03 Déc

Re-bonjour tristesse

Sagan 2

Photo Jean-Marie Périer.

À 15 kms de ma maison de l’Aveyron, dans le cimetière de Seuze, se trouve la sépulture de Françoise Sagan.
Heureusement il fait beau cet après-midi de décembre, car bien que ça ne soit pas dans mes habitudes, l’envie m’a pris d’aller saluer cet écrivain extraordinaire que j’ai eu le privilège de rencontrer quelques fois dans ma vie ( je ne pense pas que le mot « écrivaine » lui aurait plu).
Ce cimetière est très petit, presque oublié, comme un secret réservé aux intimes. Je reconnais bien là son sens du luxe. La tombe est simple mais ne ressemble pas à sa vie et c’est tant mieux. Rien n’est pire que les illustrations post-mortem voulant résumer une existence.
Il y a une croix mangée par l’humidité, quelques bouquets de fleurs qui penchent vers la pierre, un admirateur a déposé une lettre sous un caillou, lui au moins est venu il n’y a pas longtemps. Ce dénuement la ferait sûrement rire, elle dont la vie fut un tourbillon de passions, de bonheurs, de malheurs, et d’excès en tous genres et qui sans le chercher fut un exemple pour toutes les femmes rêvant d’être « libérées ».
Star de la littérature à 19 ans, les titres de ses livres invitent au voyage avant même d’en lire une page. Un soir au casino, grâce à un numéro gagnant, elle s’achète une maison de campagne afin d’y accueillir ses amis pour des fêtes inoubliables.
Celle que Mauriac appelait « un charmant petit monstre » conduisait les pieds nus des bolides insolents, était à elle seule les Rolling Stones avant l’heure, mais en bien plus violent puisqu’elle était une femme.
J’ai eu la chance de passer quelques soirées avec elle du temps où avec Brigitte Bardot elle inventait Saint-Tropez.
La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était à l’hôtel Lutetia à Paris en 2003. Comme à chaque fois que je l’ai photographié, elle semblait étonnée que l’on puisse s’intéresser à son apparence. Nous avons bu un verre et puis un peu parlé. Si la vie vaut la peine c’est surtout grâce aux gens que l’on affectionne.
Chère Françoise, j’aimerais croire qu’on se reverra un jour dans un quelconque paradis, hélas j’en doute, mais repenser à toi c’est déjà beaucoup.

Jean-Marie Périer

29 Nov

Ma photo de groupe du cinéma français pour Lino

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Une agence de publicité m’a demandé récemment de faire une photo afin d’aider l’association « Perce-Neige » créée par Lino Ventura il y a fort longtemps. J’ai accepté avec d’autant plus de plaisir que je connaissais un peu Lino et sa femme, et que j’avais d’ailleurs déjà réalisé un clip pour leur association il y a une quinzaine d’années, tellement j’avais été ému par leur ténacité à aider les enfants autistes.

Cette photo consistait à réunir un groupe d’acteurs du cinéma français sous le portrait de Lino.

On me demande assez souvent de faire des photos de groupe depuis cette journée merveilleuse de 1966 où j’ai pu réunir les 46 chanteurs représentant les années 60. Si ça continue, je vais finir photographe de mariages. J’irai de villages en villages, avec ma petite échelle…

Bref, la difficulté de ce genre d’exercice ne tient pas tant dans la prise de vue que dans le fait de réunir ces artistes, lesquels on souvent un emploi du temps chargé. Contrairement à 1966, ce n’est pas moi qui était chargé de prendre les rendez-vous mais les gens de l’agence.          

Je plaignais ces derniers car la légèreté des sixties est un doux souvenir, aujourd’hui les choses sont beaucoup plus compliquées. Ils ont bien fait les choses, beaucoup de ces artistes sont venus et pas des moindres.

Mais pour moi bien sûr, il y avait deux grands absents : Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Ces formidables acteurs font partie de votre vie comme de la mienne, avec cette seule différence, je les ai bien connus, surtout Alain. En plus j’ai eu la chance qu’ils me fassent tous les deux confiance pendant de longues années. Vu leur attachement à Lino Ventura j’étais certain qu’ils viendraient passer une heure avec nous en souvenir de cet homme magnifique, ne serait-ce que pour aider cette association qui était l’oeuvre de sa vie.

