15 Oct

Jean Villegoureix et Philip Gaffet, auteurs limougeauds

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Faisant suite au dernier article publié sur ce blog, Michel L., un ami, me faisait remarquer que Jean Villegoureix avait jadis publié un recueil chez Rougerie. Je viens de retrouver la critique que j’avais publiée à ce sujet dans la revue L’Indicible frontière en 2005. Etant donné que dessous se trouve également une critique d’un livre d’un autre poète limougeaud, Philip Gaffet (toujours bien vivant!), signée Marie-Noëlle Agniau, je vous la livre également (cliquer pour agrandir).

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08 Oct

Limoges, ville littéraire

Lire à Limoges 14 022

Agnès Clancier, romancière

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Joseph Rouffanche, poète

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Marie-Noëlle Agniau, poète et philosophe

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J’ai montré dans mon ouvrage Du pays et de l’exil, paru en 2008, combien le Limousin était, depuis l’Antiquité, une terre d’écriture formidablement créatrice, où sont nés et se sont installés des romanciers, des poètes, des auteurs dramatiques, des diaristes et des revuistes, de langue occitane et de langue française, qu’ils soient très connus – « médiatiques » – ou plus discrets. C’est bien le cas à Limoges. Si je renvoie à la lecture de mon essai pour les périodes antérieures, je souhaite évoquer ici quelques figures littéraires limougeaudes de la deuxième partie du XXème siècle.

Les poètes ont été nombreux à Limoges et le sont encore ; nous ne pouvons en citer ici que quelques-uns. Certes, il y eut les sonnets classiques du chanoine Charles Chalmette, mais après Georges Fourest, immortel auteur de La Négresse blonde (1909) et du Géranium ovipare (1925), avocat qui préféra Le Chat Noir aux tribunaux, les deux grandes figures tutélaires sont sans doute Georges-Emmanuel Clancier – G.E.C. –, dont j’ai déjà parlé plus haut, devenu « parisien », poète reconnu édité par Gallimard, et Joseph Rouffanche (né en 1922 à Bujaleuf, professeur à Limoges). Le premier, habité par le « désir de vivre en poésie », écrit une œuvre « du minéral, de l’eau, des nuages, du ciel », qui chante l’être aimé et le souvenir de l’enfance, la révolte, « un lyrisme inspiré par la mémoire et le contemporain. » Le second, reconnu plus tardivement, sans doute parce que resté à Limoges, a publié notamment chez Seghers et Rougerie. En 1984, il a cependant obtenu le prestigieux Prix Mallarmé et, au début du XXIème siècle, la Ville de Limoges – en la personne de Monique Boulestin, première adjointe chargée de la lecture publique et députée et en présence de ses amis – lui a rendu un chaleureux hommage à la Bibliothèque francophone multimédia. Divers colloques universitaires (auxquels je renvoie pour une étude plus approfondie) ont été consacrés à ce lyrique poète de l’émerveillement auquel ont rendu hommage Clancier, Soupault ou Bachelard. Parmi les autres poètes limougeauds de la génération suivante : Hervé Anglard, à la fois auteur inventif (dans les styles mais aussi dans la forme, les recherches en lino et typo) et éditeur ; le rocker et bibliophile Gérard Frugier, auteur notamment de Poison soleil – recueil salué par Maurice Carême et Pierre Boujut – (1974), puis d’un très beau Forge noire, à la fois lyrique et surréaliste ; Alain Lacouchie, poète et plasticien, qui n’a de cesse de dénoncer la violence humaine, tout en chantant aussi l’amour, sait attacher du prix aux petites choses et petits êtres, tout en croyant inlassablement à la force rédemptrice de l’écriture – la sienne ayant un style à la fois affirmé et inventif. Il est l’un des animateurs de la revue de poésie Friches (créée en 1983 par l’arédien Jean-Pierre Thuillat, et les poètes limougeauds Pascale Michelon, Jean-Pierre Nivôse et moi-même). Jean Mazeaufroid (1943-2001), sans doute avant tout peintre et plasticien, a réfléchi à la présence matérielle des mots, à la relation entre l’écriture et la peinture (bannières et banderoles au début des années 70, module trame-chaîne occupant toute la toile). Il a participé, suite à 1968, à la création du groupe Textruction, avec notamment Georges Badin, Duchêne, Jassaud et Vachey. J’inscris mon propre travail poétique dans la génération née après 1960 : travail sur le lieu, méditation sur l’Homme, écriture en vers libres mais aussi en fragments de prose, d’inspirations diverses, notamment picturales et musicales ; lien avec la photographie ; travail sonore avec la mise en ondes (par exemple sur France Culture), accompagnements par des musiciens traditionnels (comme le Bagad Nozeganed de Port-Louis), créations optophoniques d’après mes œuvres par le collectif Wild Shores ou par Alan Stivell. L’avocat Philip Gaffet écrit des poèmes dans un style néo-lyrique, océanique, entre joie élémentaire et angoisse. Autre poète limougeaud : le comédien puis réalisateur de films Damien Odoul, que la poésie accompagne depuis l’adolescence. Quatre de ses recueils de poèmes ont été publiés, Dix-neuf pour rien, Faux HaÏku d’un occidental pas très orthodoxe, Poèmes du milieu, 1 à 39 et Poèmes du milieu, 40 à 88. Marie-Noëlle Agniau (1973), est auteur d’ouvrages philosophiques ou poétiques comme le percutant et en partie autobiographique Boxes (également adapté sur scène au Théâtre de La Passerelle) où elle livre un apprentissage de la rature. Néo-lyrisme contemporain, épiphanies, sensations au sens rimbaldien, ruminations bibliques, travail constant sur l’enfance et, au printemps 2014, publication de Capture, textes en prose poétique inspirés par Limoges et le Limousin, où elle invente en contrepoint du mot « limogeage » le verbe « enlimousiner ». L’association Pan !, animée par Jean Gilbert et Guillaume Marvier, deux professeurs de philosophie, s’est aussi inscrite dans le paysage poétique de Limoges en réfléchissant et en invitant le temps d’un mini festival des « Phénomènes Artistiques Non !dentifiés », au carrefour de la poésie sonore et de l’art contemporain, y compris musical. Divers artistes y sont associés. Sylvain Courtoux (1976) – au carrefour de divers genres – est publié par Al Dante ; ainsi, dans Consume rouge, il « se met en scène comme membre d’un espace poétique régi selon des règles sociétales proches de celles en vigueur dans tous les secteurs sociaux-professionnels. » Un cd de musique bruitiste accompagne le texte.

