02 Oct

« Il y a chez moi depuis toujours une double injonction : cacher et révéler » : rencontre avec Ludovic Debeurme à l’occasion de la sortie d’Epiphania

Ludovic Debeurme appartient à cette catégorie d’auteurs qui explorent les voies parfois inconnues ou peu empruntées du médium bande dessinée, quelque part entre autobiographie et onirisme, réalisme et fantastique. Mes Ailes d’homme, Lucille, Le grand autre, Renée, Un Père vertueux et aujourd’hui Epiphania, son oeuvre est complexe, ambitieuse, exigeante, à la fois intimiste et universelle, en tout cas reconnaissable entre mille. La marque d’un grand du neuvième art !

Et comme pour tous les grands, il s’avère aventureux de proposer à Ludovic Debeurme une interview pile au moment de la sortie d’un de ses albums. Sans cesse en déplacement pour des séances de dédicaces ou des vernissages, L’auteur a tout de même pris le temps nécessaire pour répondre à cette interview. Prenez à votre tour le temps de la lire et de trouver les clefs pour comprendre son univers, découvrir sa vision de la BD, de la musique, de l’art en général, des hommes, de la vie plus largement. C’est passionnant…

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Un journaliste du Monde disait de ton album Le Grand autre qu’il intimidait « par son épaisseur, plus de 300 pages, son titre, qui reprend un concept lacanien, mais surtout par son univers dérangeant… ». Tu as conscience de faire une bande dessinée pas forcément très accessible ?

Ludovic Debeurme. Il y a chez moi depuis toujours une double injonction : cacher et révéler.

Quelque chose de mon passé, de mon enfance, de mon histoire personnelle a dû être si puissamment problématique et envahissante que je passe beaucoup d’énergie à la cacher à mes propres yeux en l’habillant de manteaux aux allures plus respectables.

L’art est un habillage qui n’est pas toujours là pour rendre plus beau, mais avant tout rendre visible ce qui – contrairement aux idées reçues – n’est pas invisible, mais si visible qu’il nous brûlerait les yeux.

Alors j’en fais une histoire cryptée. Un code avec le lecteur. Il n y a pas de clefs miracles pour ouvrir les portes de mes histoires. J’ai essayé de construire pour chacun de mes livres, une serrure aux formes multiples et mouvantes, afin que chaque lecteur puisse y trouver ce qu’il vient chercher, tant qu’il se laisse un peu prendre – volontairement – à mon piège. Si tout se passe bien, possible que le voyage déplace légèrement la conscience de celui qui en a pris le train. Je n’ai pas d’autres ambitions que ce déplacement.

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La chronique de l’album ici

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Ton nouvel album, Epiphania, met en scène des millions de fœtus qui impactent notre planète, un peu comme une pluie de météorites, s’enfoncent dans la terre où ils vont poursuivre leur gestation. Comment peut-on avoir une idée aussi surprenante ? Faut-il prendre beaucoup de psychotropes ou juste avoir un imaginaire hyperactif ?

Ludovic Debeurme. C’est souvent une telle idée, très graphique qui me vient à l’esprit et qui guide le reste. Je crois bien que ce qui est venu en premier lieu c’est l’image de ces têtes à moitié ensevelies, dont seul les yeux et le haut de la tête sortaient de terre. Un mouvement vers le haut, le monde, prêtes à l’habiter, peut-être le coloniser. À partir de cette image initiale, je cherche l’histoire qui pourrait l’entourer. Celle qui amène à cette image flash, et celle qui continue et propose le devenir de cette vision initiale.

Il faut, pour que je retienne une telle image qu’elle s’inscrive profondément en moi. Qu’elle se loge dans tous les interstices. Qu’elle épouse tout à fait ma psyché. En somme que je la reconnaisse comme étant la parfaite illustration de qui je suis à cet instant. Un être entre terre et ciel, à moitié plongé dans l’inconscient, la matrice, et l’autre moitié le regard en observation du monde.

Comment l’image arrive ? Je n’en sais rien. Souvent le matin alors que je me réveille !

© Casterman / Debeurme

© Casterman / Debeurme

La part autobiographique n’est pas négligeable dans ton œuvre, on le sait. Est-ce toujours le cas ici ?

Ludovic Debeurme. Oui et non, je n’ai pas eu, par exemple, des doutes aussi forts avant la naissance de mon enfant, contrairement à David. Je l’aimais avant qu’il apparaisse au monde ! Mais la façon dont la précarité, la fragilité de l’être qui vient de naître bouleverse David et balaie d’un coup ses moindres doutes, comme une injonction extrêmement puissante à s’occuper du nouveau-né si fragile et dépendant de son parent, c’est quelque chose que l’on vit tous à la naissance d’un enfant. Parfois l’amour est déjà là, parfois il vient avec le temps. Parfois il nous foudroie.

Je voulais par exemple rendre compte de ce sentiment qui est plus fort que toutes les lois, tous les doutes. Je sais que certains ne ressentent pas cela. Donc oui, je fais part de quelque chose de personnel mais qui a tout de même une part très universelle. Ce qui compte ici, c’est que l’enfant soit un monstre. Un hybride. Mi-homme mi-animal. L’enfant qui arrive est toujours à la fois un autre que nous, un étranger mais aussi notre semblable, notre chair.

J’ai pris cette exemple pour illustrer une part autobiographique dans le récit, mais il y en a d’autres. Je m’autorise dans les récits à me nourrir de tout ce qui rendra le récit plus juste et plus percutant. Mon histoire. Celle de mes proches. Les drames qui me hantent, les miens comme ceux du monde. Mais autour de tout cela, le ciment c’est l’imaginaire. C’est toujours lui qui a le dernier mot pour façonner dans un sens ou l’autre l’histoire.

La question de la colonisation de notre imaginaire par notre système ultra-libéral est une question centrale du livre

On dit souvent que tes livres sont marqués par la psychanalyse, les mondes oniriques, les fantasmes. Il y aussi un regard aigu sur la vie me semble-t-il.

Ludovic Debeurme. Je suis fasciné par le monde qui m’entoure, les gens en premier lieu. Leurs manières, leurs voix, leurs paroles. La façon dont ils interagissent. Leur laideur comme leur beauté. Et clairement je ne mets pas derrière les mots beau et laid, les critères habituels de notre société.

Ce qui rend beau c’est toujours l’humanité qui transparaît à travers la peau, les gestes. Il y a dans la singularité des corps, ce qu’on appelle souvent la laideur ou la disgrâce, la vraie marque de l’originalité. Qu’est-ce que ces corps en mouvement racontent sur leur intériorité, c’est cela qui me fascine. La quasi impossibilité que le corps a de mentir sur ce qu’il est en profondeur ; ça, c’est la marque d’une vraie créativité.

La norme me rend toujours extrêmement triste ; comme s’il manquait là l’humain et son désir propre, aspiré par ce que la société de consommation induit fortement de négation de l’être. On ne peut pas imaginer un être qui désirerait autre chose que ce qui lui est proposé de préfabriqué, pré-imaginé pour combler en apparence ses désirs et qui serait un bon consommateur.

