02 Juil

Pages d’été : le roman Intempérie de Jesús Carrasco adapté en BD par Javi Rey

K9xOOMcjUbtaJOWBjRsqWJFoWy8mfPzp-couv-1200 C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode détente et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Relativement peu de textes, peu de dialogues, vous pouvez lire Intempérie en vingt minutes chrono mais vous pouvez aussi prendre votre temps – et je vous le conseille – pour savourer le dessin mais aussi et surtout vous imprégner des atmosphères et des émotions. Car toutes les pages de ce récit en sont riches.

Intempérie raconte l’histoire d’un gamin qui décide de fuir la violence de son père, fuir les coups et la vie de misère qu’il lui réserve. Mais la nature dans ce coin d’Espagne ravagé par une épouvantable sécheresse est aussi rude que les hommes. Et le jeune enfant, dont on ne connait pas le nom, doit faire face à la faim et à la soif. Recueilli par un berger nomade, il doit se reconstruire, réapprendre à faire confiance à l’homme. Mais les démons de son passé sont à ses trousses, des hommes qui sont prêts à tout pour le ramener au point départ…

Certains d’entre vous connaissent déjà le Barcelonais Javi Rey qui a précédemment signé l’album Un maillot pour l’Algérie ainsi qu’un épisode de la série Secrets chez Dupuis. Son graphisme, ses couleurs, illustrent ici parfaitement l’humilité du héros face à la nature et sa détresse face à la violence des hommes.

Comme l’explique l’auteur du roman, Jesús Carrasco, Intempérie dépeint le monde dans lequel il a grandi, le monde de l’Espagne rural : « Je suis né dans un village et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de vingt environ. Pour cette première aventure, ce premier défit, je me suis rendu compte qu’il était indispensable de puiser à une source en émotions, en perceptions ou en sensations suscités par le paysage. Ce roman est fabriqué à partir de ce matériau-là : un vécu hautement exposé à l’environnement, au milieu naturel, à la campagne, à l’inclémence, à l’intempérie ». 

Un bel album et, à en croire l’auteur du roman lui-même, une adaptation qui « surpasse le livre »!

Eric Guillaud

Intempérie, de Javi Rey d’après le roman de Jesús Carrasco. Éditions Dupuis. 18€

© Dupuis / Javi Rey - Jesus Carrasco

© Dupuis / Javi Rey – Jesus Carrasco

01 Juil

Pages d’été : Camille Pot met en images les conversations de plage

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C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode détente et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Pour être tout à fait juste, Conversations de plage n’a pas eu le temps de prendre la poussière sur mon bureau, ce petit bouquin jaune des éditions Warum est sorti en juin, juste à temps pour se trouver embarqué dans les sacs de plage des vacanciers à côté des tongs, de la crème solaire et des lunettes de soleil.

Mais de quoi ça cause me direz-vous ? Est-ce bien la peine de l’emmener avec vous même si son poids et son format ne vous embarrasseront pas plus qu’un, disons deux paquets de cigarette ? Conversations de plage parle de tout et de rien, de l’essentiel et du superflu, de l’anecdotique et du primordial, du mythe nietzschéen et de crumble banane sauce litchi, de prise de poids et d’amour, de chevauchées sauvages à travers les steppes mongoles et de crédits immobiliers, de la vie et de la mort, le tout en une suite de dessins drôles et colorés.

Rien de neuf sous le soleil me diront les plus attentifs puisque cet album a déjà été publié en 2008. Oui, mais cette nouvelle édition est en couleurs et est enrichie de gags inédits, ce qui la rend forcément indispensable.

Hier comme aujourd’hui, les histoires de Camille Pot sentent le sable chaud et les beignets à la confiture à toutes les pages. Idéal entre deux petits plongeons !

Eric Guillaud

Conversations de plage, de Camille Pot. Éditions Warum. 14€.

