19 Avr

Guillaume Deglise : « on va poursuivre le renouveau de Vinexpo à travers plus de contenus et de business »

A deux mois de Vinexpo 2017, son directeur général, Guillaume Deglise, donne un avant-goût du plus grand salon mondial des vins et des spiritueux, qui aura lieu du 18 au 21 juin à Bordeaux. Il est l’invité exclusif de Parole d’Expert pour Côté Châteaux.

Guillaume Deglise, le DG de Vinexpo, fin prêt pour l'édition 2017 © Jean-Pierre Stahl

Guillaume Deglise, le DG de Vinexpo, fin prêt pour l’édition 2017 © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Guillaume Deglise, il s’agit du 2e Vinexpo que vous organisez à Bordeaux, quelle configuration va avoir Vinexpo 2017 ? Y a-t-il une évolution, une révolution ? »

Guillaume Deglise : « L’idée de Vinexpo 2017 est un peu différente. Il y a deux ans nous avons travaillé sur l’environnement et la logistique, nous avons amené beaucoup de nouveautés. Cette année, l’accent est moins axé sur l’aménagement (la configuration restera quasi similaire avec le salon à l’intérieur du parc des expositions (hall 1 et hall 3) et le salon tourné vers le lac avec les terrasses du lac et la célèbre passerelle) mais davantage sur le contenu du salon. Le business, c’est l’axe majeur. On a beaucoup plus travaillé sur le programme et facilité le business pour nos exposants. »

On a voulu mettre l’accent sur le business en créant des outils de mise en relations entre exposants et visiteurs, pour favoriser le courant d’affaires »

« Des outils, pour une meilleure rentabilité sur investissement, ça c’est important. Nous ciblons en particulier les marchés comme la Scandinavie, la Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, et bien sûr la Chine et les Etats-Unis qui sont les deux grands pays visiteurs après la France.

Nous allons continuer les « One to Wine meetings » pour permettre beaucoup de rencontres avec les acheteurs, mais aussi les WOW ! »

JPS : « c’est quoi ces WOW ?!? »

Guillaume Deglise : « WOW pour World Organic Wines, c’est du bio, c’est un espace dédié aux vins bio et en biodynamie. Il y aura dans le hall 3 des dégustations, mais aussi des rencontres avec des viticulteurs dans un esprit qui correspond aux nouveaux exposants ». 

Dans certains pays, le bio représente entre 10 et 15 % et même 20 % sur les pays scandinaves. C’est beaucoup plus qu’une tendance, c’est normal de le distinguer de façon plus claire sur le salon ».

« WOW se conjuguera avec une série de conférences sur les vins bio et en biodynamie. »

IMG_4767JPS : « Il y aura d’autres conférences et notamment sur le Brexit ? »

Guillaume Deglise : « Il y aura une série de conférences en effet, tout d’abord, sur les changements climatiques, c’est une première, avec le Wine Spectator, animée par Dana Nigro ; c’est une problématique à laquelle les vignerons et le négoce vont être confrontés dans les années à venir. »

« Et puis, il y aura la conférence sur le Brexit, un thème d’actualité, pour le moment l’impact est surtout lié avec le taux de change, mais j’ai hâte d’entendre les conclusions de nos invités sur le marché. Une conférence qui sera animée par Jane Anson, de Decanter.

« Il y aura aussi une conférence sur le E-Commerce qui intéresse beaucoup de professionnels, qui se développent grâce à internet, notamment en Chine. »

JPS : Est-ce que la disparition du Hall 2 va être préjudiciable pour les exposants, y en a t-il moins du coup ? »

Guillaume Deglise : « Le Hall 2 en 2015 a été utilisé pour les conférences et masterclass, mais les conditions n’étaient pas optimales, c’est ce qui a conduit Congrès et Expositions de Bordeaux à le démolir et à partir sur un nouveau projet. Les salles de conférences et masterclass seront dans le hall 3, on pourra y accéder plus facilement. »

En terme d’exposants, nous en avons 2350, un nombre similaire, en espace également, on a revu l’implantation, certains ont bougé, il y a toujours une optimisation; Vinexpo c’est 48500 visiteurs de 151 pays ! »

JPS : « Qu’en est-il des prix des stands des exposants ? Y a-t-il eu une augmentation ? »

Guillaume Deglise : « Les prix ont été gelé cette année, car nous perdons un jour de salon, c’est un format plus concentré sur 4 jours. Mais nos prestataires, eux n’ont pas gelé leurs prix. Quant aux tarifs ? Ce n’est pas un secrêt : 290 à 365 € prix du M2 stand nu, et nous avons une nouvelle offre cette année un stand équipé à partir de 3300 € HT les 16 m2 équipés par nos soins. C’est une nouveauté qui a très bien marché. On a pu dire que c’était un salon chet et fermé pour les petites structures, en tout cas ce n’est plus le cas aujourd’hui :

Vinexpo est ouvert à de grandes maisons de négoce mais aussi à de petites structures familiales. »

Guillaume Deglise prépare une édition © JPS

Guillaume Deglise prépare une grande édition  Vinexpo 2017 © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Entre ProWein et Vinexpo, y a-t-il une concurrence farouche, les créneaux sont-ils les mêmes, Vinexpo garde-t-il davantage d’aura que ProWein ? »

Guillaume Deglise : « C’est un sujet très à la mode, c’est vrai qu’il y a un Vinexpo Bashing et je le regrette vivement. »

L’équipe en place depuis 2014 travaille pour faire de Vinexpo l’Evénement des Vins et Spiritueux dans le monde. Vinexpo est désormais une marque internationale sur 3 continents entre Bordeaux, l’Asie et New-York en 2018″

« Entre 2015 et 2017, nous avons répondu à de nombreux griefs des participants de Vinexpo et nous allons continuer à l’améliorer, à faire progresser cet événement. Mais on a plus besoin d’un élan collectif que d’un Vinexpo bashing. J’attache beaucoup d’importance à ce que nous disent les étrangers : « c’est une belle ville et vous avez beaucoup de d’avantages à faire ce salon à Bordeaux. »

« Après comparez les 2 structures : la Messe à Dusseldorf ce sont des centaines de collaborateurs et plusieurs salons, nous nous ne sommes que 25, en monostructure, pour un méga-salon tous les 2 ans à Bordeaux, alors que c’est tous les ans à Dusseldorf ».