La question de la colonisation de notre imaginaire par notre système ultra-libéral est une question centrale du livre. C’est l’axe qui sous-tend les trois tomes. Ces hybrides sont une proposition de revoir le corps, re-imaginer notre rapport au monde. Ils sont une apparition, une Epiphanie de ce terrain caché, notre imaginaire repoussé au loin dans notre inconscient noué, afin de laisser tant de place aux images formatées qui obscurcissent le monde. Des images qui ont toute l’apparence du libre et du beau, c’est cela qui est pervers. La publicité – nourrie des théories originelles d’un Edward Bernays – vend de ce rêve impossible, base de toutes les frustrations et du malaise contemporain. Mais en réalité, la publicité n’est plus le seul endroit contaminé par le système ultra libéral de notre bon capitalisme hégémonique, l’art lui-même souffre de ce conformisme. Toutes ces images nous hantent, prennent la place de nos désirs comme un écran enivrant. Jamais l’image ( et je mets derrière le terme image, bien d’autres choses que ce seul média ) n’a été autant protéiforme et libéré en apparence.

Mais nous, où sommes-nous derrière elle ? C’est ce « nous » que je scrute et cherche en regardant le monde, mes compatriotes humains. Car quand je le trouve, il me rassure et me redonne confiance. La folie des uns et des autres me nourrit. Car une forme de folie est une vraie preuve tangible de la créativité des hommes envers l’implacable rouleau-compresseur qui les normalise à son profit. Être un peu fou, c’est résister. Et je ne parle pas de la folie dépressive qui hante nos populations devant la précarité grandissante de notre planète. Je parle de la folie qui nous rend unique les uns aux regards des autres.

© Casterman / Debeurme

© Casterman / Debeurme

Moi je n’invente rien, je regarde les gens, je regarde les fleuves et les forêts, les océans, je ne fais rien d’autre que ce qu’ont fait tous les peintres de tous temps.

J’ai écrit dans ma chronique que l’album parle d’écologie, de paternité, de tolérance et d’amour. J’aurai dû ajouter « dans un monde de brutes » parce que l’univers que tu dépeins fait assez peur tout de même.

Ludovic Debeurme. Mais notre monde tel que nous le fabriquons, ou plutôt tel que nous le démembrons aujourd’hui fait peur ! Il ressemble de plus en plus à un moribond aveugle qui ne verrait pas ses propres blessures. Demandez à des adolescents ce qu’ils pensent de leur avenir. Si certains sont encore protégés en apparence par un puissant dénis, la plupart portent des mots très clairs et directs sur l’inquiétude lié au futur, même immédiat. Pour qui sait entendre, les mots sont là. Et ils dépassent largement l’inquiétude liée au monde du travail. L’inquiétude est globale. Il souffle un vent d’apocalypse. Seuls quelques fous pensent qu’ils vont s’en tirer à coup de solutions court-termistes.

Moi je n’invente rien, je regarde les gens, je regarde les fleuves et les forêts, les océans, je ne fais rien d’autre que ce qu’ont fait tous les peintres de tous temps.

Et je vois qu’il est grand temps d’imaginer autre chose. Plein de gens proposent depuis un bon moment déjà des solutions très concrètes et sensées pour tenter d’inverser le cours des choses sur le long terme. Moi, en tant qu’artiste je peux montrer ce que je vois, mais aussi et surtout tenter de remettre du singulier et de l’imaginaire dans le social. Car nous avons besoin de cette créativité pour nous réinventer et sortir du carcan soyeux dans lequel on nous a bercé jusqu’ici.

On évoque souvent  Burns ou Clowes parmi tes influences. Moi je voudrais savoir quelle a été ta première lecture marquante, celle qui a peut-être changé le cours de ta vie ?

Ludovic Debeurme. Mes premières lectures d’enfant, c’est à la fois Spirou, Tintin, Pif, Astérix et Obélix, mais aussi les pieds Nickelés, Reiser, Gébé et son surréalisme engagé qui me fascinait tant. À l’adolescence, vers 15 ans, je découvre Will Eisner qui joue avec les genres BD, illustration, roman, documentaire. Jean-Claude Forest, qui me dit à travers ses livres que l’improvisation à sa place dans la BD.  Moebius et son major Fatal qui vont aussi dans ce sens. Je me mets à faire alors des pages sans bords de cases, improvisées. Pas si loin finalement de choses que j’ai publiées 15 ans plus tard.

Et puis je découvre Crumb, c’est mon dieu alors. Un ami avec qui je dessine passe des vacances tous les étés chez lui. Il nous rapporte des dessins de Crumb, ça nous rend dingue. Et puis à la même époque je découvre aussi le trait épais et à la fois rigide et souple de Burns. Cette façon de jouer avec les canons publicitaires américains pour les pervertir me fascine. Cette ligne épaisse qu’on retrouve dans certains Comics, ou bien chez Chris Ware, ce monolithisme pose un monde dans le marbre.

Mais je me sens pour tout dire bien plus influencé par des artistes comme Otto Dix, les frères Chapman, la peinture flamande et son rapport si libre au corps. Ce sens du grotesque, du trivial. Que l’on retrouve chez Crumb d’ailleurs, parle à mes origines belges peut-être ! Voilà pour citer quelques noms dans le domaine de l’image dessinée et peinte. Mais il faudrait parler de littérature, de cinéma, de philosophie, d’économie, de psychanalyse. Et bien-sûr de musique. Je ne me sens pas plus influencé que ça par les arts graphiques. C’est une partie d’un tout.

© Casterman / Debeurme

© Casterman / Debeurme

Illustration de presse, vidéo, peinture… Tu as toujours baigné dans l’art d’une manière générale. Qu’est-ce qui t’a finalement amené à la bande dessinée ? Pourquoi ce médium plutôt qu’un autre ?

Ludovic Debeurme. Et bien en réalité je n’ai jamais réellement choisi là BD plus que le reste. J’ai été longtemps illustrateur et je le suis encore parfois. Je peins. Je crée des installations. Je joue de la musique. J’écris. Je fais tout ça presque en même temps. Mais il se trouve que le temps que nécessite l’élaboration d’un album de BD est considérable. Possible que je passe un peu plus de temps, de fait, à faire de la BD. Mais je n’en suis même pas sûr. J’ai besoin de jouer de la musique tous les jours. Ça prend du temps !

Mais je dois dire tout de même, que la BD réunit deux choses qui m’ont toujours été chères, et ce depuis ma plus lointaine enfance : inventer des histoires et dessiner. J’ai toujours eu besoin de ces deux mondes ; sans eux je ne survivrai pas. Avec la BD je peux les conjuguer dans le même lieu.

Comme tu le soulignes, tu es musicien par ailleurs. En quoi la musique peut-elle influencer ton travail graphique et inversement ?

Ludovic Debeurme. Il y a tellement de porosités. Le rythme par exemple. La BD c’est du rythme.

Mais au-delà des parallèles directs, je pense que c’est l’ouverture d’esprit que demandent l’un et l’autre en permanence ; la nécessité d’être là dans l’instant, intensément, qui est le lien le plus fort. Cette exigence nourrit les deux pratiques en continu. Avancer dans l’une, c’est avancer dans l’autre.

