13 Avr

En attendant, Daffy s’en fout !

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Dans quinze jours, avec un peu de chance, le rouleau compresseur médiatico-politique nous lâchera la grappe avec les rengaines sans imagination des élections. Fini (provisoirement) le supplice chinois des « éléments de langage ».

Adieu l’insupportable « rassemblement », mot dont la répétition excessive a désormais autant de charme à mes oreilles que la fraise du dentiste. N’y aurait-il donc pas d’autre expressions dans la langue française pour désigner cette quête pathétique d’être élu ? Réunion, regroupement, convergence, ralliement, union, mobilisation, que sais-je ? Par pitié, changez le disque et mettez aussi fin au spectacle affligeant de ces journalistes atteint du syndrome « Elkabbach » qui croient s’offrir une personnalité en coupant la parole à leurs invités.

Au revoir les « Ma ville, ma cité, ma région », ces termes redondants utilisés par des élus oubliant que leur situation précaire n’est qu’une charge prêtée et non un titre de propriété.

Adieu le manège de ces affaires issues des cabinets noirs, accessoire systématique à toute « réal-politique », que ce beau monde feint de découvrir alors qu’ils existaient déjà du temps des Romains.

Stop à cette affirmation grotesque comme quoi pour gouverner n’existeraient que la gauche ou la droite, alors que rien dans nos vies n’est noir ou blanc, tout étant compromis et dégradés de gris, d’ailleurs de Gaulle, celui auquel ils se réfèrent tous, lui dirigeait au centre.

Assez de ces dirigeants français se gargarisant de l’illusion d’être à la tête de la « cinquième puissance mondiale » dans une planète dirigée par un Ubu Roi style Disneyland prénommé Donald en train de jouer à « c’est moi qui ait la plus grosse » avec un Robocop moscovite au sourire grimaçant sous l’œil aussi attentif que bridé du « péril jaune ».

Tout cela sous l’égide des religions ( sans aucune exception ) principales responsables de tous les ennuis de la planète.

Alors en bon petit français qui a donné vingt-huit mois de sa vie au service militaire, je vais aller voter avec au-dessus de ma tête un grand point d’interrogation en néon clignotant.

Ah, la tentation du vote blanc ! Affirmer la négation à l’aide de l’inutile, acter sans se mouiller en s’offrant le luxe de la conscience tranquille, assumer l’impuissance par la beauté d’un geste mort-né. Cette élégance du superfétatoire pourrait me séduire, mais voter blanc dans ma situation de métis involontaire friserait le mauvais goût.

Finalement, plus j’avance en âge, plus je crois qu’à part faire un enfant et être malade, rien n’a d’importance. Rien.

Chers aveyronnais, je vous laisse, Daffy attend ses croquettes.

Bon courage !

 

Jean-Marie Périer

PS : Texte publié dans le « Le Villefranchois »

19 Mar

Adieu Chuck Berry.

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Chuck Berry par Jean-Marie Périer.

En 1964, j’avais obtenu de partir en tournée avec Chuck Berry. Les conditions étaient assez spéciales car il était plutôt près de ses sous, aussi voyageait-il seul sans manager ni musicien. Je traversai donc le Sud des Etats Unis avec lui dans sa « Cadillac » décapotable, passant de la Géorgie à la Louisiane sous un soleil de plomb.

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Arrivé en ville, il allait dans les bars ou dans une université pour se trouver des musiciens. Parfois l’orchestre qu’il réunissait était passablement hétéroclite, mais il n’en n’avait cure. Il faut dire qu’il faisait pratiquement le spectacle à lui tout seul. Je me souviens qu’il n’acceptait de démarrer le spectacle que lorsqu’il avait été payé, en liquide bien sûr.

