19 Oct

Près du ciel, loin du paradis.

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Interview d’Eric Lashon pour « Le Villefranchois ».

Eric Lashon: Avec ce livre vous signez une oeuvre pleine d’humour mais aussi très féroce dont le thème central est l’inéluctabilité de l’âge et le cortège d’inconvénients qui lui est attaché. Est-ce une forme d’exorcisme ?

Jean-Marie Périer: Oui absolument, ça ne sert à rien, je sais, mais on ne peut pas faire que des choses utiles… En fait, je pensais que je serais toujours jeune. Désolé, je ne vois aucun intérêt à vieillir. Où est-elle la fameuse sagesse ? Moi j’ai 20 ans dans la tête mais la caisse ne suit pas. Et ne me parlez pas de l’expérience, j’ai passé ma vie à refaire les mêmes conneries.

Eric Lashon: Vous avez choisi d’écrire ce livre comme un recueil de nouvelles et de nous présenter une galerie de personnages confrontés à la vieillesse y compris du point de vue de la femme. Pensez-vous qu’il existe une grande diversité par rapport au vieillissement physique et donc aussi entre les sexes ?

Jean-Marie Périer: Oui c’est assez injuste d’ailleurs.  À un moment donné les femmes perdent des armes qui ont fait leur force dans leur jeunesse. Ce changement doit être cruel pour certaines. En même temps quand elles sont jeunes, elles s’en servent aussi pour nous les briser menu. Et nous on plonge comme des grands ! Il faut bien qu’il y ait une justice. Vieillir est peut-être plus simple pour un homme, encore que… Arrêtez de me bassiner avec la beauté des rides. C’est quand même mieux quand il n’y en a pas. La vérité c’est qu’aujourd’hui. Les vieux étant en grand nombre, ils sont devenus un « marché ». Et j’en ai marre qu’à longueur de livres ou d’articles de journaux, on raconte des salades aux gens en leur faisant miroiter que la vie commence à 60 ans, qu’on peut tomber amoureux à 75 ans et baiser à 90. C’est peut-être vrai pour certains, mais comme par hasard ce ne sont pas des « morts de faim », et ils représentent à peine un pour cent de la population, et pour les autres, vieillir c’est surtout très désagréable. Allez voir dans les hospices,  ce n’est pas Disneyland.

Eric Lashon: Presque toutes vos nouvelles placent au centre de la tristesse de vieillir, la difficulté d’assumer son corps et pourtant vous semblez un bel exemple de ce que l’on peut qualifier d’éternel jeune homme…

Jean-Marie Périer: Je n’ai pas écrit ce livre pour parler de moi, c’est pourquoi ce sont des nouvelles, autrement dit, des petites histoires sur ceux qui subissent aussi les inconvénients d’être un « Sénior » (quel mot grotesque ! Ils ne peuvent pas dire « Vieux » ?) D’accord, aujourd’hui j’ai la chance de faire plus jeune, mais quand j’avais 16 ans et que j’en faisais 11, croyez-moi ce n’était pas la joie dans les « surboums », avec les filles qui me caressaient la joue en disant « Oh comme il est mignon ! » avant de se jeter dans les bras du premier crétin venu.

Eric Lashon: Certains de vos personnages sont plus flamboyants que d’autres face à l’âge. Pensez-vous que la vieillesse est un révélateur de la nature de l’Homme ?

Jean-Marie Périer: Mae West disait: « Vieillir est une affaire d’athlète ! ».  Mourir ne m’emballe pas, mais au moins c’est la même danse pour tout le monde et après, hélas comme je ne crois a rien… C’est l’idée de la dégradation que j’ai en horreur. Il faudrait vivre sa vie à l’envers. On serait vieux au début, puis de moins en moins malade, on finirait par la première histoire d’amour, et hop ! À la maison.

Eric Lashon: L’image de la femme est très présente dans votre livre pensez-vous comme Charles Denner dans  » l’homme qui aimait les femmes » que c’est le pas des femmes qui fait tourner le monde ?