Quels sont en BD et en Musique les albums qui t’ont récemment enthousiasmé ?

Ludovic Debeurme. Ha, c’est dur comme question ! Je vois des choses belles, j’en entends. Mais enthousiasmé … Ça fait un moment que je ne l’ai pas été réellement.

En ce moment ce qui m’enthousiasme ce sont des gens comme Gilles Bœuf. Ils disent notre monde. Il n’est ni catastrophiste ni donneur de leçon, mais il nous donne le pouls de notre planète. Il faut l’écouter. On a besoin d’écouter des gens comme lui. C’est vital.

L’avenir proche de Ludovic Debeurme, c’est quoi ?

Ludovic Debeurme. Le deuxième tome d’Epiphania ! Je fais tout pour qu’il sorte début 2018.

Merci Ludovic. Propos recueillis par Eric Guillaud le 27 septembre 2017. 

La chronique de l’album ici

© Casterman / Debeurme

© Casterman / Debeurme

02 Juin

Hate, chroniques de la haine : rencontre avec l’auteur Adrian Smith à l’occasion de son passage à Paris

© Fef 2017

© Fef 2017

Baroque, épique, homonyme d’un des guitaristes d’iron Maiden (ceci expliquant cela ?) et bien connu des fans de jeux de plateaux, l’un des maîtres de la ‘dark fantasy’ Adrian Smith voit son premier livre intégralement signé de sa main paraître en français, alors qu’une exposition à la galerie Glénat à Paris salue son talent d’illustrateur…

« De toutes façons, je ne me considère pas comme un dessinateur de comics. Cela ne m’intéresse pas plus que ça et je ne crois pas que les fans du genre aiment beaucoup ce que je fais non plus de toute façon… », lâche Adrian Smith avant de se marrer doucement, avec ce mélange de punk sur le retour (t-shirt noir, cheveux longs blancs, regard amusé) et de flegme typiquement britannique. Mais d’une certaine HATE_couverturemanière, il a raison. C’est avant tout comme illustrateur que cet Anglais né en 1969 dans le Sussex est connu, notamment pour son travail pour Games Workshop, célèbre boîte de figurines pour jeux de plateaux dont les stars incontestées restent ‘Warhammer’ et son extension futuriste ‘Warhammer 40,000’. Soit des mondes imaginaires autour desquels des millions de nerds armés tout juste d’un dé et de quelques pots de peinture se retrouvent régulièrement pour écharper du troll à tout-va à coups de sort d’épées à double main ou de sort de boule de feu niveau 14. Des mondes peuplés de créatures hypertrophiées, aux muscles proéminents et armées jusqu’aux dents à faire passer le bestiaire du ‘Seigneur des Anneaux’ pour le village des Bisounours et où Smith à faire voler les têtes, un peu comme un John Frazetta des temps modernes gonflé aux OGM.

 

© Glénat / Adrian Smith

© Glénat / Adrian Smith

‘Les Chroniques de la Haine’ ne sont pas exactement ses premiers pas dans les comics. Avant cela, il avait déjà fait des couvertures pour le magazine anglais ‘Toxic’ avant de signer en 2005 ‘Broz’ (sorti en deux tomes chez éditions Nickel). Sauf que ‘Hate’ se révèle être une œuvre beaucoup plus personnelle dont la réalisation s’est étalée sur près de trois ans. « Tout est parti d’une illustration toute bête de celui qui allait devenir le personnage central de l’histoire. C’était vraiment sous le coup de l’inspiration du moment et je l’ai faîte sans vraiment savoir ce que j’allais en faire, juste pour mon plaisir. Mais je ne sais pas, il y avait quelque chose en elle qui me disait que derrière, il y avait tout une histoire à raconter. J’ai donc commencé à dessiner page par page l’histoire, chacune m’entraînant car je ne suis pas scénariste ! C’était très organique et quelque chose de très égoïste en même temps car je l’ai vraiment faîte avant tout pour moi, souvent entre minuit et cinq heures du matin lorsque j’avais fini mon ‘vrai’ boulot, tu sais, celui qui permet de payer le loyer… » rajoute t’il en souriant. « C’est un peu comme une maîtresse que ma femme m’autorise à avoir, du moins à certaines heures. »

© Glénat / Adrian Smith

© Glénat / Adrian Smith

Smith n’y croit pourtant tellement pas qu’une fois fini, il décide de mettre gratuitement l’intégralité à disposition via les réseaux sociaux, jusqu’à ce qu’un éditeur américain décide d’en faire une première sortie papier sur le continent américain il y a trois ans, avant que Glénat ne s’en empare en 2016 afin d’en publier les deux volumes pour le territoire français. Une transcription rendue encore plus facile grâce par la facilité de la traduction, vu le peu de dialogue. « Et encore, je n’en voulais pas du tout ! C’est un ami qui m’a conseillé d’en mettre un petit peu, histoire de donner quelques repères aux lecteurs. Et puis le héros est muet et en partie sourd donc je voulais que le lecteur ressente et vive l’aventure de la même façon que lui. Et puis le plus important pour moi était l’atmosphère. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé de tout faire en noir et blanc, j’avais peur que la couleur ne devienne une trop grande distraction. Et puis pour être honnête, cela m’a aussi permis de travailler plus vite. »

À l’inverse de ses nombreux confrères américains dont les héros gigotent comme s’ils étaient atteints de la maladie de Parkinson, Smith est très avare en mouvement. Il y en a ici très peu, l’action devenant presque comme les vignettes de pellicule d’un film muet d’heroic fantasy oublié de la grande époque du cinéma expressionniste allemand. « Je n’ai pas besoin de faire quinze planches pour décrire une bataille, je trouve beaucoup plus fort de dessiner l’avant et l’après. On revient toujours à cette notion d’atmosphère, je préfère suggérer plutôt que tout montrer. Et puis je trouve beaucoup plus fort mettons une simple image des piles de corps et des vautours tournant autour une fois que les armes se sont tues. »

© Glénat / Adrian Smith

© Glénat / Adrian Smith

Monochrome et parfois plus proche du concept-art que la BD pure, ‘Hate’ n’est pas fait pour tout le monde. Autant immersif que contemplatif, son monde est aussi ahurissant de beauté que laid car cruel et sans pitié. Pas de grande explication, pas de philosophie cosmique ni d’ode à l’aventure ici mais juste des créatures parfois grotesques et effrayantes qui vit par l’épée et meurt par l’épée. Son trait incroyablement précis est un condensé de l’essence même de la dark fantasy, celle sublimée par les écrivains Robert E. Howard (‘Conan’) ou Karl Edward Wagner (‘Kane’). Bonne nouvelle : il commence tout juste à travailler à la suite, ou plutôt à un préquel dont l’action se situera donc avant celle de ‘Hate’.

Histoire de compléter votre lecture, un petit conseil : passer dans le 3e arrondissement à Paris jeter un œil à l’exposition consacrée à l’auteur jusqu’au 21 Juin. Soit la douzaine de planches originales réalisées entièrement à la main (le reste a été fait à l’aide d’outils numériques) plus que quelques acryliques peintes spécialement pour l’occasion qui permettent de se rendre compte de la masse de travail accomplie.