30 Juin

One Two Three Four Ramones : un monument du rock’n’roll vu par Cadène, Bétaucourt et Cartier

790601_01C’est dingue comment porter un tee-shirt estampillé Ramones est aujourd’hui devenu totalement hip au sein d’une certaine jeunesse qui n’écoute pas forcément du rock’n’roll et qui, pire encore, ne sait même pas qui se cache derrière ce nom. Eh bien non, Ramones n’est pas une marque de fringue, ni un modèle de planche de surf, Ramones est l’un des meilleurs groupes de rock’n’roll au monde. Que vous le découvriez aujourd’hui -on ne vous en voudra pas- ou que vous vénériez le groupe depuis toujours, cet album paru aux éditions Futuropolis et signé Cadène, Bétaucourt et Cartier nous permet de vivre la légende de l’intérieur…

Dire que les Ramones est un putain de groupe de rock qui a révolutionné le genre autant que les Beatles est d’une extrême banalité. C’est pourtant la réalité. Avant même les Sex Pistols ou les Clash, les Ramones prouvaient au monde entier que la musique appartenaient à tous, qu’il n’était nul besoin de sortir d’une académie de musique pour assembler trois accords et balancer un tube interplanétaire.

Surfin’ Bird, Blitzkrieg Bop, Rock and roll Radio, Poison Heart, Locket Love… Autant de bijoux qui tournent autour de la planète depuis plusieurs décennies et pour encore longtemps.

Dans cet album, Cadène, Bétaucourt et Cartier nous racontent la face cachée des Ramones, la jeunesse de Dee Dee, une mère alcoolique, un père violent, la création du groupe, les premières répétitions sans qu’ils sachent aligner trois accords, les premiers concerts, notamment au mythique CBGB à New York, la soif de célébrité, les tournées internationales, les filles, les amours des uns et des autres, la gloire ou presque mais aussi les disputes incessantes au sein du groupe, la paranoïa de l’un, les tocs de l’autre et surtout la drogue, omniprésente, qui empêche parfois Dee Dee de jouer et finit par le tuer.

« On se rêvait en rock stars, on était affamés… Londres, Tokyo, Buenos Aires, j’y ai cru… J’ai tout pris et la célébrité qui va avec. Mais rien peut durer. Il reste juste le manque »

Si les Ramones ont marqué l’histoire du rock’n’roll et grandement participé au lancement du mouvement punk, la vie du groupe n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, on frôle même souvent le pathétique. Mais le rock’n’roll ne naît pas dans les soirées de la jet set, plutôt dans les caves des grandes villes comme ici à New York. Un extraordinaire voyage au coeur des années 70 en compagnie des Ramones, avec égelement la participation exceptionnelle d’Iggy and The Stooges, des Sex Pistols, des Clash, de Lemmy Kilmister de Motörhead. Que du beau monde, un groupe de légende et une BD indispensable pour tous ceux qui s’intéressent au rock’n’roll ! Hey ho! Let’s go…

Eric Guillaud

One Two Three Four Ramones, de Cadène, Bétaucourt et Cartier. Éditions Futuropolis. 20€

© Futuropolis / Cadène, Bétaucourt & Cartier

© Futuropolis / Cadène, Bétaucourt & Cartier

27 Juin

Les Gens du bureau ? Mieux vaut en rire, c’est le parti pris de Yann Rambaud dans cet album paru chez Vraoum!

album-cover-large-33463Vous les connaissez forcément, vous les côtoyez tous les jours, vous les détestez souvent, ce sont les gens du bureau…

Oui oui, ceux qui savent toujours mieux que les autres, ceux qui vous demandent comment vous allez sans attendre la réponse, ceux qui font du zèle en espérant être élu employé du mois. Tous plus insupportables les uns que les autres !

Je sais, ce n’est pas très sympathique de vous rappeler à votre souvenir tous ces gens alors que vous êtes certainement chez vous, bien au chaud, tranquilles entre amis ou en famille. Mais ils existent et continuent d’exister même quand vous ne les voyez pas. Ils en profitent même pour évoquer avec d’autres gens du bureau votre incompétence notoire, votre alcoolisme mondain, vos déviances sexuelles et peut-être même votre situation irrégulière ou votre position illégitime dans l’entreprise.