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JPS « Quelle est finalement la philosophie de Vinexpo 2017 »

Guillaume Deglise : « La philosophie de cette année est de poursuivre le renouveau de Vinexpo à travers plus de contenus et de business. C’est aussi inviter tous les visiteurs étrangers et français à redécouvrir Bordeaux, son hospitalité et les améliorations de la ville. Ce sera un très beau Vinexpo 2017 et les deux derniers millésimes bordelais sont des atouts pour Vinexpo cette année. »

JPS : « Au niveau développement, Vinexpo va donc faire son grand retour à New-York ? »

Guillaume Deglise : « La stratégie a beaucoup évolué depuis les premières tentatives à New-York, avec une équipe différente et un marché qui a évolué depuis 2002; en 2010, le marché américain est devenu le 1er marché consommateur de vins au monde et il est appelé à progresser au moins sur les 5 prochaines années. Le marché US n’a pas de production suffisante et fera appel à des vins d’importation. En plus il a envie de chercher de nouveaux produits, il y a donc encore des places à prendre. (…)

« Ce sera un format court sur 2 jours, très orienté sur le business, avec des stands équipés et un tarif d’entrée limité à 5000 dollars. Ce sera un salon avec quelques centaines de participants mais qui sera amené à progresser. »

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JPS : « Cette année Vinexpo reçoit les Espagnols comme invités d’honneurs ? »

Guillaume Deglise : « C’est en effet l’Espagne qui est invité d’honneur, comme les USA il y a 2 ans ou encore l’Italie à Hong-Kong l’an dernier. Sans trop en rajouter, c’est symbolique, cela permet aux Espagnols de s’exprimer (il y aura une soirée espagnole le lundi soir), c’est l’occasion de mettre en avant la diversité des régions et la qualité des vins espagnls. Il y a quelques critiques en ce moment envers l’Espagne, ce ne sont pas que des vins en vrac, nous défendons les vins espagnols de qualité. »

JPS : « Quant aux soirées ? The Blend est reconduit ? »

Guillaume Deglise : « On ne fera qu’une soirée The Blend le mardi soir, cela commencera un peu plus tôt à 19h, pour ceux qui souhaitent venir pour l’apéritif et dîner après, et jusqu’à 1h du matin, au Palais de la Bourse. »

« Il y aura cette année encore les Vin’Expériences, avec Terre de Vins, dimanche lundi et mardi, des soirées de dégustation ouvertes au grand public. »

En attendant Côté Châteaux souhaite un bon Vinexpo 2017 et rendez-vous dès le 18 juin, comme un certain appel.

11 Avr

Stéphane Toutoundji sur le millésime 2016 : « c’est un millésime exceptionnel, les grands qui étaient grands en 2015 sont encore plus grands en 2016 »

L’oenologue et co-dirigeant d’Oenoteam à Libourne, Stéphane Toutoundji, commente pour Côté Châteaux le millésime 2016. Un millésime d’une belle homogénéité, aux tanins très soyeux, avec de belles acidités, un millésime de garde, incontestablement.

Stéphane Toutoundji a le soutire comme pour le 2016 © JPS

Stéphane Toutoundji a le sourire avec ce 2016 © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Stéphane Toutoundji, expliquez-nous, après cette semaine de dégustation de primeurs, quelles impressions vous laisse le 2016 ? »

Stéphane Toutoundji :  » C’est un millésime exceptionnel, les grands qui étaient grands en 2015 sont encore plus grands en 2016.

On a une belle homogénéité, des couleurs très profondes, des vins très racés, des tanins très présents mais en même temps très soyeux ».

« Toutes les appellations sont bien loties, et les professionnels du vin du monde entier qui sont venus goûter ont constaté que 2016 est vraiment un millésime exceptionnel à Bordeaux ».

« Le vignoble a été très bien travaillé, on a eu la pluie quand il fallait, les vendanges se sont déroulées dans le calme, sans tension, on a pu ramasser quand on voulait, on a pu vinifier comme on voulait, tes terroirs ont réagi différemment, mais tous les terroirs ont donné des vins de belle qualité, de belle race et on a vraiment un très très grand millésime. »

Jean-Pierre Stahl : « Quelle est la différence, finalement, avec le 2015 ? »

Stéphane Toutoundji : « Par rapport à 2015, on a des couleurs un peu plus profondes, une palette aromatique un peu différente, notamment sur les terroirs un peu forts ».

En 2015, on a des tanins un peu plus marqués, en 2016 on a un peu plus d’acidité et un peu plus d’alcool. »

Jean-Pierre Stahl : « Il y a plus d’homogénéité que pour le 2015 ? »

Stéphane Toutoundji : « Il y a plus d’homogénéité que pour le 2015. Après en 2015, les gens qui avaient un peu laissé leur vignoble faire ont réussi de très jolis vins, mais en 2016 ceux qui se sont appliqués dans le vignoble et qui ont eu des terroirs qui ont bien réagi ont vraiment des vins exceptionnels. 2015 on a une moyenne très bonne, 2016 on a des vins exceptionnels et une moyenne très bonne. On a plus de vins exceptionnels en 2016 qu’en 2015. »

Jean-Pierre Stahl : « Par rapport à cette homogénéité, est-ce que l’on peut le comparer au 2009 ? »

Stéphane Toutoundji : « Non, 2009 est un millésime plus mûr avec des acidités plus basses. On aime bien à Bordeaux comparer des millésimes, mais cette année on ne peut le comparer à rien en fait. C’est un autre grand millésime, exceptionnel, certains disent qu’on n’a jamais vu cela.

On a du volume, ce qui est bien, des couleurs, mais intenses comme rarement, une palette aromatique formidable, une prise de bois et une délicatesse, tout et remarquable en fait.

« C’est le millésime qui est sorti de nul part car on ne pensait pas avoir ce millésime avec le printemps qu’on a eu et la pluie, et en fait on s’est retrouvé avec un millésime avec un été sec et des pluies d’orage comme il fallait en septembre et en août, qui nous ont permis de vendanger comme on voulait et on a vraiment un millésime exceptionnel, avec une race et une élégance rarement atteint ».

Jean-Pierre Stahl : « Est-ce qu’un millésime comme celui-là vous a donné plus ou moins de travail ? »

Stéphane Toutoundji : « Cela nous a donné plus de travail… En fait, plus les millésimes sont aboutis, plus après cela dépend de ce que veulent faire les propriétaires et du type de vin qu’on va faire. Cette année, il y a des gens qui ont vendangé très tôt, des gens qui ont vendangé très tard, donc en fait plus on étale les vendanges, plus on a des solutions techniques différentes. Cette année, on avait beaucoup d’options techniques, avec le bois, avec les vinifs intégrales,… en fait cela a donné beaucoup de travail. »

Jean-Pierre Stahl : « Est-ce qu’on peut dire que ce sera un millésime de garde ? »

Stéphane Toutoundji : « Oui, parce ce qu’on a pas mal d’alcool, on a des acidités totales très marquées, des PH relativement bas, donc ce sera un millésime de garde, ça c’est clair surtout rive gauche, rive droite peut-être un peu moins mais Pomerol, les argilo-calcaires sur Saint-Emilion, et le Médoc en général notamment Saint-Estèphe et Saint-Julien on a des vins vraiment remarquables pour la garde ».