Sachant Jean-Paul affaibli par la maladie, je n’ai pas osé le relancer directement. Je me suis seulement permis d’envoyer un mail à Alain pour lui dire que s’il n’était pas là, j’aurais le sentiment que sur le portrait gravé sur le mur, Lino sourirait un peu dans le vide. À ma grande surprise il ne m’a même pas répondu. Preuve que les années passent. Ce n’était pas son genre.

Claude Lelouch était là, heureusement, car à part les gens de l’association, nous étions les seuls à avoir connu Lino et sa femme.

Voici donc cette photo des représentants du « cinéma français » qui ont bien voulu venir.

Je les en remercie.

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À la fin de la séance, j’ai demandé à tout le monde de fermer les yeux. J’aime bien cette photo où les acteurs d’aujourd’hui ont l’air de rêver à un Lino Ventura qui sourit pour toujours.

Jean-Marie Périer

09 Nov

Papillon, la Guyane, les 4 anciens bagnards et mon film perdu

Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Henri Charrière dit Papillon et Françoise Hardy à Saint-Tropez à la fin des années 60 (© Jean-Marie Périer)

Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Henri Charrière dit Papillon et Françoise Hardy à Saint-Tropez à la fin des années 60 (© Jean-Marie Périer)

J’entendais l’autre jour à la radio le chanteur Sanseverino parler de sa passion pour le livre sur la vie de Papillon, l’énorme succès littéraire des années 60. Il faudra que je le rencontre un jour car il se trouve que non seulement j’ai bien connu l’ancien bagnard évadé de Guyane, mais c’est grâce au succès de son livre que j’ai été tourner là-bas mon premier long-métrage en 1968. Il s’appelait « Tumuc Humac », nom des montagnes amazoniennes voisines, et accessoirement titre impossible à retenir.

C’était une fiction que nous écrivions Jacques Lanzmann et moi en descendant la rivière en pirogue entre Saint-Laurent du Maroni et Maripasoula tout en dormant chez les indiens en compagnie de mon frère Marc Porel et de la chanteuse Dani, les deux héros de notre histoire. Mais si j’évoque ce film, c’est parce que j’y ai fait jouer quatre des derniers bagnards encore vivants depuis que de Gaulle les avait libérés en 1945.

Le premier tenait un café à Cayenne et c’est lui qui m’avait le mieux renseigné sur Papillon. Il est clair que ce dernier avait emprunté plusieurs histoires vécues par d’autres bagnards pour écrire son livre. Sans doute un peu trop proches des gardiens, les prisonniers l’avaient surnommé « Le porte-clef », même si une partie de son histoire était vraie puisqu’il avait quand même réussi à s’évader de l’ile du Diable. Je garde le souvenir de ces deux nuits passées dans cet endroit sinistre éclairé par la lune. Les murs de la prison étaient envahis par une forêt de lianes, comme si celle-ci voulait effacer les traces des supplices infligés à ces maudits de la République.

J’avais rencontré le deuxième ancien bagnard quelques mois avant le tournage et lorsque, après qu’il eut accepté d’apparaître dans mon film, je lui demandai où je pourrais le retrouver, il m’avait désigné un tronc d’arbre au bord de la route. Revenant enfin en Guyane avec un certain retard et je le retrouvai effectivement à l’endroit qu’il m’avait indiqué. Comme je le priais de m’excuser il me répondit dans un sourire: « Vous savez, j’ai passé trente ans dans une geôle de trois mètres sur deux, aussi, vous attendre fut un plaisir ! »

Je trouvai le troisième un soir sur les marches d’une église de Cayenne. D’accord pour tourner dans le film, il m’avait donné rendez-vous pour le matin suivant sur ces mêmes marches. Le lendemain matin, personne. Comme je me renseignai auprès du tenancier du bar, celui-ci m’expliqua que depuis le jour de sa libération le petit homme n’avait plus jamais cessé de marcher tous les jours entre Cayenne et Saint-Laurent, rendant visite au passage à ses amis chasseurs de papillons. « Suivez la route et vous le trouverez. » m’avait-il-dit. Effectivement quelques kilomètres plus loin il marchait d’un pas vif comme s’il voulait encore fuir le souvenir de sa cellule.

