15 Avr

Richard III tire son irrévérence à Clermont-Ferrand

La troupe de la Schaubühne joue Richard III de William Shakespeare mis en scène par Thomas Ostermeier. ©Arno Declair

La troupe de la Schaubühne joue Richard III de William Shakespeare mis en scène par Thomas Ostermeier. ©Arno Declair

La troupe de Thomas Ostermeier joue Richard III à Clermont-Ferrand (seules dates de province depuis Avignon en 2015) pendant trois soirs. La première, vendredi soir, a été ovationnée par le public, conquis par ce scélérat qu’incarne avec une folie appropriée le comédien Lars Eidinger.

La salle Jean Cocteau était pleine vendredi soir pour voir cette curiosité dont on a tant parlé lors de sa création à Avignon en 2015. Au bout d’une demi-heure pourtant, un spectateur n’y tenait plus et décide de quitter la salle. Il faut dire que la troupe n’a pas été tendre avec le public depuis le début du spectacle: musique hurlante, des comédiens qui sautent comme des cabris d’un bout à l’autre du décor mais aussi d’un bout à l’autre de la salle et un Richard III plus affreux encore qu’il ne l’avoue lui-même au début de la pièce. Sur la scène, Lars Eidinger interrompt sa tirade shakespearienne et interpelle le déserteur pour lui dire « au revoir« . Après ça, difficile pour un autre mécontent de s’extraire de ce royaume nauséabond que le metteur en scène Thomas Ostermeier a édifié sur les vers déjà bien pervers de Shakespeare.

Je suis comme un miroir », Lars Eidinger à propos de son personnage Richard III

A moins bien sûr que ce courageux fuyard n’ait été le seul à vouloir fuir… Car si ce Richard III nous repousse admirablement, il nous embobine aussi diablement. Comme il trompe l’esseulée Lady Anne qu’il a privé d’un père et d’un époux, il nous fascine en gesticulant comme un pantin désarticulé autour de son mic qu’il agite pour tour à tour déclamer, cracher sa haine, livrer ses plans et même rapper like a ripper. « Je suis comme un miroir, nous confie le comédien Lars Eidinger à propos de son personnage, je leur (les spectateurs) renvoie leur propre image. D’abord, ils vont se moquer d’eux-mêmes et à la fin, ils sont choqués de voir leur vrai visage. »  Et c’est vrai que ce n’est pas simple de regarder en face l’ignominie dont l’homme est capable. Car ce Richard III ne cache rien de ses pensées les plus malsaines et se sert de nous comme des pages d’un journal intime sur lesquelles il écrit son Histoire. En laissant son acteur improviser et jouer avec son auditoire, Thomas Ostermeier renforce la perversité du dramaturge anglais qui règle ses comptes avec l’âme humaine en aparté.


Répétitions de Richard III à Clermont-Ferrand

Prochaines représentations: Samedi 15 Avril à 20h30 et dimanche 16 Avril à 17h00. Du 21 au 29 juin 2017 au Théâtre de L’Odéon, Paris. 

31 Mar

Bienvenue dans la « PILSmobile »

IMG_0990  Valérie Mathieu et Richard Beaune rencontrent l’écrivaine clermontoise Cécile Coulon qui vient de publier à 26 ans son sixième livre intitulé « Trois saisons d’orage » et nous invite au théâtre pour la nouvelle pièce de Johanny Bert, Waste, une pièce sur les difficiles conditions de vie d’enfants au Ghana.


PILS du 31 mars 2017

La Comédie de Clermont-Ferrand s’est associée cette année et pour trois ans avec trois artistes, Mélanie Laurent, qui nous a offert sa première mise en scène en début de saison, le chorégraphe Fabrice Humbert et enfin le metteur en scène Johanny Bert qu’on connait bien dans la région puisqu’il est originaire d’ici et surtout parce qu’il a dirigé pendant trois ans le Centre Dramatique National de Montluçon. C’est de lui qu’on parle dans PILS car il présente à la comédie de Clermont une très belle pièce au sujet difficile, la vie des enfants du Ghana qui fouillent sur les décharges numériques pour gagner trois francs, six sous. C’est un texte de Guillaume Poix que le metteur en scène a adapté et entre deux représentations, nous avons assisté aux répétitions.

Rencontre également avec Cécile Coulon, l’auteure clermontoise publie, à 26 ans, son sixième livre, « Trois saisons d’orage ».