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Si les blancs aimaient à venir l’écouter, je ne pense pas qu’ils l’auraient reçu chez eux. La ségrégation sévissait encore sévèrement, surtout dans le Sud. Dans les autobus, malgré la loi passée grâce au courage de Rosa Parks refusant en 1955 de céder sa place à un passager blanc, les noirs étaient quand même priés de rester dans la partie arrière. Chuck Berry fait partie de ces noirs qui ont réussi à imposer leur musique au public blanc, ils n’étaient pas nombreux à l’époque à arriver à ce statut.

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Un de mes plus beaux souvenirs fût lorsqu’arrivant à Saint-Louis, Chuck me déposât devant l’hôtel où j’étais censé avoir une chambre. « Je vais voir si j’ai bien la réservation ! » lui dis-je en descendant. Nous avions traversé une grande partie du Sud et comme on roulait souvent décapoté, j’étais bronzé noir ébène. Lorsqu’ils m’ont vu arriver d’une voiture conduite par un homme « de couleur », comme par hasard je n’avais plus de réservation. Ça reste un des plus beaux jours de ma vie. Il m’avait donc emmené à Wentzville, l’endroit dans lequel il avait acheté une propriété dont il rêvait de faire le « Disneyland » du rock.   Il avait nommé le lieu: le Berry Park. L’endroit était en travaux, il m’avait demandé de ne pas le photographier. On a campé dans un des bâtiments. Ce sont les plans des travaux qu’il tient dans la main.

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C’est la seule photo que j’ai pu faire de l’endroit. Dans sa main il tient les plans de son rêve à venir.

Jean-Marie Périer

11 Mar

Souvenir d’avenir.

JMP162Photo Jean-Marie Périer

 

J’ai passé ma vie dans des avions de toutes sortes, des hydravions déglingués en Guyane, des Boeings vides entre Tokyo et Los Angeles, au jet privé des Rolling Stones en tournée, mais le voyage le plus cocasse reste celui que j’ai fait avec Jacques Dutronc en 1968.

J’avais décidé de l’emmener à Ceylan (désormais Sri-Lanka) dans le but de faire des photos. On passe d’abord deux jours d’escale à Bombay, puis on prend un Boeing de la TWA pour Ceylan. On décolle et je m’endors.

Deux heures plus tard, comme d’habitude, au contact de Jacques tous les passagers sont devenus dingues. Je n’ai jamais su comment il faisait, dès qu’il arrivait quelque part sa présence provoquait un vent de folie. L’avion était rempli d’américains et Jacques ne parlait pas un mot d’anglais, pourtant les gens se marraient, dansaient sur les sièges, le stewart avait son slip sur la tête et le capitaine avait mis sur pilote automatique pour participer à la fête, bref un asile en plein ciel.

Et surtout il y avait deux hôtesses, des beautés incroyables. Bien sûr on les branche, elles ont l’oeil qui frise, alors on attaque: « On va passer quelques jours à Ceylan, nous venez avec nous ? » Sans doute touchées par notre accent français elles voudraient bien, mais nous disent-elles, Ceylan n’est pour elles qu’une escale, elles vont à Hong Kong. Nous nous concertons du regard avec Jacques et à Ceylan je descends, j’achète les billets et on décolle pour Hong Kong.

Je mesure aujourd’hui ma chance, ce qu’on a vécu alors valait vraiment le déplacement. J’avais loué une suite à l’hôtel Hilton parce que c’était celui des équipages. À gauche Jacques avait une chambre avec la blonde et à droite j’avais la mienne avec la brune et au milieu il y avait un grand salon au milieu duquel il y avait un buffet rempli de victuailles. Et en compagnie de nos jolies hôtesses, nous avons tenu table ouverte pour tous les équipages de passage.

C’était surréaliste, de la tour de contrôle les types disaient aux pilotes: « Rendez-vous au 307, c’est là que ça se passe ! » Et pendant trois jours et trois nuits les équipages se succédaient dans notre fête improvisée. Je n’ai rien vu de Hong Kong, ensuite on est allé à Ceylan pour se remettre de cette bacchanale.

Oui je sais. Cette histoire n’a plus rien à voir avec l’époque actuelle, nous n’étions pas sérieux et je pense encore aujourd’hui qu’on avait bien raison.

