19 Juin

Ces journalistes qui passent à la politique, une « tradition » en Midi-Pyrénées

Deux des nouveaux députés élus dimanche en Midi-Pyrénées, Sandrine Mörch et Jean-François Portarrieu, sont journaliste et ex-journaliste. Ils sont loin d’être les premiers dans l’ex-région Midi-Pyrénées. Petit rappel, sans doute pas exhaustif.

Sandrine Morch, journaliste et nouvelle députée de la Haute-Garonne (Photo : Eric Cabanis / AFP)

Sandrine Morch, journaliste et nouvelle députée de la Haute-Garonne (Photo : Eric Cabanis / AFP)

Peut-on être journaliste et faire de la politique ? Si on se place sur le terrain de la morale ou de l’éthique, les réponses varient en fonction de la manière dont on aborde ce métier. Sur le plan « technique », en revanche, la réponse est simple : le journalisme semble être une excellente passerelle pour accéder à des fonctions électives. Le dernier scrutin des élections législatives est encore là pour le prouver.

Les « petits nouveaux »

Sandrine Mörch a été élue dimanche, députée de la 9ème circonscription de la Haute-Garonne. Cette femme de 55 ans, était jusqu’à la campagne électorale, journaliste à France 3 Midi-Pyrénées à Toulouse. Elle a aussi réalisé plusieurs documentaires. Est-ce ce profil de journaliste qui a attiré l’œil de la Commission nationale d’investiture (CNI) d’En Marche ! ou est-ce son profil d’engagée associative ? Difficile de le dire. Un peu des deux sans doute. Toujours est-il qu’elle a été parmi les tout premiers investis par le mouvement d’Emmanuel Macron. Le temps du mandat, elle va quitter son poste de journaliste à France 3.

Lui n’est plus journaliste depuis plusieurs années. Jean-François Portarrieu, 51 ans, a été élu député En Marche! de la 5ème circonscription de la Haute-Garonne. Le passage entre politique et journalisme (ou inversement), il l’a vécu en 2008, après une douzaine d’années comme journaliste à La Dépêche du Midi. Il en dirigeait alors le pôle magazine. Il a choisi à ce moment-là de rejoindre Pierre Cohen (PS) qui venait de remporter la mairie de Toulouse. Directeur de la communication puis directeur adjoint du cabinet, il a quitté Toulouse en 2014, après la victoire de Jean-Luc Moudenc, pour rejoindre l’Aude voisine où il dirigeait jusqu’à présent le cabinet du président de l’agglomération du Grand Narbonne.

Pas tout à fait nouveau (il était déjà député PS du Finistère en 2012), Richard Ferrand, membre du gouvernement d’Edouard Philippe et très proche d’Emmanuel Macron, est Aveyronnais d’origine et c’est dans le journalisme qu’il a débuté, notamment à Centre-Presse Aveyron.

Les « grands anciens »

Sans remonter à Jean Jaurès, député du Tarn et auteur de nombreux articles notamment dans le journal qu’il avait fondé, L’Humanité, et dans La Dépêche du Midi, le plus célèbre journaliste de Midi-Pyrénées à avoir franchi le cap vers la politique est Dominique Baudis. L’ex-présentateur de JT et reporter de guerre est devenu maire de Toulouse en 1983 succédant à son père Pierre Baudis, puis député, président du Conseil régional.

Martin Malvy, ancien ministre, ancien président de la région lui aussi, ex-député est également un ancien journaliste pendant presque une vingtaine d’années, entre les années 60 et 70, principalement à La Dépêche du Midi.

Issu aussi du groupe La Dépêche du Midi, où il a notamment été rédacteur en chef de Midi-Olympique, Henri Nayrou a été plusieurs fois député de l’Ariège et préside actuellement le conseil départemental de ce département.

On peut aussi ajouter à cette catégorie, Jean-Luc Moudenc. Le maire LR de Toulouse aime à rappeler aux journalistes qu’il croise qu’il a débuté à La Croix du Midi avant de rejoindre rapidement le monde politique. Ou encore Bertrand Delanoë, ex-maire de Paris, qui lors de ses jeunes années ruthénoises a travaillé à l’agence de Rodez de La Dépêche.