Le quatrième vivait dans un village de lépreux près de Maripasoula, il s’occupait d’entretenir le cimetière. Il nous avait reçu dans sa petite cabane dont les murs étaient entièrement recouverts de photos de Paris. Il nous parla de sa fiancée, une hôtesse de l’air qu’il comptait bien un jour accompagner pour revoir la tour Eiffel. À la fin de la journée, lorsque je me renseignai sur lui auprès d’une des bonnes soeurs qui soignaient les lépreux, elle répondit d’un air amusé que, bien sûr, cette femme n’existait pas, qu’elle n’était que le fruit de l’imagination du vieil homme, un rêve ancien, datant sans doute de ses années de bagne.

Jean-Marie Périer

02 Nov

Celui qui brille « dans le poste »…

© Jean-Marie Périer

© Jean-Marie Périer

Sans vouloir jouer les rabat-joies, il me semble urgent de mettre un frein à une pratique récurrente dans les médias parisiens qui consiste à faire de l’humour sur le cannabis et autre cocaïne en pensant que c’est anodin. Il ne se passe plus un jour sans que, sans même s’en rendre compte, une émission populaire ne fasse la promotion de stupéfiants en tous genres. Le moindre chroniqueur en mal d’inspiration ne recule plus devant une plaisanterie sur le sujet, sûr d’obtenir ainsi un effet auréolé de rigolades aussi vulgaires qu’irresponsables.

C’est bien joli de faire la promotion des drogues diverses à seule fin de redorer son petit blason de vieux jeune, cela participe néanmoins d’un mépris absolu pour tous ces adolescents au quotidien sans espoir qui par ennui autant que par manque de repères, se piquant de vouloir ressembler à celui qui brille « dans le poste », finiront par se piquer tout court pour finir en légume sur le gazon des squares ou en momie agenouillée dans les toilettes d’une gare. Je ne saurais vous dire le nombre d’amis, voire de proches, que j’ai vu emprunter cette sinistre route, croyant ainsi échapper à leur vie en suivant une mode. Je connais même un bac plus cinq qui ne parle plus qu’aux cailloux.

C’est pourquoi il me semble criminel de banaliser la drogue lorsqu’on a la responsabilité d’une émission de télévision ou de radio dans le seul but de provoquer un rire facile. Pardonnez-moi, mais derrière ce rire, moi je vois des vies perdues, des familles effondrées et des morts inutiles.

Je sais depuis longtemps que la guerre contre la drogue est perdue, que les gros trafiquants, disposants de moyens financiers dont aucun gouvernement n’oserait rêver, se rient des coups de mentons des dirigeants impuissants, des polices dépassées et des donneurs de leçons dans mon genre. Je sais bien qu’aucune autre économie ne permet à un jeune garçon de faire vivre sa famille en passant quelques heures par jour à guetter un coin de rue. Aussi j’en veux à ceux-là qui plaisantent aux heures de grande écoute de ne pas se rendre compte qu’en batifolant sur un rail de cocaïne ils dansent sur des tombes.

Jean-Marie Périer

24 Oct

Sur scène…

Voilà, ça y est, j’ai commencé mon spectacle. Quatre lundis à Paris jusqu’au 2 novembre pour le rôder et après, mon but est d’aller partout au fin fond de la France, là où les gens doivent faire cinquante kilomètres pour voir se distraire.

Ça se passe au théâtre de la Michodière, heureux hasard puisque cet établissement a été dirigé pendant des années par mon père François Périer. Autrement dit, j’ai passé toute mon enfance dans les coulisses de ce théâtre. J’en aimais l’atmosphère, les actrices qui me parlaient tout bas pendant que mon père évoluait sur la scène, et surtout quand, bien caché derrière le rideau, je le regardais de profil pendant qu’il s’adressait au public.

Ça ne ratait jamais, à un moment il s’approchait de moi tout en disant son texte, puis subrepticement il me caressait la joue sans que les gens me voient et il retournait vers eux, eux qui avaient payé leurs places pour admirer ce grand acteur, eux qui ne savaient pas que par ce geste il me montrait qu’il était d’abord mon père à moi.

