08 Jan

Mauvaise conscience.

Abbé Pierre 2

Photo Jean-Marie Périer

Dieu sait si je ne suis pas un fanatique de la calotte, mais il me semble que l’Abbé Pierre avait vraiment fait du bon boulot. Aussi, voir aujourd’hui le dénommé Cédric Herrou accusé d’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers parce qu’il a accueilli 200 migrants, me semble surréaliste.        À quoi sert de chanter en chœur avec les « enfoirés » tous les ans, si c’est pour laisser un type de 37 ans risquer cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros parce qu’il a eu le cœur de tendre la main à des gens. Et je me fous qu’il soit un militant de gauche. J’attends avec impatience ce que va faire « la justice de mon pays » etc…

Passons à autre chose.

L’autre jour je regardais dans la rue un couple terrifiant. La dame était très grosse et son mari tout chétif, une sorte d’Eric Zemmour mais calme. Elle tenait un cabas rempli de légumes et lui il poussait un landau. On aurait dit un dessin de Dubout (ça c’est une référence pour les vieux). Non mais j’imaginais la vie du gosse. Un héros le môme…

Je ne comprends pas qu’on oblige les enfants à supporter leurs parents. D’abord avant la naissance, on devrait pouvoir les choisir. On va quand même être obligé de passer seize ou dix-huit ans avec eux… . En plus ça vieillit les parents, faut s’en occuper pendant les derniers cent mètres, sans quoi on culpabilise, on peut plus regarder la télé tranquille…

Je verrais bien une sorte de supermarché du parent, moi. Une nurserie pour géniteurs. Vous voyez ? Comme chez les fleuristes, on pourrait faire des croisements intéressants. Par exemple, si on voulait le jouer rassurant, on pourrait choisir un père très musclé et une mère très intelligente.                           Ou bien, je ne sais pas, une championne cycliste et un moine tibétain. Ou bien Hervé Mariton et Cécile Duflot. Niveau conversation, au moins y’aurait du sport.                                                                        Ça ne serait pas interdit d’être créatif. Parce que Angelina Jolie et Brad Pitt, vous comprenez c’est trop facile. Jeune, beaux riches et célèbres, y’a pas d’imagination là-dedans… Et même pas foutus de tenir la longueur en plus.

Et puis on pourrait aussi prendre deux femmes ou deux hommes. Moi par exemple, j’aurais bien aimé être le fils de Sean Penn et de Raphael Enthoven. Vous imaginez l’oiseau ? Ça serait une épée n’empêche…

Et vous ça serait qui ?

Jean-Marie Périer

01 Jan

Emmanuel Macron et les Beatles.

Beatles 4

Emmanuel Macron et les Beatles.

Nouvelle année, oui mais, nouvelles élections. Fillon ? Ce n’est pas lui qui me fait peur, c’est « l’effet Fillon », le retour des Cathos coincés. Mais il a peut-être plus de sagesse que les énervés de la manif pour tous (sauf ceux qui ne pensent pas comme eux). Au moins François Fillon a l’air d’un homme d’État.

Macron, bien sûr, puisqu’il est peut-être le nouvel espoir d’échapper au marteau-pilon que représentent les joutes « GAUCHE-DROITE », ce cirque stérile qui permet d’amuser la galerie en faisant de l’audimat à coups de déclarations quémandant le « RASSEMBLEMENT ». Pendant ce temps-là les gens en bavent et le pays s’enfonce un peu plus chaque année.

 Pour ce qui concerne Emmanuel Macron, je m’étonne que devant les zappings rigolards sur son dernier meeting, aucun journaliste n’ait cherché à comprendre pourquoi il avait élevé la voix à la fin de son discours. Je crois que l’explication est assez simple. Macron et son équipe sont nouveaux dans l’exercice des grandes manifestations. 