Jean-Marie Périer: Sans doute puisqu’elles donnent la vie. Mais elles devraient peut-être marcher moins vite. Quand je suis né on était un milliard et demi d’habitants sur terre, on est sept milliards aujourd’hui. Trop de monde, après on s’étonne qu’ils n’y aient pas assez de places de parkings.

Eric Lashon: Face aux trahisons du corps dans les ébats sexuels, vous avez choisi de vous retirer du jeu. Est-ce la scène finale du Casanova de Fellini qui vous hante ?

Jean-Marie Périer: Non, la vérité c’est que d’abord j’ai été très gâté sur ce plan, ensuite les vieux beaux qui courtisent en recyclant des phrases déjà dites, je trouve ça pathétique. ( Pour rigoler je me suis mis exprès sur la couverture du livre en illustration du « vieux beau ».)

Et puis j’ai toujours vécu avec des femmes très jeunes, la dernière avait 35 ans de moins que moi. Ce que j’aimais c’est découvrir une merveille qui ne se connait pas et l’amener à être elle-même, autrement dit: « pygmalionner ». Finalement ça consistait à les préparer pour un autre. C’est sûrement pour ça que je me suis toujours attaché aux hommes pour lesquels j’étais quitté. Mais surtout, aujourd’hui j’ai une fille de 28 ans qui est ma passion et je ne me vois pas vivre avec une personne plus jeune qu’elle.

Eric Lashon: Le livre s’ouvre avec la première femme, celle qui compte toute une vie et se ferme avec une autre femme, celle qui compte peut-être jusqu’à la mort . Les femmes sont-elles l’alpha et l’oméga de votre vie ?

Jean-Marie Périer : J’ai aimé cinq femmes pour toujours, c’est déjà beaucoup de chance. Je ne parle pas des aventures et des coups de chaud. Ma jeunesse s’est passée dans une époque très différente, moins coincée qu’aujourd’hui. L’amour, on en fait tout un plat, mais j’ai déjà vu le film et je connais la fin, aucun suspense, je sais que c’est le jardinier qui a tué. Désormais c’est ma chienne Daffy qui remplit toutes les cases (enfin pas toutes, rassurez-vous) et j’aime beaucoup l’idée de finir ma vie dans l’Aveyron à écrire des livres.

Eric Lashon: Pouvez-vous concevoir une vie humaine sans la vieillesse ?

Jean-Marie Périer : Non bien sûr, mais peut-être faut-il savoir mourir à temps. (J’ai depuis longtemps adhéré à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et si ça n’avance pas chez nous, j’ai les plans là où ils parlent français avec un drôle d’accent. Une bouteille de Languedoc, une pilule et bonjour chez vous !) On peut vivre bien pendant assez longtemps de nos jours, mais à partir de 70 ans, les années comptent double, après 80 elles comptent triple et après 90 je ne compte plus, mais je pense qu’à quelques exceptions près les ennuis commencent. La vieillesse c’est lorsqu’on est suffisamment affaibli pour se retrouver entre les mains des autres.

Au fond, ce livre je l’ai écrit pour des gens qui ne le liront jamais, à savoir les jeunes, ce sont eux qui comptent. Afin qu’ils n’écoutent surtout pas ceux qui, en prônant des âneries sur les beautés du troisième âge, risquent de leur faire croire qu’ils ont le temps devant eux.

« Vivez maintenant, tout de suite et le plus vite possible. On ne vit qu’une fois, alors surtout ne soyez pas raisonnable. Essayez de faire ce à quoi vous croyez sans vous occuper de ce que pensent « les autres ». N’écoutez pas les conseils. N’écoutez pas les vieux. Donc ne m’écoutez pas non plus ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26 Sep

Londres Moscou.

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D’abord Londres. Dix jours bien sûr c’est un peu court, mais ça en valait la peine. Dans “The little black gallery” de Chelsea à Londres, il s’agissait d’une exposition de mes photos des couturiers des années 90 pour le journal ELLE. Durant la journée du vernissage, je n’ai rien fait d’autre que boire et sourire. Les gens étaient vraiment très sympathiques et si ma petite Daffy ne m’avait pas attendu dans l’Aveyron je serais resté plus longtemps.

