20 Avr

Branle-bas de combat dans l’Est : le gel touche de nombreux vignobles

Depuis le début de semaine, les températures sont tombées en dessous de 0°C le matin dans de nombreuses régions de l’Est. Les vignobles de Champagne, Bourgogne, du Jura, des Alpes, et d’Alsace ont été plus ou moins impactés par le gel.

Le gel a impacté de nombreux vignobles comme ici à Arbois © France 3 Franche-Comté

Le gel a impacté de nombreux vignobles comme ici à Arbois © France 3 Franche-Comté

Les plus anciens se souviennent du douloureux épisode de 1991 où le gel intense du printemps avait privé de nombreux viticulteurs de récolte.

En ce mois d’avril, le dicton « ne te découvre pas d’un fil » se révèle de saison. Mais le juste ton est de se sentir solidaire de nos amis vignerons qui redoutent cet épisode de gel. Déjà certains ont pu constater dès hier de lourds dégâts sur les bourgeons sortis.

Captur2éAinsi en Champagne, on a enregistré cette nuit des températures de -5 à -7°C, et même -9 à Mourmelon. Les conséquences se sont aussitôt faites ressentir dans les rangs de vignes : près de 80% de pertes de bourgeons par endroits…

Regardez le reportage de mes confrères de France 3 Champagne-Ardennes : Marie-Line Fournier, Isabelle Griffon, Emile Forzy (Interviews : Xavier Muller : Président de la section locale du Syndicat Général des Vignerons Président de Champagne Mailly Grand Cru; Hugues Pereira Président des Jeunes vignerons de Champagne) :

En Alsace, même constat dramatique, à Scherwiller, au sud du Bas-Rhin, la moitié des 32 hectares de Damien Sohler a été touchée par le gel, à hauteur de 50 à 100%. Des dégâts exceptionnels qui augurent de mauvaises récoltes cet automne.

Regardez le reportage de mes confrères de France 3 Alsace : David Meneu et Christian Laemmel. (intervenant :Damien Sohler, viticulteur à Scherwiller (Bas-Rhin)

La veille, c’est le vignoble d’Arbois qui a été pas mal meurtri, alors que la température est tombée à -2°C : 30 à 100% de pertes sur les exploitations de l’AOC Arbois…

« La vigne semble touchée à 90% là, tous les bourgeons avec des feuilles apparentes ont été brûlés par littéralement par le gel et le soleil de ce matin en définitive », témoigne Hervé Ligier, viticulteur et président de l’AOC Arbois. 

Du côté de Château-Chalon, au pays du Vin Jaune, même constat dramatique : « moi, j’ai 1,2 hectare de chardonnay en bas de la barraque-là, ça a été tout cramé… » Une catastrophe après 5 années en demi-teinte, la dernière belle récolte remontait à 2011. « Il y aura une augmentation du prix des vins forcément, car on ne peut pas être touché à 40% sur une exploitation sans réagir à ce niveau-là parce que sinon on ne pourra pas survivre », continue d’expliquer Dominique Tissot, viticulteur et président de l’AOC Château-Chalon à ma collègue Stéphanie Bourgeot.

Certains exploitants jurassiens sont assurés mais d’autres non, s’ajoute à cela un problème de stocks…au plus bas. « L’assurance ne remplace jamais le vin qu’on n’aura pas à vendre, car ne pas satisfaire nos clients est un risque très important d’un point de vue commercial, une clientèle il faut parfois 10-15 ans pour se la bâtir…et à partir du moment où on ne peut plus l’approvisionner, il y a un fort risque de détournement vers d’autres produits, » explique Hervé Ligier , président de l’AOC Arbois.

Regardez le reportage de mes confrères de France 3 Franche-Comté Stéphanie Bourgeot et J-S Meurice : intervenants Hervé Ligier (viticulteur et président de l’AOC Arbois), Dominique Tissot (viticulteur et président de l’AOC Château-Chalon)

CaptureAussi pour tenter de combattre le gel, de nombreux vignerons ont décidé d’allumer des centaines de braseros dans leurs rangs de vigne pour réchauffer l’atmosphère, comme à Chablis. Une solution qui a fait ses preuves par le passé. Les viticulteurs de Saint-Romain (Côte-d’Or) ont aussi dû allumer des braseros entre les rangs de vignes pour faire remonter la température et sauver la récolte.