Lorsque vous vous trouvez devant dix mille personnes venues pour vous soutenir et que vous tenez un micro, vous avez intérêt à avoir dans l’oreille ce que l’on appelle : un retour. C’est un appareil qui vous permet d’entendre le son de votre voix. Sans quoi, surtout si la foule hurle d’excitation, vous n’avez aucun moyen de savoir s’ils vous entendent. Et alors vous forcez le ton, quitte à friser le ridicule. Tous les chanteurs savent ça. 

Je l’ai vu au début des années 60 avec les Beatles lorsqu’ils étaient en concert. À cause des hurlements du public ils ne s’entendaient pas jouer. Ringo Starr le dit d’ailleurs dans le film qui vient de sortir sur leurs premières années. Normalement il aurait dû être le maître du tempo, mais le batteur étant derrière les musiciens, il tentait de suivre le rythme du groupe en regardant bouger les fesses de Paul McCartney. Et le groupe n’entendait rien des autres instruments.

Pareil pour Macron, comme il ne s’entend pas, il force la voix, et en plus, grossi par les gros plans à la télévision, ça parait ridicule. La prochaine fois, mettez-lui un retour, et même devant une foule en délire il contrôlera mieux le niveau de sa voix.

En attendant, je vous la souhaite bonne.

Jean-Marie Périer

18 Déc

Je ne vais pas me faire que des amis.

Bertusse

Ce matin en partant pour le marché.

 

En 1983 je vivais à Los Angeles, et un jour dans le quotidien local, je tombe sur l’article d’un inconnu nommé Steve Jobs. Il disait très clairement ceci: « Un jour grâce à ma machine vous pourrez travailler de chez vous. » Il me dit ça À MOI ! J’ai couru l’acheter dans l’heure. Depuis ses ordinateurs ont changé ma vie comme, accessoirement, celle de millions de gens à travers le monde. Depuis, j’achète régulièrement leurs nouvelles machines, systématiquement.

Demain je vais recevoir le nouveau Mac, je l’ai payé cher, mais quand je pense au plaisir qu’il va m’apporter, je ne le regrette pas.

Seulement voilà, ce matin je suis allé au marché dans ma région d’adoption, à savoir l’Occitanie en général et l’Aveyron en particulier. J’y étais tôt, comme souvent. Et lorsque j’achetai ses légumes à une dame d’un âge certain, après avoir choisi poireaux, carottes, navet et j’en oublie, bref de quoi me faire au moins trois repas, lorsque je lui demandai le prix, elle m’annonça 4 € 60.

Et là, tout à coup, la situation me parut surréaliste. Je suis prêt à acheter sans regret un ordinateur pour le prix qu’APPLE me demande à cause du plaisir que je vais en retirer et cette dame, qui va aussi m’apporter un bonheur évident va gagner cette somme-là parce qu’elle considère que c’est le prix de son travail. Alors je la regarde derrière sa petite table, avec ces légumes qu’elle a planté, puis ramassé, et l’idée me vient que quelque chose ne va pas.

(Je ne parle pas de ceux qui commandent des caisses à l’étranger, avec le temps je les reconnais, les « vrais ».)

Alors j’ai pris une décision qui risque d’être mal comprise et qui, comme l’indique le titre de cet article, va peut-être m’apporter plus d’ennui que je ne le voudrais. Désormais, je paierai les légumes sur les marchés, non pas le prix que les maraîchers attribuent à la valeur de leur travail, mais à celui du bonheur qu’ils m’apportent.D’abord plus de pièces de monnaie. Si elle me dit 4 € 60 et que je considère que ça vaut 10 € je lui donnerai 10 €.

Et je prévois déjà le mal que je vais avoir à leur faire comprendre ma démarche. Elle est pourtant simple. Si je l’avais voulu, dans les années 80 j’aurais pu être américain, j’avais tous les papiers, je n’avais qu’à dire OUI. Pendant 10 ans, ma situation là-bas était des plus enviable. Et si j’ai eu envie de revenir en France et particulièrement dans la vraie campagne, c’est justement en grande partie à cause de ces gens-là, les gens « normaux » d’ici que je connais maintenant depuis vingt ans. Or je vis dans une petite maison, charmante, mais au milieu des champs. Il n’y a que des vaches et moi. Parfois les maraîchers que je rencontre sont les seules personnes que je verrai de la journée. Donc il ne s’agit pas que de légumes, mais aussi de mes rapports avec ces gens-là.