 

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Sur le chemin de l’aéroport, que fait cette fille ? Elle pleure ? Elle regarde son smartphone ? Elle s’allume une cigarette ? Tristesse ou bonheur moderne ? Je ne le saurai jamais.

Ensuite Moscou.

Que sont devenus les aéroports de ma jeunesse ? Pour aller en Russie, on vous passe aux rayons X, on vous déloque, on vous palpe, bientôt on aura droit au toucher rectal…

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Sur le chemin vers la galerie « Lumière Brothers » où a lieu mon exposition, j’ai juste le temps d’apercevoir quelques bribes de cette ville magnifique.

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L’expo est composée de tirages des années 60 et des couturiers des années 90. La galerie est dans le grand bâtiment en briques d’une ancienne usine transformée en lieux pour jeunes artistes, je fais un peu tache mais ça ne semble déranger personne. La gentillesse des gens qui m’accueillent est des plus touchante. On me traite comme un roi. Durant trois jours je donne dix interviews et trois conférences devant un nombre incroyable de femmes. Certaines, me dit-on, ont fait huit cents kms pour venir m’entendre. Et toutes ces femmes me sourient ou me prennent photo, j’en ai des crampes aux bras à force de selfies langoureux. Là je vous l’avoue, je regrette de ne pas avoir trente ans de moins, quelle misère d’être un « sénior », ce mot que j’ai en horreur. Il me faudrait au moins dix vies.

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Et pour finir, je ne pouvais manquer d’aller voir l’incroyable statue que les Russes ont érigé au regretté Mr Kalashnikov.

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À première vue c’est assez étrange, mais d’abord presque toutes les statues aperçues en ville sont à la gloire de généraux, de militaires ou de princes. Que voulez-vous, les Russes sont fiers de leur Russie.

Ne jugeons pas trop vite. Le dénommé Kalashnikov était un simple soldat qui voulait que son pays gagne la guerre. Alors il s’était appliqué à fabriquer l’arme à tir automatique la plus létale possible comme un bon ouvrier consciencieux. Bien qu’ayant réussi à inventer l’arme la plus vendue au monde, le flingue préféré de tous les enfoirés de la planète, il ne toucha jamais un rond de son invention, ne fit jamais fortune et finit sa vie dans son petit logement avec sa seule solde de militaire, ses dernières années bercées par le sens du devoir accompli. C’est à un patriote qu’ils ont érigé une statue. Finalement c’est assez normal. Après tout, il y a bien des rues Marcel Dassault un peu partout en France, lui était milliardaire et à ce que je sache il ne fabriquait pas des sucettes à la fraise…

 

11 Sep

Ce mois-ci je ne chôme pas !

Affiche Albi Mail

Si on m’avait dit il y a 50 ans que mes photos des sixties intéresseraient autant de gens aujourd’hui, je n’en n’aurais pas cru un mot. Dans les années 60 les photos n’avaient aucune valeur marchande, elles étaient destinées à être affichées sur les murs des chambres des adolescents et j’en étais ravi.Désormais, tant à la Maison de la photo de Villeneuve que partout ailleurs, mes expositions attirent un monde fou dont au moins 30% de la génération actuelle, ce qui m’étonne un peu. Que des gens de mon âge aiment à se souvenir de leur jeunesse, je comprends, mais rencontrer des jeunes gens qui ont la nostalgie d’une époque qu’ils n’ont pas connu est beaucoup plus surprenant. Lorsque j’avais 20 ans je ne rêvais pas de Mistinguett. C’est dire si ma génération des « baby-boomers » a été gâtée.

Moi, en plus, j’ai eu la chance de m’en rendre compte à l’époque, jamais je ne dirai: « Si j’avais su ! ». Je faisais partie des vernis, ce que je vivais était très exceptionnel et je m’en rendais compte. Mais s’il est vrai que les choses étaient plus légères pour certains, il y avaient quand même beaucoup de gens dont l’existence n’était pas rose. Alors qu’est-ce qui a changé ?

