17 Juil

Déjà vu !

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Que les fous de Dieu (ou de Dieux) soient rejoints par les fous tout court n’a rien de rassurant.

Les derniers évènements me procurent un sentiment de déjà vu qui remonte à mes vingt ans lorsque j’ai donné vingt-huit mois de ma vie à l’armée française.

Je me souviens de la magnifique ville d’Oran en 1961, c’était une sorte de Nice en Algérie, en moins touristique, un temps où «Bling bling» ne signifiait que le son des cloches des églises de la métropole. La vie y était douce (oui douce, même pour beaucoup d’Algériens « de souche » dont j’ai vu le désarroi au départ des pieds noirs) jusqu’à ce que le général De Gaulle profère le fameux « Je vous ai compris ! », déclaration qui allait peut-être dans le sens de l’histoire mais qui fut quand même avant tout ressentie comme une trahison par une très grande partie des deux communautés qui peuplaient cette terre.

Ce qui va se passer en France dans les mois qui viennent, j’ai la triste impression de l’avoir déjà vécu. Quand on monte les communautés les unes contre les autres on joue à un jeu qui nous échappe très vite. J’ai vu de mes yeux en 1961 comment des agents de l’Etat envoyés de Paris s’y prenaient pour faire démarrer une manifestation (et qu’on ne me serine pas avec une éventuelle théorie du complot, je ne parle que de ce à quoi j’ai assisté, c’était toujours les mêmes, on finissait par les connaître). Ils prenaient quatre ou cinq mômes de douze ans et les plaçaient au début des avenues stratégiques de la ville. L’ordre était rudimentaire. « Tu vas dans toutes les boutiques et tu cries : « Si vous ne fermez pas on vous plastique ! ». Une demi-heure plus tard les commerçants se retrouvaient dans la rue.  Que faire d’autre qu’une manifestation ? Rien n’était plus simple.

Après venait le temps des ratonnades où des civils devenaient fous furieux jusqu’à tuer des arabes qu’ils connaissaient très bien. J’ai vu des dames pourtant gentilles, des mercières, des fleuristes, assassiner des ouvriers algériens à coups de pavés et de barres de fer, j’ai vu des pieds-noirs brulés vifs dans leurs voitures par les cinglés du FLN, j’ai vu les maisons soufflées par les bombes toutes les nuits, les cadavres dans les rues le matin. Bref, je préfère ne pas insister.

Je sais on me sortira le fameux : « Le contexte était différent ». Mais je n’ai pas la prétention d’analyser la situation politique de l’époque en rapport avec celle d’aujourd’hui, je ne parle que de l’horreur de la guerre lorsqu’elle se retrouve entre les mains des civils. On en arriverait presque à regretter les militaires.

Et je pense que tous ces gens envahis par la haine et le désespoir étaient moins coupables que ceux qui ont soufflé sur les braises. Il y a chez nous aujourd’hui des gens qui jouent à un jeu très dangereux.

Je me souviens du déchirement des milliers de pieds-noirs obligés de fuir sur des bateaux sans qu’on leur ait même demandé leur avis. Alors l’idée qu’un jour on risque d’obliger tous ces franco-algériens-tunisiens (que l’on a fait venir) à faire le même chemin à l’envers me rend malade par avance.

Bien sûr, j’espère que les choses n’iront pas aussi loin en France mais il suffira d’un rien pour que cela démarre. Les partis politiques, tous confondus, ne pourront pas se contenter de bêler des slogans grotesques du genre « La France forte », « Hé oh la gauche » ou « La France apaisée ».

Rattraper trente ans de laisser-aller ne se résoudra pas d’un claquement de doigts. Comment ? Je ne sais pas. Je n’ai ni l’intelligence ni le courage que l’on est en droit d’attendre des gens qui font de la politique. J’espère seulement ne pas revoir en France l’horreur des guerres de rues à Oran en 1961.

Et qu’on ne me siphonne pas le cortex avec le « Vivre ensemble ». On dit ça et après ? On vit avec ceux qu’on aime bien et on ne peut pas aimer tout le monde. Affirmer le contraire n’est qu’une bondieuserie, une forfanterie destinée à nous donner bonne conscience le soir, bien au chaud dans son lit avant d’éteindre la lumière.