Regardez l’interview de Stéphane Toutoundji par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot :

09 Avr

Fabrice Bernard sur le système des primeurs : « c’est quand même extraordinaire pour les vins de Bordeaux qu’on parle d’eux à un instant T et dans le monde entier ».

Le Pdg de Millésima considère que les primeurs a Bordeaux ont encore de beaux jours devant eux. La place de Bordeaux se renforce d’ailleurs avec des vins étrangers qui souhaitent être commercialisés par son biais. Quant aux prix, jusqu’ici Bordeaux reste encore raisonnable par rapport à ses concurrents directs. Fabrice Bernard est l’invité de Parole d’Expert pour Côté Châteaux.

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima au tasting des crus classés de Saint-Emilion au château Villemaurine © JPS

Fabrice Bernard, le Pdg de Millésima au tasting des crus classés de Saint-Emilion au château Villemaurine © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Fabrice Bernard, ce système des primeurs, on a vu qu’il était mis à mal après la sortie du 2013, est-ce qu’on peut dire qu’avec ce millésime et les précédents, il est relancé ? »

Fabrice Bernard : « Je pense que quand on a un grand millésime, tout le monde est intéressé ; et le système des primeurs, c’est quand même extraordinaire pour les vins de Bordeaux qu’on parle d’eux à un instant T et dans le monde entier ».

« Je vois aujourd’hui qu‘il y a de plus en plus de vins italiens qui s’intéressent à la place de Bordeaux, des vins américains qui commencent à venir sur la place de Bordeaux pour être distribués par la place de Bordeaux… donc la place de Bordeaux est forte et les primeurs sont un outil de communication extrêmement puissants pour la place de Bordeaux et pour les vins de Bordeaux, donc ce serait bien dommage de s’en priver ».

« Il y a peut-être eu quelques erreurs par le passé, mais je pense qu’aujourd’hui les primeurs sont un moment qui est incontournable, et on le voit bien, il y a des Américains qui sont présents, des Asiatiques qui sont présents, et bien sûr des Européens aussi ».

JPS : « Le 2013 s’était vendu de quelle manière au final ?

Fabrice Bernard : « Pour être clair, le 2013 ne s’est pas forcément bien vendu sur le marché européen ou américain, il s’est surtout vendu sur le marché asiatique. Il a aussi trouvé un deuxième marché une fois qu’il est devenu livrable sur finalement la restauration et bien sûr les ventes aux particuliers.

« Pourquoi ? Parce que le millésime 2013 est un vin qui n’a pas la structure tannique d’un 2016, c’est une évidence, par contre c’est un vin qui est agréable à boire aujourd’hui. Hier il y a une propriété, Pontet Canet, qui faisait goûter des 2007 et les 2007 avaient finalement la même réputation que les 2013, d’être des vins un petit peu plus légers, avec une structure moins forte, et je vous promets qu’au déjeuner je veux bien boir cela tous les jours à table sans aucun problème ».

JPS : « Avec ce 2016 qui fait suite aux 2015 et 2014, on peut dire qu’on tourne une page 2011-2012-2013 qui était un peu plus faibles à Bordeaux ? »

Fabrice Bernard : « Je pense qu’on tourne cette page, Bordeaux a su être raisonnable sur les prix en 2013 et 2014, les a légèrement augmenté en 2015, et si vous voulez, pendant ce temps là on a les vins américains, les vins italiens et puis même les vins bourguignons qui ont augmenté très fortement leurs prix, ce qui fait qu’une bouteille de Bordeaux devient raisonnable par rapport à sa concurrence, en terme de même rapport qualité-prix évidemment. »

Regardez l’interview de Fabrice Bernard réalisée par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot

08 Avr

Stéphane Derenoncourt sur le 2016 : « c’est un millésime qui peut allier à la fois une grande maturité et une grande fraîcheur, c’est un millésime superbe »

Stéphane Derenoncourt organisait cette semaine son traditionnel tasting « la Grappe », au château La Gaffelière à Saint-Emilion. Une dégustation des vins des propriétés qu’il conseille. L’occasion de revenir sur le millésime 2016 et les perspectives d’avenir pour les primeurs à Bordeaux. Il est l’invité de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Stéphane Derenoncourt a connu une belle affluence à la Grappe au château la Gaffelière © JPS

Stéphane Derenoncourt a connu une belle affluence à la Grappe au château la Gaffelière © JPS

Jean-Pierre Stahl : « Stéphane Derenoncourt, qu’en est-il du millésime 2016, comment l’avez-vous goûté, comment le jugez-vous ? »

Stéphane Derenoncourt : « Après l’avoir vécu parfois difficilement, je l’ai plutôt bien goûté et je le juge plutôt bien. C’est un millésime assez étonnant, assez extraordinaire aussi parce que c’est un millésime qui part très mal, assez difficile à gérer dans la période de printemps, et puis le phénomène s’inverse avec un été fabuleux. Finalement en conclusion : un millésime assez froid, malgré tout, ce qui fait qu’avec une arrière saison magnifique on arrive à aller chercher des maturités superbes.

C’est un millésime qui peut allier à la fois une grande maturité et une grande fraîcheur, c’est un millésime superbe, il n’y a pas d’exotisme, il est très identitaire, on reconnaît les régions, on reconnaît les terroirs, c’est un très très beau millésime.

JPS : « Cela va être un millésime marquant ici à Bordeaux ? »

Stéphane Derenoncourt : « Cela va être un millésime marquant, pour sûr. On est en fait sur un millésime qui se goûte bien…

Il est très équilibré, il va durer longtemps, il a un potentiel de garde extraordinaire et surtout il aura marqué l’état d’esprit des vignerons.

« C’est un millésime où on n’aurait peut-être pas du faire de vin, c’est un millésime miraculé, la floraison ça a été un miracle. Il pleuvait tout le temps, ça s’est arrêté 10 jours. Tout le vignoble a fleuri très groupé, avec une floraison qualitative, il y a pas mal de rendement, il y a du vin.