Alors forcément, il y a quelques accidents, un employé qui se pend, un autre qui s’immole. Mais c’est presque rentré dans la norme, dans l’acceptable. Le travail tue et avant ça, il rend fou !

Heureusement, certains ont réponse à tout. « C’était quoi déjà ta solution contre le harcèlement sexuel ? ». Réponse : « Bah, tu fais comme moi : change de sexe. Ça marche direct! ».

Un livre à acheter avant d’être licencié ou placardisé ! On y parle de tout et de rien, du harcèlement, du stagiaire, du N + 1, de la machine à café, de ceux qui ne viennent pas travailler en trottinette… le tout avec un humour noir grinçant mais jubilatoire. À lire si possible sur votre temps de travail entre deux micro-siestes !

Eric Guillaud

Les Gens du bureau, de Yann Rambaud. Éditions Vraoum! 12€

24 Juin

24 Heures du Mans : Une Vaillante sur la plus haute marche du podium grâce à Michel Vaillant

RebellionNe croyez aucunement tout ce qui est dit ou écrit depuis dimanche 18 juin, la Porsche numéro 2 pilotée par Brendon Hartley, Earl Bamber et Timo Bernhard n’a pas remporté les 24 Heures du Mans, non, c’est une Vaillante qui est arrivée première avec à son bord Michel Vaillant…

C’est du moins le scénario proposé dans ce sixième album des aventures de Michel Vaillant nouvelle saison, une histoire bien évidemment écrite avant l’édition 2017 de la légendaire course automobile. Un scénario comme toujours hyper sophistiqué dans lequel s’imbriquent histoires de famille et courses automobiles. C’est toujours aussi merveilleusement raconté et dessiné par une équipe  au top – on pourrait même parler d’écurie – réunissant Marc Bourgne, Denis Lapière, Benjamin Benéteau et Philippe Graton, le fils du créateur de la série. 

Michel Vaillant a tout juste 60 ans

C’est en février 1957 que Michel Vaillant fait son premier tour de chauffe dans les pages du journal Tintin. Son créateur, Jean Graton, est né à Nantes en 1923. Pendant la guerre, son père est fait prisonnier et envoyé en Allemagne. Se retrouvant seul, l’adolescent doit à contre coeur travailler au chantier naval. « Tout cela m’a donné comme objectif de faire dans la vie ce dont j’avais envie, quitte à prendre des risques », dira-t-il.

© Graton / Graton Lapière Bourgne & Benéteau

© Graton / Graton Lapière Bourgne & Benéteau

Le Nantais rejoint la Belgique en 1947. Là-bas, il apprend le métier de dessinateur, travaille un temps pour une agence de presse, fait ses premières armes dans le magazine Spirou, pour lequel il réalise plusieurs Belles Histoires de l’Oncle Paul, puis pour le journal de Tintin où il signe des récits courts, souvent autour du sport, avant de finalement lancer Michel Vaillant en 1957.

Pendant 50 ans, Jean Graton anime les aventures de son pilote, d’abord seul, puis entouré d’assistants et de son fils Philippe Graton. 70 aventures au total, 12 qui se déroulent au Mans, et une célébrité qui dépasse les frontières de l’hexagone avec plus de 20 millions d’albums vendus.

La deuxième vie de Michel Vaillant

En 2012, on change tout ou presque et on recommence ! Une nouvelle équipe est formée autour de Philippe Graton qui reprend les rênes de la série.Denis Lapière le rejoint au scénario tandis que Marc Bourgne et Benjamin Benéteau sont appelés à repenser le dessin. Pas facile de reprendre une série mythique comme celle-ci, l’équipe se met au travail et relooke complètement l’univers en conservant toutefois ce qui fait l’âme de la série : le savant cocktail « sport, famille, automobile ».