« On a tout allumé et on est quand même à -1,5°C », précise un vigneron à mes confrères de France 3 Bourgogne « Au ras du sol, on est quasiment à -1,8. Donc on va essayer de sauver les meubles. » « C’est vrai que si on ne faisait rien du tout, il n’y aurait plus de question à se poser ».

Capture4D’autres techniques ont aussi été mises en place comme celle de l’aspersion d’eau, qui fige dans la glace la vigne, qui au dégel peut repartir...

Côté châteaux souhaite bon courage à tous ces vignerons de France, sur le pont dans cette épreuve, contre le gel.

12 Avr

Le vin italien redoute les conséquences du Brexit

A l’occasion de Vinitaly, de nombreux producteurs italiens ont échangé à propos du Brexit. Ils craignent que la décision des britanniques de sortir de l’Union Européenne n’aient de fâcheuses conséquences pour leurs vins.

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Si vous demandez à Cesare Cecchi ce qu’il pense du Brexit, vous le verrez faire la même moue que lorsqu’il ouvre une bouteille bouchonnée de son « chianti classico », un des vins qu’il produit en Toscane. « Nous sommes tous très inquiets parce que la situation est incertaine », affirme à ce propos le chef de file de l’une des dynasties les plus connues dans le monde du vin italien.

Cesare Cecchi ne fait qu’exprimer le sentiment de bien des producteurs, rassemblés cette semaine à Vérone (nord-est) à l’occasion de Vinitaly, le plus grand salon viticole de la péninsule.
Un rendez-vous où le Brexit est souvent revenu dans les conversations des milliers de producteurs et d’amateurs de vin présents sur les 4.000 stands de ce salon, un mois à peine après la décision du Premier ministre britannique, Theresa May, de lancer le compte à rebours du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Alex Canneti, directeur de la maison d’importation londonienne Berkmann Wine Cellars, ne cache pas que sa plus grande peur est de voir le vin et la gastronomie pris en otage des négociations qui se sont officiellement ouvertes entre Londres et Bruxelles.

L’accent mis récemment par le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, sur la nécessité pour l’Italie d’accepter le libre-échange avec le Royaume-Uni si elle voulait continuer à y vendre son célèbre Prosecco, n’est pas de ce point de vue passé inaperçu. « C’est exactement ce que nous redoutions. On s’est juste dit, « Oh mon Dieu », a-t-il raconté à l’AFP.

Oubliez les discussions sur les services financiers ou la technologie nucléaire, le noeud du problème pourrait bien être l’alimentation, assure ce professionnel. Les négociateurs pourraient ainsi avoir l’idée d’utiliser le vin ou le fromage comme un moyen de faire peur aux gens, a-t-il expliqué. « Ils le savent très bien, particulièrement en France, où il y a des groupes de vignerons prêts à brûler des camions et à se mettre en colère. Donc, c’est un moyen d’agir sur l’Europe si celle-ci ne se comporte pas comme les Britanniques le voudraient », estime M. Canneti.

La Grande-Bretagne ne produit que peu de vin, sur quelques hectares en Angleterre et dans le pays de Galles. Mais la soif des Britanniques pour le rouge ou le blanc ne s’est jamais étanchée et le Royaume-Uni est l’un des principaux débouchés des producteurs français ou italiens, derrière les Etats-Unis. Les importations de vin en Grande-Bretagne ont ainsi atteint 2,6 milliards d’euros l’an dernier en provenance de l’UE.

Cette terre de buveurs de bière est devenue en quelques années adepte du « Wine O’Clock », moment de détente autour d’un verre de vin, qui a contribué au boom des ventes de Chardonnay australien, de Pinot Grigio italien ou plus récemment de Prosecco, ce vin blanc pétillant produit notamment en Vénétie dont les importations ont fait un bond de plus de 30% l’an passé.

Ce succès a rendu certaines zones de production européennes particulièrement sensibles aux aléas du marché britannique. Or, faute d’accord au bout de deux ans sur le Brexit, une possibilité loin d’être écartée par les négociateurs, les importations de vin en provenance de l’UE seraient taxées, alors que le vin australien, sud-africain ou néo-zélandais pourrait lui entrer sans droits de douane, grâce aux accords bilatéraux que Londres veut conclure avec ces pays.