« Oui mais vous, vous êtes riche ! »? Ça je vais y avoir droit. Mais non je ne suis pas riche, loin de là, mais ici je vis bien, ça va. Et d’ailleurs je peux leur assurer que si un jour je suis raide ( comme ça m’est arrivé toute ma vie à peu près tous les dix ans.) je paierai exactement le prix qu’ils demandent.

« Ah oui, alors vous, vous êtes bien de gauche ! » Mais non je ne suis pas de gauche, ni de droite d’ailleurs, arrêtez de m’insulter, je n’ai jamais cru à tout ça. Dans la vie rien n’est noir ou blanc, tout n’est que compromis. C’est pourquoi je suis depuis toujours CENTRE DROIT. Parce que petit bourgeois quand même, faut pas exagérer. Et j’ai horreur des bourgeois déguisés en révolutionnaire.      Le genre Che Guevara sur le tee-shirt et les millions en banque. J’en connais certains, particulièrement dans la chanson… Bref.

Voilà, je vais essayer cette formule dans prochains marchés, et je vous dirai le résultat.

 

Jean-Marie Périer

 

PS : J’ai passé 8 jours en Corse avec Dutronc et sa compagne. C’est vraiment un mec formidable.

Dut Corse

19 Nov

Hallelujah !

Sunrise

Je range l’amour parmi les religions, et les religions parmi les plus grandes bêtises où soit tombée l’humanité. (Maupassant)

Hallelujah, fête et feu d’artifice. Le Cardinal Barbarin a demandé pardon pour les infamies perpétrées par des prêtres sur d’innombrables enfants durant des dizaines d’années.

Tout est pardonné puisque le génie de l’église catholique est d’avoir inventé la confession : « Balance tes horreurs au monsieur en soutane, va grommeler quelques prières soigneusement inventées par des génies de l’hypocrisie et tout te sera pardonné. ». Pour contrôler ses ouailles on a jamais fait mieux. Les « CIA », « Stasi » et autres renseignements généraux sont des nains à côté de ces Mazarins de la main-mise sur la vie des gens. On ne peut pas lutter.

Pardon de me répéter, mais tous les ennuis de la planète nous venant des religions (toutes confondues) et de la suprématie de l’argent, ce qui d’ailleurs revient au même, apprêtez-vous, pauvres êtres vivants du 21eme siècle, à vivre sous les ukases des fous de Dieux en tous genres. Quand on voit que le charmant Donald Trump a réquisitionné comme No 2 de son gouvernement le dénommé Pence, Climato-septique forcené (tant qu’il y a des conserves y’a d’la joie), opposé au port du préservatif (pour les femmes africaines : une saillie = vêlez, c’est tout ce qu’on vous demande), partisan pour les femmes du retour à la maison et à l’éducation des gosses au lieu d’aller traîner dans des bureaux pour faire carrière ( Bravo les filles, vos prochaines années seront Rock’nroll à mort) , que l’homosexualité est un « effondrement sociétal » (c’est vrai quoi, Jean Cocteau, Marguerite Yourcenar, Léon Blum, William Shakespeare, Voltaire,  Goethe, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Paul Verlaine, Oscar Wilde, Marcel Proust et Hervé Guibert, entre autres ont contribué à l’effondrement de la société, ça tombe sous le sens), tous ces arguments étant indiscutables puisqu’ils sont une idée de Dieu, lequel est, comme le moindre créationniste le sait, à l’origine des espèces toutes confondues. Vous m’avez bien lu ? TOUT.

Fortiche le « GOD ».

Il y a deux mille ans, profitant d’une semaine où il n’y avait rien d’intéressant à la télé, Il a tout inventé :

La nature, les animaux, les hommes, les femmes, les impôts, la blennorragie, Clémentine Autin. (J’aimais mieux sa mère), les juges, Christine Boutin, les critiques, la douane, le « vivre ensemble », la légion d’honneur et le fauteuil Stannah (liste non exhaustive).