Jean-Marie Périer

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31 Jan

Ma voisine me dit: « Arrête de prendre des somnifères ! »

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Photo Jean-Marie Périer

Il paraît que les français sont les plus grands consommateurs de somnifères.

C’est regrettable, d’abord parce que c’est une très mauvaise solution contre l’insomnie, ensuite c’est un mensonge. Les somnifères ça ne sert pas à faire dormir, ça sert à éviter de culpabiliser de ne pas avoir dormi. Ça vous procure ce qu’on appelle un sommeil froid, un sommeil de serpent. Au réveil vous n’êtes pas content de vous.C’est vrai. Quand on a passé la moitié de la nuit à chercher l’endormissement et qu’on a fini par plonger la main dans la boîte maudite, au matin on se sent un peu coupable. On sait qu’on a triché.

C’est un peu comme le Viagra par rapport au sexe. Je me souviens, quand j’étais encore dans la course je l’avais essayé pour voir. C’était très intéressant. Il y avait mon sexe d’un côté et moi de l’autre, j’avais l’impression d’être coupé en deux. Lui il était debout, la tête vers le firmament, bien vaniteux, on aurait dit le menton de Mussolini, et moi j’étais allongé, abattu par l’ampleur de l’événement, mou comme une méduse égarée sur une plage normande. Mon sexe et moi nous vivions deux histoires différentes.

Remarquez la charmante qui gigotait sur l’objet avait l’air de trouver ça très bien, et moi je regardais la télé. Donc, on ne faisait pas l’amour ensemble, entre sa recherche d’apothéose solitaire et mon ennui de vieux mari, il y avait un monde quoi…

Mais franchement, après le Boogie-boogie on n’était pas très fier, on savait bien qu’on avait fait comme si…Alors j’en ai déduit que le Viagra n’était pas destiné à vous aider à faire l’amour, il était juste là pour vous déculpabiliser de ne pas y arriver.  même, le somnifère n’est pas là pour vous procurer le sommeil, mais seulement pour que le lendemain, vous ne vous en vouliez pas de ne pas avoir dormi. Enfin c’est mon avis…

Jean-Marie Périer

PS: Demain j’ai 77 ans. À cet âge-là, on aime pas les anniversaires.

Ce n’est pas une année de plus, c’est une année de moins !

08 Jan

Mauvaise conscience.

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Photo Jean-Marie Périer

Dieu sait si je ne suis pas un fanatique de la calotte, mais il me semble que l’Abbé Pierre avait vraiment fait du bon boulot. Aussi, voir aujourd’hui le dénommé Cédric Herrou accusé d’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers parce qu’il a accueilli 200 migrants, me semble surréaliste.        À quoi sert de chanter en chœur avec les « enfoirés » tous les ans, si c’est pour laisser un type de 37 ans risquer cinq ans d’emprisonnement et 30 000 euros parce qu’il a eu le cœur de tendre la main à des gens. Et je me fous qu’il soit un militant de gauche. J’attends avec impatience ce que va faire « la justice de mon pays » etc…

Passons à autre chose.

L’autre jour je regardais dans la rue un couple terrifiant. La dame était très grosse et son mari tout chétif, une sorte d’Eric Zemmour mais calme. Elle tenait un cabas rempli de légumes et lui il poussait un landau. On aurait dit un dessin de Dubout (ça c’est une référence pour les vieux). Non mais j’imaginais la vie du gosse. Un héros le môme…

Je ne comprends pas qu’on oblige les enfants à supporter leurs parents. D’abord avant la naissance, on devrait pouvoir les choisir. On va quand même être obligé de passer seize ou dix-huit ans avec eux… . En plus ça vieillit les parents, faut s’en occuper pendant les derniers cent mètres, sans quoi on culpabilise, on peut plus regarder la télé tranquille…

