02 Août

Jack Lang au Festival international des francophonies de Limoges

Numérisation_20170802

Numérisation_20170802 (2)

Numérisation_20170802 (3)

Photos (c) L. Bourdelas

Je ne retrouve pas la date de ces photographies (1988 ?). Jack Lang arrive au chapiteau du Festival des Francophonies, au Jardin d’Orsay, accompagné par Robert Savy, président du Conseil régional du Limousin, 1er adjoint au maire de Limoges – Louis Longequeue, également sur les photos. Le ministre de la culture prononce un vibrant discours auquel répond Pierre Debauche, fondateur du festival en 1984. A sa droite sur la photo, derrière la plante, Monique Blin, cofondatrice, puis directrice, du festival.

25 Juil

Limoges oubliées dans le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle au XIIème siècle!

Codex_Calixtinus._Inicio_del_prólogo

Comme on le sait, Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle forme le Vème livre du Liber Sancti Jacobi, ouvrage dédié à la gloire de l’apôtre saint Jacques le Majeur. C’est un ouvrage à l’usage des pèlerins, destiné à leur donner des conseils pratiques pour leur voyage, un véritable guide touristique. D’ailleurs, A. Grenier avait déjà noté que « certains monastères étaient devenus comme des agences de voyage »[1]. Le guide leur indique notamment les sanctuaires à visiter et les reliques à vénérer. Il appartient à une compilation de textes remontant à des époques variées, également baptisée Codex Calixtinus – puisqu’il s’ouvre par une lettre apocryphe du pape Calixte II (… 1124). L’auteur en est un Français, sans doute Aymery Picaud de Parthenay-le-Vieux, moine poitevin ou saintongeais, qui aurait fait le voyage à cheval. Jeanne Vieilliard, qui édita le texte en 1938, observait que « dans cette œuvre destinée à intensifier le mouvement de pèlerinage vers Compostelle, il faudrait encore discerner quelle fut la part prise par l’ordre de Cluny »[2]. C’est un ouvrage qui n’est pas exempt de préjugés, comme l’a par exemple montré Emmanuel Filhol, écrivant ainsi : « le discours tenu au XIIe siècle par l’auteur du Guide sur le monde rural révèle les images stéréotypées que l’Église et les hommes de religion se font des paysans. Dans sa description des populations rurales du sud-ouest de la France et du nord de l’Espagne, Aimery Picaud accumule une série de poncifs et de préjugés aussi grotesques qu’humiliants. Le paysan y est dépeint sous des traits péjoratifs qui l’affublent de vices et de défauts : laid, méchant, inculte, barbare, luxurieux. »[3]

Dans les premières lignes, le Guide évoque le Bordelais, « où le vin est excellent, le poisson abondant, mais le langage rude. Les Saintongeais ont déjà un parler rude, mais celui des Bordelais l’est d’avantage. » Evidemment, pour un moine, la langue légitime est le latin, instrument de savoir réservé à l’élite, qui n’est pas la langue « vulgaire » utilisée par les populations croisées. Le langage paysan est qualifié de lingua rustica. Cette rusticité s’étend bien entendu aux locuteurs.

Sur l’itinéraire venu de Vézelay, le Guide indique qu’ « il faut aussi rendre visite au corps du bienheureux Léonard, confesseur, qui, issu d’une très noble famille franque et élevé à la cour royale, renonça par amour du Dieu suprême, au monde criminel et mena longtemps à Noblat, en Limousin, la vie érémitique, jeûnant fréquemment, veillant souvent dans le froid, la nudité et des souffrances inouïes. Enfin, sur le terrain qui lui appartenait, il reposa après une sainte mort ; ses restes sacrés ne quittèrent pas ces lieux. »[4] Il précise encore que « la clémence divine a donc déjà répandu au loin à travers le monde entier la gloire du bienheureux confesseur Léonard du Limousin et sa puissante intercession a fait sortir de prison d’innombrables milliers de captifs ; leurs chaînes de fer, plus barbares qu’on ne peut le dire, réunies par milliers, ont été suspendues tout autour de sa basilique, à droite et à gauche, au-dedans et au dehors, en témoignage de si grands miracles. On est surpris plus qu’on ne peut l’exprimer en voyant les mâts qui s’y trouvent chargés de tant et de si grandes ferrures barbares. Là en effet sont suspendus des menottes de fer, des carcans, des chaînes, des entraves, des engins variés, des pièges, des cadenas, des jougs, des casques, des faux et des instruments divers dont le très puissant confesseur du Christ a, par sa puissance, délivré les captifs. Ce qui est remarquable en lui, c’est que, sous une forme humaine visible, il a coutume d’apparaître à ceux qui sont enchaînés dans les ergastules, même au-delà des mers, comme en témoignent ceux que par la puissance divine il a délivrés. »[5] Le Guide poursuit encore quelques lignes ainsi et son auteur fustige les moines de Corbigny, dans la Nièvre, qui prétendent avoir les reliques du saint – « les fidèles qui vont là-bas croient trouver le corps de saint Léonard du Limousin qu’ils aiment, et, sans le savoir, c’est un autre qu’ils trouvent à sa place. »[6]