Limoges est aussi une ville de romanciers : il y a la génération du « tournant du siècle ». Raymond d’Etiveaud, juriste et critique littéraire, écrit des romans qui font parfois songer à Maupassant. A partir de 1925, Robert Adeiléria, blessé lors de la guerre, fondateur du Cercle d’escrime de Limoges, publia des romans historiques. Le médiéviste Septime Gorceix professeur à Paris et à Gay-Lussac, il publia de nombreux et foisonnants écrits. André Thérive (1891-1967), agrégé de lettres, ancien combattant de 14-18, est critique littéraire, romancier et essayiste – c’est l’un des fondateurs du populisme, qui prend le peuple comme un sujet de fiction en prônant un retour au naturalisme. Il devint malheureusement un écrivain collaborationniste. Jean-Marie-Amédée Paroutaud, avocat, professeur, écrivit divers textes dont un captivant roman kafkaïen : La Ville incertaine. Il y a encore Georges-Emmanuel Clancier, on l’a vu, mais aussi sa parente Agnès Clancier, certes née à Bellac en 1963, mais aussi ancienne élève du collège Donzelot puis du lycée Gay-Lussac et de l’E.N.A., haut-fonctionnaire, publiée par Gallimard ou Arléa. Le briviste Robert Margerit (1910-1988), qui habitait à Thias (Isle), dans l’ancienne demeure d’Émile Montégut, autrefois critique de La Revue des Deux Mondes, fit ses études secondaires à Limoges et y travailla, devenant même rédacteur en chef du Populaire du Centre. En 1951, déjà salué par Julien Gracq, il reçoit le Prix Renaudot pour Le Dieu nu. Son grand œuvre est sans nul doute La Révolution, ouvrage très documenté (et sans doute le mieux écrit) auquel il voua douze années de son existence, une grande fresque sur terre et sur mer, une épopée racontant les aventures de quelques personnages de fiction fréquentant les grands acteurs de cet évènement. Robert Giraud qui – lui – fut résistant, passa son enfance et sa jeunesse à Limoges, où il écrivait des poèmes, avant de gagner Paris où il devint écrivain des rues, de la nuit et des clochards, lexicographe spécialiste de l’argot, pote de Doisneau, auteur d’un magnifique Vin des rues. C’était aussi l’ami d’Antoine Blondin, que l’on croisait de temps à autre à Limoges, entre la capitale et Linards. En 1991, Michel Rigaud, professeur à la Faculté de médecine de Limoges, publia un très beau et court roman intitulé Bergame, inspiré par l’anorexie. Dominique Périchon, enseignant et critique de jazz, a publié un amusant Motus, bien écrit. Patrick Mialon, critique d’art, enseignant, écrivain, a écrit des livres profonds et référencés. Anne Lagardère, professeur en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, a écrit plusieurs romans d’une grande subtilité qui savent dire l’humain. Nicolas Bouchard, Franck Bouysse, Joël Nivard, Serge Vacher (disparu en 2013), Franck Linol, Aude Courty ou Maud Mayeras écrivent – chacun dans leur propre style – des polars ou des thrillers. Avec Reflex, roman au suspense haletant et cinématographique, paru en 2013 chez Anne Carrière, Maud a connu un grand succès public. Parmi les écrivains français il faut citer : le briviste Pierre Bergounioux, dont on lira le témoignage ci-dessous, et Eric Faye (né à Limoges en 1963), lauréat du Grand prix de l’Académie française, qui fit ses études secondaires au lycée Auguste Renoir (notamment de russe), puis à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille – il travaille chez Reuters. Spécialiste d’Ismail Kadaré, il est l’auteur de romans, essais, nouvelles, récits de voyages – son écriture est à la fois dense, belle et invite à la réflexion.