Olivier Badin

Hate : Chroniques de la Haine d’Adrian Smith, Glénat, 30 euros

Exposition Adrian Smith, jusqu’au 21 Juin, 22 Rue de Picardie, 75003 Paris. Plus d’infos ici

Dans l’atelier d’Olivier Schwartz, auteur avec Yann d’une aventure de Spirou : “La Femme-léopard”

© Eric Guillaud

© Eric Guillaud

En plein marathon de dédicaces, entre deux déplacements et avant une bonne cure de sommeil, Olivier Schwartz a accepté de nous recevoir dans son atelier rezéen pour nous parler de son nouvel album, une aventure de Spirou au Congo…

Spirou au Congo ? Exactement. Plus de 85 ans après Tintin, Spirou prend lui aussi le bateau pour ce qui était autrefois la dixième province de Belgique.

Avec quelques clins d’oeil bien évidemment aux aventures du célèbre reporter à houppette, quelques clins d’oeil et surtout une aventure rocambolesque qui commence à Bruxelles au lendemain de la seconde guerre mondiale avec un Spirou ivre mort, une femme-léopard à la recherche d’un fétiche, un Fantasio complètement zazou qui traîne ses guêtres du côté de Saint-Germain-des-Prés, quelques scientifiques nazis qui tentent de poursuivre leurs sombres desseins sous d’autres horizons, une reporter de Life plutôt sexy, un missionnaire liégeois qui fait le tour de la brousse avec des films burlesques, un mégalomane qui veut atomiser Bruxelles… et un Congo qui crève la page, magnifique, sauvage.

Alors pourquoi ne pas avoir appelé cette aventure africaine « Spirou au Congo », plutôt que  » La Femme Léopard » ou « Le Maître des hosties noires », titre du deuxième volet sorti en ce mois de mars ? Une très bonne question, la première que nous avons posée au dessinateur Olivier Schwartz qui, en guise de réponse, a fièrement extirpé de sa bibliothèque l’édition bruxelloise de l’album (à droite sur la photo). Surprise : la couverture reprend dans les grands traits celle de « Tintin au Congo » et le titre est sans équivoque : « Spirou au Kongo Belche »…

La suite ici

18 Jan

Rencontre avec Hervé Tanquerelle, auteur de l’album « Groenland Vertigo » paru chez Casterman

Hervé Tanquerelle n’est pas vraiment du genre baroudeur. En 2011, pourtant, l’auteur embarque sur un voilier pour trois semaines d’expédition au Groenland. Il en tire aujourd’hui une bande dessinée, une fiction autobiographique. Nous avons poussé la porte de son atelier pour en savoir un peu plus. Rencontre…

Une vidéo et le reportage complet ici

17 Nov

Le Petit livre Black Music : cinq questions à Brüno

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Certains mettent des images en musique, eux font le contraire. Le Nantais Brüno et son complice Hervé Bourhis viennent d’illustrer leur passion pour les musiques noires américaines. Un album complètement funk à nous faire ressortir la platine et les microsillons du placard. 

D’où te vient cette passion pour la musique noire américaine ?

Brüno. C’est venu petit à petit, au fil de rencontres, d’échanges de disques avec des copains, de temps passé dans les médiathèques… je suis passé par la new wave, l’indus, le rock psyché, le prog… je suis arrivé au jazz par le free, puis sont venus la soul et le funk. Et depuis je n’écoute quasiment plus que du jazz et de la soul.

Est-ce qu’elle a eu une influence sur ton dessin ?

Brüno. Je ne pense pas, mais elle m’accompagne lorsque je travaille, est c’est déjà un luxe fantastique que de pouvoir écouter de la musique en bossant.

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La chronique de l’album ici

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Comment vous êtes-vous connectés toi et Hervé autour de cet album?

Brüno. Nous nous connaissons depuis un certain temps, et lors de nos échanges sur la musique, partageant la meme passion pour la pop noire US, on s’est dit que ce serait chouette de faire un livre sur le sujet. Avec le « Petit Livre Rock » (suivi par le Petit Livre Beatles, et ceux sur la 5eme république et la BD), Hervé avait déjà inauguré une formule narrative qui fonctionne parfaitement, à mi-chemin de la BD et du texte illustré. Notre livre s’inscrit dans cette veine.

© Dargaud / Bourhis & Brüno

© Dargaud / Bourhis & Brüno

Comment avez-vous procédé pour son élaboration ?

Brüno. Pour le contenu, nous avons mis le jazz de côté, estimant que le sujet mériterait un livre à part entière. La répartition des dessins : à moi les BD et les pochettes d’albums principales, à Hervé tout le reste !!! On s’est souvent concerté sur le contenu, sur le choix des disques, des artistes etc. L’éditorial et la mise en page ont été réalisé par Hervé. D’autre part, heureusement qu’Hervé (qui est plus éclectique que moi) était là pour défricher le hip hop, par exemple. Mais le plus important, est que ce livre nous a aussi permis de découvrir et d’écouter plein de choses que nous ne connaissions pas ou peu !

Si tu devais retenir de toutes ces pages un artiste, un album, une chanson…

Brüno. what’s Going On, de Marvin Gaye, un superbe album et surtout le premier vinyle que j’ai acheté.  Et la même année, 1971, dans un genre plus obscur, Black Ivory de Wanda Robinson, de la poésie black adolescente tristounet sur fond de jazz groggy.

Merci Bruno.

La Chronique de l’album est à découvrir ici

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13 Oct

Rencontre avec Marty Planchais, l’auteur de l’album Le Petit bourreau de Montfleury chez Sarbacane

c’est dans un blockhaus, oui oui, le DY10 situé à deux pas des Machines de l’île à Nantes que j’ai rencontré Marty Planchais, auteur du Petit bourreau de Montfleury paru aux éditions Sarbacane à la fin du mois d’août. Pourquoi dans un blockhaus? Tout simplement parce que c’est là qu’il a installé son atelier comme une vingtaine d’autres personnes, architectes, musiciens, dessinateurs. Un endroit surprenant, sans fenêtres, coupé du monde par des murs de deux mètres de large mais où règne une effervescence créative sans pareil. Marty Planchais m’y attendait pour parler de sa bande dessinée bien sûr mais aussi de ses influences, de Pratt, de la vie…

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Un peintre bourreau de père en fils, ce n’est quand même pas banal. Comment accouche-t-on d’une idée pareille ?

Marty Planchais. Un scénario, c’est 7 secondes d’intuition et ensuite 7 heures de travail par jour. Il y a eu beaucoup de lectures forcément. Des livres sur les bourreaux qui ont nourri mon scénario, des dizaines de livres, certains assez glauques qui relataient des exécutions et d’autres qui évoquaient plus simplement le quotidien de ces hommes. Et puis j’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’autobiographies de bourreaux. Je pensais que ce serait intéressant de connaître leur quotidien, de partager leurs tracas et leurs passions, parce qu’ils ne tuent pas tous les jours ces gens-là. Et de fil en aiguille, j’en suis arrivé à ce bourreau post-impressionniste jaune et rouge, un peu à la Van Gogh, tourmenté, passionné par la peinture. Un bourreau qui n’a jamais tué et qui un beau jour doit choisir entre sa passion et son métier. Le Petit bourreau de Montfleury aborde cet aspect-là aussi : le choix, la liberté…

© Planchais - Recherches graphiques

© Planchais – Recherches graphiques

Ton album s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes me semble-t-il. C’est ce que tu souhaitais dès le départ ?