Pour certains, la différence serait minime, à peine plus d’une dizaine de pence par bouteille, ce qui est bien peu dans le cas d’une bouteille de Bordeaux
ou de Barolo coûtant plusieurs dizaines d’euros. Mais la baisse de la livre pourrait aussi alourdir la facture pour le consommateur, de quoi inquiéter les producteurs européens. « Le niveau des taxes est clairement un élément crucial, particulièrement en Grande-Bretagne où elles sont déjà parmi les plus élevées en Europe », assure M. Cecchi. « Honnêtement, je suis très inquiet, surtout en raison de l’incertitude. Mais j’espère que le sens commun l’emportera (…) c’est dans l’intérêt de tous d’avoir un bon accord », espère-t-il.

Avec AFP

26 Mar

Plusieurs milliers de vignerons en colère dans les rues de Narbonne contre les importations de vins espagnols

Hier samedi, une foule immense de vignerons et sympathisants a défilé dans les rues de Narbonne pour exprimer colère et ras le bol face aux importations massives de vins en provenance d’Espagne alors que leurs cuves sont pleines.

Manifestation des vignerons de l'Aude à Narbonne ce samedi © France 3 Narbonne

Manifestation des vignerons de l’Aude à Narbonne ce samedi © France 3 Narbonne

Une colère qui s’est exprimée ce samedi et qui dit son nom : le respect du travail de vigneron. ils étaient 2500 selon la police, 4 à 5000 selon les organisateurs à manifester dans le calme ce samedi à Narbonne.

Les viticulteurs dénoncent une concurrence déloyale notamment des vins en provenance d’Espagne.Le président du syndicat des vignerons de l’Aude, Frédéric Rouannet, avait d’ailleurs fixé comme thème central de la manifestation: « le défi de la mondialisation »

Et de rappeler qu’actuellement, ils subissent ces « huit millions hectos d’importation de vin, un record historique ». Alors que nombre de vignerons ont leurs cuves pleines, qu’ils n’arrivent pas à vendre leur vin, où alors à des prix dérisoires.

Les viticulteurs français ont par ailleurs parlé de leurs charges plus importantes que celles des Espagnols. Ils estiment également que les grandes surfaces et les négociants ne privilégient pas les approvisionnements locaux.

Cette colère, c’était aussi pour lancer un signal fort au gouvernement qui vit ses derniers instants mais aussi interpeller les candidats à l’élection présidentielle qui auront sans doute à gérer ce problème dans les mois qui viennent . 

Avec France 3 Languedoc-Roussillon

10 Mar

Des bouteilles de Bordeaux à moins d’un euro, le monde du vin déplore cette image

Réactions du monde viticole suite à l’opération spéciale d’une enseigne de la grande distribution qui a fait un « coup » en commercialisant du Bordeaux à 0,96€, avec le principe des cagnottes recréditées sur la carte du client.

Image d'illustration - DR

Image d’illustration – DR

« C’est un beau coup de publicité pour l’enseigne mais en aucun cas une bonne image pour les vins de Bordeaux ». En une phrase que me confie ce soir Bernard Farges, tout est dit. Ancien président et actuel vice-président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, Bernard Farges vient de résumer cette opération spéciale réalisée le week-end dernier où les clients d’une grande enseigne pouvaient toucher du Bordeaux à 0,96 € !

En définitive, il ne s’agissait pas du véritable prix qui était 4,80€ pour Le Comte de Talem, il s’agit « d’un dispositif légal selon le système de cagnotte qui consiste à restituer une cagnotte avec des marges faites sur d’autres produits, en massacrant le prix d’un produit ». Autrement dit ce rabais n’est valable que pour les clients porteurs de la carte de la grande surface et est recrédité pour inciter le client à revenir consommer…

« Généralement ils le font avec une marque connue, c’est une animation de magasin, c’est légal. Une autre fois ce sera sur un textile par exemple. Mais la le vin est affiché à 4,80€, un prix tout-à-fait normal, avec ensuite l’opération de remise sur la carte de fidélité. Ce n’est pas rare, mais ce n’est pas bon. Le consommateur n’est pas dupe. Il ne faut pas non plus « en faire un plat », néanmoins on doit mener des opérations plus intelligentes que celle-là. »

Sur France Bleu, Hervé Grandeau, président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux et viticulteur à Tresses, commentait :   « moins d’un euro pour une bouteille de Bordeaux, c’est tout à fait inadmissible et certainement pas justifié ».