Loin de moi l’idée de mépriser ceux qui, n’osant penser par eux-mêmes, ont besoin de croire en un quelconque Dieu, mais quand on sait qu’à l’heure où vous avez la gentillesse de me lire, un milliard de gens dans le monde n’ont pas l’eau courante, et que deux milliards n’ont pas de chiottes, ne m’en veuillez pas de ne croire en rien.

Pour la première et dernière fois de ma vie, je suis heureux d’être vieux, je ne verrai rien de l’avenir réservé à nos enfants (à condition qu’on ne nous ait pas fait le coup de la réincarnation, ce qui relèverait du scandale absolu). Et je n’en suis pas fier si j’en crois ce que dit le philosophe français Bernard Stiegler :

« Le suicide est en voie de développement dans le monde entier, et en particulier auprès d’une jeunesse qui sait qu’elle sera au chômage pendant très longtemps. »

Allez, ça suffit ! Arrêtez avec vos idées négatives. Une épidémie ou une bonne guerre mondiale, et hop tout rentre dans l’ordre…

Vous comprenez maintenant pourquoi je me fais rare sur ce Blog ? Une nouvelle contrariante, un coup de blues, et c’est parti : Bonjour les déclarations intempestives « sur la toile » qui risquent d’être regrettées deux jours plus tard. C’est pourquoi je vous annonce qu’à la fin 2017, je lancerai une maison d’édition dans mon village de l’Aveyron. Ceci me permettra de rencontrer des gens qui en savent plus que moi et qui m’obligeront peut-être à me contenter d’écrire sur les pages d’un livre. Car contrairement à un Blog que tout le monde peut lire, un livre a au moins un avantage : il offre le risque de n’être jamais lu.

 

Jean-Marie Périer

04 Oct

Berlin/Chamalières

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6h30. Retour vers Paris vendredi matin à l’aéroport de Berlin.

À cause de ma chienne je n’avais pas pris l’avion depuis cinq ans; hors de question de la mettre dans la soute. C’est vraiment curieux ce que sont devenus les aéroports, il faut se déshabiller, retirer ses pompes, bientôt on aura droit au toucher rectal. Un car nous emmène vers l’avion comme des bestiaux à l’abattoir. Quand je pense aux voyages dans les années 50, on marchait vers l’avion, un « Superconstellation » à hélices et tout l’équipage attendait en rang au bas des marches pour saluer les passagers. Les hôtesses étaient avenantes et les pilotes ressemblaient à Dick Tracy. Je me souviens de Francis Blanche qui aimait à leur serrer la main en prenant un malin plaisir à mettre un billet de 100 francs dans la pochette du capitaine en lui glissant: « Soyez gentil de bien conduire l’avion s’il vous plait ! » Tronche du grand manitou. Plus tard, dans les années 60, on fumera même pendant les longs courriers, Paris-Los Angeles la clope au bec, ça semble surréaliste aujourd’hui.
Hier j’étais à Berlin pour une exposition. Pas mal cette ville, des avenues larges, des arbres partout et dans les rues une atmosphère de jeunes gens, d’artistes détendus, de mélange en tous genres, une atmosphère me rappelant New-York il y a cinquante ans.
Paris me semble tellement plus coincé aujourd’hui, où est passée la légèreté, la fantaisie ? Le Paris que je connaissais n’existe plus, mes endroits favoris sont devenu des musées. On n’est plus là pour rigoler; (c’est ma minute « vieux con »).
Sur le siège à côté de moi il y a une garçon de douze ans avec son père, c’est sans doute son premier voyage. Tout l’émerveille, les hôtesses, l’avion qui tourne avant le décollage, les lapins qui courent à côté de la piste. Il tourne la tête dans tous les sens, il saute sur son siège comme un fan de Justin Bieber, il veut tout voir, sa joie est touchante. C’est fou ce qu’on est patient avec les enfants des autres…