Et maintenant je me retrouve sur la scène, à la même place que lui, je ne sais pas où il est, mais s’il me voit, ça doit quand même l’amuser.

Derrière moi sur la scène il y a un grand écran de cinéma sur lequel je projette trois cents photos des années 60 tout en en racontants les anecdotes, les souvenirs, les moments vécus aux côtés des tous ces artistes jeunes et beaux que j’ai eu le privilège de connaître à leurs débuts.

Le tout étant accompagné des musiques de l’époque.

Je prends comme une chance de plus la possibilité de m’offrir un défi à l’aube de mes soixante-seize ans. Car il me semble que si, à mon âge, on ne se met pas en danger, on prend le risque de finir en regardant la télé l’après-midi, occupation certes tentante, mais synonyme à mon sens d’antichambre de la fin des réjouissance. La retraite ? Pas question. Même si en tant que photographe, je crois qu’il est de bon ton de laisser la place aux jeunes, mes derniers cent mètres seront occupés par ce spectacle ( en tout cas je l’espère ) et à l’écriture de quatre romans dont j’ai déjà les plans. Donc, comme vous voyez, je n’aborde pas sans bagage le dernier voyage que représente la vieillesse.

(Il n’y a pas de honte à être vieux, inutile d’appeler ça « Sénior »)

En attendant, cette année je ne peux pas me plaindre. Entre le succès de l’album de «Reporters sans frontières» et ma maison de la photo à Villeneuve d’Aveyron (plus de 10.000 personnes en trois mois ), il ne me reste plus qu’à transformer l’essai parisien de mon spectacle en allant en province afin de rencontrer les gens « normaux » que j’affectionne.

J’ai quand même intérêt à faire vite, car si les voyages forment la jeunesse, force est de constater qu’ils déforment la vieillesse.

Donc plus de temps à perdre…

Jean-Marie Périer

16 Oct

Mieux vaut tard que jamais

© Jean-Marie Périer

© Jean-Marie Périer

Voilà c’est parti. Bientôt soixante-seize ans et je fais mes quatre premières représentations sur scène au théâtre de la Michodière à Paris, ensuite je compte bien aller partout en France, jusqu’au fin fond des campagnes, là où comme chez moi dans l’Aveyron, certains doivent faire cinquante kilomètres pour voir un spectacle. Depuis le début c’est mon but, je rode à Paris, puis je vais en province. Sur ma tombe on pourra marquer : ci-git le roi de la décentralisation.

Car je ne vous ai pas dit, mais ma maison de la photo, ouverte le 13 juillet de cette année, a déjà reçu plus de 10.000 personnes venus voir ma belle exposition s’étalant sur sept salles dans la bastide du 14ème siècle sise au milieu du village de Villeneuve d’Aveyron. Ça fait beaucoup de monde venu profiter de la région, ce qui m’enchante, car je rêvais de pouvoir renvoyer l’ascenseur aux Aveyronnais qui m’avaient accepté il y a de ça vingt ans.

Pendant ce temps, le monde continue de tourner, auréolé de son habituelle absurdité. J’ai entendu dire qu’on voulait apprendre le maniement des armes à feu à des enfants dans les écoles françaises. Déjà supprimer le service militaire fut certainement une des plus grandes bêtises faite par l’État, offrant ainsi aux adolescents du pays l’occasion de passer à côté des règles indispensables de l’ordre, la politesse, la discipline, la camaraderie et un sens du devoir désormais vénéré par les vieux cons dans mon genre qui, sans en avoir la nostalgie, ne regrettent en tout cas pas les 28 mois de leur vie consacrés à l’armée française. Moi qui venait pourtant des beaux quartiers, ça m’a fait un bien fou de voir qu’il y avait d’autres mondes que le mien, même si je me serais bien passé du spectacle de cette guerre qu’on préférait appeler « événements d’Algérie ».

Désormais, inutile de rétablir le service puisque les bambins de dix ans aborderont gaiement la puberté en connaissant les bases nécessaires à l’utilisation des bons vieux fusils Lebel français, qu’ils trouveront du reste vite démodés, s’empressant de passer aux Kalachnikov, un des plus beaux fleurons de la mondialisation.

