26 Sep

Télé locale à Toulouse : Bruno Ledoux, la botte secrète de TV Sud

Depuis que l’on connaît les deux dossiers candidats à la reprise de la fréquence hertzienne locale de Toulouse, TV Sud (groupe Médias du Sud) fait figure de « PME » face à BFM TV porté par le mastodonte Next-Radio/SFR/Numéricable. Mais un atout dans la manche de Christophe Musset change un peu la donne.

Bruno Ledoux (Photo : AFP)

Bruno Ledoux (Photo : AFP)

Dans le dossier remis par TV Sud au Conseil supérieur de l’audiovisuel, figure un courrier qui est loin d’être anodin. Une letter of intention (LOI) qui fait de son signataire, Bruno Ledoux, un partenaire de poids de TV Sud dans la course à la fréquence télé toulousaine.

Un des grands argentiers des médias

Bruno Ledoux est peu connu du grand public. C’est pourtant lui qui a sauvé le journal Libération de la faillite, un journal dont ce jeune quinquagénaire est depuis 2014 le président du conseil de surveillance et surtout l’actionnaire à 50 % (après l’avoir été à 100 %, mais ça on vous l’explique plus bas, ne ratez rien, c’est croustillant !). Bruno Ledoux, richissime industriel, est aussi collectionneur de tableaux et mécène d’artistes, propriétaire du golf de Saint-Tropez ou encore du château d’Ilbarritz au Pays Basque. Il est surtout très impliqué dans les médias (L’Express, L’Expansion, Le Nouvel Economiste, L’Etudiant…).

Sa présence dans le dossier de TV Sud est un atout pour le petit groupe de médias installé en Occitanie. Un atout financier : après la disparition du TLT, le CSA ne peut pas se permettre de remettre sur les rails une télé à Toulouse dont les reins financiers ne seraient pas solides. Or, TV Sud fonctionne, sur ses implantations déjà existantes (Nîmes, Montpellier, Perpignan) avec environ 50 % d’argent public, le plus souvent à travers des contrats d’objectifs et de moyens (COM) avec la Région. Sans cet argent public, pas de télé privée. La présence de Bruno Ledoux dans le tour de table de Christophe Musset peut rassurer les sages de la Tour Mirabeau, en tout cas sur le plan structurel et sur la pérennité du projet.

Déjà intéressé en 2015

Ce n’est pas la première fois que Bruno Ledoux se rapproche de Toulouse et de sa télé locale. D’après nos informations, fin 2014, début 2015, alors que TLT était au plus mal (avant sa liquidation en juillet 2015), il avait envoyé ses émissaires pour tenter de reprendre l’entreprise. Les négociations n’avaient pas été très loin et la suite on la connaît !

Cette fois, c’est par l’intermédiaire d’un autre porteur de projet que Bruno Ledoux fait sa réapparition dans le dossier toulousain. En toute discrétion mais avec un rôle qui pourrait devenir majeur dans l’attribution de la fréquence.

Adversaire et partenaire de Patrick Drahi

Le paradoxe, car il y en a un, c’est que la présence de Bruno Ledoux dans le dossier de TV Sud change totalement le point de vue que l’on peut avoir sur les deux concurrents pour la fréquence toulousaine : TV Sud, donc, et BFM TV. La situation est plus complexe qu’il n’y paraît.

Accrochez-vous, ce n’est pas évident !

BFM TV et le projet BFM Toulouse émanent de Next RadioTV, le groupe d’Alain Weill (BFM TV, RMC). Mais depuis juillet 2015, ce groupe a signé un partenariat stratégique avec Altice, le groupe du magnat Patrick Drahi, en vue du rachat de Next RadioTV par ce dernier. Or dans le capital d’Altice, qui est aussi en cours de rachat de SFR/Numéricable (câblo-opérateur historique et ancien actionnaire de TLT !), qui trouve-t-on ?

Allez suivez un peu…

Bah oui, Bruno Ledoux, dont on vous parle ici depuis le début. En effet, en juin 2015, Bruno Ledoux a cédé 50 % de ses parts dans le journal Libération à… Patrick Drahi en échange de 10 % du capital de Altice Media Group. 

En d’autres termes, dans l’appel d’offres du CSA pour la future chaîne locale privée de Toulouse on trouve dans chacun des dossiers qui s’opposent, deux tycoons des médias français (Ledoux avec TV Sud et Drahi avec BFM TV) qui sont par ailleurs associés. CQFD.

Fabrice Valéry (@fabvalery)