En fait, c’est partir du XIe siècle que le pèlerinage à Saint-Léonard en Limousin se développe. En 1105, pour veiller sur les reliques du bienheureux saint Léonard et accueillir les pèlerins, les clercs s’organisent pour former un collège. Au XIIème siècle, un chœur permettant la circulation et la dévotion des pèlerins, par le moyen d’un déambulatoire ouvrant sur des chapelles rayonnantes, fut réalisé[7].

Ce qui est inexplicable dans le Guide – entre autres oublis importants –, c’est qu’il ne parle pas de Limoges, distante de Saint-Léonard de cinq lieues seulement. C’est d’autant plus étonnant que le parcours de Noblat jusqu’à Limoges est facile et conforme à la géographie, au fil de la Vienne[8]. Limoges – en particulier la Ville du château – était pourtant bien dotée de tout ce qui peut attirer le pèlerin : selon Grégoire de Tours, en effet, Saint Martial aurait été l’un des sept évêques envoyés de Rome au IIIe siècle pour évangéliser la Gaule. Il fut inhumé, avec deux compagnons, Austriclinien et Alpinien, dans une crypte surmontée d’une petite basilique. Le sanctuaire — future église Saint-Pierre-du-Sépulcre — était desservi par des clercs, qui s’organisèrent en communauté canoniale puis adoptèrent en 848 la règle de saint Benoît. La renommée de l’abbaye ne cessa par la suite de s’accroître, notamment lors de l’épisode du « mal des ardents » de 994, qui vit la plupart des évêques d’Aquitaine se rassembler à Limoges ; la guérison des malades fut obtenue par l’intercession de saint Martial, dont les reliques firent l’objet d’une ostension. En 1031, pour accroître la renommée de saint Martial qui connaît alors la concurrence de l’invention des reliques de saint Jean-Baptiste (et peut être celles de saint Jacques à Compostelle), les moines défendent son apostolicité. Ils sont aidés par le chroniqueur Adémar de Chabannes. Un concile tenu à Limoges en cette même année proclama saint Martial apôtre du Christ. L’abbaye était un haut lieu de pèlerinage, abritant plusieurs confréries et constituant également un très important foyer culturel et artistique. Son scriptorium était particulièrement réputé, tout comme son école musicale. Son influence se fit également sentir dans la production d’orfèvrerie et d’émaillerie limousines[9]. On peut penser que la ferveur des pèlerins était toujours forte lorsqu’Aimery Picaud écrivit son Guide.

En tout cas, après avoir évoqué Saint Léonard, il conseille : « il faut rendre visite dans la ville de Périgueux au corps du bienheureux Front, évêque et confesseur qui, sacré évêque à Rome par l’apôtre saint Pierre fut envoyé avec un prêtre du nom de Georges pour prêcher dans cette ville. » C’en est donc fini du Limousin.

[1] J. Vieilliard, Le guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, édition de 1997, note 1, p. XI.

[2] Ibid., p. XIII.

[3] « L’image de l’autre au Moyen Age. La représentation du monde rural dans le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle », Cahiers d’histoire [En ligne], 45-3 | 2000, mis en ligne le 13 mai 2009, consulté le 23 juillet 2017. URL : http://ch.revues.org/285

[4] J. Vieilliard, op. cit ., p. 53.

[5] Ibid., p. 57.

[6] Ibid, p. 55.

[7] http://www.limousin-medieval.com/saint-leonard-de-noblat

[8] R. Oursel, Routes romanes 1 La route aux saints, Zodiaque, 1982, p. 261.

[9] L. Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014.

La Creuse mystérieuse chez La Geste

À travers monts et vallées, à travers villes et bourgades beaucoup de mystères, de légendes et de vieilles histoires racontent la Creuse d’antan.

Avec une série de textes réunis par thème, vous découvrirez toute une série d’histoires à raconter lors des veillées au coin du feu.

Des récits plus ou moins longs, des contes, de la poésie, des légendes que vous pourrez lire en famille pour en savoir plus sur les mystères de la Creuse.