Il y a de la quantité, de la qualité, c’est un millésime qui donne le sourire.

JPS : « Pour le système des primeurs, quelque part cela relance les dés ? »

Stéphane Derenoncourt : « Ca peut les relancer oui, ça peur relancer les dés parce qu’il y a une grande qualité de millésime…  

C’est le second , parce qu’il ne faut pas oublier que 2015, c’est un millésime assez extraordinaire.

Donc ça peut le relancer à partir du moment où la demande est suffisamment forte pour accepter les volumes.

JPS : « Pour autant, est-ce que le système des primeurs est pérennisé avec cela ? »

Stéphane Derenoncourt : « On voit depuis quelques années une fragilisation de ce système pour plusieurs raisons, la principale c’est la spéculation, les prix ont beaucoup monté, les vins sont aujourd’hui assez chers, donc c’est un système qui se resserre au sommet de la pyramide avec les marques qui sont les plus difficiles à obtenir si on ne les achète pas en primeurs (notamment pour tous les 1ers cc) et qui a tendance à s’affaisser pour le reste, simple ment parce que le système fonctionne à partir du moment où toute la chaîne d’opérateurs peut trouver une certaine excitation à vendre ces vins et surtout gagner de l’argent ».

A partir du moment où les prix sortent trop hauts, derrière il n’y a pas de plus-values qui se font.

« Cela laisse un intérêt moindre à acheter les vins en primeurs sinon leur rareté. Et le système s’épuise. Mais oui, c’est un système qui va fonctionner, c’est même une grande opportunité pour Bordeaux de faire un come-back parce que c’est un système qui intéresse les grands crus mais aussi dans un millésime comme ça tout est bon. Et les gens vont pouvoir découvrir qu’ils vont pouvoir s’offrir des vins pour un un rapport qualité-prix incroyable ».

« C’est vrai que si Bordeaux revient avec un millésime sympa, un peu de volume et des prix exceptionnels, cela va remonter la cote de popularité de Bordeaux qui est un peu basse en ce moment. »

Regardez l’interview de Stéphane Derenoncourt réalisée par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot :

04 Avr

Olivier Bernard sur les primeurs à Bordeaux : « on a eu la chance de produire 2009 et 2010, il n’y a pas si longtemps, et 2016 c’est du même niveau »

 » Quand vous avez des vins comme ça, ce sont des grands, grands millésimes ». Olivier Bernard, propriétaire du Domaine de Chevalier et Président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, se confie à Côté Châteaux en exclusivité sur le millésime 2016. Il est l’invité de parole d’expert.

Olivier Bernard, le président de l'Union des Grands Crus de Bordeaux, organisateur des dégustations primeurs à Bordeaux © JPS

Olivier Bernard, le président de l’Union des Grands Crus de Bordeaux, organisateur des dégustations primeurs à Bordeaux © JPS

Jean-Pierre STAHL : « Olivier Bernard, tout le monde parle du 2016 comme d’un millésime exceptionnel. Est-ce un nouveau millésime du siècle ? »

Olivier Bernard : « Bordeaux a parfois la réputation de raconter des histoires, mais là il n’y a pas d’histoire. Quand vous avez des vins comme ça, ce sont des grands grands millésimes. Cela fait partie des quelques millésimes que l’on produit dans la vie d’un homme. On a eu la chance de produire 2009 et 2010, il n’y a pas si longtemps, et 2016 c’est du même niveau. Est-ce que c’est meilleur que 2015 ? Chez nous oui, certains vous diront que non, mais sur l’ensemble du bordelais j’ai l’impression que 2016 dépasse un peu 2015. « 

Ce millésime 2016, il est très Bordeaux… Il est très vertical, structuré, puissant et droit. »

« On ne sent pas l’alcool, ni une certaine sucrosité, ni de la barrique, ni de la surmaturité ou de la surextraction, ce sont des vins très bien définis, très purs, très droits, c’est ça les grands Bordeaux. »

« Et en plus, il y a ce petit supplément d’âme, qui des fois sur des vins un peu trop droits peuvent frôler l’austérité. Sur ce 2016, on a des couleurs profondes, des vins puissants et verticaux à la fois, mais en même temps il y a un charme. On le sent dès le nez, on a un côté aromatique étonnant. Ce côté aromatique s’il se révèle très tôt, c’est qu’il y a une très belle maturité et ce côté équilibre ».

Les grands vins comme les grands hommes ne s’expriment bien que s’ils sont en parfait équilibre, on est su des notes de terroir et de cerise noire »

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Jean-Pierre Stahl : « Quant au système des primeurs, est-il relancé, et à quels prix faut-il s’attendre ?

Olivier Bernard : « Le système des primeurs est passé par deux excès : il est passé par deux grands millésimes 2009, 2010 avec la surchauffe chinoise qui a fait que l’on est monté sur le millésime 2010, sur certains crus, trop haut. Je me rappelle des vins qui se sont vendus très chers en sortie de propriété mais qui coûtaient le double 15 jours plus tard. Cela veut dire que c’est le marché qui a aspiré ces vins à un peu n’importe quel prix. Donc une folie non maîtrisée du marché. Et nous qui aimons les très grands vins, qui partent à des prix de folie, on est un peu énervé…Donc 2010 a été un des premiers éléments qui a participé au Bordeaux bashing ».

« Et puis derrière manque de chance : 2011, 2012 et 2013, trois millésimes de consommation rapide, des beaux millésimes mais pas des grands millésimes de Bordeaux. Ces 11, 12, 13 ont été un deuxième élément qui ont fragilisé les primeurs. Donnez moi une bonne raison d’acheter des 2013 en primeur, il n’y en avait pas beaucoup ».

« Avec 2014, 2015 et 2016, on est revenu dans un cycle tout-à-fait normal à Bordeaux et ceux qui ont acheté des 2014 ont fait de très bonnes affaires, aujourd’hui cela vaut au moins 30% plus cher qu’en primeur. 2015, on a fait un très grand millésime qui s’est vendu au bon prix ».