© Graton / Graton Lapière Bourgne & Benéteau

© Graton / Graton Lapière Bourgne & Benéteau

Les aficionados de la première heure s’inquiètent mais la sortie du premier album en 2012 met tout le monde d’accord, la série Michel Vaillant est repartie pour de belles années, peut-être encore 60 ans…

Des Vaillante aux 24 Heures du Mans 2017

Dans la série Michel Vaillant, la réalité a toujours côtoyé la fiction. Ce nouvel album n’y échappe pas, deux Vaillante Rebellion étaient pour de vrai sur a ligne de départ des 24 Heures cette année, une termina troisième avant d’être disqualifiée, l’autre, 16e au général.

La légende continue…

Eric Guillaud

Rébellion, Michel Vaillant (nouvelle saison, tome 6), de Graton, Lapière, Bourgne, Benéteau. Éditions Graton. 15,50€

Le Petit rêve de Georges Frog : un grand bonheur de Phicil et Drac réédité aux éditions Soleil

81pl8MGgfDLUn pianiste de jazz fauché à droite, une jeune fille de bonne famille à gauche, une histoire d’amour improbable au centre, des rêves de gloire et d’avenir meilleur tout autour, non ce n’est pas La La Land mais Le Petit rêve de Georges Frog, un récit initialement paru en quatre volumes entre 2006 et 2010 chez Carabas et aujourd’hui réédité en intégrale aux éditions Soleil…

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La comparaison avec le film de Damien Chazelle s’arrête là. Le Petit rêve de Georges Frog n’est pas une comédie musicale mais un récit animalier anthropomorphique qui nous ramène dans l’Amérique des années 30, celle de la grande dépression, de la misère généralisée et des clubs de jazz enfumés.

Le personnage central est une grenouille. Elle – ou plutôt il – s’appelle Georges Rainette, Frog de son nom de scène, et rêve de devenir un grand joueur de jazz à l’image de Beef Basie, son idole. « Cette musique, c’est toute ma vie. Je l’écoute, je la joue. J’en rêve même la nuit ! » Alors, Frog décide de jouer le tout pour le tout, quitte le conservatoire, s’enferme dans son appartement et y consacre tout son temps. Ou presque. Car en attendant de devenir célèbre, il va tout de même devoir multiplier les petits boulots qui lui seront payés le plus souvent en carottes par des plus pauvres que lui. Pas vraiment de quoi nourrir son homme, ou même sa grenouille, pas non plus de quoi payer son loyer. Frog se retrouve vite fait bien fait à la rue, squattant à droite et à gauche jusqu’au jour où Cora, la femme qu’il croit aimer, lui met le grappin dessus. Elle veut le mariage. Lui n’a rien contre. Mais pour ça, Frog doit devenir quelqu’un de bien avec un travail sérieux…

L’auteur de cet album, Phicil, n’est pas seulement scénariste, dessinateur et accessoirement professeur dans une école de bande dessinée, il est aussi titulaire d’une maîtrise de musicologie. Ceci explique celà, Le Petit rêve de Georges Frog est le concentré de ses deux passions, un concentré éclatant de tendresse, d ‘humanité, un regard éclairé sur l’univers du jazz, son histoire, une ode à l’amour, à la passion et à la liberté, mais aussi un plongeon dans l’Amérique des années 30. Un travail admirable, un graphisme au charme immédiat, des planches aux atmosphères envoûtantes grâce notamment aux couleurs de Drac qui a signé plusieurs albums de Phicil et une très très belle histoire. (Re)conquis !