159957

26 Juin

Les mutations de la ville de Louis Longequeue à Alain Rodet, ou la naissance d’une capitale régionale

Résultat de recherche d'images pour "train le capitole limoges"

Train le CAPITOLE – loco CC 6506 en gare – LIMOGES BENEDICTINS

Le 10 décembre 1956, le socialiste Louis Longequeue, pharmacien de formation, succède à Betoulle. C’est l’homme fort des « Trente glorieuses » limougeaudes, puisque maire, il est aussi député, puis sénateur et président du Conseil régional du Limousin. En 2007, l’historien Michel Kiener, adjoint au maire, évoquait ainsi dans L’Express le Limoges du début des années 1960 : « Limoges est une ville ouvrière noircie par la fumée de ses fours à porcelaine, dotée d’équipements extrêmement vétustes et d’un patrimoine immobilier hors d’âge […] En 1960, la ville n’est pas attrayante et n’est malheureusement pas appréciée à sa juste valeur […]  L’aménagement de la ville y est aussi pour quelque chose. A l’époque, tout est à refaire. Les écoles sont vieillies et l’assainissement quasi inexistant […] Limoges n’est pas perçue comme une grande ville. Les personnes qui y passent, les quelques touristes comme les conscrits qui y font leurs « trois jours », n’ont pas envie d’y rester […] Longequeue n’aspire qu’à moderniser sa ville, à l’épurer. » Jeune quadragénaire, le maire et son équipe voient augmenter la population : en 1975, Limoges compte près de 144 000 habitants. Avec l’aide de l’Etat, des ZUP (zones à urbaniser en priorité) sont créées. Elles s’ouvrent par tranches dans les années 1960. Un premier grand ensemble, la Bastide, sort de terre dès 1959 (il sera notamment suivi par l’Aurence, les Portes-Ferrées et Beaubreuil). Le vieux centre surpeuplé de Limoges se vide alors au profit de la périphérie, où les H.L.M. et les collectifs privés se multiplient. En 2010, le même Michel Kiener a consacré un très bel ouvrage à La Bastide, avec des photographies de Vincent Schrive, où il explique la genèse et l’évolution de ce quartier de grands ensembles. Avec ces constructions de nouveaux quartiers aux portes de Limoges, il s’agissait de faire face au baby boum et de proposer des appartements décents et modernes à des populations vivant alors parfois dans des taudis ou des bidons villes. Limoges se dote d’un boulevard périphérique, d’un premier parking souterrain place de la République et d’un réseau d’assainissement. Paradoxalement, la ville maintient, crée, entretient parcs et jardins, qui ont font une cité particulièrement agréable et fleurie. Divers parcours et animations y sont proposés tout au long de l’année. Si le Jardin de l’Evêché accueille un intéressant jardin botanique, les joggers limougeauds apprécient particulièrement le Bois de La Bastide, qui appartient à la Ville depuis 1975. Acquise progressivement par la municipalité, la vallée toute entière de l’Aurence est aménagée, ponctuée d’enclos pour animaux, de terrains de grand jeu, de vastes prairies en accès libre et de sites pittoresques. Le lac d’Uzurat, les parcs du Moulin-Pinard, de l’Aurence, du Mas-Jambost, se succèdent, formant une réserve naturelle de plus de 200 hectares. Une roseraie offre à la belle saison plus de 5.200 rosiers représentant 200 variétés.

La volonté modernisatrice de Louis Longequeue passe parfois par la destruction de bâtiments anciens qui auraient mérité conservation et mise en valeur. Lorsqu’il a l’idée surprenante de détruire le quartier séculaire de la Boucherie, début 1973, pour y construire des immeubles modernes, des Limougeauds (prévenus par l’adjoint Gilbert Font), emmenés par Jean Levet – fonctionnaire aux Impôts, très attaché à sa ville depuis son enfance dans le quartier du Chinchauvaud, auteur de nombreux travaux historiques – créent l’association Renaissance du Vieux Limoges pour résister. Avec le groupe traditionnel L’Eicolo dau Barbichet et d’autres partenaires, ils décident de ressusciter, le 19 octobre, la fête traditionnelle des Petits Ventres, qui voyait chaque année les dames bouchères recommencer à fabriquer des produits tripiers après une interruption de deux mois due aux chaleurs estivales. Dans le même temps, des adhérents restaurent de vieilles façades pour montrer à quoi pourrait ressembler le quartier remis en valeur. Le maire abandonne son projet : le quartier est sauvé, restauré et devient l’un des lieux touristiques principaux de Limoges, tout comme la Frairie des Petits Ventres un rendez-vous essentiel de l’automne, où l’on vient manger et trinquer dans la bonne humeur. Le succès de la sauvegarde du quartier de la Boucherie (avec l’ouverture d’une maison traditionnelle de la boucherie qui se visite), entraîna d’autres quartiers anciens à se préoccuper de la conservation de leur patrimoine. Renaissance du Vieux Limoges les aida de son expérience. Ainsi furent sauvés de la pioche des démolisseurs, dans le quartier de l’Abbessaille, les maisons de la Règle, dans la partie de la ville appelée la Cité. Renaissance du Vieux Limoges, avec Michel Toulet, poursuit son inlassable travail au service du patrimoine de la ville. Louis Longequeue eut l’intelligence d’entendre raison lorsque les citoyens se mobilisèrent aussi pour protéger l’ancien Ciné-Union ou l’un des bâtiments historiques de l’ancien hôpital.