À mon avis, deux choses: D’abord, lorsque je suis né on était une milliard et demie d’humains sur la planète, aujourd’hui on est sept milliards. ( Merci les religions ) Et l’hégémonie des médias n’existait pas. Mis à part les évidents changements climatiques, il se passaient autant de choses dans le monde, mais on ne nous le rabâchait pas à longueur de journée et comme seules les mauvaises nouvelles font vendre du papier…

Et maintenant voilà que mes photos des couturiers des années 90 intéressent aussi le public. Donc j’expose aussi ces images-là un peu partout dans le monde.

Ce mois-ci j’ai trois expositions ( Albi, Londres et Moscou) et en plus je sors un livre dont je vous parlerai en octobre. Donc la retraite, ça attendra !

Jean-Marie Périer

Londres

 

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25 Août

Des gens bien

Art et galetsPhoto Jean-Marie Périer

Comme chacun sait, Septembre est le meilleur mois pour partir en vacances. C’est également la période bénie où l’on peut retrouver ses habitudes à la télévision et à la radio.

On sous-estime souvent le choc émotionnel que représente les programmes d’été pour les vieux cons dans mon genre.

Certes ce chamboulement quasi-métaphysique donne une chance à des nouveaux journalistes ou à des artistes inconnus pour sortir la tête de l’eau. Du reste, il est prudent de bien les regarder, ils risquent de représenter les visages de nos futures obsessions médiatiques. Si j’en vois un doué d’un talent certain, bien sûr mon cœur balance, je suis à deux doigts de l’attachement, donc perturbé.

Moi vous comprenez, je suis comme les bébés, je ne veux pas qu’on change mes habitudes, j’aime qu’on me raconte toujours les mêmes histoires. « Les grandes gueules de RMC », « le journal de FR3 » (suivi de celui de France 2), « C dans l’air » (Calvi m’a lâchement laissé tomber) etc. Rendez-moi Ruquier sans replay, Télématin avec Leymergie, je veux mes biberons, mes doudous et qu’on laisse la lumière dans le couloir sans fermer la porte ! Et d’ailleurs où est donc passé la grande messe du film du dimanche soir de TF1 ?

Quel aveu ! Car là mes amis, je viens de vous donner la preuve que, malgré mon étiquette d’éternel adolescent des sixties, malgré des années d’études devant le miroir, « à moi la ride véloce » comme le chantait Juliette Gréco. Le siège Stannah me sourit, la couche-culotte me guette, bref je m’apprête à courber l’échine sous le statut de « Sénior », cette horreur de la syntaxe moderne. « Oh ! mais vous ne faites pas votre âge ! » (quand on vous dit que vous êtes encore jeune, ça va, dès qu’on lance que vous êtes « toujours jeune », ça y est, vous êtes vieux )

Car soyons clair, que nous reste-t-il lorsque l’heure des frasques nous laisse tomber pour les joies de la sieste ? Rien ? Heureusement il y a, la bouffe, la tortore, les pieds sous la table et peut-être plus rare, Dieu merci, la bonne restauration.

À ce sujet laissez-moi vous présenter un très bon restaurant, et figurez-vous qu’il se trouve à Villeneuve. Ça vous surprend ? Moi aussi. Les instances supérieures de cette commune n’étant pas connues pour leur passion du changement et de la modernité.

Son nom est « Art et Galets ». C’est de la belle cuisine, raffinée mais sans chichi. Ces jeunes gens-là se donnent du mal. La preuve, si vous passez devant leur établissement un lundi, vous risquez de les voir en cuisine en train d’essayer des recettes. Un lundi ? Oui, ce jour amorphe, petit frère du 1er Mai, jour où toute activité française cesse naturellement puisque c’est « la fête du travail ».

Avec mon ami Daniel Delpech, nous avons décoré leur restaurant de mes photos des grands couturiers. Car ceux qui cherchent à faire mieux me donnent toujours envie de les aider.

En salle vous retrouverez Mathilde Sartori et Myriam Nicolas, en cuisine Tom Lacout Juliana Mafra, le tout géré par Gaelle Camboulives et Nicolas Moreu.