Eric Guillaud

Le Petit rêve de Georges Frog, de Phicil et Drac. Éditions Soleil. 27€

© Soleil / Phicil et Drac

© Soleil / Phicil et Drac

20 Juin

Bianca, Jardin d’Eden, Heidi au printemps, Sous les étoiles… Quand la BD flirte avec l’érotisme

sousLesEtoilesLe printemps a été torride aux éditions Delcourt avec quasiment coup sur coup la publication de plusieurs albums érotiques, d’un côté la réédition du classique Bianca de Guido Crepax, de l’autre trois nouveautés signées Laura Scarpa, Gilbert Hernandez et Marie Spénale…

On commence par le plus ancien, publié en février, Sous les étoiles, un album de l’Italienne Laura Scarpa qui met en scène des histoires de sexe et d’amour inspirées de faits réels vécus par l’auteure elle-même ou ses amies, et publiées à heidiAuPrintempsl’origine dans le magazine italien Blue dans les années 90. Des histoires de sexe au téléphone, dans une église, sur une plage, en solo, à deux ou plus, qui reste assez classiques. Sous les étoiles navigue entre la BD d’auteur et la BD érotique (Sous les étoiles, de Laura Scarpa. 16,95€).

Attention attention, le titre, le personnage, la couverture, le graphisme et l’atmosphère pourraient faire penser à un livre jeunesse mais Heidi au printemps s’adresse surtout aux jeunes adultes avec un contenu explicite. Si on retrouve bien dans ses pages l’héroïne de la romancière suisse Johanna Spyril, celle-ci a bien grandi – le titre initial de cette BD était d’ailleurs Heidi a grandi – elle est adolescente et en passe de découvrir l’amour. C’est la première bande dessinée de Marie Spénale mais vraisemblablement pas la dernière, tant l’album dans sa globalité est une petite merveille qui prend le 682c81387dd3e7f20ea500ba3c82e0e0temps – on est en Suisse – de raconter une vraie histoire qui n’est pas le prétexte à une enfilade de scènes érotiques. Elle sont d’ailleurs très rares et plutôt vers la fin du bouquin. Une petite douceur ! (Heidi au printemps, de Marie Spénale. 16,95€)

Vous vous êtes toujours demandé comment Eve, Abel et Caïn avaient été conçus ? Ou Comment était la vie à bord de l’arche de Noé, à quoi on pouvait bien s’y occuper ? Gilbert Henandez vous le dévoile dans ce petit album Jardin d’Eden où les pénétrations succèdent aux fellations et vice-versa. Créateur avec ses frères, Jaime et Mario, du célèbre Love and Couv_305303Rockets, Gilbert Hernandez propose ici une relecture de la bible en apportant la contradiction aux créationnistes américains qui pensent que l’homme et la femme ont été créés spontanément par Dieu. (Jardin d’Eden, de Gilbert Hernandez. 12,50€)

Une réédition pour finir, celle de Bianca par LE spécialiste de la bande dessinée érotique, Bruno Crepax, à qui l’on doit par ailleurs la série Valentina, mais aussi La Vénus à la fourrure, l’adaptation en BD d’Histoire d’O ou encore d’Emmanuelle. Ce volume est une édition complète des aventures de Bianca, initialement parues en deux tomes en 1969 et 1987. On y retrouve le graphisme réaliste et raffiné de l’auteur ainsi que ce côté fantastique et psychédélique qui est sa signature. Ici, pas de pornographie mais de l’érotisme à toutes les pages avec la belle Bianca qui fit dire à Wolinski, nous rappelle l’éditeur, « Ça m’embête d’être amoureux d’une femme dessinée par un autre, parce que je ne peux pas la séduire ». (Bianca, de Crepax. 24,95€) 

Eric Guillaud

 

15 Juin

Hate, Chroniques de la haine : le livre qu’il faut emmener au Hellfest

HATE_couvertureBon ok, ce n’est pas tout à fait un livre de poche, il prend un peu de place et surtout pèse plus d’un kilo et demi, c’est un peu lourd dans un sac à dos, j’en conviens, mais c’est LE livre qu’il faut emmener au Hellfest cette année…

Pas besoin de concentration extrême, les décibels ne devraient donc pas gêner votre lecture, Hate, Chroniques de la haine est un album avare en dialogues mais généreux en graphisme. Adrian Smith, homonyme du guitariste d’Iron Maiden, y développe sur près de 300 pages un univers incroyablement noir et violent « où le soleil gèle et la lune brûle, où les forts dévorent les faibles », nous prévient l’éditeur.