J’en ai marre d’avoir mauvaise conscience…

Jean-Marie Périer

30 Mai

La prochaine fois je vote blanc !

Montsales

La France n’est pas QUE Paris. Vue du musée de Montsales. Aveyron.

C’est quand même étrange cette haine vis-à-vis des patrons dans notre beau pays. D’abord on confond les patrons et les managers. Les premiers sont ceux qui ont pris des risques en montant leur boîte, les seconds ne sont que les conducteurs d’une locomotive qu’ils n’ont pas construit. Effectivement, même s’ils sont très efficaces dans la gestion de la société dont ils ont la charge, on peut comprendre que leurs salaires pharaoniques dérange le commun des mortels. Encore que, moi ce qui me choque, ce n’est pas que certains gagnent des fortunes colossales, c’est surtout qu’autant de gens ne gagnent rien. Mais vouloir faire croire que l’existence des riches ait pour conséquence de fabriquer des pauvres me semble être un des mensonges les plus graves de la gauche française. Je crois que c’est très exactement le contraire. Ceux que l’on nomme les riches sont souvent ceux qui font tourner une économie sans laquelle il n’y aurait plus de boulot pour personne. Vous avez envie de vivre dans un pays pauvre vous ? Pas moi. Et puis si le mépris de la richesse est vraiment partagé par autant de français, comment se fait-il qu’il y ait tant de gens qui jouent au Loto ?
Alors bien sûr vous l’avez compris je ne suis pas socialiste, j’ai beaucoup trop d’estime pour ce que devrait être la gauche pour envisager d’en faire partie. Je ne me sens pas proche des « Républicains » non plus, tous les dogmes me rebutent et la mauvaise foi en politique me hérisse. Non je suis convaincu d’être comme la plupart des français, à savoir « Centre droit » C’est mou ? C’est flou ? C’est vague ? Non c’est comme la vie, c’est fait d’équilibre et de compromis, ni noir ni blanc et croyez-moi je suis bien le premier étonné d’être pour une fois en faveur du gris. Mais c’est parce qu’il ne s’agit ni d’art ni de spectacle, mais de la vie des gens. Et là je n’ai pas envie de rigoler.
Pardonnez-moi de parler politique, c’est un peu vulgaire, je sais. Mais quand je vois comment les gens sont trimballés par la règle d’or de médias terrorisés à l’idée de disparaître, à savoir : « Une bonne nouvelle n’est pas une bonne nouvelle, seules les mauvaises nouvelles font vendre ! », j’ose pour une fois prendre la parole, trahissant ainsi les conseils de mes amis les plus chers: « Petit Jean-marie, sois prudent et tais-toi ! » Mais attendu que, comme je vous l’ai peut-être déjà dit: « La seule chose que je considère comme déraisonnable c’est d‘être raisonnable. », je prends le risque de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Simplement, écoeuré par la misère du niveau politique, il est possible qu’à l’occasion des prochaines présidentielles je vote blanc, ce qui vous l’admettrez, vu mes antécédents, est assez paradoxal.
Je remercie le ciel d’avoir la chance d’être dans un pays dans lequel on peut se se bagarrer pour une « loi travail » quand dans beaucoup d’autres il n’y a pas de lois, il n’y a que le travail.

Jean-Marie Périer

PS: Lisez « Tu n’as pas tellement changé » de Marc Lambron. Ça vole beaucoup plus haut que tout ça.

07 Mai

Quelques belles choses.

7-5-16

Patrick Modiano:  » Il arrive un moment où le cœur n’y est plus !  »

(Photo Jean-Marie Périer)