Après 5h de route, arrivée à 18h à Royat-Chamalières pour un salon du livre. J’ai toujours beaucoup aimé les villes d’eau, celle-là regorge de maisons magnifiques. En revanche ce genre de situation ne m’a jamais emballé. Assis en rang derrière des tables avec des écrivains devant leurs piles de livres j’ai toujours eu le sentiment d’être un veau à la foire de Paris. Pourtant les gens sont très gentils et ils ont l’air content, mais autant dans ma vie j’aurai aimé faire la promotion des autres, autant je suis incapable de me vendre, ça me gêne et je dis n’importe quoi. Heureusement il y avait mon amie Irène Frain qui présidait l’évènement tout en présentant son nouveau roman « Marie Curie prend un amant ». Elle a toujours l’oeil qui pétille et surtout elle ne demande qu’à rigoler. Pour se rendre au salon, on passait par la rue Pierre et Marie Curie. Bon signe pour son livre…

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Prochains spectacles à venir:
Le 7 octobre à Orange
Le 22 octobre à Olemps.

JMP

17 Juil

Déjà vu !

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Que les fous de Dieu (ou de Dieux) soient rejoints par les fous tout court n’a rien de rassurant.

Les derniers évènements me procurent un sentiment de déjà vu qui remonte à mes vingt ans lorsque j’ai donné vingt-huit mois de ma vie à l’armée française.

Je me souviens de la magnifique ville d’Oran en 1961, c’était une sorte de Nice en Algérie, en moins touristique, un temps où «Bling bling» ne signifiait que le son des cloches des églises de la métropole. La vie y était douce (oui douce, même pour beaucoup d’Algériens « de souche » dont j’ai vu le désarroi au départ des pieds noirs) jusqu’à ce que le général De Gaulle profère le fameux « Je vous ai compris ! », déclaration qui allait peut-être dans le sens de l’histoire mais qui fut quand même avant tout ressentie comme une trahison par une très grande partie des deux communautés qui peuplaient cette terre.

Ce qui va se passer en France dans les mois qui viennent, j’ai la triste impression de l’avoir déjà vécu. Quand on monte les communautés les unes contre les autres on joue à un jeu qui nous échappe très vite. J’ai vu de mes yeux en 1961 comment des agents de l’Etat envoyés de Paris s’y prenaient pour faire démarrer une manifestation (et qu’on ne me serine pas avec une éventuelle théorie du complot, je ne parle que de ce à quoi j’ai assisté, c’était toujours les mêmes, on finissait par les connaître). Ils prenaient quatre ou cinq mômes de douze ans et les plaçaient au début des avenues stratégiques de la ville. L’ordre était rudimentaire. « Tu vas dans toutes les boutiques et tu cries : « Si vous ne fermez pas on vous plastique ! ». Une demi-heure plus tard les commerçants se retrouvaient dans la rue.  Que faire d’autre qu’une manifestation ? Rien n’était plus simple.

Après venait le temps des ratonnades où des civils devenaient fous furieux jusqu’à tuer des arabes qu’ils connaissaient très bien. J’ai vu des dames pourtant gentilles, des mercières, des fleuristes, assassiner des ouvriers algériens à coups de pavés et de barres de fer, j’ai vu des pieds-noirs brulés vifs dans leurs voitures par les cinglés du FLN, j’ai vu les maisons soufflées par les bombes toutes les nuits, les cadavres dans les rues le matin. Bref, je préfère ne pas insister.

Je sais on me sortira le fameux : « Le contexte était différent ». Mais je n’ai pas la prétention d’analyser la situation politique de l’époque en rapport avec celle d’aujourd’hui, je ne parle que de l’horreur de la guerre lorsqu’elle se retrouve entre les mains des civils. On en arriverait presque à regretter les militaires.

Et je pense que tous ces gens envahis par la haine et le désespoir étaient moins coupables que ceux qui ont soufflé sur les braises. Il y a chez nous aujourd’hui des gens qui jouent à un jeu très dangereux.