02 Mar

De Monteverdi au Hip Hop, Pils voyage dans le temps

Cette semaine dans votre agenda: du Hip Hop avec la compagnie Daruma et Le Couronnement de Poppée de Monteverdi à l’opéra de Vichy, tous les goûts sont dans Pils!


Pils du 3 mars 2017

 

Le couronnement de Poppée de Monteverdi

Le couronnement de Poppée de Monteverdi

Le couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi a été mis en scène par Klaus Michael Grüber, metteur en scène européen majeur de théâtre et d’opéra, en 1999.

Un travail intemporel pour l’opéra de Lyon qui a décidé de faire revivre certaines grandes mises en scène mythiques dans son festival Mémoires.

Nouvelle région oblige Lyon se rapproche de l’opéra de Vichy qui accueille les 7, 9 et 11 mars ce Couronnement de Poppée. Les décors n’ont pas changé. Bernard Michel avait travaillé à l’époque avec Gilles Aillaud disparu aujourd’hui. Il a recréé les fonds et les toiles à l’identiques en les adaptant à la scène de l’opéra de Vichy.

Les jeunes chanteurs ont été choisis par le directeur du studio de l’opéra de Lyon, Jean-Paul Fouchécourt, lui-même interprète du rôle de Arnalta à la création.

Les grandes mises en scène parlent à tous les publics, à toutes les époques. Ce couronnement de Poppée a t’il résisté au temps? Les émotions et les intentions de la mise en scène de Klaus Michael Grüber sont elles intactes avec cette nouvelle distribution? Réponse à l’opéra de Vichy les 7,8 et 11 mars.


Le couronnement de Poppée

La compagnie Daruma est basée depuis dix ans à Clermont-Ferrand. Sa créatrice Milène Duhameau explore le Hip Hop et la danse contemporaine. Avec sa nouvelle création 1/10 éme de seconde elle travaille sur la notion de première impression : comment se forge t’on une idée sur quelqu’un?


« Un dixième de seconde » cie Daruma

La compagnie Daruma est en résidence à la Comédie de Clermont. Le spectacle 1/10 éme de seconde est donné les 7 et 8 mars à la maison de la culture de Clermont. Autour du spectacle d’autres rendez-vous sont proposés par la Comédie :

Samedi 4 mars
15:00 : Projection du documentaire Faire kiffer les anges
de Jean-Pierre Thorn – salle Georges-Conchon, entrée libre

17:00 : Répétition publique (1 heure), suivie d’une rencontre
(30 minutes) avec Milène Duhameau
salle Jean-Cocteau, entrée libre

Dimanche 5 mars 17:00

Projection du documentaire Rize de David LaChapelle
salle Georges-Conchon, entrée libre

Mercredi 8 mars à 18:30

Rencontre discussion avec Milène Duhameau
En partenariat avec la Ville de Clermont-Ferrand dans le cadre de la semaine des Droits des Femmes et en complicité avec les Potenti’elles.
Milène Duhameau fera part de son expérience d’artiste chorégraphe femme dans le milieu du hip-hop, souvent considéré comme un milieu d’homme.
Elle reviendra également sur la notion de « première impression », thématique centrale de sa nouvelle création.
Maison de la Culture, salle Gripel (entrée rue Abbé-de-l’Epée)

06 Jan

Un premier Pils de l’année rempli de valeurs sûres

 D’une grande épopée hindoue à la naissance d’une laitue, le premier Pils de l’année fait le grand écart.

Le dernier spectacle de Peter Brook, Battlefield, est à la maison de la Culture de Clermont, Arie van Beek revient pour deux soirées à l’orchestre d’Auvergne, le Centre Lyrique Clermont Auvergne reprend Don Giovanni et une salade pousse vaille que vaille au centre Camille Claudel…


Pils du 6 janvier 2017

Un spectacle de Peter Brook est toujours un événement.

Il y a trente ans, il avait bouleversé le festival d’Avignon avec sa version légendaire de neuf heures du Mahabharata, un poème épique indien écrit entre le cinquième et le deuxième siècle avant notre ère. Aujourd’hui il nous présente Battlefield, un épisode de ce texte sacré.

Le Mahabharata décrit la guerre qui déchire une famille et Battlefield se déroule après la bataille. Comment reconstruire un pays après une guerre? Comment régner dans un pays meurtri? Le lien est évident avec le contexte mondial actuel et après avoir vu le spectacle, les mots du roi Yudhishtira résonnent longtemps dans nos mémoires.