En 1962, Beaune-les-Mines est intégrée à la commune de Limoges.

L’ère Longequeue vit Limoges bénéficier de nombreux équipements : gymnases et piscines, grand théâtre, centres culturels, foyers d’aide sociale, palais des expositions. Siège d’une Académie depuis 1965, la ville est pourvue d’une université en 1968, qui comprend alors les quatre facultés traditionnelles et un Institut Universitaire de Technologie. Ses statuts sont élaborés et adoptés en 1970 par l’Assemblée Constitutive présidée par Monsieur Robert Savy, Professeur à la Faculté de Droit et Sciences Economiques. L’Université compte alors 7000 étudiants. Elle ne cessa ensuite de se développer, sous l’impulsion de ses Présidents successifs. Elle compte maintenant cinq U.F.R. (Droit et des Sciences Economiques, Médecine, Pharmacie, Lettres et Sciences Humaines, Sciences et Techniques), un Institut Universitaire de Technologie, une Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs (E.N.S.I.L., ouverte en 1992), un Institut d’Administration des Entreprises (ouvert en 2007), une École supérieure du professorat et de l’éducation (E.S.P.E.), un Institut de Préparation à l’Administration Générale (créé en 1985) et un Institut Limousin de Formation aux métiers de la réadaptation (I.L.F.O.M.E.R.).

Le 9 janvier 1976, le premier ministre Jacques Chirac, accompagné par Simone Veil, ministre de la Santé, inaugure le Centre Hospitalier Régional Universitaire Dupuytren, relié à la Faculté de Médecine et de Pharmacie. Les personnels exercent aujourd’hui au sein de 4 hôpitaux et d’un Etablissement d’Hébergement des Personnes Agées Dépendantes : l’hôpital Dupuytren, l’hôpital Jean Rebeyrol, l’hôpital du Cluzeau, l’hôpital de la mère et de l’enfant et l’E.H.P.A.D. Dr Chastaingt. Avec plus de 7 600 employés, médicaux ou non, c’est un employeur important (avec Legrand, Valéo, la Poste et la Ville).

Le magnifique et confortable train rouge le « Capitole » relie alors Limoges à Paris-Austerlitz en moins de trois heures – un essai a d’ailleurs permis d’abaisser cette durée – et poursuit sa route en direction de Toulouse. (A noter que le 29 mars 1982, près d’Ambazac, le Capitole fut victime d’un attentat à la bombe revendiqué par le terroriste Carlos qui fait 5 morts et 28 blessés. Le bilan aurait pu être plus lourd s’il avait explosé en gare des Bénédictins). Le 26 septembre 1971, un avion « Caravelle » se pose sur le tarmac du nouvel aéroport de Limoges-Bellegarde – l’actuel fut mis en service en 1980. C’est le début du désenclavement progressif, accéléré dans les années 1980-2000 par la mise en service de l’autoroute A 20, dite « L’Occitane ».

Limoges est bien une capitale régionale qui accueille les trois services/bâtiments emblématiques de cette fonction : l’Hôtel de Ville, le Conseil général (avenue de la Libération avant de s’installer rue François Chénieux) – présidé par l’historien Jean-Claude Peyronnet, puis par Marie-Françoise Pérol-Dumont –, et le Conseil régional qui bénéficie d’un nouvel emplacement boulevard de la Corderie à partir de 1989 – en 1986, c’est le dynamique Robert Savy, homme de valeur, qui le préside jusqu’en 2004. Agrégé de droit public et de science politique, celui qui a été, notamment, professeur à la Faculté de droit puis Conseiller d’Etat, député (on lui doit la création d’un système de péréquation interrégionale), juge titulaire à la Haute Cour de Justice française, vice-président de l’Assemblée des régions d’Europe, a livré sa pertinente réflexion sur l’émergence de la région dans un ouvrage paru en 2010. Jusqu’en 2014, ces trois pôles de pouvoir sont gérés par les socialistes – ce qui ne veut pas dire que tensions et rivalités ne les opposent pas à l’occasion.