Même si l’essentiel est le travail d’écriture des auteurs, la poésie et la littérature sont promues depuis la Libération par des associations, des personnalités, des institutions diverses – comme le Centre régional du livre en Limousin-ALCOL (Association limousine de coopération pour le livre), créé en 1987, à qui l’on doit notamment « Géoculture », un site qui met en regard auteurs, artistes et territoire). Des manifestations éphémères ou plus pérennes ont été organisées. L’ancienne bibliothèque municipale, rue Turgot, accueillit des expositions et même des lectures – en particulier du temps de sa conservatrice Marie-Madeleine Erlevint. La Bibliothèque francophone multimédia conçue par l’architecte Pierre Riboulet sur le site de l’ancien hôpital général  lui a succédé en 1998 : « équipement phare des bibliothèques de Limoges, le site du centre-ville déploie ses collections sur 15 000 m2, dans un espace clair, aéré, où les couleurs chaudes du bois sont mises en valeur par l’éclairage naturel zénithal. Un jardin d’hiver assure la liaison architecturale entre le bâtiment conservé de l’ancien hôpital général de Limoges et le nouveau bâtiment. » Elle accueille diverses manifestations et expositions. D’autres bibliothèques, municipales ou non, ponctuent la ville. Des librairies ont joué, jouent parfois encore, un rôle d’animation littéraire et culturelle, ne serait-ce qu’en organisant des signatures et des rencontres avec des auteurs. C’est ainsi ce que voulut faire Régine Deforges (qui avait habité rue des Arènes pendant la Seconde Guerre mondiale), en ouvrant La Gartempe place de la République : « c’était en 1965. Ma présence a duré même pas un an, parce que j’ai été tout de suite en conflit avec les autres associés qui estimaient que les choix littéraires de cette librairie étaient trop d’avant-garde, etc. ! Du coup, je suis repartie à Paris. » Certains s’en souviennent pourtant encore, comme Alain Lacouchie, alors jeune poète, qui y présenta son premier recueil Familières, qui reçut un excellent accueil. Le poète était issu, me confie-t-il, « du groupe « Art et Poésie », une union libre de poètes, de peintres et de musiciens. Jeunes et insouciants. Le trio fondateur : « Polo » Barillier et moi à la poésie, David Ranz (fils d’un couple de réfugiés espagnols) à la guitare flamenco. Et puis Mireille Garcin, Bernard Chauvaud, etc. Et puis, nous ont rejoint d’autres poètes, des musiciens, des élèves des Arts Déco. Pour s’intégrer dans le groupe, pas besoin de carte d’adhérent : il suffisait de fréquenter les mêmes bistrots que nous (« L’Aurélien » – où il était possible de passer un après-midi entier à discuter autour d’un seul café !… -, « L’Orient » ou « Le Central ». Parfois, nos jabots se gonflaient de façon assez ridicule : nous étions des « vedettes », car nous nous donnions en spectacle ! Sur une scène, à l’invitation d’une association, les « peintres » créaient un décor à base de chevalets, de tentures et de têtes de mort. Quelques jeunes filles, en vêtements moulants, exécutaient des mouvements langoureux (de danse ?) pendant que, d’un air pénétré, inspiré, voire dramatique, nous tentions de lire des textes de vrais poètes (Eluard, Aragon, Cocteau, Perse, Char, Reverdy, Prévert, etc. et les classiques, de Villon à Hugo ou Baudelaire), et, pourquoi pas !?, les nôtres…Et, souvent, les salles étaient pleines ! Deux souvenirs marquants : une lecture, devant les jeunes filles de l’Ecole Normale d’Institutrices ! Et à leur invitation ! […] Le second souvenir : dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Limoges, sous les ors de la République, à l’invitation d’une association, nous nous sommes offerts à un très nombreux public aux côtés de Joseph Rouffanche, du Club des Poètes de Paris (avec Maurice Ronet), et même de René Lacotte, éminence grise de la poésie qui, depuis sa « chaire » des « Lettres françaises », distribuait les bons et les mauvais points aux poètes de l’hexagone […]  En ce qui nous concernait, nous étions comme à la fête foraine, les yeux brillants, un peu enivrés d’un bonheur de pacotille : « Le jour de gloire est arrivé ».  […] au début des années 70, l’équipe que nous formions avec Polo (Barillier), David (Ranz) et Jean (Mazeaufroid – qui était plus âgé que nous, était instituteur et déjà marié etc. ce qui, parfois, marquait une grande différence !) s’est éparpillée : Polo s’est marié et est rentré au Popu, David est parti à Paris pour tenter de vivre de sa musique, Jean s’est donc tourné vers la recherche plastique et moi j’étais à Brive, mais toujours (et peut-être le seul des quatre) en relation avec Rouffanche. »

