22 Avr

Y aura-t-il une télé locale à Toulouse pour Noël ?

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) n’a toujours pas lancé la procédure d’appel d’offres pour reprendre la fréquence de Télé Toulouse (TLT) qui a disparu des écrans début juillet 2015. La probabilité qu’une télé locale privée émette à Toulouse avant Noël prochain s’éloigne.

(Crédit photo : page facebook TLT)

(Crédit photo : page facebook TLT)

Une procédure qui a pris du retard

Le CSA avait indiqué en juillet dernier que la procédure serait rapide : lancement de l’appel d’offres « avant Noël 2015″, nouvel opérateur aux commandes « avant l’été 2016 ». Mais le dossier a pris du retard et la nouvelle télé locale (ou régionale ?) ne sera pas sur les rails avant la fin de l’année 2016. Les « sages » du CSA en sont encore, d’après nos informations, à la phase de concertation avec les collectivités locales et régionales. Il faudra ensuite lancé l’appel d’offres, examiner les offres des candidats, en choisir une, donner le feu vert à sa diffusion et laisser le temps à cet opérateur de recruter du personnel et de lancer sa grille de programmes. Au minimum entre 8 et 10 mois de travail.

Il faut dire que la phase de concertation n’est pas simple. Dans une ville et une région où paysages médiatiques et politiques s’entremêlent régulièrement et sont théâtres de tiraillements, pour ne pas dire plus, le dossier est très, mais alors très très politisé !

Le CSA en visite à Toulouse

Tellement politisé d’ailleurs que le CSA est actuellement en « tournée » dans la région. Nathalie Sonnac, membre du CSA, a rencontré ce vendredi la mairie de Toulouse mais aussi le Conseil régional. Un signe que le CSA pourrait pencher vers un réseau de télé locales dans la nouvelle région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. « Les Toulousains ne regardaient pas TLT, explique un bon connaisseur du dossier, et TLT n’était pas vue en dehors de Toulouse. Avec un réseau, on pourrait parler de Toulouse, capitale régionale, dans toute la nouvelle région ! »

Mais les intérêts des uns et des autres ne vont pas toujours dans le même sens.

TV Sud pour un « réseau régional de TV locale »

Les cendres de TLT étaient encore fumantes quand les dirigeants de TV Sud ont, dès juillet 2015, déclaré leur intérêt pour la reprise de la fréquence toulousaine. Pour la société qui dirige les télés locales de Nîmes, Montpellier et Perpignan (et a mis en gérance celle de Marseille après quelques difficultés d’exploitation), Toulouse, capitale de la nouvelle région, est un enjeu stratégique. TV Sud emploie d’ailleurs actuellement un pigiste pour réaliser des reportages à Toulouse, histoire de montrer son intérêt pour la ville, alors même qu’elle n’y a pas (encore) d’antenne.

Reste que le modèle économique de TV Sud est fragile et que le projet que tentent de faire accepter aux collectivités locales ses dirigeants tend plutôt vers une télé régionale avec un flux mutualisé entre ses différentes antennes qu’en une chaîne locale de plein exercice véritablement toulousaine. D’ailleurs, la direction de TV Sud ne s’est jamais caché de vouloir mutualiser ses contenus et ses moyens techniques et humains entre chacune de ses entités locales. Dans ce projet, la télé locale toulousaine pourrait se faire avec moins d’une quinzaine de salariés.

Pour autant, même en mutualisant et en réduisant la masse salariale, il faut de l’argent pour faire vivre une télé : Christophe Musset, le pdg de Médias du Sud maison-mère de TV Sud ne le cachait pas, dès juillet dernier : « les collectivités ont toujours soutenu TLT : nous espérons qu’elles renouvelleront leur confiance en notre projet au service du territoire, local et régional ».

Le poids de la mairie de Toulouse dans la balance

Du côté de la mairie de Toulouse, on n’est pas pressé de voir naître une nouvelle télé locale. L’expérience de TLT reste un très mauvais souvenir. Pas question donc au Capitole de rentrer dans le tour de table, même symboliquement. La mairie ne rentrera pas au capital, même minoritaire. Ce fut le cas à TLT et quelques années plus tard on a vu le résultat : actionnaire minoritaire, la ville (à travers la SEM CTV) est devenue au fil du temps le gestionnaire de TLT et Jean-Luc Moudenc a même dû endosser auprès des salariés la responsabilité de son naufrage.

Dans l’entourage du maire, on penche davantage pour un « accompagnement financier », qui pourrait se faire via l’achat d’espaces publicitaires ou le sponsoring d’émissions. Encore faut-il que la nouvelle société et son tour de table reçoivent auparavant le soutien officiel de la mairie de Toulouse et de Toulouse Métropole. Et il y a dans ce domaine des lignes rouges à ne pas franchir.