Je verrais bien une sorte de supermarché du parent, moi. Une nurserie pour géniteurs. Vous voyez ? Comme chez les fleuristes, on pourrait faire des croisements intéressants. Par exemple, si on voulait le jouer rassurant, on pourrait choisir un père très musclé et une mère très intelligente.                           Ou bien, je ne sais pas, une championne cycliste et un moine tibétain. Ou bien Hervé Mariton et Cécile Duflot. Niveau conversation, au moins y’aurait du sport.                                                                        Ça ne serait pas interdit d’être créatif. Parce que Angelina Jolie et Brad Pitt, vous comprenez c’est trop facile. Jeune, beaux riches et célèbres, y’a pas d’imagination là-dedans… Et même pas foutus de tenir la longueur en plus.

Et puis on pourrait aussi prendre deux femmes ou deux hommes. Moi par exemple, j’aurais bien aimé être le fils de Sean Penn et de Raphael Enthoven. Vous imaginez l’oiseau ? Ça serait une épée n’empêche…

Et vous ça serait qui ?

Jean-Marie Périer

01 Jan

Emmanuel Macron et les Beatles.

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Emmanuel Macron et les Beatles.

Nouvelle année, oui mais, nouvelles élections. Fillon ? Ce n’est pas lui qui me fait peur, c’est « l’effet Fillon », le retour des Cathos coincés. Mais il a peut-être plus de sagesse que les énervés de la manif pour tous (sauf ceux qui ne pensent pas comme eux). Au moins François Fillon a l’air d’un homme d’État.

Macron, bien sûr, puisqu’il est peut-être le nouvel espoir d’échapper au marteau-pilon que représentent les joutes « GAUCHE-DROITE », ce cirque stérile qui permet d’amuser la galerie en faisant de l’audimat à coups de déclarations quémandant le « RASSEMBLEMENT ». Pendant ce temps-là les gens en bavent et le pays s’enfonce un peu plus chaque année.

 Pour ce qui concerne Emmanuel Macron, je m’étonne que devant les zappings rigolards sur son dernier meeting, aucun journaliste n’ait cherché à comprendre pourquoi il avait élevé la voix à la fin de son discours. Je crois que l’explication est assez simple. Macron et son équipe sont nouveaux dans l’exercice des grandes manifestations. 

Lorsque vous vous trouvez devant dix mille personnes venues pour vous soutenir et que vous tenez un micro, vous avez intérêt à avoir dans l’oreille ce que l’on appelle : un retour. C’est un appareil qui vous permet d’entendre le son de votre voix. Sans quoi, surtout si la foule hurle d’excitation, vous n’avez aucun moyen de savoir s’ils vous entendent. Et alors vous forcez le ton, quitte à friser le ridicule. Tous les chanteurs savent ça. 

Je l’ai vu au début des années 60 avec les Beatles lorsqu’ils étaient en concert. À cause des hurlements du public ils ne s’entendaient pas jouer. Ringo Starr le dit d’ailleurs dans le film qui vient de sortir sur leurs premières années. Normalement il aurait dû être le maître du tempo, mais le batteur étant derrière les musiciens, il tentait de suivre le rythme du groupe en regardant bouger les fesses de Paul McCartney. Et le groupe n’entendait rien des autres instruments.

Pareil pour Macron, comme il ne s’entend pas, il force la voix, et en plus, grossi par les gros plans à la télévision, ça parait ridicule. La prochaine fois, mettez-lui un retour, et même devant une foule en délire il contrôlera mieux le niveau de sa voix.

En attendant, je vous la souhaite bonne.

Jean-Marie Périer

18 Déc

Je ne vais pas me faire que des amis.

Bertusse

Ce matin en partant pour le marché.

 

En 1983 je vivais à Los Angeles, et un jour dans le quotidien local, je tombe sur l’article d’un inconnu nommé Steve Jobs. Il disait très clairement ceci: « Un jour grâce à ma machine vous pourrez travailler de chez vous. » Il me dit ça À MOI ! J’ai couru l’acheter dans l’heure. Depuis ses ordinateurs ont changé ma vie comme, accessoirement, celle de millions de gens à travers le monde. Depuis, j’achète régulièrement leurs nouvelles machines, systématiquement.