Vous pouvez y aller. Ce sont des gens bien !

 

PS: Article paru dans « Le Villefranchois »

 

 

 

 

 

27 Juil

Les Discrets.

Lindon:jmp,DutroncVincent Lindon, Jean-Marie Périer et Jacques Dutronc.

Bon d’accord, le déjeuner avait été un peu arrosé, et nous devions faire des photos. Là-dessus Jacques me colle une perruque sur la tête en disant : « Oui mais d’abord on en fait une avec toi ». Et voilà comment on ruine des années d’étude devant le miroir juste pour faire marrer un pote.

Ces deux-là m’ont toujours plu car contrairement à la faune dite artistique, ils sont enclins à la discrétion. Qualité très rare dans le microcosme parisien où vous ne pouvez pas croiser quelqu’un sans qu’il vous détaille le film qu’il est en train de monter ou le livre qu’il s’apprête à sortir. À peine assis, il vous éclabousse de sa vie, son œuvre et ses passions, convaincu sans doute que votre existence n’a aucun intérêt.

En revanche, vous ne verrez jamais Vincent étaler ses émois dans les gazettes ou autres cirques médiatiques, quant à Jacques, il est de notoriété publique qu’il est pratiquement impossible de lui faire dire trois mots sur sa vie privée.

Vous vous souvenez de cet acteur très sympathique nommé Claude Dauphin ? Il était un des rares français à avoir réussi à faire carrière aux Etats-Unis, interprétant des seconds rôles en pagaille dans les années 50-70. Je l’avais croisé quelque fois du temps où je vivais à Los Angeles.

Rentré en France, il habitait un très bel appartement à Paris dans lequel il donnait des fêtes ressemblant étrangement à celles d’Hollywood. C’est-à-dire au moins cent personnes parlant très fort tout en se donnant de grandes tapes bruyantes dans le dos, exactement comme à Beverly Hills. Et ce, à deux pas de la Madeleine.

Un soir qu’il m’avait gentiment invité, j’aperçois, assis un peu à l’écart, un homme d’une soixantaine d’années d’une rare élégance. Costume de bonne facture juste un peu froissé comme il faut, bottines de chez Lobb, un émule de Fred Astaire. Je m’assois donc à côté de lui afin de faire connaissance. Au bout d’une heure et demie, je réalise qu’il m’a posé mille questions sur la France, mon travail, la vie à Paris, sans avoir une seule fois évoqué sa vie. N’osant pas lui demander son nom, j’allai voir Claude Dauphin afin qu’il m’éclaire sur ce personnage si courtois.

« C’est Arthur Penn ! » me dit-il. Rendez vous compte. Cet homme était un des plus grands metteurs en scène américain.  « Le gaucher » avec Paul Newman , « Bonnie and Clide » avec Warren Beatty et Faye Dunaway, « Little big man » avec Dustin Hofmann, et pas une fois il n’avait parlé de lui ni évoqué un de ses films ni son incroyable parcours. J’en connais plus d’un à Saint-Germain des Prés qui devraient en prendre de la graine.

Bon, en même temps, quand je vois ma tronche sur cette photo, je me demande si je suis bien placé pour parler d’élégance…

Jean-Marie Périer

18 Mai

Stop au déclinisme !

Étoile copie

Permettez-moi de vous présenter ma nouvelle protégée. Mon voisin me l’a confié, elle s’appelle « Étoile ». Il faut que je lui trouve de la compagnie. Une ânesse ne peut pas rester seule.

Bon. À part ça, n’allez pas me gâcher la bonne nouvelle. Un type de trente-neuf ans qui invente un mouvement en douze mois et qui file un grand coup de balai dans une classe politique exsangue ? Bravo ! Voilà quarante ans que j’attends qu’on en finisse avec cette obsession de la droite et de la gauche. Vive le centre !

Je m’insurge contre ce diktat qui oblige à choisir un camp, à se retrouver asservi à un dogme.