La Dépêche du Midi persona non grata

Une source dans l’entourage de Jean-Luc Moudenc le confie, c’est LA condition sine qua non du soutien financier de la ville : que La Dépêche ne soit pas mêlée de près ou de loin au projet. La présence dans le tour de table de La Dépêche du Midi serait une déclaration de guerre pour le Capitole. Pourtant, le groupe Baylet était présent dans celui de TLT. Mais, depuis, les relations entre la mairie et le groupe de PQR se sont tendus au point d’exploser au grand jour lors d’un reportage du Petit Journal de Canal +. En 2016, la mairie et la métropole ne versent plus un seul euro au groupe Dépêche du Midi, ni en achats d’espaces publicitaires, ni en annonces légales.

Pourtant d’après nos informations, La Dépêche du Midi, qui poursuit sa politique de diversification face à la baisse des ventes de la presse papier, est en contact avec la direction de TV Sud pour faire partie du tour de table de la future chaîne locale toulousaine. Une chaîne qui, vu l’état du marché publicitaire local, ne pourra se passer de l’aide financière de la ville. Pour TV Sud qui même actuellement une opération-séduction auprès des élus toulousains, l’appui de La Dépêche est donc, du point de vue du Capitole, un sérieux handicap.

Le Conseil régional sur des dossiers plus urgents !

C’est un doux euphémisme : les promoteurs d’une télé locale/régionale n’ont pas beaucoup l’oreille de la nouvelle présidente de région Carole Delga et de son cabinet. Il faut dire qu’entre la fusion des services des deux anciennes régions, le nom à trouver pour la nouvelle, le plan Marshall pour l’emploi, les états généraux du rail, la gestion d’une majorité complexe et d’une opposition agressive, la présidente PS du Conseil régional a d’autres chats à fouetter.

On est loin de l’engagement de Martin Malvy pour TLT dans les dernières années du mandat précédent : tentative (échouée) d’imposer son directeur de cabinet Philippe Joachim à la direction générale de la chaîne, signature d’un contrat d’objectif et de moyens (COM) à hauteur de 1,5 millions d’euros sur 3 ans, etc. La région Midi-Pyrénées rêvait alors d’une télé locale transformée en télé régionale.

Pourtant à l’hôtel de région, certains ont bien tenté ces derniers mois de poser le dossier d’une nouvelle chaîne de télé sur le bureau de la présidente. Mais inexorablement, il est redescendu en-dessous de la pile. Rien d’urgent, donc on ne bouge pas.

Ou plutôt, on ne bougeait pas. Un très proche collaborateur de Carole Delga rencontrera tout de même ce vendredi 22 avril la délégation du CSA. Pour dire quoi ?

Certains rêvent toujours à la région d’un mariage entre un opérateur local privé et France 3 pour accoucher d’une télé régionale « de service public » avec la Région penchée sur le berceau. Une option très mal vue du côté du Capitole.

Des doutes sur la pertinence d’une télé locale hertzienne en 2016

De bons connaisseurs du dossier n’hésitent pas à le dire : ce serait une erreur de vouloir lancer une nouvelle télé locale à Toulouse en 2016. Il vaut mieux prendre le temps de réfléchir à un média nouveau qui pouvait passer par le numérique, moins onéreux que la diffusion hertzienne.

Tout média qui se respecte doit aujourd’hui, avant tout, avoir une stratégie numérique : or, le coût d’exploitation d’une télé locale de plein exercice risque d’être un frein au développement de la chaîne sur internet, les téléphones mobiles et les réseaux sociaux. Sans stratégie numérique pas de salut ; sans moyens financiers importants, pas de stratégie numérique !

Le modèle économique des télés locales des années 90 ou 2000 a montré ses limites. D’un autre côté, les tenants d’une télé « semi-publique » financée par l’argent publique des institutions locales ou régionales se heurtent aux gestionnaires qui tiennent les cordons de la bourse, de moins en moins pleine en raison des baisses des dotations de l’Etat aux collectivités. Allez donc expliquer aux contribuables qui payent déjà la redevance pour financier l’audiovisuel public (dont France Télévisions) qu’une partie de la ponction fiscale locale sera employée à lancer une télé dont l’avenir est incertain !

Quant à TV Sud, la société est privée mais 50 % de ses rentrées financières proviennent de contrats d’objectifs et de moyens signés avec les collectivités, donc de l’argent public. 