Je me souviens du déchirement des milliers de pieds-noirs obligés de fuir sur des bateaux sans qu’on leur ait même demandé leur avis. Alors l’idée qu’un jour on risque d’obliger tous ces franco-algériens-tunisiens (que l’on a fait venir) à faire le même chemin à l’envers me rend malade par avance.

Bien sûr, j’espère que les choses n’iront pas aussi loin en France mais il suffira d’un rien pour que cela démarre. Les partis politiques, tous confondus, ne pourront pas se contenter de bêler des slogans grotesques du genre « La France forte », « Hé oh la gauche » ou « La France apaisée ».

Rattraper trente ans de laisser-aller ne se résoudra pas d’un claquement de doigts. Comment ? Je ne sais pas. Je n’ai ni l’intelligence ni le courage que l’on est en droit d’attendre des gens qui font de la politique. J’espère seulement ne pas revoir en France l’horreur des guerres de rues à Oran en 1961.

Et qu’on ne me siphonne pas le cortex avec le « Vivre ensemble ». On dit ça et après ? On vit avec ceux qu’on aime bien et on ne peut pas aimer tout le monde. Affirmer le contraire n’est qu’une bondieuserie, une forfanterie destinée à nous donner bonne conscience le soir, bien au chaud dans son lit avant d’éteindre la lumière.

J’en ai marre d’avoir mauvaise conscience…

Jean-Marie Périer

30 Mai

La prochaine fois je vote blanc !

Montsales

La France n’est pas QUE Paris. Vue du musée de Montsales. Aveyron.

C’est quand même étrange cette haine vis-à-vis des patrons dans notre beau pays. D’abord on confond les patrons et les managers. Les premiers sont ceux qui ont pris des risques en montant leur boîte, les seconds ne sont que les conducteurs d’une locomotive qu’ils n’ont pas construit. Effectivement, même s’ils sont très efficaces dans la gestion de la société dont ils ont la charge, on peut comprendre que leurs salaires pharaoniques dérange le commun des mortels. Encore que, moi ce qui me choque, ce n’est pas que certains gagnent des fortunes colossales, c’est surtout qu’autant de gens ne gagnent rien. Mais vouloir faire croire que l’existence des riches ait pour conséquence de fabriquer des pauvres me semble être un des mensonges les plus graves de la gauche française. Je crois que c’est très exactement le contraire. Ceux que l’on nomme les riches sont souvent ceux qui font tourner une économie sans laquelle il n’y aurait plus de boulot pour personne. Vous avez envie de vivre dans un pays pauvre vous ? Pas moi. Et puis si le mépris de la richesse est vraiment partagé par autant de français, comment se fait-il qu’il y ait tant de gens qui jouent au Loto ?
Alors bien sûr vous l’avez compris je ne suis pas socialiste, j’ai beaucoup trop d’estime pour ce que devrait être la gauche pour envisager d’en faire partie. Je ne me sens pas proche des « Républicains » non plus, tous les dogmes me rebutent et la mauvaise foi en politique me hérisse. Non je suis convaincu d’être comme la plupart des français, à savoir « Centre droit » C’est mou ? C’est flou ? C’est vague ? Non c’est comme la vie, c’est fait d’équilibre et de compromis, ni noir ni blanc et croyez-moi je suis bien le premier étonné d’être pour une fois en faveur du gris. Mais c’est parce qu’il ne s’agit ni d’art ni de spectacle, mais de la vie des gens. Et là je n’ai pas envie de rigoler.
Pardonnez-moi de parler politique, c’est un peu vulgaire, je sais. Mais quand je vois comment les gens sont trimballés par la règle d’or de médias terrorisés à l’idée de disparaître, à savoir : « Une bonne nouvelle n’est pas une bonne nouvelle, seules les mauvaises nouvelles font vendre ! », j’ose pour une fois prendre la parole, trahissant ainsi les conseils de mes amis les plus chers: « Petit Jean-marie, sois prudent et tais-toi ! » Mais attendu que, comme je vous l’ai peut-être déjà dit: « La seule chose que je considère comme déraisonnable c’est d‘être raisonnable. », je prends le risque de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Simplement, écoeuré par la misère du niveau politique, il est possible qu’à l’occasion des prochaines présidentielles je vote blanc, ce qui vous l’admettrez, vu mes antécédents, est assez paradoxal.
Je remercie le ciel d’avoir la chance d’être dans un pays dans lequel on peut se se bagarrer pour une « loi travail » quand dans beaucoup d’autres il n’y a pas de lois, il n’y a que le travail.