Bien que Limoges soit devenue cette capitale régionale, une partie de la population rêve de plus d’animation et de dynamisme (le festival de musique militaire un temps imaginé par le maire ne saurait satisfaire les adolescents et jeunes adultes limougeauds !). Mai 68 est d’ailleurs passé par là : à partir du 18 mai, nombre d’entreprises avaient été en grève et le drapeau rouge hissé sur le campanile de la gare. 20 000 personnes manifestèrent du Champ de Juillet à la Place d’Aine. Dans les années 1970-80, la jeunesse semble manquer d’air. Pourtant, Louis Longequeue (« le Roi Louis » selon certains), se représente en 1989 aux élections municipales où il est mis en ballotage. Au second tour, il est élu de peu (40,86 %) face au gaulliste modéré Michel Bernard – professeur de biophysique à la faculté de médecine – qui conduit la liste R.P.R.-U.D.F. (39,67%) et n’a pratiquement pas fait campagne. Il faut dire que les Verts, qui se sont maintenus et ont bénéficié des voix des électeurs de gauche qui rêvaient de changement ont obtenu près de 20 % des suffrages. Le 11 août 1990, Louis Longequeue disparaît et un court mais dur affrontement oppose pour sa succession Robert Savy à Alain Rodet, né dans la Drôme en 1944, diplômé en science politique, ancien enseignant en économie à l’I.U.T. de Limoges, élu au conseil municipal depuis 1971, député depuis 1981. C’est ce dernier qui devient finalement maire de Limoges, réélu dès le premier tour aux élections municipales de 1995, 2001 et 2008.

Tout au long de ses mandats successifs, Alain Rodet et les équipes qui l’accompagnent poursuivent la modernisation de Limoges entreprise par son prédécesseur, participant ainsi à la revalorisation de l’image de celle-ci. Sous sa municipalité, la ville s’est dotée d’infrastructures déjà en projet dans les années 1980 sous Louis Longequeue : parc technologique Ester Technopole qui accueille des entreprises (près de 2000 emplois), deux pôles de compétitivité (Pôle Européen de la Céramique / Elopsys) et deux écoles d’ingénieurs (830 étudiants) ; La « soucoupe volante » posée en son centre est un édifice d’Yves Bayard et Jacques Charron symbolisant à sa manière le volontarisme moderniste. Autre réalisation : la Bibliothèque Francophone Multimédia, près de laquelle s’implante un nouveau quartier accueillant la Faculté de droit. Il fait le choix d’insister sur des domaines tels que la culture (Zénith de Limoges, rénovation réussie du musée des Beaux Arts) l’éducation, les infrastructures (voies de liaison sud et nord, construction d’un nouveau pont innommé, réaménagements de places), le développement économique (reconversion de l’ancienne base militaire de Romanet, développement de la zone industrielle nord) et les équipements sportifs : rénovation du stade d’honneur de Beaublanc par le cabinet d’architecture Ferret, utilisant l’alliance du béton et de la porcelaine, et nouveau centre aquatique de Limoges métropole (12 000 m2 de surface couverte et 27 000 m2 de surface extérieure). En 2003, Le Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles) – créé pour accompagner le grand mouvement de modernisation de l’agriculture, engagé dans les années 60, doté de diverses missions – est délocalisé de la région parisienne à Limoges, rue du Maupas. En 2008, Limoges entre dans le réseau national des 139 « Villes et Pays d’art et d’histoire », prestigieux label décerné par le ministère de la Culture aux collectivités qui mettent en valeur leur patrimoine et le font connaître auprès de leurs habitants et visiteurs : en lien avec l’Office de tourisme, le service Ville d’art et d’histoire met en place des actions et supports pour faire découvrir, apprécier et comprendre les nombreux visages de Limoges. Un label que justifient diverses découvertes ou mises à jour encore à valoriser, comme le baptistère près de la cathédrale ou la nécropole médiévale de la rue de La Courtine. Limoges est donc devenue pour l’essentiel une ville où il fait bon vivre (terrasses, places et jardins, bords de Vienne aménagés, proximité de la campagne, rues piétonnes – comme la fameuse « rue de la soif », rue Charles Michels, réaménagée), où l’insécurité est faible, où la culture occupe une large part. Cependant, certains ont commencé à déplorer l’évolution d’ensembles périphériques vers une forme de ghettoïsation où la pauvreté et le communautarisme ont gagné du terrain.