 

Et pourquoi en France y a-t-il une telle haine du succès, de la réussite et des riches ? Pourquoi vouloir gagner de l’argent serait-il sale ? Que l’on s’insurge contre le trop grand écart entre les nantis et les plus démunis: tout à fait d’accord ! Y remédier est effectivement indispensable. Mais la théorie selon laquelle ce sont les riches qui fabriquent les pauvres m’est toujours apparue aussi absurde que mensongère. Sans riches, pas d’emplois, pas d’usines, pas de commerce, pas d’envie de croissance (Cela dit, mettre un frein à la croissance serait bienvenu. Quand je suis né, nous étions un milliard et demie sur la planète. Aujourd’hui on est bientôt sept. Cherchez l’erreur).

Bref, un pays sans riches c’est un pays de pauvres. Vous avez envie de ça vous ? Pas moi. Et si les français détestent à ce point l’argent, alors expliquez-moi pourquoi y en a-t-il autant qui jouent au Loto ?

Vous trouvez peut-être que je tiens un discours de nanti ? Je n’ai pas honte d’avoir eu de la chance et d’être un petit bourgeois de Neuilly, j’ai gagné ma vie, et je n’ai rien volé. De toute façon maintenant je suis aveyronnais. Et jamais je ne tenterais de me déguiser en prolo révolutionnaire, avec poing levé et Che Guevara sur le tee-shirt. Désolé je ne crois pas aux extrêmes, et les discours recyclés issus de régimes qui n’ont marché nulle part, non merci. Mai 68 ? J’ai déjà vu le film.

Alors adieu au négativisme systématique ! Stop au déclinisme ! Halte aux phrases assassines proférés contre le nouveau président par les mauvais perdants.

Ce petit jeu les amuse ? Pas moi, parce que pendant ce temps-là, la France coule.  Ce type-là, j’y crois. Et qu’on ne m’accuse pas d’opportunisme, j’ai adhéré à son mouvement en septembre 2016. Il a cinq ans devant lui, c’est très court, alors je vais tout faire pour l’aider !

 

Jean-Marie Périer

PS : Texte publié dans le « Le Villefranchois »

13 Avr

En attendant, Daffy s’en fout !

Daffy 2

Dans quinze jours, avec un peu de chance, le rouleau compresseur médiatico-politique nous lâchera la grappe avec les rengaines sans imagination des élections. Fini (provisoirement) le supplice chinois des « éléments de langage ».

Adieu l’insupportable « rassemblement », mot dont la répétition excessive a désormais autant de charme à mes oreilles que la fraise du dentiste. N’y aurait-il donc pas d’autre expressions dans la langue française pour désigner cette quête pathétique d’être élu ? Réunion, regroupement, convergence, ralliement, union, mobilisation, que sais-je ? Par pitié, changez le disque et mettez aussi fin au spectacle affligeant de ces journalistes atteint du syndrome « Elkabbach » qui croient s’offrir une personnalité en coupant la parole à leurs invités.

Au revoir les « Ma ville, ma cité, ma région », ces termes redondants utilisés par des élus oubliant que leur situation précaire n’est qu’une charge prêtée et non un titre de propriété.

Adieu le manège de ces affaires issues des cabinets noirs, accessoire systématique à toute « réal-politique », que ce beau monde feint de découvrir alors qu’ils existaient déjà du temps des Romains.

Stop à cette affirmation grotesque comme quoi pour gouverner n’existeraient que la gauche ou la droite, alors que rien dans nos vies n’est noir ou blanc, tout étant compromis et dégradés de gris, d’ailleurs de Gaulle, celui auquel ils se réfèrent tous, lui dirigeait au centre.

Assez de ces dirigeants français se gargarisant de l’illusion d’être à la tête de la « cinquième puissance mondiale » dans une planète dirigée par un Ubu Roi style Disneyland prénommé Donald en train de jouer à « c’est moi qui ait la plus grosse » avec un Robocop moscovite au sourire grimaçant sous l’œil aussi attentif que bridé du « péril jaune ».

Tout cela sous l’égide des religions ( sans aucune exception ) principales responsables de tous les ennuis de la planète.

Alors en bon petit français qui a donné vingt-huit mois de sa vie au service militaire, je vais aller voter avec au-dessus de ma tête un grand point d’interrogation en néon clignotant.