Fin 1969, le journaliste (et poète) Georges Chatain, qui avait été en classes préparatoires au lycée Gay-Lussac, choisit Limoges pour créer avec quelques amis un hebdomadaire – Axes –, qui envisage l’actualité régionale d’une manière différente des quotidiens locaux, accordant plus de place à l’investigation et à la culture. Quelques journalistes des autres journaux y collaborent sous des pseudonymes, comme Serge Joffre. Malheureusement, l’aventure ne dure pas mais Chatain – qui vit près d’une écluse romantique sur la Creuse – devint journaliste free lance, collaborant par exemple à L’Echo du Centre ou au Monde, écrivant quelques beaux livres et co-réalisant de captivants documentaires, sur Raoul Hausmann ou Willy Ronis. Il a également publié plusieurs recueils de poèmes, dont le dernier, Poésie-Journal, le place d’emblée parmi les vrais poètes limousins.

Exista aussi à Limoges Limousin Magazine, et diverses déclinaisons, dirigé par René Dessagne, qui accueillit des plumes lestes et libres, comme celles de Bernard Cubertafond, Pascal Antoine, Alain Galan.

Dans les années 1970, un passionné de science-fiction, Daniel Fondanèche (aujourd’hui universitaire à Paris), organise diverses manifestations à Limoges, avec peu de moyens mais beaucoup d’ardeur et l’enthousiasme du public : émissions sur Radio-Limoges, avec Charles Conan, chroniques et même nouvelles dans La Montagne et Le Miroir du Centre, organisation, en 1973, d’un festival du film de science-fiction au Lido, cinéma de Michel Friedman ; et puis, à l’occasion du 4ème Congrès national de la Science Fiction, du 16 au 22 mai 1977, avec près de 500 participants venus du Québec, de Belgique, de Suisse et d’Espagne, expositions (timbres sur l’espace et tableaux), mise en scène d’une pièce de Ray Bradbury, concerts à L’Echappée Belle, colloque universitaire, signatures dans une librairie – avec couverture de la presse nationale, dont A2, avec une émission des Bogdanoff ! Les prix remis à cette occasion étaient en porcelaine : trois plaques en relief de Roch Popelier représentant l’obus lunaire de Méliès touchant son but. Une enveloppe et un tampon P.T.T. « 1er jour » furent même créés pour l’occasion, représentant le campanile de la gare des Bénédictins décollant comme une fusée et une tasse en porcelaine avec deux petits martiens.

