leurs actionnaires, trop proches des politiques, trop imprudents, trop ceci ou pas assez cela… Mais la maladie est la même : une faible confiance dans les grands médias traditionnels (lire ci-dessous le baromètre 2014 TNS-Sofres) qui s’accélère avec l’accès de nos concitoyens à des sources d’informations sans intermédiaires via notamment les réseaux sociaux.

Alors que peuvent apporter les journalistes ? L’information n’a d’intérêt que lorsqu’elle est contextualisée, expliquée. Dans une période de crise comme celle que nous venons de vivre, l’information brute, voire parcellaire, peut être diffusée, mais avec une grande prudence.

Tout va vite, parfois trop vite. Cette semaine, nous avons vu du bien et du moins bien. Audrey Goutard, journaliste spécialisée police-justice de France 2 incarne à mon sens le journalisme responsable. Pendant des heures d’antenne sur le plateau de la chaîne, cette journaliste très informée n’a cessé d’être en relation avec ses sources policières. Mais jamais les infos qu’elle a données à l’antenne n’ont mis en danger la vie des otages ou n’ont pu livrer des données essentielles des enquêtes aux terroristes qui auraient pu s’en servir.

La journaliste Audrey Goutard de France 2

La journaliste Audrey Goutard de France 2

Bien d’autres médias et journalistes ont continué cette semaine, malgré l’émotion, malgré le stress et l’incroyable et tragique feuilleton à rebondissements, à faire leur travail consciencieusement, c’est à dire littéralement : avec conscience.

Mais dans la course à l’info, certains médias ont aussi déversé un flot d’informations, parfois invérifiables et quelquefois dangereuses pour des vies humaines. Certes il n’y a eu aucun dérapage grave mais la profession ne s’est pas forcément grandi de ces attitudes irresponsables.

Pourtant, jamais les Français, assommés par la tuerie de Charlie Hebdo, ne se sont sentis aussi proches de la presse, de leur presse. Alors, soyons à la hauteur.

Les journalistes français ont là une occasion unique de réfléchir à l’exercice de leur métier. De se rapprocher aussi de la population, de ces centaines de milliers de Français qui sont descendus dans la rue. Il faudra pour cela abandonner le sensationnalisme, expliquer notre travail à nos lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, assumer nos choix rédactionnels (dire par exemple haut et fort qu’une rédaction a choisi de ne pas traiter tel ou tel sujet), ne plus regarder les chiffres d’audience…

Sans doute ne serons-nous pas totalement à la hauteur, mais si nous progressons, même un peu, individuellement dans nos pratiques et collectivement dans nos choix éditoriaux, alors tout n’aura pas été perdu.

Je ne crois pas que les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo auraient aimé ces vagues d’hommages et ces mobilisations populaires en leur honneur. Mais ils auraient sans doute souri de savoir que leur journal, financièrement mal en point et qui ne respectait rien ni personne, soit devenu brutalement le symbole mondial de la liberté d’expression, d’opinion et de la liberté de la presse. Et pourquoi pas, l’objet d’un rapprochement entre les Français et leurs journalistes.

FV

08 Jan

Les journalistes toulousains s’associent à la marche républicaine samedi à Toulouse #jesuischarlie

Minute de Silence en hommage aux victimes de l''attentat contre Charlie Hebdo.

Une marche républicaine est organisée samedi 10 janvier à Toulouse (14h30 départ allées Jean-Jaurès). De nombreux journalistes ont décidé à titre individuel de s’y associer. Ils devraient défiler ensemble dans les rues de Toulouse en hommage à leurs collègues de Charlie Hebdo et pour la liberté de la presse.

Le parcours de la manifestation a été validé vendredi par le préfet de la Haute-Garonne : Allées Jean-Jaurès, Boulevard Carnot, Allées François Verdier, Grand Rond, Allées Frédéric Mistral. 

Les journalistes participants sont invités à se regrouper devant la FNAC à partir de 14h15 et de se munir de leur carte de presse et de stylos.

Tous les Toulousains sont invités à y participer. Les détails de l’organisation sont à retrouver sur une page événement facebook dédiée.