L’autre jour dans l’émission des grandes gueules sur RMC j’ai entendu une histoire qui m’a filé les larmes aux yeux. Je prie celui qui l’a raconté de me pardonner, je ne me souviens pas de son nom. Voici ce qu’il disait:
« Lorsque j’étais petit, j’avais beaucoup de problèmes dans mon école parce que j’étais arabe. À dix ans je me faisais tabasser tous les jours par mes « copains » de classe, surtout par le chef de la bande, celui-là ne me faisait aucun cadeau. Un jour on nous emmène à la piscine. Je ne savais pas nager mais je n’osais pas le dire de peur qu’on se moque de moi. Tous les garçons de ma classe s’ébrouaient joyeusement dans l’eau et moi je restais sur le bord. Quand j’ai vu une fillette de six ans se jeter à l’eau et nager sans problème, je me suis dit: « Si elle le fait à son âge, donc c’est que moi aussi je sais nager ! » Et je me suis jeté à l’eau. Bien sûr j’ai immédiatement coulé. Je me débattais comme un malheureux, j’étais en train de me noyer lorsqu’une main s’est tendue vers moi. Hors de souffle je l’ai attrapé avec l’énergie du désespoir et c’est alors que j’ai réalisé que celui qui me sauvait la vie était justement le chef de la bande, celui qui me martyrisait depuis des mois.
Après cet épisode, non seulement il ne m’attaqua plus jamais mais je devins son protégé. »
Cette histoire est une des plus belles que j’ai entendue de ma vie.

Quelques phrases drainées à droite à gauche qui m’aident à me lever le matin:
Dans une interview le merveilleux Benoit Poolevorde a dit : « Faire un enfant c’est comme emmener quelqu’un dans une soirée à laquelle il n’est pas invité. »

Autre phrase de Madame Marylise Lebranchu: « Le service public c’est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. »

Et enfin cette phrase de Michel Audiard dont la pertinence m’a toujours abasourdi:
Quand on lui disait: « On ne peut pas tout avoir. », il répondait: « Pourquoi pas, il y en a bien qui n’ont rien ! »

Passons, si vous le voulez bien, à des choses sans importance. Je déteste cette phrase hypocrite dans les publicités immobilières des dernières pages des magasines. Vous voyez une maison de rêve et il y a marqué :                           « Prix nous consulter ».
Eh bien non, moi j’aimerais savoir le prix de ces baraques somptueuses pour le plaisir de rêvasser et justement parce que je ne les achèterai jamais. Donc par pitié ne me demandez surtout ne pas vous consulter. Vous rendriez la chose trop terre à terre, trop possible, alors que ce qui m’enchante dans ces annonces c’est qu’elles sont hors de portée. Aussi s’il vous plait, qu’elles le restent.

Jean-Marie Périer

18 Avr

Quand Paris descend chez nous.

 

M.L

Marc Lambron. (Jean-Marie Périer)
Jeudi dernier, Marc Lambron a été reçu à l’Académie française. C’est l’apothéose pour ce petit gars de Lyon qui jadis  est monté à Paris. Il y devint écrivain, journaliste, il entra au conseil d’Etat et aujourd’hui il finit immortel. En plus il est certainement le type en France qui connait le mieux le rock. Lorsque je veux voir le DVD d’un concert inédit de Bob Dylan en 65 ou des Stones en 72, il me suffit d’aller chez lui.
Et par chance, il est mon ami. Lisez-le, vous ne perdrez pas votre temps.

D et B

Daniel Delpech et Benoit Chincholle au travail pour la galerie du Causse. (Jean-Marie Périer)

Après le succès de la maison de la photo que j’ai ouvert en juillet dernier dans mon village de Villeneuve d’Aveyron (180 tirages des années 60, 12.500 personnes en 3 mois.), cette année pour continuer sur ma lancée, je suis associé avec Daniel Delpech pour ouvrir un centre d’art, toujours à Villeneuve. J’y expose 90 tirages des photos que j’ai faites sur la mode pour le journal « ELLE » dans les années 90. Je ne vous cache pas que voir des grandes images d’Yves Saint-Laurent, Karl Lagerfeld ou Jean-Paul Gaultier en plein milieu de la campagne Aveyronnaise me réjouit. Comme l’a dit le sous-préfet Eric Suzanne lors de l’inauguration: « On n’a pas besoin d’aller à Paris, pour une fois c’est Paris qui vient chez nous ! » Rien que pour cette phrase, je ne regrette pas le voyage.

Jean-Marie Périer

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Affiche de mon exposition à la galerie du Causse de Villeneuve d’Aveyron.

20 Mar

Adieu Paris.

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Ce que je vois le matin à sept heures dans les Pyrénées.

