15 Mar

Jules Mortreux est tué dans l’attaque de Vauquois le 15 mars 1915

Tragique journée ce 15 mars 1915. Jules Mortreux est tué à Vauquois en Lorraine.

Deux mois après la mort de Pierre Mortreux à Steinbach en Alsace, l’aîné des frères Mortreux meurt à son tour au cours d’une des grandes batailles de la guerre 14-18.

Jules Mortreux avait 32 ans

Jules Mortrex 15 mars

Ce 15 mars 1915, l’armée française avait préparé une grande attaque pour prendre la butte de Vauquois.

Pourquoi cette bataille ? Vauquois est un véritable observatoire stratégique. La butte surplombe la vallée et la voie ferrée qui relie Paris à Verdun.

Dès septembre 1914, la butte est prise par les allemands. Après quelques échecs pour reprendre la butte en 1914, l’armée française repart à l’assaut l’année suivante  en février 1915.

Dans une lettre datée du 1er avril 1915, Léon Mortreux explique avoir eu des renseignements sur les circonstances de la mort de Jules.

Les deux camps s’affrontent dans de terribles combats de tranchées. Des batailles très meurtrières.

La tranchée que Jules et nos amis occupaient à quelques mètres des boches a été prise en enfilade par ceux-ci et c’est pendant que les nôtres quittaient au plus vite que les allemands de leur tranchée leur tiraient dessus

La tranchée est prise en enfilade par les allemands. Les troupes françaises quittent la tranchée, sous les tirs nourris des allemands. L’armée allemande s’empare momentanément de la tranchée.

Le 46è R.I. retourne à l’assaut et l’armée française reprend à nouveau la tranchée aux allemands

Jules-Mortreux

Jules Mortreux, 32 ans, est mort le 15 mars 1915 à Vauquois, dans cette guerre de tranchées. En moins de 2 mois, la famille Mortreux est durement touchée.

Jules est mort sans savoir que son jeune frère Pierre avait été tué en janvier 1915 à la bataille de Steinbach en Alsace.

Jusqu’à maintenant, Léon, le 3è des frères Mortreux engagé dans le guerre voulait préserver son frère aîné Jules.

Coïncidence, dans une correspondance de guerre datée du 15 mars 1915, Léon demandait à la famille de dire à Jules la vérité sur la mort de leur frère cadet Pierre.

J’ai conseillé à Berthe de dire à Jules la vérité sur Pierre en te servant du camarade Leroux.

 

Voir le reportage de Laurent Parisot france 3 Lorraine

L’enfer de Vauquois 

La bataille de Vauquois et l’horreur des combats sur cette butte ont été racontés par André Pezard. Ce jeune lieutenant écrira un livre après la guerre.

Ce livre « nous autres à Vauquois » décrit alors ce qu’il appelle « le musée des horreurs ».

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

 Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 15 mars 1915

Le jour de la mort de Jules, son frère Léon avait envoyé une lettre à la famille. Dans cette correspondance de guerre datée du 15 mars 1915, Léon parle d’une lettre de Jules reçue quelques jours quelques jours plus tôt. Terribles mots prémonitoires.

Dans sa lettre Jules racontait à Léon que « la grande faucheuse l’avait effleuré bien des fois » … 

L’acte de décès de Jules Mortreux précise :
Mort pour la France le 15 Mars 1915 à Vauquois Meuse
Genre de Mort Tué à l’ennemi

Extrait de la base de données des morts pour la France de la Première Guerre Mondiale

Extrait de la base de données des morts pour la France de la Première Guerre Mondiale

Ce 15 mars 1915, Jules Mortreux n’ a pas échappé à la grande faucheuse. Jules avait 32 ans.

 

Fontainebleau, 15 mars 1915

24 Deux  31ème Cie

Cher oncle,

J’espère que lorsque  ces lignes te parviendront tu auras eu déjà ma lettre adressée rue St Simon t’expliquant pourquoi tu ne m’as pas rencontré dimanche. Ai-je eu une malchance tout de même de n’avoir pas eu ta lettre en temps ! J’en conclus que tu étais parti de Béthune depuis quelques jours puisque je t’y ai écrit que j’avais quitté les territoriaux pour revenir à la 31ème du 46.

C’est mardi que je suis revenu à la caserne Boufflers, ma lettre t’en avisant n’a dû parvenir à Béthune que jeudi ou vendredi.

Et je pense que tu avais réservé à papa et à Berthe la surprise de les amener ici et le résultat de ce voyage a été vain.

Que c’est fâcheux. J’aurais été si content de t’embrasser, de causer de là- bas, de te montrer la cicatrice de ma blessure, surtout de causer de mes frères.

J’ai conseillé à Berthe de dire à Jules la vérité sur Pierre en te servant du camarade Leroux duquel on t’a certainement causé à la maison. Leroux est le seul apte à choisir le moment –pendant une période de repos par exemple- pour annoncer à son ami Jules avec tous ménagements ce qui concerne notre pauvre Pierre.

Aujourd’hui même, après t’avoir écrit à Paris je reçois un mot de Jules.

Date : le 11 mars

Il dit qu’il est pour 2 jours à l’arrière. Bien des fois il a vu la grande faucheuse l’effleurer écrit-il. Le 8 un de ses camarades a été tué d’un éclat d’obus au moment où il lui causait.

Le plus terrible ennemi ajoute-t-il est encore : le froid neige pluie boue. Il cite qu’ils sont absolument abasourdis par les détonations des canons et des crapouillots.

Les repas ont lieu une fois par jour et froids, le soir.

« Te dire combien nous apprécions une botte de paille et un café chaud tu dois le deviner ». En effet je le comprends.

Comme la lettre ne parle pas de sa santé c’est donc qu’il va aussi bien que possible, quoique bien fatigué.

En allant dire bonjour aux copains de la 34Tal j’ai fait connaissance avec le frère Dussart, qui parait un excellent garçon.

J’ai écrit récemment à Marie, te l’a-t-elle dit ?

Jules me remercie pour les articles du Petit Béthunois, sois assez bon de nous en envoyer encore quand tu le jugeras à propos.

Je ne sais pas quand nous quitterons d’ici. Papa suppose que c’est de mon plein gré que je suis rentré au 46, quel droit avais-je de rester au 34Tal quand il y avait comme postulants désirant y rester des sergents ayant été 4 ou 5 mois au front ! A la 31 nous avons beaucoup à faire avec l’instruction des réformés de Paris rappelés à l’activité, ça occupe.

Affectueux baisers pour toi et Martial qui je pense est encore à Béthune. 

Léon

Je viens de lire dans le journal le décès de Monsieur Hennion, c’est presque un deuil de famille.