De leurs côtés, les Vignerons Indépendants sont montés au créneau pour dénoncer cette opération, Cédric Coubris le président girondin a en effet envoyé ce communiqué aux rédactions où ils se disent « choqués et en colère »:

« Dans un contexte où l’agriculture est en difficulté, où des négociations accord/prix sont en cours concernant l’ensemble de la filière, Carrefour nous fait des pirouettes pour appliquer des prix de vente indécents, et soi-disant indéfendables.

Comment peut-on vendre des bouteilles de Bordeaux à 0,96€ TTC, sachant que rien que la matière première coûte déjà autant voir plus ?

Comment, alors que la filière entre la coopération, la production et le négoce des accords de prix minimum sont discutés, la grande distribution casse l’image des vins de Bordeaux et le respect du travail du vigneron ?

Il est certain que si la Fédération des Grands Vins de Bordeaux saisit le tribunal ou la DGCCRF, nous les accompagnerons et nous porterons partie civile si besoin.

Il est impossible de défendre et de montrer la qualité de notre travail, de valoriser le rapport qualité/prix et en même temps de se faire enterrer par des méthodes commerciales peu scrupuleuses « .

Selon Rayon-Boissons (le magazine des boissons en grande distribution), ce n’est pas une première, le site qui a dévoilé cette nouvelle offre écrit en effet : « pour l’instant, Intermarché reste devant. Avec son vin vendu à 0,89 € la bouteille en novembre dernier, l’enseigne de supermarchés conserve son « titre » de la promotion la plus agressive. Sauf que les Mousquetaires avaient proposé un vin de cépage espagnol quand Carrefour a ce week-end misé sur un vin d’appellation ».

04 Mar

Concurrence des vins espagnols : des agriculteurs du Gard en appellent aux consommateurs

Les Jeunes agriculteurs (JA) gardois ont appelé mercredi les consommateurs français à ne pas se laisser duper par des étiquetages trompeurs. Ceux-ci dissimulent du vin espagnol sous des noms et des codes marketing renvoyant à des vins de pays français.

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Anaïs Amalric, co-présidente des JA du Gard © France 3 Occitanie

« Les consommateurs doivent comprendre qu’ils sont trompés, tout autant que les producteurs » français, Continuer la lecture

02 Mar

Une soirée-débat le 22 mars sur les dangers des pesticides et leurs alternatives

Le Collectif Info Médoc Pesticides organise le 22 mars prochain une soirée d’information avec diffusion du film In Vino Veritas de Pascal Obadia. 

CaptureL’affiche de l’événement annuel du Collectif Info Médoc Pesticides a de quoi faire peur. C’est sans doute voulu. Les risques sont malheurusement peut-être là. C’est pour reparler de tout cela, informer, débattre qu’aura lieu le 22 mars cette soirée débat, à la salle des fêtes de Saint-Estèphe, au coeur du vignoble du Nord Médoc.

Un débat qui sera placé sous le thème des Alternatives, avec comme intervenants : Alain Garigou et Ghislaine Bouvier, enseignants, Dominique Techer, viticulteur bio de la confédération paysane et Thibaut Vontron du Biocoop de Parempuyre. Sera également diffusé le film de Pascal Obadia, In Vino Veritas, et s’en suivra un échange avec le public et les intervenants présents.

A 20 heures, Espace Guy Guyonnaud, 33 rue de la Mairie à Saint-Estèphe.

20 Fév

Viticulture: Cognac en guerre contre la « dérégulation »

Les viticulteurs de Cognac ont dénoncé la semaine dernière à Paris les « vautours » de la « dérégulation » accusés de détourner le système des autorisations de plantation dans leur vignoble, et de « déstabiliser » l’équilibre de leur prospère filière.