Tant qu’à faire, on pourrait aussi leur apprendre comment saucissonner les vieux, ça leur ferait gagner du temps pour se faire un peu d’argent de poche.

À la semaine prochaine.

Jean-Marie Périer

12 Juin

Du pain sur la planche

Pardon pour mon silence mais j’ai été un peu occupé comme vous pourrez le constater en voyant ce que je vous propose dans un avenir proche.

1) D’abord le 2 juillet va sortir un album de «Reporters sans frontières» consacré à 100 de mes photos des années 60. Elles seront accompagnées de textes d’écrivains de mes amis. Il sera en kiosque et en librairie.

2) Ensuite, malgré mon âge avancé et mes différentes activités depuis cinquante ans, on ne me parle que des années 60 et des gens que j’y ai rencontrés. Il semblerait donc que ce soit mon karma et parce que les questions que l’on me pose sont toujours les mêmes, j’ai décidé de réaliser un spectacle sur scène en racontant ce que j’ai vécu avec ces jeunes chanteurs et musiciens de l’époque, aidé d’un grand écran montrant 350 photos illustrées des musiques adéquates. Si ça fonctionne, j’irai partout en France en 2016.

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Première représentation le samedi 4 juillet au théâtre Quintaou à Anglet (05 59 58 73 00)Également à la la ville d’Anglet La Galerie Pompidou, qui jouxte le théâtre, propose une exposition de 150 tirages de mes photos des années 60 (du 3 juillet à fin aout)

Ensuite, 4 représentations les lundi 12, 19, 26 octobre et 2 novembre 2015 au Théâtre de la Michodière à Paris (Réservations au 01 47 42 95 22)

Voici un extrait du dossier de presse du spectacle :

« Les Beatles, Johnny Hallyday, Les Rolling Stones, Alain Delon, Françoise Hardy, Jacques Dutronc, Sylvie Vartan, Miles Davis, James Brown… Entre autres. Jean-Marie Périer nous raconte les rencontres, les anecdotes, les aventures, et surtout celles, personnelles, que l’on ne connaissait pas… Plus que raconter les années 60, il vous raconte ce qu’il y a vécu. Avec humour, le photographe fétiche de « Salut les copains » revisite des décennies de voyages, d’amitié et d’amour, et nous plonge avec émotion dans sa vie, aux côtés des plus grandes célébrités de ces années d’or, qu’il nous décrit avant tout comme des jeunes hommes et des jeunes femmes simples, propulsés du jour au lendemain aux firmaments de la célébrité. Une manière intime de (re)découvrir ces artistes que l’on a aimés et repartir en les connaissant un peu plus… »

3) Enfin, le 13 juillet aura lieu le vernissage de l’exposition permanente que je ferai à la Maison de la photo du village qui est le mien depuis vingt ans à savoir Villeneuve d’Aveyron.

JMP Villeneuve

Là encore, un extrait du dossier de presse :

« Pierre Coste, le maire de Villeneuve d’Aveyron, a confié à Jean-Marie Périer la bastide du 14ème siècle située au centre de son village pour qu’il y ouvre une maison dédiée à la photographie. Le photographe, qui vit dans cette région depuis vingt ans, y a installé une exposition de ses photos des années 60. Dans un avenir proche, l’association dirigée par Gérard Colonges ouvrira une salle destinée à accueillir des expositions temporaires d’autres photographes, qu’ils soient célèbres ou inconnus ».

Depuis que je suis né j’entends parler de la décentralisation, alors oublions le dédain des gens de la capitale pour la province, et décentralisons.

Il se trouve que, par chance, les photos que je faisais il y a cinquante ans des artistes des années 60 sont toujours d’actualité. Est-ce parce que les adolescents qui punaisaient mes images sur les murs de leurs chambrettes sont aujourd’hui les mêmes touchés par la nostalgie de leur jeunesse ? Toujours est-il que depuis vingt ans partout où j’organise une exposition, c’est un succès. Celle-là est certainement la plus belle que je ferai jamais de mes photos de cette époque.

Villeneuve d’Aveyron est au centre d’une belle campagne et je crois que l’ouverture de cette maison de la photo pourra profiter à toute la région.