« Bien sûr on va parler des exceptions. Je veux rappeler que Bordeaux, c’est 6000 châteaux. Dans une année comme 2016, sur ces 6000, il y a 400 châteaux qui vont se vendre en primeur. Sur ces 400, admettons qu’il y en ait 10% qui pètent un peu les plombs, ça fait 40. Peut-être qu’il y a une quarantaine de crus qui peuvent un peu sortir des prix. Bordeaux c’est 6000 châteaux, 5960 seront au bon prix, j’aime bien parler de la règle, plutôt que de l’exception. Et trop souvent en France, on parle de l’exception, parlons de la règle. »
Regardez l’interview d’Olivier Bernard, le président de l’UGCB réalisée par Jean-Pierre Stahl et Sébastien Delalot :

Jean-Pierre Stahl : « Pour ces primeurs, il y a de nombreux étrangers de retour, non ? »

Olivier Bernard : « Le millésime 2014 et le millésime 2015 ont redonné confiance au marché, les gens ont gagné de l’argent, globalement 2014 et 2015 se sont vendus au bon prix avec de très bons niveaux de qualité. En 2014, c’était l’année où on pouvait acheter des grands crus, y compris des 1ers crus. Ils étaient à un prix raisonnables ».

« 2015 et 2016 sont des années plus cotées, plus chères, et c’est normal. Car en 2016, on va avoir beaucoup de gens qui vont s’intéresser à ce millésime. On le voit, en tant que président de l’Union des Grands Crus, on a déjà 6500 inscrits, professionnels du monde entier, contre 4500 précédemment. Ca peut créer une forte demande. Après les propriétaires de châteaux devront faire extrêmement attention et il y a un avantage très marqué sur ce millésime, c’est qu’on a fait de la production, un certain volume. Et quand un propriétaire a fait un certain volume, il doit vendre au bon prix, sinon le marché ne lui prendra pas. Parce que dans un marché comme celui-là, comme il y a du vin, eh bien on ira acheter chez le voisin.

« Donc je suis assez confiant sur la mise en marché de ce 2016. Sur les 122 crus présentés ce matin à l »Union des Grands Crus, je peux déjà vous dire qu’il y en a déjà cent qui ne seront pas chers ».

30 Nov

Vins de Saint-Emilion et Thés de Pu’Er : des boissons millénaires ou « quand les civilisations du thé et du vin se rejoignent »

Le 9 décembre prochain ouvrira dans la province du Yunnan en Chine le Musée National du Thé Pu’Er. Un Musée où les Vins de Saint-Emilion-Pomerol et Fronsac trouveront une large place puisqu’une exposition leur est consacrée. Les acteurs girondins et chinois ont écrit une page d’histoire commune en jouant sur leurs similitudes et sur leur philosophie du terroir. Une délégation de 28 Girondins y est attendue. Franck Binard, directeur des Vins de Saint-Emilion est l’invité de Parole d’Expert.

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L’histoire a débuté il y a quelques années déjà. Bien qu’éloignées de plus de 9000 kilomètres, la ville de Libourne, au coeur des vignobles de Saint-Emilion – Pomerol – Fronsac, et la ville de Pu’Er ont conclu le 30 octobre 2012 un échange culturel et économique autour de leurs cultures respectives : le vin et le thé. Les deux cités honorent ainsi ces éléments clés de leur patrimoine et soulignent les nombreuses similarités qui existent entre leurs deux civilisations et ces produits, symboles d’un terroir et du savoir faire ancestral des Hommes. Depuis l’Asie où il est déjà parti, Franck Binard, directeur du Conseil des Vins de Saint-Emilion explique la genèse et la philosophie de ce rapprochement.

Jean-Pierre Stahl : « Comment cette histoire et ces relations ont-elles débutées ? »

Franck Binard : « Cela a été initié il y a bientôt 5 ans. On a jumelé la ville de Libourne et Pu’Er dans le cadre d’une coopération économique et culturelle, on a fait des échanges et des dégustations des vins de Saint-Emilion et des Thés de Pu’Er. Ce sont des thés reconnus comme étant à l’origine du thé dans le monde. C’est une région montagneuse très belle, une histoire millénaire avec leurs théiers. Il y a un écho évident avec Saint-Emilion, il y a un nombre de points communs évidents avec Saint-Emilion, cité millénaire. »

JPS : « Et du coup, il y a eu votre participation au sien du Musée National du Thé de Pu’Er ? »

Franck Binard : « On a signé un accord il y a deux ans afin qu’ils nous mettent à disposition le hall principal du Musée National du Thé. Depuis 18 mois, on travaille sur cette opération baptisée « quand les civilisations du thé et du vin se rejoignent ». On va y célébrer les deux cultures qui ont en commun les choix de sol, l’adéquation des variétés, les assemblages, de la fermentation… » Il y a des points communs à toutes les étapes et jusque dans l’art de la dégustation.

Regardez « Thés de Pu’Er et vins de Saint-Emilion – Pomerol – Fronsac – Des terroirs partagés » (épisode 1) par © Vins de Saint-Emilion avec Pierre Lurton, directeur général de Cheval Blanc, et Lydia Gautier, experte en thé :

JPS  : « Qu’avez vous choisi d’exposer au sein du Musée National du Thé »

Franck Binard : « On a collecté auprès des viticulteurs de nombreux objets pour retracer le cycle de la vigne et du vin…On a un grand pressoir, un érafloir, des hottes, des sécateurs mais aussi tout ce qui touche à l’art de la table avec des carafes, des verres soufflés; on a également mis en avant l’univers des bouchons avec des écorces de liège. 

« Il y aura aussi une table des senteurs où les gens devront découvrir les arômes liés au vin.  Par ailleurs, une large place est faite à la partie culturelle avec l’architecture et le patrimoine, on va également évoquer la Cité du Vin de Bordeaux à travers une maquette holographique. On a essayé d’être assez exhaustif avec une scénographie, en faisant constamment référence à nos deux produits. »

Regardez « Thés de Pu’Er et vins de Saint-Emilion – Pomerol – Fronsac – Des terroirs partagés » par © Vins de Saint-Emilion avec Pierre Lurton, directeur général de Cheval Blanc, et Lydia Gautier, experte en thé :

Très renommés, les thés de Pu’Er ont une longue histoire culturelle. Originaires de régions de la province du Yunnan : Pu’er, Xishuangbanna, Lincang, etc., les thés de Pu’Er sont classés en deux catégories : les Pu’Er traditionnels qui sont élaborés par une fermentation naturelle (un simple stockage par exemple), et les Pu’Er modernes élaborés par une fermentation artificielle.