Photo tirée de la pétition lance sur change.org

Photo tirée de la pétition lance sur © change.org : « Dérégulation du vignoble de Cognac : la viticulture dit STOP »

« Nous sommes victimes de transferts de vignobles venant d’autres régions de France », permis grâce à un vide juridique dans les nouvelles réglementations européennes sur les plantations de vignoble, a dit Stephane Roy, le président de l’Union générale des viticulteurs (UGVC) pour l’AOC Cognac lors d’une conférence de presse à Paris.

L’UGCV a lancé une pétition sur change.org pour demander au gouvernement d’agir vite afin de renforcer d’urgence la régulation du secteur, le temps de négocier un nouvel accord avec Bruxelles.

Quelque 30 à 40 viticulteurs « opportunistes » sur les quelque 4.400 que compte la zone, ont en effet profité d’un vide juridique pour obtenir des droits à plantation portant sur 300 nouveaux hectares de vigne. Ils ont pour cela utilisé des transferts de droits à plantation, en achetant au préalable des vignobles dans d’autres régions françaises, en général moins riches que celle de Cognac, ou en crise, comme celle du Muscadet ou du Roussillon. Ils ont ensuite arraché ces vignes, pour générer des droits de plantation, qu’ils ont transférés dans le Cognac. Une pratique légale, mais qui porte aussi atteinte à l’image de Cognac, pouvant dès lors être accusé de « dépecer » les autres vignobles français.

« Nous connaissons les noms, mais ne les rendons pas publics » a dit M. Roy. « La colère est très forte sur le terrain, il s’agit d’une politique de déstabilisation de la filière » a ajouté M. Roy.

Au total, Cognac compte quelque 75.000 hectares de vigne et la profession veille jalousement à la limitation de l’extension de son vignoble. La filière est organisée historiquement autour d’une co-gestion très fine entre producteurs et négociants, de ses potentiels de production pour maintenir une rentabilité , optimale à ses acteurs.

« Nous nous mettons d’accord chaque année sur les surfaces plantées et le rendement en hectolitres de vin, qui définit le volume d’alcool pur obtenu », précise Alexandre Imbert, de l’UGCV.

Du coup, cette guerre fratricide au sein du cognac relève presque d’un enjeu de « sécurité publique », certains viticulteurs qui respectent les limitations de plantations souhaitant en découdre avec ceux qu’ils qualifient de « vautours », dit Christophe Forget, administrateur de la CNAOC, qui regroupe l’ensemble des syndicats viticoles
d’AOC français.

La presse locale a d’ailleurs rapporté des manifestations de Jeunes Agriculteurs pour dénoncer les « vautours » en mettant des panneaux « ici niche un vautour » devant leurs domiciles.

« Nous sommes solidaires des actions pour désigner les « vautours » au public afin d’alerter l’opinion et de la mobiliser » a déclaré M. Roy, qui semble néanmoins inquiet de la tournure que prennent les événements et de la tension. « Nous avons été interpellés par les Renseignements généraux et la gendarmerie », a ajouté M. Forget.

Après une année 2015 déjà favorable, les expéditions de Cognac ont continué leur ascension en 2016 avec une croissance de 6% en volume et de 6,8% en valeur, selon le Bureau national interprofessionnel du Cognac. Le chiffre d’affaires départ Cognac s’élevait l’an dernier à 2,76 milliards d’euros.

A elle seule, la filière, à cheval sur deux département (Charentes et Charentes Maritimes) représente plus de 20% des exportations de vins et spiritueux français. Selon M. Roy, la rentabilité d’une exploitation moyenne de cognac, juste après la distillation, est estimée entre 15 et 20%, variable selon les crus et l’âge de l’eau de vie.

AFP

19 Jan

La viticulture bordelaise exprime son « ras-le-bol » avec l’agrandissement du logo « femme enceinte » sur les étiquettes

La Fédération des Grands Vins de Bordeaux exprime sa réprobation face à la nouvelle réglementation du gouvernement qui souhaite doubler le pictogramme sur les étiquettes, en place depuis 2006 : « la viticulture girondine dit stop ! » et le fait savoir haut et fort. Entretien d’Hervé Grandeau, le président de la FGVB,  et réaction de Mathilde Bogdanoff de l’ANPAA Bordeaux, par Côté Châteaux.