Battlefield

Battlefield : les 5,6 et 7 janvier à la maison de la Culture de Clermont-Ferrand

En ce début d’année, le Centre Lyrique Clermont Auvergne reprend le Don Giovanni de Mozart. Créée en 2012, la mise en scène de Pierre Thirion-Vallet nous offre trois heures de beau spectacle. L’opéra se déroule comme un roman policier. Don Juan sème derrière lui les victimes, il séduit les femmes et tue les hommes sans aucun repentir jusqu’à brûler dans les flammes de l’enfer.

Il y a l’histoire mais surtout la musique divine de Mozart pour cet  » Opéra des opéras » selon Wagner… A la baguette, le chef Amaury du Closel dirigera l’orchestre de Timisoara.

Dans ce court extrait, nous vous présentons quelques images de la création à Clermont-Ferrand en 2012, à l’époque la direction musicale était assurée par Arie van Beek.


Extrait du Don Giovanni de Mozart

Don Giovanni : du 11 au 14 janvier à l’Opéra-Théâtre de Clermont

Et pour finir, une courte épopée pour une salade : Lighthouse est une installation scènographique de Violette Graveline et Clément Debras au centre Camille Claudel à Clermont-Ferrand.

Ces deux anciens élèves de la Haute Ecole des Arts du Rhin ont imaginé un univers de science fiction drapé de plastique où la vie surgit d’un environnement défavorable.

Vaille que vaille, une petite laitue pousse jusqu’au 21 janvier sous un soleil artificiel…


Lighthouse

Jusqu’au 21 janvier au centre Camille Claudel à Clermont-Ferrand

18 Nov

Belle envolée de « La Mouette » à la Comédie de Clermont-Ferrand

le comédien Matthieu Sampeur et la Mouette photographié sur le chantier de la future Comédie de Clermont-Ferrand. Novembre 2016 © Jean-Louis Fernandez

Le comédien Matthieu Sampeur et La Mouette, sur le chantier de la future Comédie de Clermont-Ferrand. Novembre 2016 © Jean-Louis Fernandez

La star des metteurs en scène Thomas Ostermeier n’a pas attiré les foules pour la première représentation de La Mouette de Tchekhov à Clermont-Ferrand. Ceux qui ont fait le choix de venir ont néanmoins été conquis par ce drôle d’oiseau dont le cri demeure longtemps après le noir final.

La chanson de Bowie qui ouvre le spectacle est prémonitoire: c’est un suicide très rock’n’roll auquel nous allons assister. D’ailleurs, du rock, La Mouette version Ostermeier en a à revendre. Des Doors au Velvet, chaque acte est ponctué de classiques du rock psyché. Cela commence dès qu’on s’installe dans la salle, les amplis, les guitares et les micros nous attendent sur la scène, avec la même impassibilité que les comédiens, tous assis dans un coin de ce cube gris qu’on croit d’abord sans issue. Cette scène, c’est un tableau qui va se dessiner sous nous yeux pendant plus de deux heures, qui va changer de couleur selon l’humeur de l’artiste pour s’achever en un immense all-over noir.

« Qui est allé en enfer voit le monde et les hommes autrement », Anton Tchekhov

C’est par cette citation que tout commence: « Mon oeuvre est imprégnée du voyage au bagne de Sakhaline. Qui est allé en enfer voit le monde et les hommes autrement ». En inscrivant cette citation au fond de la scène, Thomas Ostermeier nous invite d’emblée à lire la pièce de Tchekhov sous un angle bien particulier. Pourtant, les personnages narcissiques et bourgeois de La Mouette nous semblent bien loin des détenus du bagne que l’écrivain-médecin a rencontrés. Mais plus la pièce avance, plus la détresse humaine dans laquelle se trouvent ces six personnages nous frappe, plus le carcan social auquel ils sont attachés nous étouffe.

La traduction d’Olivier Cadiot et la mise en scène de Thomas Ostermeier nous permettent de constater à quel point le texte de Tchekhov n’a pas pris le siècle qui nous sépare de sa création dans la tronche. L’écrivain s’est tellement attardé sur ce qui se passe dans la tête de chacun de ses personnages, que leur époque peut aussi bien être la nôtre. Et bien que devant nous, on parle d’art et de littérature, on palabre sur la page blanche et sur de futiles désirs de gloire, chacune des phrases prononcées nous renvoie à nos propres névroses.