Demain je vais recevoir le nouveau Mac, je l’ai payé cher, mais quand je pense au plaisir qu’il va m’apporter, je ne le regrette pas.

Seulement voilà, ce matin je suis allé au marché dans ma région d’adoption, à savoir l’Occitanie en général et l’Aveyron en particulier. J’y étais tôt, comme souvent. Et lorsque j’achetai ses légumes à une dame d’un âge certain, après avoir choisi poireaux, carottes, navet et j’en oublie, bref de quoi me faire au moins trois repas, lorsque je lui demandai le prix, elle m’annonça 4 € 60.

Et là, tout à coup, la situation me parut surréaliste. Je suis prêt à acheter sans regret un ordinateur pour le prix qu’APPLE me demande à cause du plaisir que je vais en retirer et cette dame, qui va aussi m’apporter un bonheur évident va gagner cette somme-là parce qu’elle considère que c’est le prix de son travail. Alors je la regarde derrière sa petite table, avec ces légumes qu’elle a planté, puis ramassé, et l’idée me vient que quelque chose ne va pas.

(Je ne parle pas de ceux qui commandent des caisses à l’étranger, avec le temps je les reconnais, les « vrais ».)

Alors j’ai pris une décision qui risque d’être mal comprise et qui, comme l’indique le titre de cet article, va peut-être m’apporter plus d’ennui que je ne le voudrais. Désormais, je paierai les légumes sur les marchés, non pas le prix que les maraîchers attribuent à la valeur de leur travail, mais à celui du bonheur qu’ils m’apportent.D’abord plus de pièces de monnaie. Si elle me dit 4 € 60 et que je considère que ça vaut 10 € je lui donnerai 10 €.

Et je prévois déjà le mal que je vais avoir à leur faire comprendre ma démarche. Elle est pourtant simple. Si je l’avais voulu, dans les années 80 j’aurais pu être américain, j’avais tous les papiers, je n’avais qu’à dire OUI. Pendant 10 ans, ma situation là-bas était des plus enviable. Et si j’ai eu envie de revenir en France et particulièrement dans la vraie campagne, c’est justement en grande partie à cause de ces gens-là, les gens « normaux » d’ici que je connais maintenant depuis vingt ans. Or je vis dans une petite maison, charmante, mais au milieu des champs. Il n’y a que des vaches et moi. Parfois les maraîchers que je rencontre sont les seules personnes que je verrai de la journée. Donc il ne s’agit pas que de légumes, mais aussi de mes rapports avec ces gens-là.

« Oui mais vous, vous êtes riche ! »? Ça je vais y avoir droit. Mais non je ne suis pas riche, loin de là, mais ici je vis bien, ça va. Et d’ailleurs je peux leur assurer que si un jour je suis raide ( comme ça m’est arrivé toute ma vie à peu près tous les dix ans.) je paierai exactement le prix qu’ils demandent.

« Ah oui, alors vous, vous êtes bien de gauche ! » Mais non je ne suis pas de gauche, ni de droite d’ailleurs, arrêtez de m’insulter, je n’ai jamais cru à tout ça. Dans la vie rien n’est noir ou blanc, tout n’est que compromis. C’est pourquoi je suis depuis toujours CENTRE DROIT. Parce que petit bourgeois quand même, faut pas exagérer. Et j’ai horreur des bourgeois déguisés en révolutionnaire.      Le genre Che Guevara sur le tee-shirt et les millions en banque. J’en connais certains, particulièrement dans la chanson… Bref.

Voilà, je vais essayer cette formule dans prochains marchés, et je vous dirai le résultat.

 

Jean-Marie Périer

 

PS : J’ai passé 8 jours en Corse avec Dutronc et sa compagne. C’est vraiment un mec formidable.

Dut Corse

19 Nov

Hallelujah !