M.P. Tout à fait. Evidemment, l’esthétique, le dessin rond, s’adressent avant tout aux enfants et l’éditeur l’a voulu comme ça. Mais j’ai dés le début souhaité que le livre soit ouvert à un plus large public. Les plus jeunes y apprennent ce qu’est la peine de mort, les plus âgés y découvrent de nombreuses références historiques et culturelles, des clins d’œil au fameux discours de Badinter en 1981, à Rimbaud avec ce poème en ouverture qui amène une certaine sérénité apparente, aux peintures de Van Gogh bien sûr, au cinéma aussi et à la bande dessinée, à Pratt plus précisément et à son album Les Helvétiques. Je ne voulais pas d’une histoire sans fond, banale, d’un petit bourreau qui, le matin, va à son travail…

Un clin d’œil à Pratt. Marty Planchais nous explique en images… 

Le personnage du bourreau est magnifique. Entre le personnage moyenâgeux et le super-héros. Comment l’as-tu imaginé ?

M.P. Dès la couverture, on voit bien que ce n’est pas un bourreau ordinaire. Je l’ai longtemps cherché graphiquement, essayant plusieurs techniques de dessin. Je voulais un personnage qui soit dans la rondeur, un peu gentillet, tout rouge, masqué pour faire super-héros, un peu naïf mais pas trop quand même…

© Planchais - Recherches graphiques

© Planchais – Recherches graphiques

On le voit sur la couverture, il est assez attirant, en tout cas pas repoussant…

M.P. Vraiment ? Tant mieux, c’est vraiment ce que je voulais, ça fait plaisir..

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La chronique de l’album ici

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Un maire qui veut faire preuve de fermeté pour flatter ses électeurs, un croque-mort qui se frotte les mains, des commerçants qui espèrent en tirer quelques menues monnaies et un peuple qui en redemande comme au spectacle. Si l’histoire est drôle au premier abord, le fond est assez noir…

M.P. Oui mais en même temps, ça met en lumière le personnage, parce que c’est une belle personne ce bourreau. Il résiste, ne se trahit pas et finit par faire son choix.

© Planchais - storyboard

© Planchais – storyboard

Amnesty International a apporté son soutien à l’album. Comment cela s’est-il concrétisé ?

M.P. Ça s’est fait un ou deux mois avant l’impression de l’album, grâce au super boulot de l’éditeur. C’est la première fois que cette organisation soutient un livre jeunesse. D’habitude, c’est plutôt des BD adultes.

Ça donne quoi concrètement ?

M.P. On rentre dans leur catalogue et puis c’est un label de qualité pour les professionnels comme pour les lecteurs. C’est une belle reconnaissance…

C’est ton premier album. Tu signes à la fois le dessin et le scénario. Pas trop difficile ?

M.P. Le dessin, le scénario… et la couleur qui est très importante ! Oui, c’était assez périlleux mais en même temps une belle aventure. Un an de travail, classiquement je dirais. Après, l’idée en elle-même, je l’avais depuis 3 ou 4 ans en tête. Ça a mûri petit à petit.

© Planchais - encrage

© Planchais – encrage

Tu as pu bénéficier de conseils ?

M.P. Oui, surtout pour le scénario (merci Emmanuel Gaudin!). Je le faisais lire et relire avec les textes qui sont aussi très importants. C’est pour moi plus important que le dessin. Avoir un bon scénario et un bon texte est la base. Après c’est de l’exécution… J’ai donc pas mal montré le scénario, assez peu les planches finalement.

Quelle technique as-tu employé pour l’album?

M.P. J’ai d’abord fait le storyboard au lavis, je l’ai scanné, regardé si ça collait bien avec les textes. Je suis ensuite passé à la conception des planches définitives, je les ai scannées elles-aussi. J’ai refait chaque planche au lavis pour donner de la matière, du relief, des nuances. J’ai scanné tout ça et fignolé sur Photoshop. Un gros travail que ces effets au lavis mais qui offrent plus de sensibilité aux planches et adoucissent le propos.

© Planchais - matière

© Planchais – matière

Quel a été ton premier coup de cœur BD ?

M.P. Hugo Pratt. Vers 11 ou 12 ans, j’ai acheté La Jeunesse. Je pensais que c’était le premier album à lire de la série. Je ne comprenais pas tout mais je ressentais une sensation très agréable. J’adorais les ambiances. Après, j’ai acheté De l’autre côté de corto (un livre d’entretiens avec Pratt, ndlr) pour bien connaître l’auteur et son oeuvre. Puis Les Celtiques, Les Helvétiques… Aujourd’hui, je possède toute sa production, pas forcément en édition originale d’ailleurs, c’est pas ce qui m’importe.

Et plus généralement, quelles sont tes influences ?

M.P. Rabaté, Christophe Blain, le talentueux Al Severin, Emmanuel Guibert, Denis Bodart, Christophe Gaultier, Tardi, Sergio Toppi, Dino Battaglia, tout le noir et blanc de cette époque-là et une BD qui m’a beaucoup marqué, L’homme de Java de Pierre-Yves Gabrion, un déclic, un vrai, il y a un côté Corto dans ses pages… Et Cyril Pedrosa qui est un collègue de bureau au DY10. Enfin, il y a la peinture avec Turner, le cinéma bien sûr…

© Planchais - planche définitive

© Planchais – planche définitive

Des projets ?

M.P. Oui, notamment l’adapation d’une oeuvre littéraire et des projets jeunesse.

Nous, on espère une suite au Bourreau

M.P. Il y aurait de quoi faire..

Merci Marty

Interview réalisée le 11 octobre 2016 à Nantes par Eric Guillaud – retrouvez la chronique de l’album ici

© Planchais

© Planchais

19 Sep

Confessions d’un enragé : interview express de Nicolas Otero

Nicolas Otero s’est déjà fait remarqué il y a déjà quelques années en signant le dessin de la série Amerikkka puis plus récemment en adaptant le livre d’Heloïse Guay de Bellissen, Le roman de Boddah. Il revient aujourd’hui avec Confession d’un enragé qui mélange récit autobiographique, initiatique et fantastique. Il nous explique ses choix, nous parle aussi un peu de sa vie, de lui, des chats…

Capture

On le sent dans la précision du récit et notamment dans le détail des diagnostics médicaux, votre récit est en partie autobiographique. Jusqu’où ?

Nicolas Otero. Il est autobiographique dans la mesure où cet enfant de quatre ans qui se fait attaquer par un chat qui se révèle enragé, c’est moi. Il est autobiographique puisque les cauchemars récurrents qui ont suivi pendant le traitement antirabique et où un affreux matou enragé et écorché entraîne Liam au plus profond de son lit, je les ai faits toutes les nuits. Enfin, il est autobiographique puisque beaucoup des épreuves que traverse Liam tout au long de l’album sont inspirées plus ou moins directement de moments de mon existence.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

Pourquoi avoir choisi finalement un angle fantastique ?