Cette fois ça y est: « Adieu Paris ». Ça fait un drôle d’effet de partir de l’endroit où on est né, la page n’est pas simple à tourner. Mais ce n’est pas la capitale que je quitte, c’est l’esprit parisien. Assez du cynisme, des ricanements et du mépris pour la province. Assez de l’obsession de la réussite sociale à tout prix, Paris est devenu New-York, mais sans l’efficacité ni le pognon. Assez de l’hégémonie de l’intelligentsia parisienne, des donneurs de leçons, des détenteurs du bon goût,  de ceux qui croient qu’ils sont le centre du monde alors que c’est fini depuis quarante ans, ils devraient voyager un peu, aller voir ailleurs. Je ne comprends plus, si on leur sourit dans la rue les passants prennent ça pour une agression, ils n’aiment pas les chiens ( à la campagne les gens disent bonjour à ma chienne), ils n’aiment même pas les chinois (alors que c’est eux qui les feront vivre !)
J’ai passé la plus grande partie de ma vie dans la capitale et je la trouve toujours magnifique, mais le Paris que je connaissais n’existe plus. La terrasse du « Pam Pam », le bar du « Mammy’s », la rue Saint-Benoît pleine de monde, le club Saint-Germain, Chez Castel (le vrai), l’Elysées Matignon, même le parc de Saint-Cloud n’est plus le même…
En été les Champs Elysées étaient vides.
Peut-être les grandes villes sont elles faites pour les jeunes, au fond, moi je ne m’en sers plus. Voilà ce que c’est que de devenir un vieux con.
En attendant, finir mes jours entre l’Aveyron et la côte Basque me semble un privilège inouï.

L’autre nuit sur la route, je m’arrêtai à une station d’essence. Il était trois heures du matin. Un jeune homme était seul à tenir l’endroit. Il me montra sur son smartphone la photo d’un petit chien dans une caisse en carton. Quelqu’un l’avait sorti de sa voiture et l’avait laissé par terre. L’animal avait faim et soif.

COMMENT PEUT-ON ABANDONNER UN CHIEN ? Je ne suis pas pour la violence, mais j’avoue que si j’assistais à cette scène, je ne sais pas comment je réagirais. Le jeune homme l’avait donc adopté. Qu’il soit béni.
De toute façon, depuis que pendant mon service militaire en Algérie j’ai vu des dames de très bonne compagnie assassiner un pauvre bougre à coups de barre de fer, j’ai plus confiance en ma chienne qu’en l’humanité toute entière.
Pardon pour ces pensées tristes, pourtant dehors il va faire beau.

Jean-Marie Périer

03 Fév

Quelques nouvelles du front.

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Ce matin dans mon Aveyron. (Photo Jean-marie Périer)

Plus j’avance en âge, plus ma seule certitude est que je ne suis sûr de rien. Voilà donc une bonne raison de fermer sa gueule. Ce petit préambule pour vous expliquer la raréfaction de mes interventions.
Avoir un blog est une chance qui m’a surtout appris à réfléchir avant d’écrire n’importe quoi. Il y a aujourd’hui tellement de gens qui donnent leur avis sur tout que je répugne à m’adresser à vous si ça ne m’est pas indispensable, étant convaincu que ne rien dire est peut-être le luxe ultime. Cynisme et ricanements font flores dans les médias et je ne voudrais pas rejoindre tous ces ratés de la vie qui nous expliquent comment penser dans le seul but de faire l’intéressant.
Méfiance, car comme chacun sait, les cons déguisés en intelligents, ce sont les pires.
Aussi me permettrai-je seulement de vous donner mon impression sur trois évènements qui ont marqué ces dernières semaines.

1) Depuis la grâce présidentielle accordée à Madame Sauvage, j’entends partout des voix s’élever contre la mollesse intellectuelle des pétitionnaires en sa faveur ( j’en ai fait partie ). Bien sûr, n’étant pas parmi les jurés, nous en savons moins qu’eux sur cette sinistre affaire. Mais ainsi que je vous l’ai écrit la dernière fois, Je n’accorde aucune confiance à la justice des hommes, donc je ne regrette pas cette décision car en fin de compte, je préfère remettre en liberté une coupable dont je comprends le geste que laisser une innocente en prison.

2) Je me sens bien incapable de juger l’action politique de MmeTaubira. La dame est lettrée, parfois exaspérante, souvent sympathique. Je m’étonne simplement du timing trop parfait de la sortie de son livre. Trois jours après son départ du gouvernement, cela dénote un sens de la manipulation dont j’aurais aimé qu’elle lui soit étrangère.