11 Juin

La ville des trolleys

 Résultat de recherche d'images pour "trolley limoges"

Photo Jean-Henri Manara 1967, trolleybus Vétra CS 60

 

            Le tramway électrique se développa et connut un véritable succès à Limoges à la fin du XIXème siècle puis fut modernisé de 1928 à 1932. En 1933, la C.T.E.L., compagnie qui le gérait, proposa à la Ville une modernisation complète du réseau et l’adoption du trolleybus ; l’année 1935 marque le lancement du projet, suite à un voyage d’études d’élus et de fonctionnaires – conduits par Léon Betoulle – à Liège, ville pionnière dans l’introduction de ce moyen de transport. « Limoges est la première grande ville française à décider la transformation complète de son réseau de transport urbain en adoptant la technologie manifestement la plus moderne de l’époque », note Christian Buisson. Après divers obstacles – dont la déclaration de guerre –, la première ligne est inaugurée le 14 juillet 1943, ce qui n’est pas un hasard. A la Libération, la municipalité Guingouin voulut exploiter le réseau en régie directe, ce que ne permit pas le retour de Léon Betoulle. Celui-ci conduit lui-même le dernier tramway au dépôt en mars 1951. En juillet suivant, le programme fixé en 1938 est achevé et l’on peut organiser un défilé de trolleybus pavoisés à travers la ville. De 1954 à 1984, la Compagnie des Trolleybus de Limoges gère le réseau et le développe. Elle est l’un des principaux employeurs de la ville (chaque véhicule dispose d’un conducteur et d’un receveur). Le trolley (à prononcer avec l’accent limougeaud) s’inscrit dans le paysage ; les habitants s’attachent aux différents modèles : CB.60, gris puis rouge et blanc ; ER.100.H. Progressivement, Limoges s’étendant, les lignes sont prolongées jusqu’à la périphérie. Au lieu de remplacer, comme ailleurs, les trolleys de petite capacité par des autobus, la C.T.L., en accord avec le maire Louis Longequeue, décide de racheter 24 trolleys en bon état à prix intéressant à la R.A.T.P. Au fil du temps, la modernisation s’amplifie ; par exemple avec l’apparition des oblitérateurs automatiques). A partir de 1985, la Société des Transports en Commun de Limoges prit l’exploitation, la propriété des installations et du matériel roulant étant reprise par la Ville. Les années 1990 voient notamment la mise à niveau technique du réseau de lignes aériennes et d’alimentation électrique, une volonté d’Alain Rodet, le nouveau maire. En 2002, le nouveau Centre d’exploitation voit le jour au Clos Moreau (site historique), où sont regroupés administration, exploitation et maintenance. A partir de 2006 furent mis en service les nouveaux trolleys : les Cristalis (Irisbus) puis les Swisstrolley (Hess). Un véhicule a par ailleurs été décoré avec les personnages des « Légendaires », d’après la bande dessinée du limougeaud Patrick Sobral. On peut voir ailleurs dans cet ouvrage qu’un restaurant de la rue des Grandes Pousses porta le nom de « Trolley », avec du mobilier issu du célèbre moyen de transport – qui inspira également la troupe théâtrale Asphodèle pour l’une de ses créations, sur un texte de Joël Nivard.

28 Mai

Limoges et le socialisme municipal, 2

Hôtel de ville 005-3 - place (circa 1965) - Photothèque Paul Colmar

Progressivement, Limoges se désindustrialise : la porcelaine (frappée par la crise de 1929), malgré des efforts incontestables de modernisation, décline, tout comme la chaussure. Le nombre d’ouvriers diminue. Parce qu’elle perd de son attractivité, parce que ses enfants sont frappés par les guerres, Limoges voit sa population stagner : passant de 93 000 habitants en 1911 à 107 000 en 1954. En 1938 cependant, à l’initiative de l’Etat, un Arsenal fut implanté sur les bords de Vienne – il fut reconstruit entre 1950 et 1955. Limoges voit aussi prospérer l’entreprise Legrand. En 1919, un des associés de la fabrique de porcelaine Betoulle et Legrand, Jean Mondot, artisan de Limoges qui avait monté à Exideuil une petite usine d’interrupteurs utilisant du buis et de la porcelaine, élargit l’activité de la société en créant une branche « Appareillage électrique ». A partir de cette date, elle devient progressivement la principale activité de la maison. L’entreprise devient la société Legrand et Cie (Manufacture de Porcelaines et d’appareillage électrique) en 1924. Vingt ans plus tard, la société Legrand passe sous la direction de deux beaux-frères : Jean Verspieren et Edouard Decoster, industriels du Nord. En 1949, suite à un sinistre, ils font le choix de se spécialiser sur la seule production d’appareillage électrique d’installation. Peu à peu, l’usage du plastique se développe avec les thermodurcissables puis dès 1959, les thermoplastiques issus du pétrole. En 1966, Legrand acquiert sa première filiale hors de France en Belgique. C’est le début d’une politique d’acquisitions autofinancées et ciblées (aujourd’hui, Legrand est présent dans 80 pays et ses produits commercialisés dans 180). Quatre ans plus tard, le groupe est introduit en bourse ; en 2011, il fait son entrée au CAC 40.