Jean-Marie Périer

PS: Lisez « Tu n’as pas tellement changé » de Marc Lambron. Ça vole beaucoup plus haut que tout ça.

07 Mai

Quelques belles choses.

7-5-16

Patrick Modiano:  » Il arrive un moment où le cœur n’y est plus !  »

(Photo Jean-Marie Périer)

L’autre jour dans l’émission des grandes gueules sur RMC j’ai entendu une histoire qui m’a filé les larmes aux yeux. Je prie celui qui l’a raconté de me pardonner, je ne me souviens pas de son nom. Voici ce qu’il disait:
« Lorsque j’étais petit, j’avais beaucoup de problèmes dans mon école parce que j’étais arabe. À dix ans je me faisais tabasser tous les jours par mes « copains » de classe, surtout par le chef de la bande, celui-là ne me faisait aucun cadeau. Un jour on nous emmène à la piscine. Je ne savais pas nager mais je n’osais pas le dire de peur qu’on se moque de moi. Tous les garçons de ma classe s’ébrouaient joyeusement dans l’eau et moi je restais sur le bord. Quand j’ai vu une fillette de six ans se jeter à l’eau et nager sans problème, je me suis dit: « Si elle le fait à son âge, donc c’est que moi aussi je sais nager ! » Et je me suis jeté à l’eau. Bien sûr j’ai immédiatement coulé. Je me débattais comme un malheureux, j’étais en train de me noyer lorsqu’une main s’est tendue vers moi. Hors de souffle je l’ai attrapé avec l’énergie du désespoir et c’est alors que j’ai réalisé que celui qui me sauvait la vie était justement le chef de la bande, celui qui me martyrisait depuis des mois.
Après cet épisode, non seulement il ne m’attaqua plus jamais mais je devins son protégé. »
Cette histoire est une des plus belles que j’ai entendue de ma vie.

Quelques phrases drainées à droite à gauche qui m’aident à me lever le matin:
Dans une interview le merveilleux Benoit Poolevorde a dit : « Faire un enfant c’est comme emmener quelqu’un dans une soirée à laquelle il n’est pas invité. »

Autre phrase de Madame Marylise Lebranchu: « Le service public c’est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. »

Et enfin cette phrase de Michel Audiard dont la pertinence m’a toujours abasourdi:
Quand on lui disait: « On ne peut pas tout avoir. », il répondait: « Pourquoi pas, il y en a bien qui n’ont rien ! »

Passons, si vous le voulez bien, à des choses sans importance. Je déteste cette phrase hypocrite dans les publicités immobilières des dernières pages des magasines. Vous voyez une maison de rêve et il y a marqué :                           « Prix nous consulter ».
Eh bien non, moi j’aimerais savoir le prix de ces baraques somptueuses pour le plaisir de rêvasser et justement parce que je ne les achèterai jamais. Donc par pitié ne me demandez surtout ne pas vous consulter. Vous rendriez la chose trop terre à terre, trop possible, alors que ce qui m’enchante dans ces annonces c’est qu’elles sont hors de portée. Aussi s’il vous plait, qu’elles le restent.

Jean-Marie Périer

18 Avr

Quand Paris descend chez nous.

 

M.L

Marc Lambron. (Jean-Marie Périer)
Jeudi dernier, Marc Lambron a été reçu à l’Académie française. C’est l’apothéose pour ce petit gars de Lyon qui jadis  est monté à Paris. Il y devint écrivain, journaliste, il entra au conseil d’Etat et aujourd’hui il finit immortel. En plus il est certainement le type en France qui connait le mieux le rock. Lorsque je veux voir le DVD d’un concert inédit de Bob Dylan en 65 ou des Stones en 72, il me suffit d’aller chez lui.
Et par chance, il est mon ami. Lisez-le, vous ne perdrez pas votre temps.