La modernité du propos tient aussi au jeu d’improvisation auquel s’adonnent les comédiens (tous excellents) lorsqu’ils sortent du texte de Tchekhov. On nous parle de Syrie, on se moque du théâtre contemporain ou de la place que tient la culture dans notre société, on entend parler de Donald Trump et on nous chante Bowie. Tout ça est si proche de nous que le drame qui se déroule sous nos yeux nous touche encore davantage.

La Mouette, Jusqu’au 19 novembre 2016 à la Maison de la Culture, Comédie de Clermont-Ferrand. 

05 Nov

Accro à Robert Lepage avec « Les Aiguilles et l’Opium »

Le comédien Marc Labrèche (sur cette photo) qui endossait le rôle depuis 1994 l'a cédé à un autre comédien talentueux, Olivier Normand. ©Nicola Franck Vachon

Le comédien Marc Labrèche (sur cette photo) qui endossait le rôle depuis 1994 l’a cédé à un autre comédien talentueux, Olivier Normand. ©Nicola Franck Vachon

Le metteur en scène Robert Lepage est venu présenter son spectacle « Les Aiguilles et l’Opium » à la Comédie de Clermont-Ferrand. Créé il y a vingt ans, le spectacle porté par un nouveau comédien époustouflant de sincérité, n’a pas pris une ride. 

C’est la dépendance qui est au coeur du spectacle de la Compagnie Ex Machina. Dépendants à l’Opium, à l’héroïne ou à l’amour, les personnages de cette pièce vont avoir besoin d’un sevrage sévère s’ils veulent en sortir vivant. Le premier, le poète et cinéaste Jean Cocteau, vante les mérites de l’opium pendant que le musicien Miles Davis s’accroche à l’héroïne. Robert, le personnage « fictif » du spectacle, alter ego de l’auteur, lui, est accro à l’amour. Dans cette pièce de théâtre construite comme un film, il y a tous les ingrédients d’un bon Woody Allen: les questions existentielles, le jazz et le recours à la magie quand tout fout le camp.

Car magique, le spectacle l’est assurément. Face au spectateur, un cube se transforme au fil des scènes, renverse la réalité mais aussi les personnages, balance le coeur déjà malmené d’un Miles Davis muet interprété par le comédien acrobate Wellesley Robertson III. Ce cube devient « carrément » l’un des personnages principaux, nous contant le passé, le présent et l’avenir en tournoyant sur lui-même.

Le comédien Olivier Normand reprend depuis cet automne 2016 le rôle de Robert, tenu en 1994 et lors de la reprise du spectacle en 2013 par l’acteur Marc Labrèche. Le comédien est aussi convaincant en amoureux paumé qu’en poète dont le génie frise parfois l’orgueil. Qu’il déclame Cocteau en flottant littéralement dans un ciel étoilé ou qu’il s’échine à doubler une scène de cinéma, le comédien réussit à nous faire passer d’un monde à l’autre avec autant de magie que la machinerie imaginée par Robert Lepage.

Il en résulte un spectacle beau et unique qui mériterait peut-être un peu plus d’émotion là où la magie perd de ses effets, on en ressort néanmoins « transformé ».

Pour aller plus loin: « Les Aiguilles et l’Opium » Amour, drogues et dépendances, l’article contient des extraits du spectacle et une interview de Robert Lepage par Michel Field lors de la création du spectacle en 1992.

04 Nov

Pils voyage avec la chanson francophone

Cette semaine votre agenda culturel PILS vous fait voyager jusqu’au Québec grâce au festival Sémaphore en chanson et vous fait découvrir Fabrice Lambert, un chorégraphe très concerné par la planète.

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Depuis dix-sept ans, le festival Sémaphore en chanson présente à Cébazat (63) ce que la chanson française fait de mieux. Chaque automne ce rendez-vous propose des concerts avec des valeurs sûres comme Miossec (le jeudi 10 novembre) ou encore Cali qui fera la clôture le 12 novembre, mais s’attache aussi à montrer les talents de la nouvelle scène francophone.

Cette année Mathieu Lippé, un Québecois chanteur, poète, slameur pétri de talent est le parrain du festival. Il était là quelques jours avant pour rencontrer son public à l’occasion des concerts « En Aparté », des mini concerts gratuits que le festival organise pour donner un avant-goût de la programmation.

