03 Jan

Débrayage à Centre-Presse Aveyron, 18 mois après le rachat par La Dépêche

Les journalistes et personnels de Centre-Presse en Aveyron sont inquiets pour l’avenir. Ils ont observé un mouvement de grève de deux heures ce mardi 3 janvier.

Le personnel devant Centre-Presse à Rodez (Photo : L. Tazelmati / France 3)

Le personnel devant Centre-Presse à Rodez (Photo : L. Tazelmati / France 3)

18 mois après le rachat par le groupe Dépêche du Midi des Journaux du Midi (Midi Libre, L’Indépendant et Centre Presse Aveyron), les salariés de Centre Presse, inquiets pour l’avenir de leur titre, ont observé un mouvement de grève de deux heures en début d’après-midi ce mardi.

En question, la présence du titre sur le territoire aveyronnais. « L’agence de Villefranche de Rouergue a été fermée en catimini en octobre, explique Salima Ouirni, représentante du syndicat national des journalistes (SNJ) au CHSCT. Il semble que la direction souhaite aussi fermer celles de Decazeville et Espalion. Alors nous avons décidé de réagir symboliquement par ces deux heures de débrayage ».

Ce que craignent les journalistes c’est qu’à terme, suite au rachat par La Dépêche, les trois journaux présents sur le territoire aveyronnais finissent par proposer les mêmes contenus à leurs lecteurs. « Nous avons déjà un accord de mutualisation avec Midi-Libre, explique Salima Ouirni, mais avec la Dépêche c’est une mutualisation forcée. Avec comme risques : des suppressions d’emplois, le recul de notre présence sur le terrain et la fin du pluralisme dans le département« . 

Déjà, les articles sur Villefranche qui paraissent dans Centre Presse sont écrits par les deux journalistes de La Dépêche sur place. Dans un communiqué, le SNJ indique que « 8 postes de journalistes en CDI ont déjà été supprimés«  en Aveyron : « 5 pour Centre Presse, 3 pour La Dépêche dont les effectifs sont désormais incompatibles avec une quelconque autonomie (plus que 8 journalistes Dépêche sur l’ensemble du département, dont 3 de 59 ans et plus). Et ce n’est sans doute qu’un début, puisque la direction a généralisé à tous ses titres le principe mortifère en cours depuis 15 ans à La Dépêche : « On ne remplace pas un journaliste qui quitte l’entreprise » ».

En rachetant les Journaux du Midi en 2015, le groupe La Dépêche du Midi a renforcé sa présence sur l’ensemble du territoire de la nouvelle région Occitanie. Mais dans deux départements, l’Aude et l’Aveyron, ces journaux se retrouvent en « concurrence ».

L’autorité de la concurrence avait autorisé ce rachat en 2015 mais avait souligné qu‘il plaçait le groupe en situation de monopole sur ces deux départements et risquait « de conduire à une homogénéisation du contenu des titres, au détriment des lecteurs qui subiraient une réduction de la qualité et de la diversité des journaux de presse quotidienne régionale ». L’autorité avait alors imposé des conditions au groupe Dépêche, que ce dernier s’était engagé à respecter : « ne pas procéder à l’harmonisation des contenus de ses titres, maintenir des rédactions en chef distinctes et dédiées aux différents titres et poursuivre la diffusion de l’ensemble de ses titres de presse quotidienne régionale dans l’Aude et l’Aveyron ».

Mais parallèlement, le groupe poursuit un plan d’économie commun à tous les titres qui prévoit notamment la suppression de plus de 350 emplois.  A La Dépêche, le SNJ avait alerté récemment sur l’état de la rédaction après de nombreux départs. Une rédaction « à l’agonie » avait indiqué le syndicat.

FV (@fabvalery)

EN VIDEO : le reportage de Rouzane Avanissian et Luc Tazelmati


Débrayage à Centre-Presse