Je vois donc là l’opportunité de renvoyer l’ascenseur à ce village devenu le mien depuis que ses habitants me firent la gentillesse de m’accepter.

Jean-Marie Périer

 

20 Déc

Les religions

Copyright Jean-Marie Périer

Copyright Jean-Marie Périer

Joyeux Noël, oui oui d’accord, je sais ! En attendant plus j’écoute les nouvelles plus je suis au regret de constater que beaucoup des ennuis de la planète nous viennent d’abord des religions… Les massacres, les guerres, à la source ça vient toujours de là…

Remarquez c’est bien foutu les religions…
Par exemple, regardez le nouveau Pape, il est archi-sympa ce type.
Il roule en voiture moche, il prend des bains de foule, il plaisante avec la presse, c’est le Belmondo des Papes.
Pourtant il ne me rassure pas vraiment.

Parce qu’il a beau être très sympathique, vouloir faire avancer les choses, pour l’instant il ne veut quand même pas entendre parler des préservatifs, ni de l’avortement pour les africaines, et les prêtres, j’ai peur qu’ils doivent encore attendre avant de goûter aux joies du mariage, du divorce et de la pension alimentaire…

En plus on n’explique mal les choses, c’est quand même bourré d’incohérences : La vierge Marie qui est vierge, Joseph, lui ça ne l’étonne même pas, les rois mages et leurs étoiles GPS, tout ça. …

C’est comme Jésus, c’était un type formidable Jésus, il a pas triché lui, il est allé jusqu’au bout. Mais faudrait quand même être plus précis… Il marche sur l’eau, il multiplie les pains, il ressuscite, il fait même du pinard avec de l’eau, ça ressemble plutôt à des symboles non ?

Je ne peux pas croire que ça soit arrivé EN VRAI.

Je les envie moi les croyants, ça doit être bien d’avoir la foi.
J’ai été élevé dans la religion catholique et j’en ai gardé plein de très jolis souvenirs… Belles musiques, belles histoires, le bruit des pas dans la neige pour aller à la messe de minuit, avec les cloches et tout…

Vous savez, être athée : CE N’EST PAS SIMPLE.

J’aurais rêvé d’être catholique, juif, musulman, boudhiste ou même communiste. Ça doit être génial d’avoir quelqu’un là-haut qui pense à vous. Vous n’êtes pas tout seul. Vous vous levez le matin vous savez pourquoi, tandis que nous les athées, tous les jours il faut qu’on réinvente…

En même temps je ne suis pas logique.
C’est vrai, je suis athée mais j’suis superstitieux. Ça n’a pas de sens. Dire qu’on ne croit à rien et avoir peur de passer sous une échelle ce n’est pas cohérent…

Jean-Marie Périer

29 Nov

Filiation

Copyright Jean-Marie Périer

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J’aimerais aujourd’hui m’insurger contre les hypocrites qui défilent dans les manifs «contre le mariage pour certains», ceux qui disent qu’ils sont POUR l’union entre homosexuels mais CONTRE leur droit à l’adoption, utilisant PMA et GPA pour cacher le fait qu’ils se bouchent le nez à l’idée d’enfants élevés par d’autres qu’eux.

Ceux-là même qui nous expliquent que pour élever un enfant il faut un papa et une maman parce que «c’est comme ça que ça marche !».

COMME ÇA QUE ÇA MARCHE ? Non, vous vous foutez de moi ?

Vous avez vu le bordel chez nous les hétéros ? Les divorces, les séparations, les familles recomposées, les mômes tiraillés d’un adulte à l’autre ?

Aujourd’hui dans les cours d’école, le mouton noir c’est celui dont les parents vivent ensemble. «Ils ne sont pas divorcés tes vieux ? Oh la vache !»

Le problème pour les homosexuels qui veulent adopter un enfant est exactement le même que celui des hétéros qui ne peuvent pas en avoir. Et de même que les couples infertiles, les homos quand ils veulent un enfant ils le veulent vraiment.

Alors que pour nous les hétéros, c’est facile. On s’allonge, on se mélange et boum neuf mois plus tard : bonjour le paquet-cadeau.

Je suis convaincu qu’une bonne partie des couples hétéros font des gosses sans même savoir pourquoi.