Sunrise

Je range l’amour parmi les religions, et les religions parmi les plus grandes bêtises où soit tombée l’humanité. (Maupassant)

Hallelujah, fête et feu d’artifice. Le Cardinal Barbarin a demandé pardon pour les infamies perpétrées par des prêtres sur d’innombrables enfants durant des dizaines d’années.

Tout est pardonné puisque le génie de l’église catholique est d’avoir inventé la confession : « Balance tes horreurs au monsieur en soutane, va grommeler quelques prières soigneusement inventées par des génies de l’hypocrisie et tout te sera pardonné. ». Pour contrôler ses ouailles on a jamais fait mieux. Les « CIA », « Stasi » et autres renseignements généraux sont des nains à côté de ces Mazarins de la main-mise sur la vie des gens. On ne peut pas lutter.

Pardon de me répéter, mais tous les ennuis de la planète nous venant des religions (toutes confondues) et de la suprématie de l’argent, ce qui d’ailleurs revient au même, apprêtez-vous, pauvres êtres vivants du 21eme siècle, à vivre sous les ukases des fous de Dieux en tous genres. Quand on voit que le charmant Donald Trump a réquisitionné comme No 2 de son gouvernement le dénommé Pence, Climato-septique forcené (tant qu’il y a des conserves y’a d’la joie), opposé au port du préservatif (pour les femmes africaines : une saillie = vêlez, c’est tout ce qu’on vous demande), partisan pour les femmes du retour à la maison et à l’éducation des gosses au lieu d’aller traîner dans des bureaux pour faire carrière ( Bravo les filles, vos prochaines années seront Rock’nroll à mort) , que l’homosexualité est un « effondrement sociétal » (c’est vrai quoi, Jean Cocteau, Marguerite Yourcenar, Léon Blum, William Shakespeare, Voltaire,  Goethe, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Paul Verlaine, Oscar Wilde, Marcel Proust et Hervé Guibert, entre autres ont contribué à l’effondrement de la société, ça tombe sous le sens), tous ces arguments étant indiscutables puisqu’ils sont une idée de Dieu, lequel est, comme le moindre créationniste le sait, à l’origine des espèces toutes confondues. Vous m’avez bien lu ? TOUT.

Fortiche le « GOD ».

Il y a deux mille ans, profitant d’une semaine où il n’y avait rien d’intéressant à la télé, Il a tout inventé :

La nature, les animaux, les hommes, les femmes, les impôts, la blennorragie, Clémentine Autin. (J’aimais mieux sa mère), les juges, Christine Boutin, les critiques, la douane, le « vivre ensemble », la légion d’honneur et le fauteuil Stannah (liste non exhaustive).

Loin de moi l’idée de mépriser ceux qui, n’osant penser par eux-mêmes, ont besoin de croire en un quelconque Dieu, mais quand on sait qu’à l’heure où vous avez la gentillesse de me lire, un milliard de gens dans le monde n’ont pas l’eau courante, et que deux milliards n’ont pas de chiottes, ne m’en veuillez pas de ne croire en rien.

Pour la première et dernière fois de ma vie, je suis heureux d’être vieux, je ne verrai rien de l’avenir réservé à nos enfants (à condition qu’on ne nous ait pas fait le coup de la réincarnation, ce qui relèverait du scandale absolu). Et je n’en suis pas fier si j’en crois ce que dit le philosophe français Bernard Stiegler :

« Le suicide est en voie de développement dans le monde entier, et en particulier auprès d’une jeunesse qui sait qu’elle sera au chômage pendant très longtemps. »

Allez, ça suffit ! Arrêtez avec vos idées négatives. Une épidémie ou une bonne guerre mondiale, et hop tout rentre dans l’ordre…

Vous comprenez maintenant pourquoi je me fais rare sur ce Blog ? Une nouvelle contrariante, un coup de blues, et c’est parti : Bonjour les déclarations intempestives « sur la toile » qui risquent d’être regrettées deux jours plus tard. C’est pourquoi je vous annonce qu’à la fin 2017, je lancerai une maison d’édition dans mon village de l’Aveyron. Ceci me permettra de rencontrer des gens qui en savent plus que moi et qui m’obligeront peut-être à me contenter d’écrire sur les pages d’un livre. Car contrairement à un Blog que tout le monde peut lire, un livre a au moins un avantage : il offre le risque de n’être jamais lu.