L'avertissement actuel pour femme enceinte, sur une bouteille de Bordeaux © JPS

L’avertissement actuel pour femme enceinte, sur une bouteille de Bordeaux © JPS

Pour Hervé Grandeau, le Président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux : « L’idée du gouvernement de faire doubler de volume ce pictogramme pour l’amener à 1 centimètre de diamètre, c’est encore une couche supplémentaire dans la réglementation. Nous allons tenir cette conférence de presse pour exprimer notre ras-le-bol qu’on nous change sans arrêt cette réglementation. Il y a d’autres choses à faire en matière de prévention sur la santé que de se cacher constamment derrière ces avertissements ».

Cette mesure, annoncée lors du Comité interministériel du handicap du 2 décembre 2016, prévoit en effet le grossissement du pictogramme représentant une femme enceinte avec un verre à la main, barrée d’un trait rouge.

Pour Bernard Farges, Président de la Confédération Nationale des AOC (CNAOC) et des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur : « cette mesure prise sans aucune concertation est une insulte à l’intelligence des femmes. Qui peut croire qu’un simple logo aura, quelle que soit sa taille, une action préventive efficace sur la consommation ? D’autant que l’efficacité réelle de ce pictogramme n’a jamais été évaluée depuis sa mise en place il y a plus de dix ans ! »

Et Hervé Grandeau de penser la même chose : « c’est un manque de respect vis-à-vis des femmes. Bien sûr, on est contre tout ce qui peut infecter le foetus dans le ventre de la maman, mais comment penser qu’en augmentant de volume ce pictogramme, les femmes, déjà averties, vont cesser toute consommation, c’est les prendre pour des … que de mettre un logo encore plus grand. »

« A l’étranger, on fait bien rire certains pays avec notre logo. Cela va avoir bien sûr comme conséquences qu’il va falloir revoir toutes nos contre-étiquettes, et puis la prochaine fois, on va nous demander cela en deux ou trois couleurs, et ce n’est pas le même prix… »

Et d’ajouter que la filière viticole, par la voix de Vin et Société, a toujours défendu le principe d’abstention de consommation pour les femmes enceintes.

« Nous en avons assez de l’inflation des normes, il y a aujourd’hui jusqu’à huit mentions obligatoires sur l’étiquetage (degré d’alcool, dénomination du produit, centilisation, allergènes, ….) Nos étiquettes n’ont pas vocation à véhiculer des avertissements médicaux, elles doivent rester des supports d’information. Nous produisons, vendons, exportons et l’inflation normative constitue une charge croissante pour nos exploitations, tout cela finit par peser sur notre compétitivité » ajoute le Président des AOC
girondines.

« Je pense que des gens au ministère de la Santé ont en travers le fait d’avoir réussi à assouplir la loi Evin, et qu’à la première occasion, ils veulent nous en remettre une couche. »

LA POSITION FAVORABLE DE L’ANPAA

Jointe ce vendredi matin, l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) de Bordeaux tient à préciser : « c’est nécessaire d’informer les gens sur les risques liés à l’alcool, notamment durant la grossesse. C’est une prévention qui reste nécessaire : plus c’est visuel pour la population, mieux, c’est, » me précise Mathilde Bogdanoff chef de service à l’ANPAA, avec Nathalie Papet médecin coordonnateur.

« On sait qu’il y a une augmentation de la consommation d’alcool chez des femmes cadres, chez les jeunes aussi, ceci dit cette prévention est nécessaire : elle concerne non seulement les femmes durant leur grossesse, mais aussi le cercle familial qui peut les inciter à consommer. C’est aussi l’occasion d’en discuter au sein des familles. »

LES VITICULTEURS DEMANDENT AU 1ER MINISTRE DE SURSOIR A CETTE MISE EN OEUVRE

La viticulture girondine considère que le grossissement du logo existant figurant sur l’étiquetage depuis 2006 n’est pas la réponse adéquate à cette problématique de santé, qui mériterait la mise en oeuvre d’une politique de prévention ciblée. Elle demande instamment au premier ministre de surseoir à sa mise en oeuvre.

Regardez le reportage de Gilles Coulon et Patricia Mondon, montage Alain Guinchard :

27 Sep

Dans le Chablis où le ciel est tombé sur les vignes, on vendange ce qui reste…

L’interprofession estime que les vendanges vont donner « une demi-récolte » cette année. Chablis a payé un lourd tribu après de violents épisodes de gel, de grêle et de grillure. Parole de vignerons recueillie par l’AFP.