3) On nous apprend dès l’enfance ce que devrait être le savoir vivre. Savoir mourir me semble tout aussi difficile.
David Bowie vient d’en donner un bel exemple. Se faire incinérer sans que quiconque le sache et interdire les cérémonies, les têtes d’enterrement et les phrases éplorées, c’est à ma connaissance la plus belle des sorties de scène.
Avec peut-être, celle que l’on prête à Sacha Guitry.
Sur son lit de mort, après avoir demandé à sa femme de s’approcher, il lui aurait murmuré:
« Et maintenant, je vais faire semblant de mourir. »
Ultime façon de refermer le rideau pour un grand comédien.

Jean-Marie Périer

20 Déc

Pardon Madame.

Bonne année JMP

« Je fais confiance à la justice de mon pays ! » Eh bien pas moi. Je viens d’en avoir la preuve flagrante récemment.
Madame Jacqueline Sauvage vient d’être condamnée à dix ans de réclusion pour avoir tué son mari, tabasseur de femme et violeur d’enfants. J’aurais tellement aimé faire partie de ce jury, ne serait-ce que pour le plaisir de les insulter.
Ils n’ont pas pensé à elle en se cachant derrière leur bonne conscience, celle qui permet de rentrer chez soi avec le sentiment du devoir accompli.

J’entends déjà la phrase qu’on va m’asséner: « Vous réagissez sous le coup émotion ». Oui absolument, je vous prie de m’excuser d’être victime du sentiment de compassion. Je sais, de nos jours il est de bon ton d’avoir du recul, de prendre de la hauteur, d’être en phase avec les représentants de l’ordre public (quand ça nous arrange).
C’est bien la première fois de ma vie que je regrette qu’on ne meure qu’une seule fois. Ce type-là méritait une mort par coup donné à sa femme, une mort pour chacun des viols infligés à ses filles.

Pourtant j’ai toujours été contre la peine capitale, justement parce qu’elle serait décidée par la justice des hommes.
Loin de moi l’idée de légitimer la vengeance personnelle, même si je la comprends mieux que celle décidée derrière le paravent d’un jury. Et devant ce verdict lamentable, j’ai vraiment honte d’être un être humain.
À l’instar de ce couple se suicidant dans une chambre de l’hôtel Lutetia parce qu’on leur refusait le droit de mourir, Jacqueline Sauvage a mis fin à sa vie en donnant la mort à un être immonde.
Il était inutile de la tuer une deuxième fois en l’envoyant en prison.
Vive les animaux. Eux quand ils condamnent ils ne le font pas en douce avec l’excuse d’un jury.
C’est étrange. En regardant ma chienne dans les yeux, je la trouve plus humaine que nous.

À part ça. Je l’ai déjà demandé souvent: Est-ce que les politiques de ce pays pourraient avoir l’amabilité de se creuser trois minutes la cervelle pour chercher un autre mot que « LE RASSEMBLEMENT ». S’ils savaient à quel point ils ont vidé ce mot de son sens, les français dont je fais partie n’en peuvent plus de ce manque d’imagination. Notre langue offre pourtant d’autres possibilités: fédérer, mobiliser, rallier, ramasser, rameuter, regrouper, réunir.
Que sais-je ? Cette expression ne veut plus rien dire parce que tout le monde l’emploie. Et au moment même où ils l’utilisent, les politiques ne comprennent pas que l’on cesse immédiatement de les croire.
Or nous allons l’entendre ça pendant un an et demie…

Jean-Marie Périer

03 Déc

Re-bonjour tristesse

Sagan 2

Photo Jean-Marie Périer.