Nicolas Otero. Parce que justement je ne voulais pas d’une pure autobiographie, c’est bon pour les gens morts ou très vieux et j’ai encore beaucoup de choses à vivre et à raconter!! La mort, je l’ai frôlée de très près au Maroc, j’avais donc envie de raconter surtout une histoire de vie, un parcours initiatique ou comment trouver sa place quand on est différent.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

En quoi pensez-vous que ce drame très jeune a changé votre vie ?

Nicolas Otero. Ce n’est pas courant de se faire attaquer par un animal enragé, enfin il me semble! J’ai mis du temps à en parler, et à chaque fois que j’évoquais le sujet, on me renvoyait un sempiternel : Ha, d’accord, je comprends mieux alors… Pourtant, je n’avais pas l’impression d’avoir un comportement particulier, violent ou colérique. Mais c’est pourtant l’image et l’attitude que je transmettais, quasi contre mon gré, ou à l’insu de… J’en ai forcément joué parfois, mais j’ai dû faire très tôt un travail sur moi-même, pour m’intégrer au mieux.

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

C’est votre premier album en qualité à la fois de scénariste et de dessinateur. Le dépucelage comme vous dites sur votre compte Facebook s’est bien passé ?

Nicolas Otero. Il s’est très bien passé, je portais cette histoire depuis toujours finalement. Et le fait d’avoir travaillé seul pour le bouquin sur Kurt Cobain m’a donné confiance en mes capacités narratives et le fait de pouvoir faire passer des émotions, des sensations. J’ai tout écrit d’une traite en moins de dix jours, de façon quasi compulsive, en prenant un pied d’enfer!! Et le dessin a été aussi source d’intense plaisir, je m’étais tellement approprié le parcours de ce petit bonhomme… Donc pour un dépucelage, oui, ce fut juste génial!!

© Glénat / Otero

© Glénat / Otero

Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec les chats ?

Nicolas Otero. Pendant longtemps, je ne pouvais croiser un matou sans changer de trottoir, je dois reconnaître que les félins étaient loin d’être mes amis, je terrorisais assez vite, c’était phobique, vraiment plus fort que moi. Et puis, il y’a quatre ans, mon chien est mort et les enfants ont eu énormément de chagrin, tout comme moi, et une cousine venait d’avoir une portée de petits chatons, vous imaginez la suite…
J’ai craqué et depuis un félin noir aux yeux jaunes vient régulièrement poser ses coussinets à côté des pages en cours.

Merci Nicolas

Interview réalisée le 16 septembre 2016 – Eric Guillaud

La chronique de l’album ici

Travail sur la couverture - Vérane Otero

Travail sur la couverture – Vérane Otero

05 Sep

Interview de Julie Dachez, auteure avec Mademoiselle Caroline de La Différence invisible chez Delcourt. Un témoignage sur l’autisme et le syndrome Asperger

Julie Dachez est diagnostiquée autiste Asperger à l’âge de 27 ans. De ce diagnostic tardif, elle en fait une force, un tremplin vers une autre vie. Terminé de faire semblant, d’accepter un quotidien, un travail, qui ne lui conviennent pas, Julie Dachez décide de vivre pleinement sa vie avec ses faiblesses et ses forces. Elle vient de publier une bande dessinée avec Mademoiselle Caroline qui raconte son parcours mais parle aussi de différence au sens large du terme, de respect, de tolérance, d’acceptation de soi… Rencontre.
© Chloé Vollmer-Lo

© Chloé Vollmer-Lo

Dans votre roman gaphique, on vous voit sauter de bonheur, hurler de joie au moment du diagnostic. Ça s’est vraiment passé comme ça ?

Julie Dachez. Dans la BD c’est mon « moi intérieur » qui saute au plafond, et oui ça s’est vraiment passé comme ça! Après 10 ans d’errance, ce diagnostic m’a libérée car il est venu poser un mot sur ma différence. Il était absolument essentiel pour me permettre d’apprendre à respecter mes limites tout en me focalisant sur mes points forts.

Vous avez largement investi le web pour expliquer l’autisme, pourquoi aujourd’hui la bande dessinée ?

J.D. C’est Fabienne Vaslet, une lectrice de mon blog elle-même maman de 2 garçons Asperger qui m’a soumis l’idée de cette BD. J’ai tout de suite été séduite par le projet! Le format BD est vraiment intéressant car les dessins permettent de donner corps au propos. Ils permettent aux lecteurs de comprendre concrètement ce qui se passe dans la tête d’une personne Asperger. Et là il me semble important de saluer le travail de l’illustratrice, Mademoiselle Caroline, qui a vraiment réussi à se mettre dans ma peau et à retranscrire parfaitement tous mes ressentis!! Et elle a aussi adapté le scénario en apportant sa patte et son expérience.

À qui vous adressez-vous en priorité ? Aux autistes ?

J.D. Aux autistes et à leurs proches, bien sûr, mais pas que! J’ai coutume de dire que pour moi l’autisme est un prétexte pour parler de la différence au sens large, et de l’acceptation de soi.

On comprend bien au fil des pages que ce qui libère Marguerite c’est le fait qu’elle finisse enfin par s’aimer et s’accepter telle qu’elle est. Or, être en paix avec soi est une quête universelle! Je crois que cette BD peut vraiment parler à tout le monde.

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

C’est Mademoiselle Caroline qui a mis en images votre histoire ? Comment l’avez-vous rencontrée et comment avez-vous travaillé ensemble ?

J.D. Fabienne l’a découverte et m’en a parlé. J’ai beaucoup aimé son trait, et grâce à sa BD « Chute libre » je savais que c’était quelqu’un de sensible et atypique. On l’a contactée et elle a tout de suite accepté le projet avec l’enthousiasme qui la caractérise! Je pense que notre duo a vraiment bien fonctionné, même si au départ il a fallu s’ajuster car j’étais – comme tout bon autiste qui se respecte – très psychorigide et pointilleuse sur les détails et cela me mettait dans tous mes états dès qu’elle s’écartait un tant soit peu de mon scénario! Et de son côté, elle avait tendance à oublier que j’étais autiste et que j’avais donc un mode de fonctionnement particulier. Mais avec l’aide de Fabienne on a trouvé un très bon équilibre, et comme on est toutes les deux bienveillantes, ça s’est très bien passé!

Pourquoi ne pas avoir donné le prénom de Julie, votre prénom, à l’héroïne de ce roman graphique ?

J.D. J’ai spontanément pris le parti de raconter mon histoire à la 3e personne et en utilisant mon deuxième prénom, « Marguerite ». Je crois que c’était certainement pour moi une façon d’adopter une sorte de « méta-position » me permettant de prendre du recul pour mieux me raconter.

On entend souvent dire que la France est en retard sur la question de l’autisme. Est-ce toujours vrai aujourd’hui ?