FV

Les médias régionaux aux couleurs de Charlie

Après l’attentat de Charlie-Hebdo, les médias régionaux portent sur leur une ou sur les réseaux sociaux la marque de leur solidarité avec les victimes et de leur attachement à la liberté de la presse. C’est le cas, par exemple, du quotidien régional. Le titre de La Dépêche du Midi est ce jeudi 8 janvier barré d’un bandeau noir.

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La rédaction de Centre Presse Le Journal de l’Aveyron a décidé de mettre du noir et blanc sur la totalité de sa une. Les couleurs vives du logo ont disparu : effet sinistre à la hauteur de l’événement :

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Midi-Libre (diffusé dans notre région principalement dans l’Aveyron), a fait le choix d’un cahier spécial de 8 pages dont voici la une :

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France 3 Midi-Pyrénées pour sa part a modifié dès mercredi ses avatars sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook, avec un bandeau « je suis Charlie » qui barre le logo de la chaîne.

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Idem pour l’éditeur jeunesse toulousain Milan Presse :

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La radio RTM31 (Radio Toulouse Métropole) annonce sur Twitter couper son antenne durant deux heures ce jeudi en hommage aux victimes :

 

07 Jan

Attentat terroriste contre Charlie Hebdo : rassemblement à 18 heures place du Capitole à Toulouse

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Après l’attentat meurtrier qui a fait au moins 12 morts (suivre ici la situation en direct) dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris, un rassemblement est organisé dès ce mercredi 7 janvier à 18 heures place du Capitole à Toulouse. 

Un rassemblement silencieux pour défendre la liberté de la presse et rendre hommage à nos confrères décédés ou blessés lors de cet attentat. Ce rassemblement est ouvert à tous les Toulousains, mais sans autre signe distinctif apparent (drapeaux ou banderoles) que le slogan de solidarité « Je suis Charlie » ci-dessus.

Un « événement » facebook a été créé pour annoncer ce rassemblement sur les réseaux sociaux.

Des rassemblements ont lieu également à Foix, Tarbes, Millau et dans d’autres villes de la région.

La ville de Toulouse a décidé de mettre les drapeaux en berne sur le Capitole. Même initiative à Albi.

FV

Post-scriptum : lire sur le site de France 3 Midi-Pyrénées, le compte-rendu de cette manifestation où 10.000 personnes se sont rassemblées. 

Post-scriptum 2 : une marche républicaine est organisée à Toulouse samedi 10 janvier à 14h30 au départ de la Place du Capitole

05 Jan

Naissance d’une nouvelle webradio en Midi-Pyrénées

On parle souvent des difficultés économiques voire des disparitions pures et simples des médias locaux. Alors pour une fois, c’est d’une naissance qu’il s’agit.

L’association Velmedia lance ce lundi 5 janvier 2015, Velmédia Radio une radio sur le web qui se veut participative : les auditeurs sont invités à faire des propositions de programmes et de playlists musicales.

« Par ce nouveau média, nous souhaitons redonner la parole aux entrepreneurs, aux associations, aux politiques et mettre en valeur les départements », indique l’association par la voix de son président Anthony Vella, qui a donné les premières lettres de son nom à l’association et à la webradio.

On souhaite longue vie à cette nouvelle webradio basée à Colomiers (Haute-Garonne).

FV

20 Déc

Sivens, un barrage contre les journalistes

La liberté de la presse ce n’est pas simplement un grand principe que l’on érige face aux dictateurs ou aux régimes totalitaires. La liberté de la presse doit s’exercer partout et tous les jours. En démocratie, les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier librement, sans entrave. Même à Sivens.

Depuis des mois autour du dossier de ce barrage dans le Tarn, on ne compte plus les journalistes bousculés, voire exfiltrés manu militari, les véhicules siglés de la presse tagués ou aux pneus crevés, les injures, les crachats, les projectiles…

Certains journalistes ont été obligés de couvrir des manifestations anti-barrages avec à leurs côtés des gardes du corps ! D’autres ont subi les foudres musclées des pro-barrages, parfois sous les yeux des forces de l’ordre qui n’ont pas bougé un orteil !

Ceux qui s’opposent et ceux qui sont favorables au barrage ont au moins ce point en commun : il y aurait la bonne et la mauvaise presse, les bons et les mauvais journalistes, qui varient forcément selon côté où l’on se place. Reconnaissons cependant que ces agités, de part et d’autres, sont minoritaires.