Réalisé principalement sur ordinateur, la nuit, après son travail d’illustrateur chez Games Workshop et sur les romans de Dan Abnet, Hate, Chroniques de la haine fait immédiatement penser au travail de Philippe Druillet qu’il considère d’ailleurs comme un dieu.

Peu de textes et pas de couleurs, tout est ici en noir et blanc. Normal me direz-vous, il n’y a plus de soleil, mais ce n’est pas la seule raison : « J’adore le noir et blanc. Je pense que la couleur gêne le lecteur et qu’elle n’est souvent pas nécessaire. Elle dissimule de nombreux éléments intéressants. Le noir et blanc est plus direct, il montre tout », explique l’auteur à Jérôme Lachasse de bfmtv.com.

Une atmosphère lourde, très lourde, où la violence est pourtant plus souvent suggérée que montrée, et c’est là toute la force du récit de Smith : « Je n’ai pas besoin de faire quinze planches pour décrire une bataille… », confiait-il dans une récente interview d’Olivier Badin pour ce même blog, « je trouve beaucoup plus fort de dessiner l’avant et l’après. On revient toujours à cette notion d’atmosphère, je préfère suggérer plutôt que tout montrer. Et puis je trouve beaucoup plus fort une simple image des piles de corps et des vautours tournant autour une fois que les armes se sont tues».

À peine édité, Hate, Chroniques de la haine est déjà un livre de référence dans le milieu de la dark fantasy.

.Eric Guillaud

Hate, Chroniques de la haine, d’Adrian Smith. Éditions Glénat. 30€

© Glénat / Adrian Smith

© Glénat / Adrian Smith

Wonder Woman : La première super-héroïne de l’histoire a bien grandi…

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l'édition française

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l’édition française

Profitant de la sortie le 7 Juin dernier de sa première adaptation cinématographique, plusieurs séries consacrées à Wonder Woman sont opportunément (ré)édités, histoire de ce rendre compte que ce personnage plus complexe qu’il n’y paraît est à chaque fois un bon reflet de son époque et de la lutte pas toujours gagnée pour l’égalité des sexes…

Dès ses débuts en 1941, Wonder Woman est une sorte de paradoxe : créée à la base avant tout pour répondre à ceux qui (déjà) accusaient les comics d’être sexistes et de n’offrir aucun modèle féminin, la première super-héroïne de l’histoire avait beau être une pin-up capable de soulever un tank ou de défendre l’univers, son identité secrète la reléguait au simple rôle de secrétaire, comme si une femme ne pouvait au final n’être que la subalterne d’un homme dans la vraie vie. La sortie simultanée de ‘Dieux et Mortels’ (en deux tomes) et de ‘Terre-Un’ (cinq tomes) est d’autant plus intéressante qu’on tient là deux réécritures clefs de son histoire, témoignant de l’évolution de la société depuis la seconde guerre mondiale, de notre vision de la femme et des comics en général.

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l'édition française

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l’édition française

Le premier est le plus gros morceau : signé par Georges Pérez au dessin, il revient sur ses origines sur l’ile de Themyscira, refuge d’amazones immortelles à l’écart des hommes depuis plus de 3,000 ans et comment l’intrusion accidentelle d’un pilote de l’US Air Force va tout chambouler et l’obliger à se confronter au monde réel et à Arès, le dieu de la Guerre. Le tout est sorti initialement en 1986 et cela se sent car baignant dans une certaine tradition (noblesse des sentiments, patriotisme, héros forcément bien intentionnés). Reste qu’en plus d’être un bon co-scénariste et d’être un fin connaisseur de la mythologie grecque qu’il a injecté ici à fortes doses, Pérez vit avec son temps et ose donc pour la première fois aborder certaines thématiques plus adultes, en premier lieu le féminisme et la prolifération des armes atomiques mais sans jamais que cela ne prenne le pas sur ce qui fait toute la saveur d’un comics classique. Mais son héroïne reste bien sage et limite asexuée, ce qui est loin d’être le cas de la dernière incarnation en date de Wonder Woman signée Yanick Paquette…