Ceux qui sont régulièrement candidats

Souvent les journalistes quittent leur métier quand ils sont élus maire ou député. Mais pour les mandats locaux, le plus souvent, l’élu continue d’exercer sa profession, le journaliste comme les autres. Il bénéficie d’aménagements d’horaires pour exercer son mandat. Et parfois, les élections créent des situations cocasses dans certaines rédactions. En 2014, par exemple, lors des élections municipales à Toulouse, Michel Pech figurait sur la liste du maire PS sortant Pierre Cohen (il était d’ailleurs conseiller municipal délégué dans l’équipe sortante) et Thierry Sentous sur celle du candidat LR Jean-Luc Moudenc. Les deux sont journalistes… à France 3 Midi-Pyrénées !

Ceux qui dirigent des journaux

On peut aussi être élu et exercer dans la presse des fonctions de direction. Le meilleur exemple dans notre région est évidemment celui de Jean-Michel Baylet, propriétaire du groupe La Dépêche du Midi. Il a été député, sénateur, plusieurs fois ministre, président du Conseil départemental du Tarn-et-Garonne, etc. D’après nos informations, il disposait depuis 1977 et jusqu’en 2016 (année de son retour au gouvernement) d’une carte de directeur de presse. Mais cette carte n’a pas été renouvelée en 2017, sans doute du fait que c’est son ex-épouse Marie-France Marchand-Baylet qui lui a succédé à la tête du groupe.

Jean-Marie Belin, référent de François Fillon durant la présidentielle en Haute-Garonne et plusieurs fois candidat à des élections, a occupé plusieurs postes de direction à France Télévisions.

Paul Quilès, ancien député PS du Tarn et ancien ministre, a dirigé un temps feu Le Matin de Paris, un quotidien très proche du Parti Socialiste, qui s’est arrêté de paraître en 1987.

Enfin, il y a aussi ces responsables ou élus engagés politiques et qui dirigent des journaux comme Serban Iclanzan, conseiller départemental LR en Haute-Garonne et directeur de La Gazette du Midi ou Rémi Demersseman, gérant de la Scop qui édite le JT (ex-Journal Toulousain) et membre du secrétariat national du PS.

Les journalistes, de « bons candidats »

Pour Olivier Baisnée, chercheur et enseignant spécialisé dans le monde des médias à Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Toulouse, « les journalistes font de bons candidats : ils ont fait des études supérieures, ils ont de la culture générale, l’habitude de s’exprimer, de croiser des gens de pouvoirs et sont au fait des sujets politiques ».

Pour lui, le phénomène n’est pas très développé en France comparativement au Royaume-Uni, où la presse tabloïd fournit régulièrement des élus, et à l’Italie. « En Italie, explique-t-il, ce ne sont pas uniquement les directeurs de chaînes de télé qui sautent après les élections mais aussi les journalistes, qui sont beaucoup plus politisés qu’en France ». 

Mais finalement, le journalisme qui mène à la politique, est-ce problématique ? « Elu et journaliste cela peut paraître un problème, mais franchement il y a plein de journalistes qui font de la politique, à travers des éditos ou certains plateaux télé, sans pour autant avoir de carte d’un parti ou avoir tenté d’être élu, explique Olivier Baisnée. Ce qui choque davantage c’est le patron de presse, comme Baylet ou Dassault, qui exerce des mandats politiques tout en dirigeant des titres et qui a beaucoup plus de pouvoir médiatique que le simple journaliste ».

Le chemin inverse est impossible »

« Le vrai souci, conclut le chercheur à Sciences Po, c’est le soupçon rétrospectif qui peut se poser sur le journaliste une fois qu’il est élu. On peut se demander si ce qu’il a fait avant n’a pas en quelques sortes servi à son élection. Et puis, il y a la question du retour : quand on quitte la politique pour redevenir journaliste. Ce chemin inverse est impossible ».

FV (@fabvalery)