Alors que les «Boutin-Mariton-ex-Frigide Machin» qui défilent en Loden en poussant des landeaux arrêtent d’oser parler au nom des enfants, soi-disant pour prendre leur défense, ils feraient mieux de les écouter.

Parce qu’en réalité les enfants ont beaucoup plus d’imagination que les adultes.

Ce qu’ils veulent c’est qu’on les aime et l’amour ils le prennent là où il y en a. Et je suis bien placé pour vous dire que la famille ce n’est pas les gens qui vous ont fabriqué, c’est ceux qui vous ont choisi et que vous choisissez à votre tour.

En attendant, tout ce que je peux vous dire, c’est que moi, si j’étais un enfant je préfèrerais cent fois être élevé par un Laurent Ruquier sidéré d’être père que par un Hervé Mariton sûr de son bon droit.

Jean-Marie Périer

Chronique écrite pour l’émission «Il n’y en a pas deux comme elle» de Marion Ruggieri sur Europe 1.

11 Nov

Deux femmes

J’aimerais aujourd’hui vous parler de deux femmes. Deux femmes que je ne connais pas, deux femmes au parcours diamétralement opposé et qui n’ont rien en commun à part mon estime.

D’abord Florence Aubenas que j’ai croisé par hasard l’autre jour à Paris. Je ne vous parlerai pas de l’élégance de l’otage aperçue à la descente d’un avion, ni de la femme écrivain capable de s’immerger dans un univers qui n’est pas le sien pour donner la parole à d’autres femmes, celles à qui justement on ne la donne jamais (Je vous conseille néanmoins de lire ses livres, dont le dernier qui vient de sortir : «EN FRANCE»,  aux éditions de l’Olivier.)

Je ne vous parlerai pas non plus de la journaliste, une des rares de notre époque à ne pas se contenter de téter wikipedia pour raconter une histoire, mais qui à l’instar d’un Joseph Kessel peut travailler des semaines sur un sujet avant d’écrire une ligne.

Je ne peux guère vous en dire plus puisque je ne la connais pas.

Maintenant j’ai assez d’heures de vol pour savoir que connaître ne veut rien dire, et que ressentir suffit.

Tout est dans les yeux des gens. Par exemple je me souviens de ceux de Françoise Giroud, ils étaient clairs et perçants mais remplis d’humour. Ou bien ceux de Simone Veil. Ils sont extraordinaires, mais je ne sais pas, peut-être en ont-ils trop vu, ils m’ont toujours impressionnés. Alors que les yeux de Florence Aubenas sont tout simplement beaux, sans une once de cynisme parisien, ils me rassurent.

Si par chance vous la croisez un jour, regardez-là bien en face, et vous verrez. C’est un drôle de voyage…

 

Alors bien sûr, on change d’univers, mais j’aimerais rendre hommage à la femme de Bernard Tapie. Sur lui tout a été dit, néanmoins il m’a toujours étonné. Toujours en mouvement, les hauts, les bas, rien ne l’arrête…

En plus je vous l’avoue, quand il engueule les gens, moi ça m’enchante.

Seulement pour une épouse, vivre avec un tel homme ne doit pas ressembler à une cure en thalasso.

Or avez-vous remarqué la discrétion de la dame ?

Il chante ? Elle l’écoute.

Il achète, il revend ? Elle ne bouge pas.

Il est ministre ? Elle le seconde sans apparaître.

On met son mari en tôle ? Elle lui apporte des oranges.

Des huissiers se pointent et retirent tous les meubles ? Elle maintient le cap et elle élève les gosses.

Bien sûr, je sais, ce ne sont pas des SDF, mais vous savez, même dans les beaux quartiers, quand ça tangue, il faut la maintenir la barre. Je ne les ai jamais rencontrés ni l’un ni l’autre, mais j’ai la certitude que s’il tient le coup de cette façon depuis toujours, c’est beaucoup grâce à elle.

Et puis, ELLE on ne l’entend jamais, ce n’est pas le genre à publier un livre pour gémir, et s’il y a états d’âme, elle les garde pour elle.

Elle a de la tenue Madame Tapie !

Jean-Marie Périer

Chronique écrite pour l’émission «Il n’y en a pas deux comme elle» de Marion Ruggieri sur Europe 1.

 

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