À 15 kms de ma maison de l’Aveyron, dans le cimetière de Seuze, se trouve la sépulture de Françoise Sagan.
Heureusement il fait beau cet après-midi de décembre, car bien que ça ne soit pas dans mes habitudes, l’envie m’a pris d’aller saluer cet écrivain extraordinaire que j’ai eu le privilège de rencontrer quelques fois dans ma vie ( je ne pense pas que le mot « écrivaine » lui aurait plu).
Ce cimetière est très petit, presque oublié, comme un secret réservé aux intimes. Je reconnais bien là son sens du luxe. La tombe est simple mais ne ressemble pas à sa vie et c’est tant mieux. Rien n’est pire que les illustrations post-mortem voulant résumer une existence.
Il y a une croix mangée par l’humidité, quelques bouquets de fleurs qui penchent vers la pierre, un admirateur a déposé une lettre sous un caillou, lui au moins est venu il n’y a pas longtemps. Ce dénuement la ferait sûrement rire, elle dont la vie fut un tourbillon de passions, de bonheurs, de malheurs, et d’excès en tous genres et qui sans le chercher fut un exemple pour toutes les femmes rêvant d’être « libérées ».
Star de la littérature à 19 ans, les titres de ses livres invitent au voyage avant même d’en lire une page. Un soir au casino, grâce à un numéro gagnant, elle s’achète une maison de campagne afin d’y accueillir ses amis pour des fêtes inoubliables.
Celle que Mauriac appelait « un charmant petit monstre » conduisait les pieds nus des bolides insolents, était à elle seule les Rolling Stones avant l’heure, mais en bien plus violent puisqu’elle était une femme.
J’ai eu la chance de passer quelques soirées avec elle du temps où avec Brigitte Bardot elle inventait Saint-Tropez.
La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était à l’hôtel Lutetia à Paris en 2003. Comme à chaque fois que je l’ai photographié, elle semblait étonnée que l’on puisse s’intéresser à son apparence. Nous avons bu un verre et puis un peu parlé. Si la vie vaut la peine c’est surtout grâce aux gens que l’on affectionne.
Chère Françoise, j’aimerais croire qu’on se reverra un jour dans un quelconque paradis, hélas j’en doute, mais repenser à toi c’est déjà beaucoup.

Jean-Marie Périer

29 Nov

Ma photo de groupe du cinéma français pour Lino

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Une agence de publicité m’a demandé récemment de faire une photo afin d’aider l’association « Perce-Neige » créée par Lino Ventura il y a fort longtemps. J’ai accepté avec d’autant plus de plaisir que je connaissais un peu Lino et sa femme, et que j’avais d’ailleurs déjà réalisé un clip pour leur association il y a une quinzaine d’années, tellement j’avais été ému par leur ténacité à aider les enfants autistes.

Cette photo consistait à réunir un groupe d’acteurs du cinéma français sous le portrait de Lino.

On me demande assez souvent de faire des photos de groupe depuis cette journée merveilleuse de 1966 où j’ai pu réunir les 46 chanteurs représentant les années 60. Si ça continue, je vais finir photographe de mariages. J’irai de villages en villages, avec ma petite échelle…

Bref, la difficulté de ce genre d’exercice ne tient pas tant dans la prise de vue que dans le fait de réunir ces artistes, lesquels on souvent un emploi du temps chargé. Contrairement à 1966, ce n’est pas moi qui était chargé de prendre les rendez-vous mais les gens de l’agence.          

Je plaignais ces derniers car la légèreté des sixties est un doux souvenir, aujourd’hui les choses sont beaucoup plus compliquées. Ils ont bien fait les choses, beaucoup de ces artistes sont venus et pas des moindres.

Mais pour moi bien sûr, il y avait deux grands absents : Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Ces formidables acteurs font partie de votre vie comme de la mienne, avec cette seule différence, je les ai bien connus, surtout Alain. En plus j’ai eu la chance qu’ils me fassent tous les deux confiance pendant de longues années. Vu leur attachement à Lino Ventura j’étais certain qu’ils viendraient passer une heure avec nous en souvenir de cet homme magnifique, ne serait-ce que pour aider cette association qui était l’oeuvre de sa vie.

Sachant Jean-Paul affaibli par la maladie, je n’ai pas osé le relancer directement. Je me suis seulement permis d’envoyer un mail à Alain pour lui dire que s’il n’était pas là, j’aurais le sentiment que sur le portrait gravé sur le mur, Lino sourirait un peu dans le vide. À ma grande surprise il ne m’a même pas répondu. Preuve que les années passent. Ce n’était pas son genre.

Claude Lelouch était là, heureusement, car à part les gens de l’association, nous étions les seuls à avoir connu Lino et sa femme.

Voici donc cette photo des représentants du « cinéma français » qui ont bien voulu venir.

Je les en remercie.