07 Août

Millésime 2016 en Bordeaux : « globalement, cela pourrait être sympa » selon Nicolas Lesaint

Petit coup de sonde du côté de Saint-Loubès en Gironde, au château de Reignac concernant la vendange à venir. Nicolas Lesaint, responsable technique du domaine, est l’invité de Parole d’Expert dans Côté Châteaux. Il confirme de « grosses sorties de raisins », « pas de stress hydrique », certes « un millésime un peu chaotique, qui ne sera pas un 2010, ni un 2009 mais qui pourra être quelque chose de chouette. »

Au domaine de Reignac en ce début août © Nicolas Lesaint

Au domaine de Reignac, le merlot se plaît bien en ce début août © Nicolas Lesaint

Jean-Pierre Stahl : « Bonjour Nicolas, quel est à ce stade l’état de la vigne ? »

Nicolas Lesaint : « Ca fait un mois qu’il n’a pas plu, cela nous a aidé pour assurer au niveau pression de la maladie et du mildiou en particulier. Avec les 850 millimètres pluie qu’on a pris depuis le début de l’année du côté de Saint-Loubès et de Pompignac (en Gironde), soit 200 mm de plus que dans le Libournais, on a pas mal de réserve souterraine en eau. Par ailleurs, il fait chaud en extérieur, ce qui favorise la pousse de la vigne, sans stress hydrique (du à la réserve souterraine) sur le grossissement des baies, ce qui est super bien. On a eu un peu peur un week-end à 40-41° C, il y a eu quelques coups de chaud dans les cabernet-sauvignons mais rien d’inquiétant. »

JPS : « Au niveau mûrissement, où en est-on de la véraison ? »

Nicolas Lesaint : « Les premières baies en rouge ont vairé au début de la semaine dernière, mais ça ne se bouscule pas très vite. Pour l’instant, on constate un retard de 10 jours sur la véraison par rapport à l’an dernier et une semaine de retard globalement. Il y a eu 10 mm de pluie sur le début de véraison, ce qui n’était pas mal ».

JPS : « Qu’en est-il de l’aspect sanitaire ? »

Nicolas Lesaint : « On a constaté un très forte pression de vers de grappe sur Bordeaux. On va être obligé de traiter au niveau de la 3e génération. Il y a pas mal de grosses perforations, 20 à 30 % sur certains secteurs. Il va falloir arrêter cela d’ici 10 jours, sinon on risque d’avoir du botrytis avec ces perforations de baies. »

JPS : « Quant aux volumes, que peut-on déjà dire ? »

Nicolas Lesaint : « On a eu de très grosses sorties de raisins, les vendanges vertes ont été normales. Avec les attaques de mildiou, il y a des parcelles en bordelais avec 10-20 % de pertes, c’est un phénomène national  cette année, du à l’hiver doux, au printemps humide et au phénomène de rayonnement solaire. »

JPS : « Au final, que peut-on déjà dire de ce millésime 2016 qui s’annonce… ? »

Nicolas Lesaint : « Globalement, ça peut être un truc sympa. La fleur s’est passée vite, ce qui a donné une homogénéité, la vigne s’arrête de pousser, toute la véraison ne devrait pas tarder, les 10 prochains jours devraient être secs, mais il y a une grosse réserve d’eau en souterrain. »

« Au moins, ce sera sympa voire bon ! C’est un millésime chaotique, on ne sera pas sur un 2010, ni un 2009, mais ça peut être quelque chose de chouette. »

Interview de Nicolas Lesaint du château de Reignac par Jean-Pierre Stahl

Retrouvez le blog de Reignac et de Nicolas Lesaint

04 Août

Ronan Kervarrec, le nouveau chef de l’Hostellerie de Plaisance : « la bonne cuisine passe par de bons produits, c’est aussi simple que cela »

Entretien exclusif avec Ronan Kervarrec, le tout nouveau chef qui, à 47 ans, vient de reprendre les rênes de Plaisance à Saint-Emilion. Dirigeant précédemment les cuisines du Château de la Chèvre d’Or à Eze Village (06), il y avait décroché 2 étoiles au guide Michelin. Ce Breton au caractère bien trempé, propose une « cuisine facile à lire et à identifier », axée notamment sur « l’océan ». Un chef à la « cuisine franche et honnête » qui se livre dans Parole d’Expert pour Côté Châteaux.

Renan Kervarrec : "j'ai mon propre style, ma propre cuisine" © Jean-Pierre Stahl

Ronan Kervarrec : « j’ai mon propre style, ma propre cuisine » © Jean-Pierre Stahl

Jean-Pierre Stahl : « Ronan Kervarrec, vous êtes arrivé il y a plus d’un mois, comment trouvez-vous, tout d’abord, Saint-Emilion et Plaisance ? »

Ronan Kervarrec : « Magnifique ! Saint-Emilion, ça ne me change par trop d’Eze-Village car c’est médiéval comme ici. Plaisance est un établissement avec du goût, raffiné, et aussi avec une situation exceptionnelle.

A déguster une petite soupe de laitue avec crème au piment d'Espelette...

A déguster : une petite soupe de laitue avec crème au piment d’Espelette…© JPS

JPS : « C’est pour vous un nouveau challenge ? »

Ronan Kervarrec : « Oui, je quitte un 2 étoiles et je reviens dans  un restaurant qui avait 1 étoile au Michelin avec Cédric Béchade. Oui, l’objectif, c’est de récupérer les 2 étoiles Michelin. »

La salle de restaurant de l'Hostellerie de Plaisance © JPS

La salle de restaurant de l’Hostellerie de Plaisance © JPS

JPS : « Est-ce difficile de succéder à Cédric Béchade et, encore avant, à Philippe Etchebest ? »

Ronan Korvarrec : « J’ai mon propre style, ma propre cuisine. J’ai aussi succédé à Philippe Labbé, espoir 3 étoiles, deux années de suite… Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire et je vais faire ce  que j’ai à faire. Je ne me calque pas sur les autres chefs de cuisine. »

Petite tartelette de betterave acidulée et boule de pastèque, sablé crème de livech et cône tartare d'algue crémeux au citron vert © JPS

Petite tartelette de betterave acidulée et boule de pastèque, sablé crème de livech et cône tartare d’algue crémeux au citron vert © JPS

JPS : « Alors Ronan Kervarrec, quel type de cuisine allez-vous proposer ici à Plaisance ? »

Ronan Kervarrec : « Je suis plutôt océan, tourné côté océan avec ses coquillages, fruits de mer, crustacés, poissons, j’aime les algues, j’aime l’iode, l’agrume, le fumé, le grillé et l’amertume. Ca, c’est ce que j’aime vraiment dans la cuisine. Je fais une cuisine très simple, facile à lire et à identifier. 