Ah, la tentation du vote blanc ! Affirmer la négation à l’aide de l’inutile, acter sans se mouiller en s’offrant le luxe de la conscience tranquille, assumer l’impuissance par la beauté d’un geste mort-né. Cette élégance du superfétatoire pourrait me séduire, mais voter blanc dans ma situation de métis involontaire friserait le mauvais goût.

Finalement, plus j’avance en âge, plus je crois qu’à part faire un enfant et être malade, rien n’a d’importance. Rien.

Chers aveyronnais, je vous laisse, Daffy attend ses croquettes.

Bon courage !

 

Jean-Marie Périer

PS : Texte publié dans le « Le Villefranchois »

19 Mar

Adieu Chuck Berry.

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Chuck Berry par Jean-Marie Périer.

En 1964, j’avais obtenu de partir en tournée avec Chuck Berry. Les conditions étaient assez spéciales car il était plutôt près de ses sous, aussi voyageait-il seul sans manager ni musicien. Je traversai donc le Sud des Etats Unis avec lui dans sa « Cadillac » décapotable, passant de la Géorgie à la Louisiane sous un soleil de plomb.

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Arrivé en ville, il allait dans les bars ou dans une université pour se trouver des musiciens. Parfois l’orchestre qu’il réunissait était passablement hétéroclite, mais il n’en n’avait cure. Il faut dire qu’il faisait pratiquement le spectacle à lui tout seul. Je me souviens qu’il n’acceptait de démarrer le spectacle que lorsqu’il avait été payé, en liquide bien sûr.

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Si les blancs aimaient à venir l’écouter, je ne pense pas qu’ils l’auraient reçu chez eux. La ségrégation sévissait encore sévèrement, surtout dans le Sud. Dans les autobus, malgré la loi passée grâce au courage de Rosa Parks refusant en 1955 de céder sa place à un passager blanc, les noirs étaient quand même priés de rester dans la partie arrière. Chuck Berry fait partie de ces noirs qui ont réussi à imposer leur musique au public blanc, ils n’étaient pas nombreux à l’époque à arriver à ce statut.

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Un de mes plus beaux souvenirs fût lorsqu’arrivant à Saint-Louis, Chuck me déposât devant l’hôtel où j’étais censé avoir une chambre. « Je vais voir si j’ai bien la réservation ! » lui dis-je en descendant. Nous avions traversé une grande partie du Sud et comme on roulait souvent décapoté, j’étais bronzé noir ébène. Lorsqu’ils m’ont vu arriver d’une voiture conduite par un homme « de couleur », comme par hasard je n’avais plus de réservation. Ça reste un des plus beaux jours de ma vie. Il m’avait donc emmené à Wentzville, l’endroit dans lequel il avait acheté une propriété dont il rêvait de faire le « Disneyland » du rock.   Il avait nommé le lieu: le Berry Park. L’endroit était en travaux, il m’avait demandé de ne pas le photographier. On a campé dans un des bâtiments. Ce sont les plans des travaux qu’il tient dans la main.

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C’est la seule photo que j’ai pu faire de l’endroit. Dans sa main il tient les plans de son rêve à venir.

Jean-Marie Périer

11 Mar

Souvenir d’avenir.

JMP162Photo Jean-Marie Périer

 

J’ai passé ma vie dans des avions de toutes sortes, des hydravions déglingués en Guyane, des Boeings vides entre Tokyo et Los Angeles, au jet privé des Rolling Stones en tournée, mais le voyage le plus cocasse reste celui que j’ai fait avec Jacques Dutronc en 1968.

J’avais décidé de l’emmener à Ceylan (désormais Sri-Lanka) dans le but de faire des photos. On passe d’abord deux jours d’escale à Bombay, puis on prend un Boeing de la TWA pour Ceylan. On décolle et je m’endors.