La grêle tombée en mai dernier et qui a sectionné de nombreux bois de vigne...© France 3 Bourgogne

La grêle tombée en mai dernier et qui a sectionné de nombreux bois de vigne…© France 3 Bourgogne

« Ici, on a capté la « 3G » : le gel en avril, la grêle en mai et la grillure en fin d’été », ironise un vigneron de l’Yonne, où le raisin se fait rare à l’heure des vendanges après une météo catastrophique.

« Sur les 21 hectares du domaine, sept ne seront pas récoltés », poursuit Jean-Christophe Bersan, viticulteur bio, « très touché » psychologiquement après le violent épisode de grêle qui a « tout détruit » sur ses parcelles de Chablis au printemps mais a en partie épargné ses vignes sur Saint-Bris-le-Vineux et Irancy.

Sur les 5.453 hectares du Chablisien, près de la moitié a été fortement endommagée – entre 70 et 100% – par les différents épisodes de gel et de grêle, selon le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB).

L’interprofession estime que les vendanges vont donner « une demi-récolte » cette année, tandis que la moyenne de la production du vignoble s’élève à 286.374 hectolitres.

Et si cela ne suffisait pas, ces dernières semaines, des vers de la grappe se sont attaqués à certaines vignes de M. Bersan, occasionnant de la pourriture et obligeant le viticulteur à avancer les vendanges de quelques jours pour sauver une partie de sa maigre récolte.

« Cela chamboule le déroulement logique du travail », s’inquiète-t-il, tandis que, téléphone à l’oreille, il finit de constituer ses équipes. Le dernier test effectué dans une parcelle a donné « un seau pour une treille de 200 mètres de long, soit une estimation de quatre hectolitres de jus sur deux hectares ».
« On va la vendanger mais c’est la limite, c’est vraiment pour faire du vin et garder ma clientèle. » « Avec un tiers de récolte en moins, je ne m’en sors pas trop mal », relativise toutefois M. Bersan, en pensant à ses collègues dont le domaine a été entièrement ravagé.

Le viticulteur icaunais anticipe « un problème financier l’an prochain, quand on n’aura pas de vin à vendre ». Pour lisser ses pertes, il « bloque actuellement des stocks » et envisage désormais de s’assurer, en dépit du coût.

Quant à l’état de la vigne, « la sentence va durer longtemps, jusqu’à la taille de l’année prochaine », constate-t-il en manipulant les bois qui, fragilisés par les intempéries, cassent comme du verre.
« La grande question est de savoir si les rameaux vont être fructifères ? », s’interroge-t-il, anticipant « un risque de petite récolte » en 2017.

Christine Monamy, responsable de l’Observatoire du Millésime au BIVB, reste pour sa part optimiste pour 2017 car après le gel, « l’année d’après, la vigne repart généralement en abondance ». « En revanche, la grêle a d’autres effets plus pervers, ce qui pourra entraîner aussi une année 2017 assez hétérogène », nuance la responsable technique.

Pour le président de la Fédération de défense de l’appellation Chablis, Frédéric Guéguen, cette année maudite où les phénomènes climatiques ont eu « une intensité exceptionnelle », pousse les professionnels à « s’adapter ».

« Contre le gel, on sait se défendre avec des systèmes par aspersion d’eau et des bougies mais contre la grêle, on n’était pas équipé dans le Chablisien mais on va le faire l’an prochain » avec notamment des canons anti-grêle, annonce-t-il en précisant qu’une expérimentation de filets est déjà en cours sur sept hectares de vignoble.

Au regard de la « qualité » des raisins qui sont parvenus à maturité, décrits comme « très tendres » et « sucrés », les regrets sont palpables. « On n’aurait pas eu ces aléas climatiques négatifs au printemps, on serait sur une très belle récolte », déplore M. Guéguen. « On a envie de finir cette année et de repartir sur une feuille blanche. »

AFP

21 Sep

En Bourgogne, le choix cornélien des vignerons bio face aux vignes malades

Témoignages éloquents de vignerons bio de Bourgogne qui ont du se résigner à traiter chimiquement leurs vignes attaquées par les maladies comme le mildiou après les intempéries printanières, quitte à perdre le label. 