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À la fin de la séance, j’ai demandé à tout le monde de fermer les yeux. J’aime bien cette photo où les acteurs d’aujourd’hui ont l’air de rêver à un Lino Ventura qui sourit pour toujours.

Jean-Marie Périer

09 Nov

Papillon, la Guyane, les 4 anciens bagnards et mon film perdu

Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Henri Charrière dit Papillon et Françoise Hardy à Saint-Tropez à la fin des années 60 (© Jean-Marie Périer)

Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Henri Charrière dit Papillon et Françoise Hardy à Saint-Tropez à la fin des années 60 (© Jean-Marie Périer)

J’entendais l’autre jour à la radio le chanteur Sanseverino parler de sa passion pour le livre sur la vie de Papillon, l’énorme succès littéraire des années 60. Il faudra que je le rencontre un jour car il se trouve que non seulement j’ai bien connu l’ancien bagnard évadé de Guyane, mais c’est grâce au succès de son livre que j’ai été tourner là-bas mon premier long-métrage en 1968. Il s’appelait « Tumuc Humac », nom des montagnes amazoniennes voisines, et accessoirement titre impossible à retenir.

C’était une fiction que nous écrivions Jacques Lanzmann et moi en descendant la rivière en pirogue entre Saint-Laurent du Maroni et Maripasoula tout en dormant chez les indiens en compagnie de mon frère Marc Porel et de la chanteuse Dani, les deux héros de notre histoire. Mais si j’évoque ce film, c’est parce que j’y ai fait jouer quatre des derniers bagnards encore vivants depuis que de Gaulle les avait libérés en 1945.

Le premier tenait un café à Cayenne et c’est lui qui m’avait le mieux renseigné sur Papillon. Il est clair que ce dernier avait emprunté plusieurs histoires vécues par d’autres bagnards pour écrire son livre. Sans doute un peu trop proches des gardiens, les prisonniers l’avaient surnommé « Le porte-clef », même si une partie de son histoire était vraie puisqu’il avait quand même réussi à s’évader de l’ile du Diable. Je garde le souvenir de ces deux nuits passées dans cet endroit sinistre éclairé par la lune. Les murs de la prison étaient envahis par une forêt de lianes, comme si celle-ci voulait effacer les traces des supplices infligés à ces maudits de la République.

J’avais rencontré le deuxième ancien bagnard quelques mois avant le tournage et lorsque, après qu’il eut accepté d’apparaître dans mon film, je lui demandai où je pourrais le retrouver, il m’avait désigné un tronc d’arbre au bord de la route. Revenant enfin en Guyane avec un certain retard et je le retrouvai effectivement à l’endroit qu’il m’avait indiqué. Comme je le priais de m’excuser il me répondit dans un sourire: « Vous savez, j’ai passé trente ans dans une geôle de trois mètres sur deux, aussi, vous attendre fut un plaisir ! »

Je trouvai le troisième un soir sur les marches d’une église de Cayenne. D’accord pour tourner dans le film, il m’avait donné rendez-vous pour le matin suivant sur ces mêmes marches. Le lendemain matin, personne. Comme je me renseignai auprès du tenancier du bar, celui-ci m’expliqua que depuis le jour de sa libération le petit homme n’avait plus jamais cessé de marcher tous les jours entre Cayenne et Saint-Laurent, rendant visite au passage à ses amis chasseurs de papillons. « Suivez la route et vous le trouverez. » m’avait-il-dit. Effectivement quelques kilomètres plus loin il marchait d’un pas vif comme s’il voulait encore fuir le souvenir de sa cellule.

Le quatrième vivait dans un village de lépreux près de Maripasoula, il s’occupait d’entretenir le cimetière. Il nous avait reçu dans sa petite cabane dont les murs étaient entièrement recouverts de photos de Paris. Il nous parla de sa fiancée, une hôtesse de l’air qu’il comptait bien un jour accompagner pour revoir la tour Eiffel. À la fin de la journée, lorsque je me renseignai sur lui auprès d’une des bonnes soeurs qui soignaient les lépreux, elle répondit d’un air amusé que, bien sûr, cette femme n’existait pas, qu’elle n’était que le fruit de l’imagination du vieil homme, un rêve ancien, datant sans doute de ses années de bagne.

Jean-Marie Périer

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