Diverses revues ont existé à Limoges : Limoges illustré, La Revue limousine, Le Lien, La Vie limousine ou la pétainiste Notre Province. René Rougerie a animé de 1955 à 1971 Réalités Secrètes, de très haute tenue, puis d’autres, une fois installé à Mortemart. Au milieu des années 70, Marc Bruimaud créée une revue-fanzine, Le caméléon déshydraté : de format A4, photocopié, comptant une trentaine de pages, il est aussi animé par Didier Rouvery, Jean-Luc Faucher, Pascal Ribier, Alain Roblin et Yann Sence. Avec un objectif modeste, annoncé dès le 1er éditorial : « permettre aux artistes inconnus de toute la galaxie de pouvoir faire diffuser leurs œuvres inégales et variées, en regard de textes d’auteurs plus confirmés qui n’avaient rien à prouver. » On y trouva des nouvelles, des poèmes, des dessins, critiques et reportages, avec un goût prononcé pour le fantastique, la science-fiction et… le château de Châlucet, aux portes de Limoges, alors lieu d’expéditions nocturnes et enfumées de la jeune génération.

Toponymie cognition/intervention, revue dirigée par Jacques Bonnaval, paraît pour la première fois en 1979. Critiques et plasticiens y collaborent, dans un esprit d’avant-garde : Jean Mazeaufroid, Patrick Mialon (Réseaux factices et itinéraires du futile), Jean-Claude Mazoux, Jean-François Demeure, Jacques Philhoulaud, Pierre Teisserenc, Rémy Pénard, Georges Chatain et Ramon Aguillela. Max-Alain Grandjean proclame, avec SLIPSLIPSLIPSLIPSLIPSLIP qu’il faut « privilégier, dans le domaine de la peinture, le matériau à l’image ». En 1980, Charles Le Bouil – autre figure inscrite dans le paysage littéraire d’alors – enquête sur la poésie sonore internationale.

De 1980 à 1987, Rémy Pénard fait paraître 23 numéros du Sécateur, espace de création et d’échanges entre écrivains, poètes et plasticiens. Il souhaite alors créer « une collection au service de la coordination et de la recherche pour une objectivité culturelle en province ». En décembre 1982, il organise « Poètes/Ecrivains », manifestation sur l’écriture contemporaine et les publications dites marginales. Il mène diverses actions dans le cadre du C.E. de Renault Véhicules Industrielles, comme la réalisation pour le restaurant d’entreprises de nappes où sont imprimés des poèmes. Le Sécateur a publié de nombreux artistes et auteurs de qualité et des quatre coins de l’hexagone et même d’ailleurs. Il portait le nom de l’outil de travail de Pénard dans les haies : « chaque volume est formé de fragments réunis comme le fagot de bois qui résulte de la taille. »

Autres lieux de création littéraire, de dessin, d’expression d’une culture jeune (et parfois potache) dans les années 60 à 80, les journaux lycéens, paraissant de manière d’abord informelle. Ainsi, au lycée Gay-Lussac : Le Gay-Luron, Expression, Sciences infuses, Le Détecteur littéraire ou L’Echo du cancre.