Deux heures plus tard, comme d’habitude, au contact de Jacques tous les passagers sont devenus dingues. Je n’ai jamais su comment il faisait, dès qu’il arrivait quelque part sa présence provoquait un vent de folie. L’avion était rempli d’américains et Jacques ne parlait pas un mot d’anglais, pourtant les gens se marraient, dansaient sur les sièges, le stewart avait son slip sur la tête et le capitaine avait mis sur pilote automatique pour participer à la fête, bref un asile en plein ciel.

Et surtout il y avait deux hôtesses, des beautés incroyables. Bien sûr on les branche, elles ont l’oeil qui frise, alors on attaque: « On va passer quelques jours à Ceylan, nous venez avec nous ? » Sans doute touchées par notre accent français elles voudraient bien, mais nous disent-elles, Ceylan n’est pour elles qu’une escale, elles vont à Hong Kong. Nous nous concertons du regard avec Jacques et à Ceylan je descends, j’achète les billets et on décolle pour Hong Kong.

Je mesure aujourd’hui ma chance, ce qu’on a vécu alors valait vraiment le déplacement. J’avais loué une suite à l’hôtel Hilton parce que c’était celui des équipages. À gauche Jacques avait une chambre avec la blonde et à droite j’avais la mienne avec la brune et au milieu il y avait un grand salon au milieu duquel il y avait un buffet rempli de victuailles. Et en compagnie de nos jolies hôtesses, nous avons tenu table ouverte pour tous les équipages de passage.

C’était surréaliste, de la tour de contrôle les types disaient aux pilotes: « Rendez-vous au 307, c’est là que ça se passe ! » Et pendant trois jours et trois nuits les équipages se succédaient dans notre fête improvisée. Je n’ai rien vu de Hong Kong, ensuite on est allé à Ceylan pour se remettre de cette bacchanale.

Oui je sais. Cette histoire n’a plus rien à voir avec l’époque actuelle, nous n’étions pas sérieux et je pense encore aujourd’hui qu’on avait bien raison.

Jean-Marie Périer

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31 Jan

Ma voisine me dit: « Arrête de prendre des somnifères ! »

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Photo Jean-Marie Périer

Il paraît que les français sont les plus grands consommateurs de somnifères.

C’est regrettable, d’abord parce que c’est une très mauvaise solution contre l’insomnie, ensuite c’est un mensonge. Les somnifères ça ne sert pas à faire dormir, ça sert à éviter de culpabiliser de ne pas avoir dormi. Ça vous procure ce qu’on appelle un sommeil froid, un sommeil de serpent. Au réveil vous n’êtes pas content de vous.C’est vrai. Quand on a passé la moitié de la nuit à chercher l’endormissement et qu’on a fini par plonger la main dans la boîte maudite, au matin on se sent un peu coupable. On sait qu’on a triché.

C’est un peu comme le Viagra par rapport au sexe. Je me souviens, quand j’étais encore dans la course je l’avais essayé pour voir. C’était très intéressant. Il y avait mon sexe d’un côté et moi de l’autre, j’avais l’impression d’être coupé en deux. Lui il était debout, la tête vers le firmament, bien vaniteux, on aurait dit le menton de Mussolini, et moi j’étais allongé, abattu par l’ampleur de l’événement, mou comme une méduse égarée sur une plage normande. Mon sexe et moi nous vivions deux histoires différentes.

Remarquez la charmante qui gigotait sur l’objet avait l’air de trouver ça très bien, et moi je regardais la télé. Donc, on ne faisait pas l’amour ensemble, entre sa recherche d’apothéose solitaire et mon ennui de vieux mari, il y avait un monde quoi…

Mais franchement, après le Boogie-boogie on n’était pas très fier, on savait bien qu’on avait fait comme si…Alors j’en ai déduit que le Viagra n’était pas destiné à vous aider à faire l’amour, il était juste là pour vous déculpabiliser de ne pas y arriver.  même, le somnifère n’est pas là pour vous procurer le sommeil, mais seulement pour que le lendemain, vous ne vous en vouliez pas de ne pas avoir dormi. Enfin c’est mon avis…

Jean-Marie Périer

PS: Demain j’ai 77 ans. À cet âge-là, on aime pas les anniversaires.

Ce n’est pas une année de plus, c’est une année de moins !

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