J.D. OUI! Bien sûr… Malgré trois plans autisme, la situation est aujourd’hui encore dramatique, notamment pour les adultes autistes. Et ne parlons même pas des enfants autistes : seuls 20% d’entre eux sont scolarisés en milieu ordinaire. Quand on sait qu’en Italie par exemple depuis la fin des années 70 tous les élèves en situation de handicap (quel que soit leur handicap) sont scolarisés, on a du mal à comprendre un tel retard en France!! C’est une honte.

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

Selon vous, que faudrait-il faire pour rattraper ce retard ?

J.D. Scolariser tous les enfants autistes en milieu ordinaire, déjà! Une personne autiste n’a rien à faire en IME ou en hôpital psychiatrique. Et concernant les adultes, à titre d’exemple, actuellement les délais d’attente pour passer un diagnostic au Centre de Ressources Autisme peuvent atteindre les 2 ans. Et une fois le diagnostic posé, il n’existe rien, aucun suivi. Nous manquons cruellement de moyens…

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La chronique de l’album ici

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Vous combattez depuis l’âge de 27 ans les préjugés liés à l’autisme. Quelles sont les énormités qui vous font encore bondir aujourd’hui ?

J.D. La méconnaissance de l’autisme, alliée à une vision très pathologisante de cette condition, ont fait de l’adjectif « autiste » un terme à ce point connoté négativement qu’il en est devenu une insulte. Par exemple : Jean-Louis Borloo a déclaré en 2013 « Le gouvernement est passé de l’inaction politique à l’autisme », en 2015, Bruno Le Maire a traité la gauche et Manuel Valls d’ « autistes », etc. Ces déclarations ne sont pas de simples dérapages, elles reflètent une perception largement partagée de l’autisme comme une tare. C’est quelque chose qui me fait bondir, oui, car en tant que personnes autistes nous avons en nous des richesses incroyables et de merveilleuses qualités (notre sens de la justice, notre honnêteté, notre sens du détail, notre capacité à focaliser notre attention sur des sujets bien précis pendant des heures, etc.) dont personne ne parle – ou si peu. Alors que les hommes politiques puissent utiliser le terme « autiste » comme une insulte, franchement, je me dis que c’est le monde à l’envers…

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

© Delcourt / Mademoiselle Caroline & Julie Dachez

Blog, chaîne Youtube, BD et maintenant documentaire. Pouvez-vous nous parler de votre projet Bubble ?

J.D. Je co-réalise avec Pierre Feytis (lui-même autiste de haut niveau) un film documentaire indépendant sur l’autisme, que nous avons ironiquement appelé « Bubble » en référence au stéréotype de l’autiste enfermé dans sa bulle. Dans ce film, nous allons à la rencontre d’adultes autistes qui sont comme nous à l’extrémité invisible du spectre autistique afin de recueillir leurs propos sur des thématiques comme la normalité, le handicap, la différence etc. En parallèle Pierre et moi nous filmons en train de faire le film, nous sommes en quelque sorte le fil rouge du documentaire. C’est un film complètement atypique, tant sur le fond que sur la forme, avec un propos très engagé! Et nous avons lancé un financement participatif pour nous aider à aller au bout de ce magnifique projet.

Je me suis enfin réconciliée avec moi-même et j’ai adapté mon environnement (et ma vie) à mes spécificités, plutôt que de passer mon temps à me suradapter à un environnement qui ne me correspondait pas

Avec tous ces projets, que reste-t-il de la jeune femme autiste d’hier ?

J.D. Il est difficile de répondre à cette question! Car tout a changé et pourtant je suis restée la même. Je suis et serai toujours autiste, j’ai donc les mêmes difficultés – et les mêmes forces, aussi – qu’avant. C’est simplement ma façon de les percevoir et de les vivre qui a tout changé. Je me suis enfin réconciliée avec moi-même et j’ai adapté mon environnement (et ma vie) à mes spécificités, plutôt que de passer mon temps à me suradapter à un environnement qui ne me correspondait pas (quitte à y laisser ma santé et ma joie de vivre!). C’est la raison pour laquelle aujourd’hui je suis épanouie et confiante, et je me sens enfin « à ma place » dans ce monde.

Merci Julie

Propos recueillis par Eric Guillaud le 3 septembre 2016. Plus di’nfos sur le projet Bubble ici, la chaîne YouTube de Julie  et son blog par ici.

La chronique de l’album est ici

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08 Avr

Soleil brûlant en Algérie : l’interview de Gaétan Nocq

Évoquer la guerre d’Algérie, aujourd’hui encore, 54 ans après l’indépendance, n’est pas chose facile. Des deux côtés de la Méditerranée, le sujet reste sensible. Gaétan Nocq s’y est pourtant attelé en adaptant en BD le témoignage écrit d’un jeune appelé, Alexandre Tikhomiroff, débarqué sous le soleil brûlant d’Algérie à la fin de l’année 1956, précisément à Cherchell sur la côte ouest du pays. Durant vingt-sept mois, Alexandre Tikhomiroff, dit Tiko, doit jouer au soldat dans une école militaire formant les officiers. Tiko est contre la guerre. À son retour sur le sol français, il rejoint un groupe de militants pacifistes. Gaétan Nocq nous parle de sa rencontre avec Tiko, de son travail d’adaptation, de l’Algérie, de sa passion pour le carnet de voyage…

Gaétan et Alexandre en pleine discussion

Alexandre et Gaétan en pleine discussion

Qu’évoquait pour vous l’Algérie avant de vous lancer dans cette adaptation ?

Gaétan Nocq. Un pays assez mystérieux, pas facile à appréhender, entaché par des conflits violents jusqu’à récemment. Et en contrepoint, un pays d’espace qui fait rêver : les livres de Frison-Roche sur le Grand Sud et les photos en noir et blanc des éditions Arthaud des années 50.

Que connaissiez-vous de cette période, de cette guerre ?

Gaétan Nocq. J’étais un novice dans la mesure où je n’avais jamais vraiment lu sur la question. Et, j’avais conscience que c’était un sujet tabou en France puisque c’est une guerre qui, officiellement n’a jamais voulu dire son nom… jusqu’en 1999. Contrairement à d’autres, je n’ai pas de filiation à cette guerre dans le sens où je n’ai pas de père ou d’oncle envoyés en Algérie. C’est peut être ça qui m’a décidé car mon regard était distant ou en tout cas, dégagé de tout pathos.

c’est un récit qui se déplace dans un territoire naturel très marqué, qui incite autant à la contemplation qu’à la méfiance

Qu’est-ce qui vous a décidé à mettre en image le témoignage d’Alexandre Tikhomiroff ?

Gaétan Nocq. Le récit d’Alexandre m’a touché par sa sincérité et sa sensibilité. Plusieurs choses m’ont inspiré. Tout d’abord un récit humble à hauteur humaine avec parfois cette mise à distance par l’ironie et la dérision. Et puis, c’est un récit qui se déplace dans un territoire naturel très marqué, qui incite autant à la contemplation qu’à la méfiance. Ces « montagnes hirsutes » présentes « comme une foule de géants silencieux » dit Tiko. Il parle de « Présence terrible car en elles se cache la mort ». Ce sont des passages qui m’ont inspiré. Cette relation de l’action avec le paysage dans son aspect brut et naturel. Cela a fait écho à mes préoccupations artistiques : quand Alexandre m’a présenté son livre, je travaillais sur des séries de paysages de montagnes à la pierre noire ou à la sanguine. Son récit appelait un lien entre la psychologie du personnage et la psychologie du paysage. Je voulais que le paysage participe de près ou de loin à la narration et lui apporte une tension.