Attaque de mildiou sur la vigne © Inra

Attaque de mildiou sur la vigne © Inra

« C’est la décision la plus difficile que j’ai eu à prendre »: Vincent Dureuil-Janthial, comme d’autres viticulteurs bio en Bourgogne, a dû se résigner à traiter chimiquement ses vignes, attaquées par le mildiou après les intempéries printanières, et à perdre ainsi son label.

Converti à la viticulture biologique depuis 2005, M. Dureuil-Janthial, qui gère le domaine familial à Rully (Saône-et-Loire) sur la côte chalonnaise, vit cette décision « comme un échec personnel ».

Quand le mildiou apparaît sur les premières grappes le 13 juin, les trois-quarts du domaine ont déjà été touchés par un épisode de gel, fin avril. Et, coup du sort, la maladie attaque les parcelles saines. « A ce moment-là, c’était la panique; psychologiquement, on était à bout », raconte le vigneron de 46 ans, qui n’a jamais connu pire millésime depuis ses débuts en 1994. « Depuis des semaines, il ne cessait de pleuvoir, le travail dans les vignes était très difficile et Météo France n’annonçait aucune amélioration ». Dans l’urgence, il décide d’utiliser un traitement à base de phosphonates pour stopper la maladie. Après deux passages, ses vignes réagissent bien, ce qui lui permet de reprendre ses traitements préventifs au cuivre.

Mais dans la réglementation, l’utilisation d’une matière active de synthèse équivaut à un « manquement majeur » au cahier des charges de la viticulture bio et entraîne la perte de sa certification AB. Pour retrouver le label, il lui faudra repartir en conversion pour trois ans à partir de 2017.
« Au-delà de mes convictions, j’ai pris une décision de chef d’entreprise avec une exploitation de 20 hectares à faire tourner, six salaires à payer, les emprunts, les fermages, je n’avais pas le droit de risquer de perdre le peu de la récolte qui restait à sauver », assume ce vigneron bio convaincu.

Pendant cette période difficile, « c’était le feu dans le vignoble », témoigne Agnès Boisson, responsable viticulture de l’association régionale Bio Bourgogne, qui a accompagné plusieurs producteurs contraints au même choix dans la région. « L’attaque de mildiou a été particulièrement virulente dans certaines zones, notamment là où les épisodes de gel et de grêle avaient déjà fragilisé les vignes », explique-t-elle, reconnaissant la moindre efficacité du cuivre par rapport aux traitements chimiques une fois que la maladie a attaqué les grappes.

Les exploitations concernées se situent essentiellement sur les Côtes de Nuits, Côtes de Beaune et dans le Chablisien, durement touchés par les aléas climatiques cette année. Certains n’ont traité chimiquement qu’une partie de leurs parcelles afin de conserver le reste en bio, d’autres ont préféré passer le traitement conventionnel sur tout leur domaine. « Dans tous les cas, cela a été une décision très douloureuse, guidée par des contraintes économiques », souligne la responsable associative, rappelant qu’en Bourgogne « beaucoup ne sont pas propriétaires de leur vigne mais en fermage, ce qui veut dire qu’ils doivent payer la location de leurs parcelles quoi qu’il arrive ».

« L’année 2016 a été compliquée pour tout le monde, y compris pour les viticulteurs conventionnels qui ont subi les mêmes pressions de la maladie », déplore pour sa part Emmanuel Giboulot, délégué à la commission viticole de Bio Bourgogne. « La solution est-elle de traiter deux fois plus avec des produits que l’on retrouve dans le vin, les sols, l’eau ? ».

Loin de décourager Bio Bourgogne, ce millésime difficile l’incite au contraire à militer pour davantage de recherche indépendante afin de trouver de nouveaux produits plus efficaces tout en étant neutres pour la plante et l’environnement. « La société aspire à des pratiques plus propres et plus respectueuses de l’environnement, le modèle agricole doit évoluer », insiste M. Giboulot, opposant aux pesticides qui avait refusé de traiter ses vignes, en 2013, contre la maladie de la flavescence dorée en dépit d’un arrêté préfectoral.

AFP