01 Oct

Quand le patron des Républicains du Lot s’auto-interviewe dans « La Vie Quercynoise »

Mécontent des questions qui lui étaient posées par l’hebdomadaire lotois, le maire de Labastide-Murat, président des Républicains du Lot et conseiller régional d’Occitanie a rédigé lui-même les questions et les réponses de son interview, que le magazine a accepté de publier.

Aurélien Pradié (Facebook)

Aurélien Pradié (Facebook)

On a d’abord un peu de mal à le croire mais il faut bien se rendre à l’évidence : les questions de l’interview d’Aurélien Pradié que publie cette semaine « La Vie Quercynoise » ont été rédigées par… Aurélien Pradié himself, qui ne se satisfaisait pas des questions que les journalistes lui avaient posées !

L’élu de Labastide-Murat, n’acceptant pas la formulation de nos questions, a lui-même procédé à la rédaction des questions et des réponses, usant du bon vieil adage : « on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ». C’est au nom de la liberté d’expression, que la Rédaction publie le texte ci-après », explique le journal. 

La Vie Quercynoise (qui appartient à Publi-Hebdos propriété du groupe Ouest-France, comme La Voix du Midi ou le site Côté Toulouse) a donc fait le choix de publier in-extenso l’auto-interview du maire LR de Labastide-Murat.

Passons sur le sujet même de l’interview (le retrait de la commune de Frayssinet de l’intercommunalité) pour explorer plus avant les questions posées par l’intervieweur Aurélien Pradié à l’élu Aurélien Pradié :

La question de la voirie semble très importante. Que pouvez-vous en dire ?

Et la contribution au SDIS ?

Et les finances ? »

Une technique d’interview exemplaire, d’une terrible perspicacité, à montrer dans les écoles de journalisme.

Avec cette auto-interview publiée dans un média traditionnel (et pas une feuille de chou municipale), Aurélien Pradié ouvre une porte dans laquelle bon nombre d’élus pourraient vouloir s’engouffrer.

Ce serait tellement plus simple un monde où l’on pourrait se passer des journalistes pour avoir des articles « dans le bon sens ». Un monde sans « Envoyé Spécial », sans « Cash Investigation », sans cette Elise Lucet qui « harcèle » ces gentils élus ou ces fabuleux grands patrons qui ne veulent simplement pas répondre (« non mais c’est quand même mon droit, laissez-moi tranquille enfin »), sans ces journalistes en région qui font honorablement leur travail, qui révèlent des informations que certains auraient aimé cacher, qui ne se contentent pas d’une réponse laconique et de mots pré-mâchés par des communicants.

Malheureusement, il risque surtout d’y avoir un avant et un après « La Vie Quercynoise ». Demain, quand on sollicitera un élu pour faire un interview, peut-être entendrons-nous : « Vous voulez une vraie interview ou alors on fait une « Pradié » ? »

FV (@fabvalery)