Jeudi 18 décembre, lors de la manifestation des agriculteurs du Tarn-et-Garonne favorables au barrage, plusieurs journalistes ont été de nouveau pris à partie et chassés par les manifestants.

Photo Grégoire Souchay / Reporterre

Photo Grégoire Souchay / Reporterre

C’était le cas du rédacteur de Reporterre qui raconte sur le site du journal cette désagréable mésaventure.

Alors donc, parce qu’un journaliste représente un média qui ne pense pas forcément comme vous (en l’occurence ici un journal qui se revendique écologiste) il faut l’insulter, le pourchasser ?

Ça vous a peut-être échappé, mais la ligne éditoriale du Figaro n’est pas tout à fait la même que celle de l’Humanité. Pareil entre Marianne et Valeurs Actuelles.

Et si vous rêvez d’un monde où tous les médias reproduisent exactement ce que vous pensez, sans jamais donner la parole à votre voisin qui pense autrement, alors bienvenue en Corée du Nord, dans le Chili de Pinochet ou la RDA des années 80.

Mais si vous voulez vivre en France en 2014, avoir le droit de manifester, de donner votre avis quand vous voulez, de voter librement pour qui vous voulez, alors laisser travailler les journalistes, tous les journalistes, et battez vous pour vos idées, pas contre la presse.

FV

19 Déc

Un statut d’entreprise solidaire de presse qui arrive un peu tard

L’Assemblée Nationale a adopté mercredi dernier une proposition de loi émanant du groupe socialiste qui a le mérite d’exister mais qui arrive un peu tard pour certains titres locaux, dont, à Toulouse, feu Carré d’Info disparu au début de l’année.

Ce texte, qui devra ensuite aller vers le Sénat avant de revenir en seconde lecture à l’Assemblée, veut « moderniser » la presse française et la mettre à l’heure du XXIème siècle. Il crée donc un nouveau statut d’entreprise solidaire de presse d’information, qui fait enfin entrer le monde de la presse dans l’univers prometteur (en terme d’emplois et de développement) de l’économie sociale est solidaire (ESS). Ce statut prévoit en effet de permettre à des particuliers ou des entreprises d’investir dans des médias en développement dont les bénéfices seront ensuite réinvestis. Reste à déterminer, en cette période de régime budgétaire drastique sur fond d’impôts à faire rentrer, quel avantage fiscal en tireront les investisseurs. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a confié que le gouvernement saurait faire un geste.

Ce statut est une bonne nouvelle pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure d’une (petite) entreprise de presse. Mais il arrive malheureusement trop tard pour des sites locaux comme Dijonscope ou, plus près de nous, Carré d’Info qui a fermé ses portes en janvier 2014, faute d’argent.

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Reste qu’au niveau local, dans de petites structures, la recherche d’investisseurs, la course aux annonceurs et la paperasse administrative sont (et seront) toujours incompatibles avec le travail des journalistes locaux (enquête, rédaction, reportages, photos, édition web etc).

Ce statut pourrait donc tout changer et ne rien changer du tout : OK les investisseurs (particuliers ou autres) seront davantage encouragés à mettre de l’argent dans ces nouvelles structures, mais il faudra toujours aller les démarcher, les convaincre. OK les bénéfices seront réinvestis dans l’entreprise mais qui croit encore qu’on peut gagner de l’argent en faisant de la presse, qui plus est sur internet ?

Le vrai courage politique serait de réformer le maëlstrom des aides à la presse. Xavier Lalu, l’un des cofondateurs de Carré d’Info, me confiait récemment que l’équipe du site avait à un moment renoncé à demander des aides de l’Etat : il aurait fallu presque un emploi à plein temps pour préparer le dossier pour in fine récolter quelques milliers d’euros par an.

Regardez ce graphique des montants (en euros) des 20 plus gros bénéficiaires des aides à la presse en 2013, publié cette année par Le Monde, qui n’est pas le plus mal classé :

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Tant que le système des aides financières à la presse « récompensera » les plus gros et les champions de la concentration, et exclura les petits et les pure-player, le mouvement ira vers encore plus de concentration aux mains de grands patrons de presse, au détriment (parfois) de l’indépendance et de la liberté de ton auxquels aspirent pourtant de plus en pus de lecteurs.

FV

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