© La Boîte à Bulles / Nocq

© La Boîte à Bulles / Nocq

C’est votre première bande dessinée. Qu’est-ce qui a été le plus difficile, le plus délicat pour vous ?

Gaétan Nocq. Cela faisait plusieurs années que je souhaitais travailler sur une BD. Avec le livre de Tiko, j’avais résolu la partie fondamentale :  l’histoire, le récit était là. Mais la première difficulté était de le découper, de le scénariser, de développer des dialogues. Ce fut plus l’objet d’une réflexion, d’un plaisir de conception et d’engagement au profit de la mise en scène.

La vraie difficulté était elle d’ordre documentaire et historique. Dans un contexte militaire très codé, il s’agissait de ne pas faire d’erreur pour la représentation des armes, des uniformes et du matériel militaire spécifiques à cette période. Il était important pour moi de ne pas rester à une image, je devais toucher, prendre en main pour avoir une expérience sensible de ces objets. J’ai rencontré des gens passionnés au musée de l’Armée et au Château de Vincennes, j’ai pu notamment approcher et soupeser les armes de l’époque. Et puis, Tiko au bout de six mois, m’a ressorti d’une boîte ses épaulettes et son calot…

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la chronique de l’album ici

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Vous venez du carnet de voyage, est-ce que la BD documentaire peut être une ouverture pour vous ou reste-t-elle une simple escapade ?

Gaétan Nocq. Toute mon expérience du carnet de voyage a alimenté ce roman graphique : ces dessins in situ, réalisés ou inachevés dans l’urgence ou dans des conditions parfois inconfortable ont été réinjectés dans la mise en forme du récit. Et puis je faisais de petit carnets dessinés au feutre ou je me mettais en scène pour raconter au jour le jour les péripéties du voyage. La rythmique dans l’acte de dessiner hérité du carnet de voyage je l’ai associé à l’acte de raconter cette histoire. En ce sens, le roman graphique  est une ouverture réelle dans l’évolution de mon travail artistique grâce a sa dimension narrative. Et j’espère bien me frotter à d’autres récits et continuer le voyage.

© La Boîte à Bulles / Nocq

© La Boîte à Bulles / Nocq

Du roman au roman graphique, quelle a été la réaction d’Alexandre Tikhomiroff à la lecture de votre adaptation ?

Gaétan Nocq. De l’émotion. Mais très discrète. Alexandre m’a laissé une liberté absolue dans la mise en forme et l’adaptation de son récit. Je l’en remercie. Il était toujours très positif quand il voyait les planches malgré le fait que cela le replongeait dans des moments qu’il souhaitait oublier. Combien de fois m’a-t-il dit : « j’ai écrit ce récit pour oublier, pour me débarrasser de tout ça et toi tu me replonges dedans. »

Dans une interview accordée au site de planètebd.com , Alexandre Thikomiroff dit que vous n’avez pas dessiné une histoire mais que vous êtes rentré dans une histoire et plus encore que vous êtes rentré dans le personnage et dans les événements. C’est un magnifique compliment. Comment avez-vous fait justement pour VOUS mettre à sa place et – c’était aussi votre volonté – pour NOUS mettre nous à sa place ?

Gaétan Nocq. C’est difficile de l’expliquer. Il y a ce quelque chose de l’ordre du senti, de l’inspiration et de l’intuition. J’ai fait en sorte de m’approprier le sujet. J’ai mis l’accent sur la tension psychologique du personnage, sa mélancolie, son malaise, ses peurs.

Je suis aussi rentré dans le récit par d’autres chemins, des pas de côté, des regards hors champ : les arbres, les fourmis, les oiseaux, les chats, etc, pour suggérer les événements ou les atmosphères. C’est aussi montrer une Algérie vivante dont les événements humains ont des répercussions sur les éléments naturels. Un parti-pris important car cela ouvre le récit et ne reste pas une simple description de l’action. Je suis très heureux si ces sentiments passent du côté du lecteur. C’était ma préoccupation majeure, lorsque je faisais lire des passages à des amis, je testais la capacité de mes planches à les tenir en haleine.

© La Boîte à Bulles / Nocq

© La Boîte à Bulles / Nocq

Comment ressort-on de ces longs mois de travail sur un sujet comme celui-ci, un sujet qui appartient à l’histoire mais qui reste encore très brûlant en France ?

Gaétan Nocq. J’ai l’impression de revenir d’un véritable périple, avec des étapes, des rebondissements, une succession de temps forts et de temps faibles. La BD a été réalisée de manière assez chronologique (je suis très peu revenu en arrière), j’étais vraiment en immersion dans les univers que je racontais. Et lorsque j’ai terminé la partie algérienne et que je me suis consacré la partie parisienne, j’ai vraiment vécu ça comme une fin de voyage. Mais c’était plutôt une nouvelle étape, tout aussi passionnante car Tiko ou plutôt Alex prenait de l’épaisseur.

En lisant votre livre, on pense immédiatement à La guerre d’Alan d’Emmanuel Guilbert…

Gaétan Nocq. Oui, toute création est poreuse et se nourrit d’influence. La posture de la guerre racontée par la petite histoire humaine n’est pas nouvelle et Guibert fait partie des dessinateurs que j’apprécie.  Sa trilogie Le photographe m’a beaucoup touché par son récit (j’ai foulé ces montagnes de l’Hindù Kush) mais aussi par sa capacité à rebondir graphiquement sur les planches contact de Lefebvre. En fait, toute l’école de la BD de reportage apparue à la fin des années 90 m’intéresse car elle relance l’invention narrative dans la BD.

© La Boîte à Bulles / Nocq

© La Boîte à Bulles / Nocq

Quelles sont vos influences graphiques ? Vos livres de prédilection ?

Gaétan Nocq. J’aime beaucoup la BD italienne des années 80 notamment avec la collection Un homme, une aventure ou la série le collectionneur de Toppi réédité par Mosquito. Mais le cinéma a aussi une grande importance, c’est une forte source d’inspiration dans sa capacité à raconter une histoire. En ce moment, je me délecte des films de H-G Clouzot et de J-P Melville.

Vos projets ?

Gaétan Nocq. J’ai une proposition pour une BD déjà scénarisée mais j’ai peur de ne pas me sentir libre. La conception d’une BD ne se limite pas à dessiner dans des cases, j’ai besoin de penser le flux de ces cases et le parti-pris de la mise en scène.

Un projet me tient à coeur, c’est encore tôt pour en parler mais je souhaite travailler sur l’adaptation de La trêve de Primo Levi. Un gros voyage en perspective.

Merci Gaétan

Interview réalisée le jeudi 7 avril 2016

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