D’autres opérateurs dans les starting-blocks

Une chose est sûre, si TV Sud est pour le moment la seule à s’être déclarée officiellement intéressée par la fréquence orpheline de TLT sur la TNT, d’autres opérateurs sorten du bois peu à peu comme les Basques de TVPI.  pour récupérer ce joujou, à la faveur de la procédure lancée par le CSA.

Des opérateurs nationaux vont aussi proposer au CSA un dossier avec des programmes nationaux et un « décrochage » local de quelques heures par jour pour « aspirer » le marché publicitaire local. Une hypothèse économiquement séduisante, même si elle l’est moins sur le plan éditorial. Mais qui voudra endosser la responsabilité d’un échec économique d’une nouvelle chaîne à Toulouse quelques années après celui de TLT en 2015 ?

Fabrice Valéry (@fabvalery)

15 Avr

Pierre Samson, du dessin de presse aux rayons des bibliothèques

(Crédit : Samson)

(Crédit : Samson)

De Hara-Kiri à Fluide Glacial, de Sud-Ouest Dimanche au Monde ou Libé, de Zélium à Friture, Pierre Samson, alias « Samson », a promené depuis des décennies son coup de crayon dans les colonnes de nombreux médias.

Connu à Toulouse pour avoir fondé et dirigé le périodique poil à gratter Le Satiricon pendant des années, ce Gascon a touché à tous les thèmes d’actualité avec une prédilection pour l’écologie, le social, la politique… Aujourd’hui les religions, les migrants, etc.

Les éditions Critères viennent de lui consacrer un charmant petit livre intitulé « Samson, dessinateur pour femmes mûres ». Il s’agit du numéro 2 d’une nouvelle collection « Les Iconovores ». Le numéro 1 est consacré à la dessinatrice Coco, qui oeuvre notamment pour Charlie Hebdo.

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On y trouve une sélection de ses dessins classés par thèmes et pour certains commentés, une biographie et aussi quelques détournements dont il est l’auteur.

Le Gersois a donc l’honneur d’être le Poulidor de cette nouvelle collection. Mais un Poulidor qui gagne ! Imaginez, dans quelques années, quand les éditions Critères auront exploré les univers de tous les plus grands noms du dessin de presse, Samson sera en haut à gauche sur l’étagère de notre bibliothèque, la tête appuyée sur l’épaule de Coco.

FV

01 Avr

Des journalistes matraqués par les forces de l’ordre lors de la manif à Toulouse

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Les incidents qui ont eu lieu jeudi à l’issue de la manifestation contre la loi El Khomri à Toulouse et qui ont conduit à huit interpellations de casseurs et à de longs échanges de projectiles contre lacrymogènes ont aussi eu des conséquences pour plusieurs journalistes qui couvraient les événements.

L’un d’entre-eux, le photographe Maxime Reynié, a reçu un coup de matraque sur la tête et a dû être évacué à l’hôpital.

Trois points de suture plus tard, il a raconté à L’Obs ce qui s’est passé :

Sur une charge, je me suis fait attraper par des CRS, malgré mes cris : « Je suis de la presse, je suis de la presse ! » Ils m’ont mis des coups de bouclier, m’ont plaqué contre une barrière, je suis tombé au sol où j’ai reçu un coup de matraque au crâne. J’avais du sang sur mon brassard presse ».

C’est finalement un gradé qui l’a sorti de cette situation en lui disant « désolé ». Maxime Reynié s’est ensuite rendu par ses propres moyens à l’hôpital.

Sur la vidéo d’un autre journaliste, Xavier Lalu de Côté Toulouse, on voit clairement un CRS lui foncer à son tour dessus et lui asséner des coups de matraque dans les jambes malgré ses cris « je suis journaliste, je suis journaliste ». Il s’en tire avec quelques bobos mais rien de grave.

Dans ce type d’opération de maintien de l’ordre, les policiers ou gendarmes mobiles sont toujours très tendus. On l’a vu en 2014 à Toulouse lors des manifestations violentes contre le barrage de Sivens. Pour autant, certains policiers ne semblent pas faire la différence entre les casseurs et… la presse !

A la décharge des forces de l’ordre, un responsable syndical policier rappelle que souvent des manifestants sont eux-mêmes armés d’appareil photos et de caméras et s’approchent des forces de l’ordre et peuvent être confondus avec de vrais journalistes.

Mais certains gestes comme ceux dont a été victime Maxime Reynié ne sont pas excusables : un photographe professionnel, qui porte un gros boîtier photo, qui arbore un brassard de presse et qui s’identifie à plusieurs reprises en indiquant qu’il est journaliste ne peut pas être confondu avec un casseur !

Maxime Reynié a décidé de ne pas porter plainte. La préfecture de la Haute-Garonne, contactée par nos soins, ne s’est pas encore exprimée sur ce sujet.

FV