Léon Betoulle fut aussi à l’initiative de la création du quotidien socialiste Le Populaire du Centre, dont il présida le conseil d’administration durant trente années. Il devint après-guerre un véritable journal régional d’information, son engagement politique se diluant au fil du temps (même si la droite locale aima beaucoup le qualifier de Pravda).

 

De nouvelles paroisses et leurs églises

 

L’inadaptation des paroisses limougeaudes à la croissance de la ville avait conduit l’évêque, Mgr Alfred Duquesnay, au début des années 1870, à compléter les quatre existantes (Cathédrale, Saint Pierre, Sainte Marie et Saint Michel) par quatre autres : Saint Joseph et le Sacré Cœur, Saint Paul-Saint Louis et Sainte Valérie.

L’église du  « Nouveau Sacré-Cœur » (dont le nom témoigne d’une volonté de relance de la vénération du Sacré-Cœur de Jésus) est financée – grâce à l’obstination du chanoine Réméniéras – notamment par souscription (Mme Lagrange-Puymori, veuve d’un agent de change parisien, donnant par exemple un million de francs en 1935). Le bâtiment réalisé par les architectes Georges et Xavier Gay-Bellile, Georges Ménissier et M. Girouard, est consacré le 23 juin 1937 par Mgr Flocard – la cérémonie est décrite peu après par La croix de Limoges. L’originalité de l’église, de style « romano-byzantin », provient de sa nef spacieuse, de sa coupole lumineuse, et de l’utilisation du béton armé. En guise de décor : des chapiteaux, des panneaux de cuivre, des émaux de Robert Blancher, mais surtout des vitraux dessinés par Pierre Parot, peintre-verrier, réalisés par Francis Chigot, ancien élève des Arts Décoratifs de Limoges puis des Beaux-Arts de Paris, reconnu nationalement et même internationalement (Canada, Etats-Unis). Les magnifiques grandes verrières (30 m2 de superficie), furent réalisées en 1955 : l’une est consacrée à la Cène, l’autre à la multiplication des pains et des poissons. A l’instigation de l’abbé Guy Daudet (qui fut auparavant curé de Saint-Paul Saint-Louis), l’Atelier du Vitrail, qui succéda à l’entreprise Francis & Pierre Chigot, des vitraux vinrent compléter l’ensemble au début des années 2 000 : ils sont situés au fond de la nef.

L’église Saint-Paul Saint-Louis, décorée elle aussi par des vitraux de Chigot, fut achevée en 1907, mais sans clocher, faute de moyens (la façade a été décorée par la suite de plaques de couleur). Située route d’Ambazac (rue Aristide Briand), non loin de l’école de La Monnaie, mentionnée dans ses souvenirs de jeunesse par Georges-Emmanuel Clancier, elle était destinée à évangéliser les cheminots et leurs familles.

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne de Limoges est fondée en 1920 par l’abbé Martial Poumeau et des prêtres ouvriers s’implantent en 1947. Le grand séminaire a ouvert ses portes rue Eugène Varlin en 1919.

 

21 Mai

De Léon Betoulle à Louis Longequeue

Résultat de recherche d'images pour "pavillon du verdurier limoges"

Pavillon du Verdurier, détail.

Pour évoquer « l’ère de Léon Betoulle » (1912-1956), Louis Pérouas parlait d’une « longue somnolence » ; Jean-Marc Ferrer et Philippe Grandcoing évoquent des « décennies grises » mais aussi un « désir de modernité », en fait principalement urbanistique. En 1912, le socialiste a battu le Dr Adrien Desbrières et s’est installé très durablement au pouvoir, régnant à l’Hôtel de Ville, mais étant aussi élu député – votant, on l’a dit, les pleins pouvoirs à Philippe Pétain – puis sénateur, tout juste absent sous l’Occupation et l’immédiat après-guerre, aux affaires jusqu’à sa mort le 30 novembre 1956. Sans doute s’est-il révélé au moment de la Première Guerre mondiale, sachant mettre l’administration municipale au service des  soldats blessés de guerre et des réfugiés belges, et du nord de la France. De même, comme l’a noté Vincent Brousse, a-t-il fait « entendre une voix, un peu distincte de l’unanimisme patriotique et ce, dès 1915. En effet, sous la houlette d’Adrien Pressemane, la fédération socialiste de la Haute-Vienne demande à ce que l’on prête une oreille attentive au moindre signe de paix. » Durant son mandat, la ville change : des immeubles bourgeois modernes sont construits dans le centre (en particulier boulevard Louis Blanc et rue Jean-Jaurès), mais également des cités ouvrières.