Festival Sémaphore en chanson

Mathieu Lippé sera en concert lundi 7 novembre et Séverin le mardi 8 sous le chapiteau Notilus que le festival installe chaque année sur le site du Sémaphore.

Fabrice Lambert est un chorégraphe grenoblois associé pour trois ans à la Comédie de Clermont-Ferrand. C’est un projet d’enfouissement de déchets nucléaires en Finlande qui lui a donné l’idée de sa pièce « Jamais assez » créée en 2015 au festival d’Avignon. Le public clermontois pourra la découvrir le 10 novembre à la maison de la culture de Clermont-Ferrand.


« Jamais assez » une danse pleine d’énergie

L’agenda PILS complet avec des idées de rendez-vous du 4 au 10 novembre, où vous verrez qu’il est parfois dangereux de rouler pour la culture!


Agenda culturel du 4 au 10 novembre en Auvergne

 

 

11 Oct

Trois ans avec Mélanie Laurent

Mélanie Laurent interviewée à la Comédie de Clermont-Ferrand @Jean-Louis Fernandez

Mélanie Laurent interviewée à la Comédie de Clermont-Ferrand Photo: Jean-Louis Fernandez

 

L’actrice-réalisatrice Mélanie Laurent devient metteur en scène et c’est à Clermont-Ferrand qu’elle présentera mercredi soir et pendant trois jours sa première création, « Le dernier Testament. » L’artiste est d’ailleurs associée à la Comédie de Clermont-Ferrand pour trois ans, ce qui devrait l’amener à monter un spectacle par an. Elle prévoit même de réaliser un documentaire dans la région.

Mélanie Laurent avoue avoir gardé le livre de James Frey plusieurs mois avant de se plonger dedans. Aujourd’hui « Le dernier testament » est une pièce de théâtre qu’elle présente à la Comédie de Clermont-Ferrand: l’histoire d’un messie au coeur de Brooklyn qui va métamorphoser tous ceux qu’il rencontre.

« En tout cas, quand j’ai ouvert la première page, j’ai eu un vrai choc et je me suis posé plein de questions: il y a eu comme un avant-après même personnel en lisant cette histoire, je me suis vraiment posé la question de la foi… Si ce messie existait aujourd’hui, est-ce que j’y croirais? (…) Et puis j’ai rencontré James Frey, il a accepté que j’ai les droits du livre et surtout accepté que j’en fasse l’adaptation comme je voulais. »

La pièce, nous ne l’avons pas encore vue. En revanche, le livre on l’a lu. Mélanie s’en assure et nous raconte que tout le monde lui a dit que ce bouquin était inadaptable.

« Ce sont des personnages très forts, très seuls, très détruits, parfois drôles, enfin ce sont des âmes esseulées… Et puis il y a ce personnage qui n’est pas du tout moralisateur, qui n’est pas du tout le messie comme on peut se l’imaginer, qui ne fait aucun grand discours, qui n’est pas dans la parole, qui est dans le corps et qui vient comme ça faire l’amour à tout le monde… Donc il y a quelque chose de très sensuel, voire sexuel dans le texte. (…) On s’est beaucoup amusé avec ça!« 

Peut-être qu’aujourd’hui, un bon messie, ce serait juste un bon leader, quelqu’un qui nous donnerait envie de nous bouger et de faire des choses… »

Un messie qui vient prêcher la bonne parole: une bonne parole qui ne nous dicte pas dix commendements mais une parole qui nous demande de vivre ensemble. La question qu’on se pose dès lors, c’est celle-ci: C’était avant ou après « Demain » (Documentaire co-réalisé avec Cyril Dion)?

« C’était avant… Et puis Demain, c’est presque le prolongement et puis finalement, faire la pièce après « Demain », c’est assez logique en fait…« 

Mais alors, quel est est le lien entre « Le Dernier testament » et « Demain » ?

« Cette société consumériste… cette absurdité à vouloir être le meilleur partout et écraser les autres… C’est aussi un personnage qui vient dire qu’on a tous quelque chose d’intéressant (…) Peut-être qu’aujourd’hui, un bon messie, ce serait juste un bon leader, quelqu’un qui nous donnerait envie de nous bouger et de faire des choses…« 

Alors là, Mélanie laurent, vous partez pour trois ans de collaboration avec la Comédie de Clermont! Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter?