D et B

Daniel Delpech et Benoit Chincholle au travail pour la galerie du Causse. (Jean-Marie Périer)

Après le succès de la maison de la photo que j’ai ouvert en juillet dernier dans mon village de Villeneuve d’Aveyron (180 tirages des années 60, 12.500 personnes en 3 mois.), cette année pour continuer sur ma lancée, je suis associé avec Daniel Delpech pour ouvrir un centre d’art, toujours à Villeneuve. J’y expose 90 tirages des photos que j’ai faites sur la mode pour le journal « ELLE » dans les années 90. Je ne vous cache pas que voir des grandes images d’Yves Saint-Laurent, Karl Lagerfeld ou Jean-Paul Gaultier en plein milieu de la campagne Aveyronnaise me réjouit. Comme l’a dit le sous-préfet Eric Suzanne lors de l’inauguration: « On n’a pas besoin d’aller à Paris, pour une fois c’est Paris qui vient chez nous ! » Rien que pour cette phrase, je ne regrette pas le voyage.

Jean-Marie Périer

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Affiche de mon exposition à la galerie du Causse de Villeneuve d’Aveyron.

20 Mar

Adieu Paris.

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Ce que je vois le matin à sept heures dans les Pyrénées.

Cette fois ça y est: « Adieu Paris ». Ça fait un drôle d’effet de partir de l’endroit où on est né, la page n’est pas simple à tourner. Mais ce n’est pas la capitale que je quitte, c’est l’esprit parisien. Assez du cynisme, des ricanements et du mépris pour la province. Assez de l’obsession de la réussite sociale à tout prix, Paris est devenu New-York, mais sans l’efficacité ni le pognon. Assez de l’hégémonie de l’intelligentsia parisienne, des donneurs de leçons, des détenteurs du bon goût,  de ceux qui croient qu’ils sont le centre du monde alors que c’est fini depuis quarante ans, ils devraient voyager un peu, aller voir ailleurs. Je ne comprends plus, si on leur sourit dans la rue les passants prennent ça pour une agression, ils n’aiment pas les chiens ( à la campagne les gens disent bonjour à ma chienne), ils n’aiment même pas les chinois (alors que c’est eux qui les feront vivre !)
J’ai passé la plus grande partie de ma vie dans la capitale et je la trouve toujours magnifique, mais le Paris que je connaissais n’existe plus. La terrasse du « Pam Pam », le bar du « Mammy’s », la rue Saint-Benoît pleine de monde, le club Saint-Germain, Chez Castel (le vrai), l’Elysées Matignon, même le parc de Saint-Cloud n’est plus le même…
En été les Champs Elysées étaient vides.
Peut-être les grandes villes sont elles faites pour les jeunes, au fond, moi je ne m’en sers plus. Voilà ce que c’est que de devenir un vieux con.
En attendant, finir mes jours entre l’Aveyron et la côte Basque me semble un privilège inouï.

L’autre nuit sur la route, je m’arrêtai à une station d’essence. Il était trois heures du matin. Un jeune homme était seul à tenir l’endroit. Il me montra sur son smartphone la photo d’un petit chien dans une caisse en carton. Quelqu’un l’avait sorti de sa voiture et l’avait laissé par terre. L’animal avait faim et soif.

COMMENT PEUT-ON ABANDONNER UN CHIEN ? Je ne suis pas pour la violence, mais j’avoue que si j’assistais à cette scène, je ne sais pas comment je réagirais. Le jeune homme l’avait donc adopté. Qu’il soit béni.
De toute façon, depuis que pendant mon service militaire en Algérie j’ai vu des dames de très bonne compagnie assassiner un pauvre bougre à coups de barre de fer, j’ai plus confiance en ma chienne qu’en l’humanité toute entière.
Pardon pour ces pensées tristes, pourtant dehors il va faire beau.

Jean-Marie Périer

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