 

Jean-Marie Périer

04 Oct

Berlin/Chamalières

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6h30. Retour vers Paris vendredi matin à l’aéroport de Berlin.

À cause de ma chienne je n’avais pas pris l’avion depuis cinq ans; hors de question de la mettre dans la soute. C’est vraiment curieux ce que sont devenus les aéroports, il faut se déshabiller, retirer ses pompes, bientôt on aura droit au toucher rectal. Un car nous emmène vers l’avion comme des bestiaux à l’abattoir. Quand je pense aux voyages dans les années 50, on marchait vers l’avion, un « Superconstellation » à hélices et tout l’équipage attendait en rang au bas des marches pour saluer les passagers. Les hôtesses étaient avenantes et les pilotes ressemblaient à Dick Tracy. Je me souviens de Francis Blanche qui aimait à leur serrer la main en prenant un malin plaisir à mettre un billet de 100 francs dans la pochette du capitaine en lui glissant: « Soyez gentil de bien conduire l’avion s’il vous plait ! » Tronche du grand manitou. Plus tard, dans les années 60, on fumera même pendant les longs courriers, Paris-Los Angeles la clope au bec, ça semble surréaliste aujourd’hui.
Hier j’étais à Berlin pour une exposition. Pas mal cette ville, des avenues larges, des arbres partout et dans les rues une atmosphère de jeunes gens, d’artistes détendus, de mélange en tous genres, une atmosphère me rappelant New-York il y a cinquante ans.
Paris me semble tellement plus coincé aujourd’hui, où est passée la légèreté, la fantaisie ? Le Paris que je connaissais n’existe plus, mes endroits favoris sont devenu des musées. On n’est plus là pour rigoler; (c’est ma minute « vieux con »).
Sur le siège à côté de moi il y a une garçon de douze ans avec son père, c’est sans doute son premier voyage. Tout l’émerveille, les hôtesses, l’avion qui tourne avant le décollage, les lapins qui courent à côté de la piste. Il tourne la tête dans tous les sens, il saute sur son siège comme un fan de Justin Bieber, il veut tout voir, sa joie est touchante. C’est fou ce qu’on est patient avec les enfants des autres…

Après 5h de route, arrivée à 18h à Royat-Chamalières pour un salon du livre. J’ai toujours beaucoup aimé les villes d’eau, celle-là regorge de maisons magnifiques. En revanche ce genre de situation ne m’a jamais emballé. Assis en rang derrière des tables avec des écrivains devant leurs piles de livres j’ai toujours eu le sentiment d’être un veau à la foire de Paris. Pourtant les gens sont très gentils et ils ont l’air content, mais autant dans ma vie j’aurai aimé faire la promotion des autres, autant je suis incapable de me vendre, ça me gêne et je dis n’importe quoi. Heureusement il y avait mon amie Irène Frain qui présidait l’évènement tout en présentant son nouveau roman « Marie Curie prend un amant ». Elle a toujours l’oeil qui pétille et surtout elle ne demande qu’à rigoler. Pour se rendre au salon, on passait par la rue Pierre et Marie Curie. Bon signe pour son livre…

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Prochains spectacles à venir:
Le 7 octobre à Orange
Le 22 octobre à Olemps.

JMP

17 Juil

Déjà vu !

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Et maintenant on fait quoi ? (Photo : Jean-Marie-Périer)

Que les fous de Dieu (ou de Dieux) soient rejoints par les fous tout court n’a rien de rassurant.

Les derniers évènements me procurent un sentiment de déjà vu qui remonte à mes vingt ans lorsque j’ai donné vingt-huit mois de ma vie à l’armée française.