Je ne recherche que les beaux et bons produits, j’essaie d’aller directement à la source, d’aller les chercher directement chez les producteurs. »

« C’est une cuisine qui est franche et honnête, j’aime que l’on reconnaisse ce que l’on mange, une lecture de l’assiette simple mais faite pour déguster avec du goût. »

Renan Kervarrec, avec les propriétaires de Plaisance et de château Pavie Chantal et Gérard Perse : "c'est un Breton, il a du caractère, une fierté, il a du talent, il sait ce qu'il veut et c'est tranché, c'est carré..." © JPS

Ronan Kervarrec, avec les propriétaires de Plaisance et de château Pavie Chantal et Gérard Perse : « c’est un Breton, il a du caractère, une fierté, il a du talent, il sait ce qu’il veut et c’est tranché, c’est carré… » © JPS

JPS : « J’imagine que mis à part l’océan, vous avez d’autres spécialités… »

Ronan Kervarrec : « Oui, j’aime aussi les abats comme le ris de veau, les fois, les coeurs, les fraises de veau, j’aime le boeuf mais pas le filet, les palerons, des viandes qui ont du goût, de la mâche. J’aime aussi la volaille, le pigeon, le gibier, les champignons, les noisettes, les châtaignes, des produits qui ont du goût, caractéristiques de la puissance et de la finesse. En fait j’aime beaucoup de choses. »

En cuisine, la préparation des assiettes © JPS

En cuisine, la préparation des assiettes © JPS

JPS : « Est ce que vous êtes plus cuisine moléculaire ou plus cuisine traditionnelle ? »

Ronan Kervarrec : « Oui les modes se démodent, ce qui ne se démodera jamais c’est la tradition et le savoir-faire ».

Cuisiner une cuisine traditionnelle, ce n’est pas « has been », au contraire, aujourd’hui on recherche de vraies valeurs »

« Les feux d’artifice, les poudres, c’est du passage, alors que la transmission, c’est un temps qui dure. Ce sont des expériences différentes, tout dépend de ce que l’on recherche comme expériences. »

Un véritable tableau et un festival de couleurs dans l'assiette © JPS

Un véritable tableau et un festival de couleurs dans l’assiette © JPS

JPS : « Quelle approche avez-vous avec votre clientèle ? »

Ronan Kervarrec : « Il faut de la chaleur humaine, de l’accueil, il faut être détendu et professionnel et que la clientèle se laisse aller à ma cuisine. Il faut de la sensibilité et énormément d’attention vis-à-vis du client, une attitude de respect et de politesse aussi.

Il faut aimer les autres pour faire ce métier et vouloir faire plaisir, c’est l’essence même de notre métier.

Le chef sommelier Benoît Gelin depuis 14 ans à Plaisance, il a connu Chrsitophe Canati, Philippe Etchebest, Cédric Béchade et désormais Renan Kervarrec © JPS

Le chef sommelier Benoît Gelin depuis 14 ans à Plaisance, il a connu de nombreux chefs : Chrisophe Canati, Philippe Etchebest, Cédric Béchade et désormais Ronan Kervarrec ; « à sa carte plus de 80 vins de Saint-Emilion et Montagne avec 3 millésimes différents, voire plus pour certains » © JPS

JPS : « J’imagine que vous portez de l’intérêt aux accords mets et vins ? »

Ronan Kervarrec : « Un plat peut être bon mais devenir très mauvais ; le travail du chef sommelier, Benoît Gelin, est primordial pour passer un moment de bonheur. Présenter une assiette avec un vin qui ne correspond pas, c’est annuler la notion de plaisir.Il faut écouter ce qu’a à dire le sommelier pour adapter son plat à un vin. »

Dans le cave de service, de nombreux Sauternes, et le miel produit au château Pavie avec Bernard Simian apiculteur © JPS

Dans la cave de service, de nombreux Sauternes, et le miel produit au château Pavie avec Bernard Simian apiculteur © JPS

JPS : Justement par rapport aux vins de Saint-Emilion, qu’est ce que vous aller proposer ? »

Ronan Kervarrec : « Il faut une cuisine de caractère car ce sont des vins bien charpentés. C’est un terroir qui a du caractère, il vaut une cuisine avec un côté « vif », car le côté terre est important avec ces vins qui ont du caractère, de la puissance, avec un côté boisé, un parfum de sous-bois, un côté fumé.

Comme pour les vins de Saint-Emilion, il faut de la puissance et de la finesse, il faut que ce soit équilibré »

Au centre Renan Kervarrec le chef exécutif avec Christophe Meynard des Pépites Noires et l'ensemble de l'équipe en cuisine de l'Hostellerie de Plaisance © Jean-Pierre Stahl

Au centre Ronan Kervarrec le chef exécutif, juste derrière le second Anthony David, avec Christophe Meynard des Pépites Noires, et l’ensemble de l’équipe en cuisine de l’Hostellerie de Plaisance © Jean-Pierre Stahl

JPS : « Vous développez une cuisine avec des produits essentiellement locaux ? »

Ronan Kervarrec : « Oui avec Christophe Meynard, c’est l’enfant du pays, il m’aide beaucoup. C’est ça la cuisine, c’est une histoire humaine, de copains et d’amitié. 

« Christophe lui est sur la truffe ( gérant des Pépites Noires, spécialiste des truffes de Gironde et développant une gamme de produits comme le beurre bio au sel truffé et les glaces à la truffe). Mais il fait aussi 2 heures de route pour aller me chercher de la viande de Bazas chez un boucher qui découpe, abat et vend ses boeufs. Il y a Yann avec sa cabane à huîtres, c’est un truc de dingue, avec de la passion et du savoir-faire. Et puis Luc Alberti en agriculture raisonnée, sans pesticide, il fait des produits frais qui ont du goût, il fait des tomates de folie. Christophe me trouve aussi les écrevisses, la farine bio, de la marjolaine…il m’en ramène une tonne ! On  a aussi une jeune fille qui fait du safran qui est top. Celui qui veut se donner la peine peut sortir des sentiers battus ».

« On va développer notre collaboration pour aller encore un peu plus loin, on recherche un chef jardinier, on a un grand terrain sur Monbousquet , on va y faire nos légumes et nos fleurs. La bonne cuisine passe par de bons produits, c’est aussi simple que cela. »

Interview du chef et reportage menés par Jean-Pierre Stahl.