(D’abord elle acquiesce en riant…) « J’ai l’impression qu’on ne m’avait jamais donné quelque chose d’aussi libre et la confiance que me donne Jean-Marc, je la trouve tellement belle et risquée à la fois. Dire à quelqu’un: « Tu peux créer un spectacle par an et tu fais ce que tu veux » c’est merveilleux, c’est la liberté absolue pour un artiste! (..) Je crois que je fais ce métier pour prolonger l’enfance et là, pour le coup, c’est un grand terrain de jeux. »

Interview de Mélanie Laurent

Le Dernier testament, Mercredi 12, Jeudi 13, Vendredi 14 Octobre 2016 à la Comédie de Clemont-Ferrand – Maison de la Culture – Salle Jean Cocteau – 20h30.

10 Juin

Pils et les valeurs sûres

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Cette semaine dans Pils, les vingt ans de la Comédie de Clermont avec un programme alléchant pour une saison anniversaire de plaisir « comme un feu d’artifice ».

Et aussi un entretien avec Jean-Louis Murat, descendu de sa montagne pour nous parler du lynx, un des héros de son nouvel album Morituri. Le chanteur auvergnat sera sur la scène de la coopérative de mai le 18 juin prochain en compagnie de jeunes artistes locaux comme Matt Low ou Morgane Imbeaud.

Pils du 10/06/16

 

09 Juin

Une saison feu d’artifice pour les vingt ans de la Comédie de Clermont

Visuel antoineetmanuel Photo Jean-Louis Fernandez

Visuel antoineetmanuel
Photo Jean-Louis Fernandez

Le directeur de la Comédie de Clermont est un homme heureux : que de bonnes nouvelles pour la saison 2016/2017! Plus de spectacles (34 au lieu de 27 cette année) et la pose de la première pierre de son théâtre à l’automne 2017. Alors pour fêter tout ça, Jean-Marc Grangier promet à son public de beaux événements :

Pas un seul moment festif mais une saison anniversaire de plaisir : je l’ai voulue, spectacle après spectacle, comme un feu d’artifice

Cette année, trois jeunes artistes seront associés à la Comédie de Clermont :

L’actrice et réalisatrice Mélanie Laurent se lance dans la mise en scène de théâtre. Après une résidence d’écriture à la Comédie en février 2015, elle a adapté « Le dernier testament de Ben Zion Avrohom » de James Frey pour la scène et viendra présenter son spectacle en octobre prochain.

Fabrice Lambert, danseur et chorégraphe : « Jamais assez » sa dernière création a plu à la fois au public et à la critique du dernier festival d’Avignon et il viendra la présenter en novembre.

Enfin, Johanny Bert, l’enfant de la Comédie selon Jean-Marc Grangier. Ce metteur en scène et marionnettiste anime des masques, des post-it, du carton, c’est un magicien des formes et de la lumière capables « d’insuffler de la vie à une boulette de mie de pain. » Il travaille avec la Comédie depuis le festival A Suivre en 2003 et revient avec « De passage » en octobre et « Waste » en mars.

Cette saison promet bien sûr de la danse avec pour la première fois (grande région oblige!) une collaboration avec la Biennale de la danse de Lyon et la venue d’Akram Kahn. Sans oublier l’événement « In spite of wishing and wanting » de Wim Vandekeybus, spectacle qui a révolutionné le monde de la danse en 1999 et que le chorégraphe reprend cette année « onze danseurs lâchés sur le plateau comme une horde d’étalons fougueux », que de promesses… Et en fin de saison, Philippe Découflé, chouchou du public, présentera avec sa nouvelle création dont le titre est à venir.

En théâtre quatorze spectacles avec le retour de Thomas Ostermeier qui présente « La Mouette » d’Anton Tchekov et « Richard III » de Shakespeare, le marathon « Karamazov » de Jean Bellorini, cinq heures de plongée dans l’oeuvre de Dostoïevski ou encore le fidèle Pippo Delbono et son message d’amour sur fond d’évangile « Vangelo ». Et bien sûr, le retour sur scène du phénomène James Thierrée dans « La grenouille avait raison ».

En musique un rendez-vous de coeur, pour retrouver sur scène Jane Birkin accompagnée, le soir même de son anniversaire, par l’orchestre d’Auvergne pour interpréter les plus belles chansons de Serge Gainsbourg.

Une saison qui verra enfin la pose de la première pierre d’un théâtre attendu lui aussi depuis vingt ans, une nouvelle maison que le public et les artistes méritent bien!

La saison des vingt ans de la Comédie de Clermont