Parmi les constructions emblématiques, celle du Pavillon du Verdurier, Ce projet est intégré dans la reconstruction du quartier du même nom, démoli à partir de 1913 lors du percement de la rue Jean-Jaurès. Ce bâtiment de plan octogonal a été conçu par l’Office départemental du ravitaillement comme pavillon frigorifique pour approvisionner la population en viande importée congelée d’Argentine, le secteur agricole ayant beaucoup souffert en Limousin. Il aurait été également un moyen mis en œuvre par la Ville pour contourner le corporatisme des bouchers limougeauds, alors très fort. Le projet est présenté par le maire le 4 mars 1919. La construction est achevée en 1920. Conçu par Léon Gauthier en style Art déco, il occupe une superficie de 400 m2. Il est habillé par une belle parure de carrelage en grès flammé à dominante verte, avec une haute frise de bouquets bleus sur fond or. Elle a été réalisée par les céramistes Alphonse Gentil et François Bourdet (Boulogne-Billancourt), le décor peint de la voûte l’étant par l’entreprise Chigot. En 1924, l’usage du frigo étant périmé, le matériel est vendu et le Pavillon sert de gare routière jusqu’en 1976. Complètement restauré par la ville de Limoges en 1978, il est transformé en pavillon municipal d’exposition et gagnerait sans doute à être encore mieux mis en valeur. A Limoges, l’Office Public des Habitations à Bon Marché (O.P.H.B.M.) naît en 1919. Il doit remédier à l’état déplorable du logement des catégories populaires en cette période d’entre-deux-guerres. La municipalité socialiste engage un important programme de construction. De 1924 à 1956, l’O.P.H.B.M. livre 1 800 logements, sur huit sites différents. L’agréable cité-jardin de Beaublanc, construite par Roger Gonthier, en est le premier exemple. Elle se compose de 202 logements allant du deux au quatre pièces (avec gaz, électricité, eau courante), dans des petits bâtiments en pierre de deux niveaux avec jardin individuel pour chaque famille et des équipements collectifs (lavoirs, bains douche). En 1929, les premiers immeubles de la Cité des Coutures voient le jour (trop proches de la gare… selon les bourgeois). La construction s’achève en 1932. 540 logements, dotés du confort, sont répartis dans des bâtiments de quatre étages, avec des équipements collectifs et des commerces en pied d’immeuble. 25 ans plus tard, une troisième tranche de 75 logements est ajoutée aux deux premières. (A la fin des années 2000, deux cages d’escaliers de la rue Pressemane sont démolies, afin d’ouvrir l’intérieur de la cité.) Divers ouvrages et témoignages ont montré combien ces cités populaires avaient marqué ceux qui y avaient habité, combien un « esprit » propre s’y était développé. Les Coutures furent un lieu de résistance, pendant la guerre, mais aussi au moment des luttes sociales, par exemple en mai 1968. De 1936 à la veille de la seconde guerre mondiale, Limoges se dote de quatre nouvelles cités, de différents styles architecturaux : Casimir Ranson, Léon Betoulle, Ernest Ruben, Victor Thuillat (du nom du Vénérable des « Artistes Réunis » qui oeuvra à la transformation de Naugeat en hôpital spécialisé et à la réalisation de cités ouvrières), soit 524 logements. Mais les besoins en logements sont loin d’être satisfaits et le nombre de logements insalubres augmente. En 1950, les Habitations à Bon Marché deviennent les Habitations à Loyer Modéré (H.L.M.). L’Office H.L.M. de Limoges construit le Mas-Neuf, une partie de la cité du Docteur Jacquet, rehausse la cité Victor Thuillat d’un cinquième étage et adjoint un bâtiment à la Cité Casimir Ranson (soit 220 logements). En 1954, suite à l’appel de l’Abbé Pierre, les cités d’urgence sortent de terre (deux cités d’urgence, rue Colette et Paul Eluard : 100 logements), suivies par les logements populaires familiaux  » LOPOFA  » (Docteur Jacquet 100 logements) et les opérations Millions (Raoul Dautry : 120 logements). Ces constructions de logements sociaux s’accompagnent de l’organisation de colonies de vacances et de centres aérés qui permettent aux jeunes limougeauds modestes d’aller prendre l’air sur les rivages de l’océan ou à la campagne. Michel Laguionie a montré comment les francs-maçons (très présents dans l’entourage du maire) s’étaient préoccupés du développement des œuvres post et périscolaires, s’intéressant par exemple de près au Mas-Eloi.

A suivre…