27 Avr

Sylvie Cazes : ce soir il y aura une grande vente aux enchères chez Sotheby’s New-York au profit de la Cité du Vin

La présidente de la Fondation pour la Culture et les Civilisations du Vin revient sur la question du mécénat au sein de la Cité du Vin. Elle explique particulièrement comment se concrétise la participation des amis américains de la Cité du Vin qui progressivement continuent de boucler le financement de l’auditorium Thomas Jefferson. Ceux-ci organisent d’ailleurs ce soir une vente aux enchères chez Sotheby’s à New-York. Elle est l’invitée de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Sylvie Cazes devant la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

Sylvie Cazes devant la Cité du Vin © Jean-Pierre Stahl

Le fonds de dotation American Friends of La Cité du Vin, structure jumelle à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, basé aux Etats-Unis, organise une vente aux enchères chez Sotheby’s à New-York ce mercredi 27 avril 2016. Les fonds collectés seront dédiés au profit de l’auditorium Thomas Jefferson, lieu emblématique de La Cité du Vin.

Jean-Pierre Stahl: « Sylvie Cazes, où en est-on du mécénat et spécialement du mécénat américain concernant le financement de la Cité du Vin et de son auditorium? »

Sylvie Cazes : « Il n’y a pas de souci pour le financement puisque tous les co-financiers se sont engagés bien sûr. Nous avons levé 19 millions d’euros de mécénat. Le 20e million doit être et sera apporté par la fondation américaine, American Friends of La Cité du Vin. Simplement, ils se sont engagés à le faire dans la durée, dans les deux, trois ans qui viennent.

En fait, ils vont lever des fonds grâce à des événements, il y en a eu déjà un au Nations-Unies, le 30 avril 2015, et il y en a un ce mercredi 27 avril à New-York chez Sotheby’s, un très grand événement où des lots extraordinaires vont être offerts aux enchères par tous les 1ers et grands crus de la région. 120 personnes y assisteront, extrêmement motivées par cette vente aux enchères et pour découvrir la Cité.

Il y aura d’autres événements dans les 2 ans à venir qui vont permettre d’apporter ce million que nous attendons de la part des Américains, mais ce qui est important de comprendre c’est que nos amis Américains, Bob Wilmers et George Sape, se sont engagés dans la durée : ils sont bien sûr partenaires pour la construction puisqu’ils veulent que l’auditorium porte le nom de Thomas Jefferson et par la suite ils nous aiderons à financer la politique culturelle de la fondation, c’est-à-dire les expositions, les événements, les séminaires, les colloques, des tas de sujets ».

JPS: « Pour l’heure, pour cet amphithéâtre, combien manque-t-il ? »

Sylvie Cazes: « Je n’ai pas exactement le détail, mais au moins la moitié de la somme a été apportée, c’est simplement un apport qui est différé dans les deux prochaines années, comme d’ailleurs nous avons conclu ce type de partenariat avec d’autres financeurs, il n’y a rien de spécial, mais je crois qu’il y avait eu un malentendu justement sur cette fondation américaine. »

JPS: « Donc au final, ils vont financer davantage que ce qui est annoncé environ 1,5 millions de dollar ou 1 million d’euros ? »

Sylvie Cazes :« Oui car en définitive, Bob Wilmers, propriétaire du château Haut-Bailly a apporté lui-même 500000 euros spécialement sur l’auditorium Thomas Jefferson, et il les a déjà apportés. Et la fondation américaine apportera 1 million supplémentaire. Donc au total ce sera de la part de nos Amis Américains, 1 million et demi sur la Cité du Vin. »

Regardez l’interview de Sylvie Cazes réalisée ce mardi 26 avril par Jean-Pierre Stahl et Pascal Lécuyer :

02 Avr

Quand la Lagune explique sa démarche bio à l’occasion des journées portes ouvertes des châteaux du Médoc…

C »est une « grosse prise de conscience » qui, aujourd’hui, est partagée par beaucoup de châteaux. Caroline Frey propriétaire et oenologue du château La Lagune a décidé de profiter de ces portes ouvertes des châteaux du Médoc pour expliquer son passage à la viticulture bio. Une démarche initiée depuis 2004. Elle a invité ses voisins à visiter son vignoble. Elle est l’invitée de Parole d’Expert dans Côté Châteaux.

Caroline Frey, et la biodiversité © au château la Lagune

Caroline Frey, et la biodiversité © au château la Lagune

Jean-Pierre Stahl : « En quoi consiste cette journée que vous organisez au Château La Lagune de présentation de la viticulture biologique dans laquelle vous vous êtes engagée ? »

Caroline Frey : « On a reçu un courrier d’une habitante, d’une voisine qui s’interrogeait sur nos vignes et sur des odeurs pestilentielles. On lui a dit qu’on allait lui expliquer tout cela. Pourquoi les tracteurs passaient autant dans les vignes, que ces odeurs étaient dues au fumier (qui ne sent pas très bon), que le bio c’est plus de passages dans les vignes. On a ainsi décidé de répondre à toutes les questions que les gens se posent depuis quelques semaines. La mairie nous a transmis aussi toute une série de questions car elle a reçu beaucoup de lettres. C’est un sujet sur lequel on s’attarde depuis longtemps. »

JPS : « Votre démarche de viticulture biologique remonte à quand ? »

Caroline Frey : « On a démarré tranquillement en 2004, en agriculture raisonnée. On est en bio depuis 2008 et nous avons la certification depuis cette année. La prochaine vendange 2016 sera la première certifiée bio. On a bien avancé depuis 10 ans sur cette problématique environnementale. Des gens du milieu m’avait déconseillé, on m’avait prédit des difficultés en démarrant cette démarche, c’est vrai que le climat à Bordeaux est beaucoup plus difficile dans le Rhône où il y a beaucoup plus de vent et ça remplace un traitement. Le bio c’est plus de passage de tracteurs dans les vignes, plus de prévention, on doit travailler les sols.On a quasiment doublé les équipes. »

la laguneJPS : « Est-ce que seule la Lagune est en bio ou vos autres domaines dans les autres régions viticoles sont également dans cette démarche ? »

Caroline Frey : « A Jaboulet ( Domaines Paul Jaboulet Ainé, propriétaires notamment du célèbre Chapelle Hermitage dans les Côtes du Rhône), c’est pareil. Pour Aloxe Corton Charlemegne, on se met dans la démarche bio . Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain, cela va se faire doucement sur 5 ans. Initialement on avait une crainte au niveau production, mais aujourd’hui c’est viable. Au château La Lagune, on produit aujourd’hui 40 hectos à l’hectare ».

Pour cette journées portes-ouvertes et transparence, 300 personnes se sont inscrites, le maire de Ludon-Médoc est aussi présent . Outre ces échanges sur la viticulture biologique avec Caroline Frey et Charles de Ravinel, le directeur, des ateliers « nature » pour toute la famille sont organisés en partenariat avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux et la biodiversité). Et pour couronner le tout ce midi sera dressé un buffet campagnard avec dégustation des vins du Château La Lagune.