En 1985, je crée à Limoges la revue d’art et de critique Analogie, imprimée par la Faculté des Lettres de Limoges, grâce à l’amicale complicité des doyens Valadas et Vareille. Elle accueille des textes littéraires et poétiques, de petits essais, des critiques diverses, des peintres, plasticiens et photographes – de Limoges, du Limousin et d’ailleurs (par exemple un inédit de Vladimir Nabokov). Avec des partenaires comme les librairies Page & Plume (Epoux Chaumard puis Maud Dubarry) et Anecdotes (la revue s’occupe à l’époque du directeur Jean-Marie Pontvianne, au début des années 1990, de la programmation culturelle de la librairie), ou le Festival des Francophonies et le Théâtre de La Passerelle, elle se veut aussi lieu libre et parfois irrévérencieux de rencontres, d’échanges, d’activisme culturel, organisant plusieurs colloques à propos de la poésie, des conférences (Elisabeth et Robert Badinter en 1989), des expositions, des spectacles musicaux, théâtraux, poétiques. Elle édite des œuvres littéraires et théâtrales (Jean-François Biardeaud, Dominique Papon, Bernard Cubertafond, Philippe Labonne…) et produit une émission sur Radio Trouble-Fête. Elle participe avec d’autres à la défense du Ciné-Union, de l’ancien hôpital, de la forteresse de Châlucet. En 2001, elle mue (sur idée conjointe avec Claude Bensadoun) en belle revue typographiée par René Salsedo, très vite reconnue nationalement : L’Indicible frontière, qui publie divers auteurs francophones, des textes bilingues (comme William Bronk traduit par Bernard Noël), des études littéraires (comme celle consacrée à André Beucler), des critiques et diverses œuvres de plasticiens. Nous continuons – jusqu’en 2007 et l’arrêt – à organiser diverses manifestations, comme un salon des revues avec rencontres d’auteurs, concerts, lectures publiques et théâtre (tout fut raconté dans le n° 9-10, « L’Amour à la plage »).

Au début des années 1980, la députée communiste Ellen Constans, adjointe du maire Louis Longequeue, décida de créer un salon du livre (celui de Brive existant depuis 1973) : « Lire à Limoges ». Installé désormais sous un chapiteau sur le parking du Champ de Juillet, il accueille chaque printemps divers auteurs et people, des stands associatifs, des rencontres et débats, des animations à destination des scolaires, et reçoit la visite d’un public nombreux. Monique Boulestin, députée socialiste et adjointe d’Alain Rodet, l’a dynamisé. En 1985, dans La fête des ânes, l’éditeur René Rougerie s’en démarqua en critiquant avec virulence ce type de manifestation. En 2014, c’est à l’occasion de ce salon que le nouvel adjoint à la culture Philippe Pauliat-Defaye (centre-droit) prononça son premier discours. D’éphémères salons de la revue ont existé dans les années 1980 puis 2000, organisés notamment par ALCOL puis par L’Indicible frontière (revues, petits éditeurs, expositions, lectures et concerts, théâtre), au Pavillon du Verdurier. L’association « Art et collection » animée par le libraire ancien Frédéric Bazin (librairie Livresse, longtemps installée à Limoges, aujourd’hui à Brive), organise régulièrement un marché aux livres anciens et d’occasion place de la République et, chaque automne, un salon réunissant de nombreux libraires anciens au Palais des expositions. L’éditeur Le bruit des autres (poésie, théâtre) a également été à l’initiative de plusieurs « rentrées buissonnières » automnales réunissant auteurs et éditeurs. Au début du XXIème siècle, grâce à la complicité d’auteurs de polars, de la cave L’hydropathe, de la librairie Page et Plume, réunis sous l’enseigne des « picrates », s’est mis en place Vins noirs, qui accueille en juin rue Haute-Vienne des auteurs de romans policiers et des vignerons. On constate donc que la vie littéraire est particulièrement active à Limoges, d’autant plus que des éditeurs s’y sont progressivement installés : Didier Mathieu (lui-même auteur), qui y anima Sixtus-Editions (livres d’artistes, catalogues d’exposition) dans les années 1980-90 ; ou, à la suite de René Dessagne puis de Lucien Souny (ancien libraire du Plaisir du texte, rue Jules Guesde) : Culture & Patrimoine en Limousin, Les Ardents Editeurs (maison dirigée par l’historien Jean-Marc Ferrer), les Presses Universitaires de Limoges, pour ne citer qu’eux.

La presse locale fait son possible pour accompagner les diverses parutions ou manifestations littéraires. Dans les années 1980, Dominique Papon anima l’excellente émission littéraire « Télécriture » sur France 3 Limousin, où il invita de nombreux auteurs, n’hésitant pas, par exemple, à interviewer Bernard Cubertafond… dans son lit à l’occasion de la sortie de L’Amour Flo.

A suivre!