Je me souviens de la magnifique ville d’Oran en 1961, c’était une sorte de Nice en Algérie, en moins touristique, un temps où «Bling bling» ne signifiait que le son des cloches des églises de la métropole. La vie y était douce (oui douce, même pour beaucoup d’Algériens « de souche » dont j’ai vu le désarroi au départ des pieds noirs) jusqu’à ce que le général De Gaulle profère le fameux « Je vous ai compris ! », déclaration qui allait peut-être dans le sens de l’histoire mais qui fut quand même avant tout ressentie comme une trahison par une très grande partie des deux communautés qui peuplaient cette terre.

Ce qui va se passer en France dans les mois qui viennent, j’ai la triste impression de l’avoir déjà vécu. Quand on monte les communautés les unes contre les autres on joue à un jeu qui nous échappe très vite. J’ai vu de mes yeux en 1961 comment des agents de l’Etat envoyés de Paris s’y prenaient pour faire démarrer une manifestation (et qu’on ne me serine pas avec une éventuelle théorie du complot, je ne parle que de ce à quoi j’ai assisté, c’était toujours les mêmes, on finissait par les connaître). Ils prenaient quatre ou cinq mômes de douze ans et les plaçaient au début des avenues stratégiques de la ville. L’ordre était rudimentaire. « Tu vas dans toutes les boutiques et tu cries : « Si vous ne fermez pas on vous plastique ! ». Une demi-heure plus tard les commerçants se retrouvaient dans la rue.  Que faire d’autre qu’une manifestation ? Rien n’était plus simple.

Après venait le temps des ratonnades où des civils devenaient fous furieux jusqu’à tuer des arabes qu’ils connaissaient très bien. J’ai vu des dames pourtant gentilles, des mercières, des fleuristes, assassiner des ouvriers algériens à coups de pavés et de barres de fer, j’ai vu des pieds-noirs brulés vifs dans leurs voitures par les cinglés du FLN, j’ai vu les maisons soufflées par les bombes toutes les nuits, les cadavres dans les rues le matin. Bref, je préfère ne pas insister.

Je sais on me sortira le fameux : « Le contexte était différent ». Mais je n’ai pas la prétention d’analyser la situation politique de l’époque en rapport avec celle d’aujourd’hui, je ne parle que de l’horreur de la guerre lorsqu’elle se retrouve entre les mains des civils. On en arriverait presque à regretter les militaires.

Et je pense que tous ces gens envahis par la haine et le désespoir étaient moins coupables que ceux qui ont soufflé sur les braises. Il y a chez nous aujourd’hui des gens qui jouent à un jeu très dangereux.

Je me souviens du déchirement des milliers de pieds-noirs obligés de fuir sur des bateaux sans qu’on leur ait même demandé leur avis. Alors l’idée qu’un jour on risque d’obliger tous ces franco-algériens-tunisiens (que l’on a fait venir) à faire le même chemin à l’envers me rend malade par avance.

Bien sûr, j’espère que les choses n’iront pas aussi loin en France mais il suffira d’un rien pour que cela démarre. Les partis politiques, tous confondus, ne pourront pas se contenter de bêler des slogans grotesques du genre « La France forte », « Hé oh la gauche » ou « La France apaisée ».

Rattraper trente ans de laisser-aller ne se résoudra pas d’un claquement de doigts. Comment ? Je ne sais pas. Je n’ai ni l’intelligence ni le courage que l’on est en droit d’attendre des gens qui font de la politique. J’espère seulement ne pas revoir en France l’horreur des guerres de rues à Oran en 1961.

Et qu’on ne me siphonne pas le cortex avec le « Vivre ensemble ». On dit ça et après ? On vit avec ceux qu’on aime bien et on ne peut pas aimer tout le monde. Affirmer le contraire n’est qu’une bondieuserie, une forfanterie destinée à nous donner bonne conscience le soir, bien au chaud dans son lit avant d’éteindre la lumière.

J’en ai marre d’avoir mauvaise conscience…

Jean-Marie Périer

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