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l'édition française

TM & © 2017 DC Comics. All Rights Reserved. Urban Comics pour l’édition française

Même si l’histoire est à la base la même, avec le dessinateur canadien au crayon flamboyant et haut en couleur, la princesse Diana a des courbes renversantes digne d’un mannequin, tombe amoureuse d’un Steve Trevor ici à la peau noire tout en laissant aussi fortement sous-entendre sa possible bisexualité et n’est plus la petite fille sage respectueuse des règles érigées par les dieux. Quant aux hommes, ils ne sont plus seulement bêtes mais aussi et surtout violents et dangereux. Ce premier épisode tient donc limite plus du pamphlet anti-phallocrates que d’un comics plein de pif, paf et boum. Il est surtout en phase avec le ton du film qui vient de lui être consacré et qui est sur les écrans depuis le 7 Juin dernier, bien loin de l’image un peu kitsch mais ô combien culte de celui de son adaptation télé entre 1976 et 1979 dont l’actrice principale était devenue une icône gay. Oui, en trente ans, la vision de la femme a bien évolué. Et Wonder Woman aussi.

Olivier Badin

Wonder Woman : Dieux et Mortels, de George Pérez, Greg Potter et Len Wein, Urban Comics, 35 euros

Wonder Woman : Terre-Un,  de Yanick Paquette et Grant Morrison, Urban Comics, 15 euros

11 Juin

Edelweiss : une histoire d’amour aussi belle que la montagne signée Mazel et Mayen

Couv_305582« Pourtant, que la montagne est belle », chantait Jean Ferrat. Elle est belle, toujours, inaccessible, souvent, et cruelle, parfois. Olympe en sait quelque chose. Dans sa famille, la montagne a toujours été une raison d’être et une façon de mourir…

Pour ceux qui seraient nuls en botanique, l’edelweiss est une petite plante de montagne. C’est aujourd’hui le nom donné à cet album de bande dessinée paru aux éditions Vents d’Ouest et signé Cédric Mayen pour le scénario, Lucy Mazel pour le dessin et les couleurs. Sur une petite centaine de pages, les auteurs nous racontent deux histoires d’amour, l’une relativement classique, un homme une femme, chabadabada, chabadabada, et l’autre qui l’est moins, entre une famille et la montagne. 

Et au centre de tout ce petit monde, Olympe, une jeune femme qui souhaite vivre avec son temps, libre de travailler, libre de choisir choisir sa vie, libre de vivre ses passions.

Lorsqu’elle rencontre Edmond en 1947, elle accepte le mariage mais refuse en femme indépendante d’enfouir ses rêves, SON rêve. Elle veut marcher dans les pas de sa tante Henriette, une légende dans la famille, la première femme à avoir fait l’ascension du Mont Blanc , « une femme fière et têtue comme Olympe ». Mais le souvenir de sa mère morte justement lors d’une ascension est encore très vif auj sein de la famille et freine son désir, d’autant qu’un autre accident de montagne vient subitement endeuiller la famille…

On ne peut pas parler de la montagne sans la connaître, sans l’aimer. Et on ne peut logiquement pas rester insensible à une histoire qui parle de passion et d’amour dans un même élan. Quelle différence d’ailleurs entre passion et amour ? La montagne ou Edmond, Olympe a choisi les deux à la vie à la mort. Une très belle histoire pleine d’émotions, emmenée par le graphisme délicat et les couleurs aériennes de Lucy Mazel.

Eric Guillaud

Edelweiss, de Mayen et Mazel. Editions Vents d’Ouest. 17,50€

© Vents d'Ouest / Mayen et Mazel

© Vents d’Ouest / Mayen et Mazel

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