29 mai

La Mort blanche, une chronique de la Der des ders signée Robbie Morrison et Charlie Adlard chez Delcourt

Couv_215601Comme on pouvait s’y attendre en cette année marquée par la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, les bandes dessinées portant sur cette thématique se suivent… mais ne se ressemblent pas !

Nouvel exemple en date, La Mort blanche, un récit de Robbie Morrison et Charlie Adlard, qui nous emmène sur le front italien en 1916 pour une « partie relativement obscure de ce conflit aujourd’hui connue sous le nom de Guerre Blanche », précise le scénariste en préface.

Après La Grande guerre (Futuropolis) de Joe Sacco qui nous dévoilait façon Tapisserie de Bayeux la bataille de la Somme côté britannique, nous voici donc rendus sur le front italien pour cette guerre blanche, aussi connue sous le nom de guerre de montagne ou guerre de glacier, tout simplement parce qu’elle se déroula sur les sommets glacés des montagnes du Trentin, des Dolomites et du Caporetto, à la frontière entre l’Italie et l’empire austro-hongrois. Là, à 2 ou 3000 mètres d’altitude, des milliers d’hommes s’affrontèrent dans des conditions extrêmes et moururent pour beaucoup ensevelis sous les nombreuses avalanches déclenchées notamment par les tirs de canons.

Le scénariste Robbie Morrison et le dessinateur Charlie Adlard, qui assure la partie graphique de la série Walking Dead depuis 2004, signent ici un récit particulièrement fort transpirant à chaque page la peur, la brutalité, l’horreur de la situation, la bêtise humaine et… bien sûr la mort blanche. Magnifique et effrayant en même temps !

Eric Guillaud

La mort blanche, de Morrison et Adlard. Editions Delcourt. 15,95 €

© Delcourt / Morrison & Adlard

© Delcourt / Morrison & Adlard

26 mai

« Match » ou comment lire une bande dessinée de Grégory Panaccione tout en regardant un match de tennis ?

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C’est la dernière facétie de l’Italien Grégory Panaccione, raconter en BD et sans un mot l’intégralité d’un match de tennis point après point, set après set. Et cette bande dessinée s’appelle Match tout simplement…

Un peu moins de 300 pages et uniquement deux personnages, l’Anglais Rod Jones d’un côté, le Français Marcel Coste de l’autre. Bon autant vous le dire tout de suite, si l’Anglais a le physique et le tempérament d’un winner, le Français serait plutôt du genre looser, arborant fièrement un certain embonpoint en même temps qu’un penchant pour l’alcool et les cigarettes.

D’ailleurs, à la célèbre boisson à bulles présente sur les courts de tennis, Grégory Panaccione a préféré pour tenir le rôle du sponsor une non moins célèbre boisson alcoolisée de couleur jaune. Et Marcel n’est pas venu seul sur le court. Il a apporté avec lui son poisson rouge et son chien. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être n’avait-il pas trouvé à les faire garder. Ils n’interviendront finalement que très peu dans ce duel au soleil et sur terre battue, aussi peu que le public relégué à un élément de décor figé ou que les arbitres et ramasseurs de balles carrément absents.

Non, l’essentiel est bien ici le match et rien que le match. De quoi piquer un bon roupillon me diront les plus fatigués et les moins passionnés d’entre-vous ? Eh bien non. Non parce que Grégory Panaccione, qui nous avait déjà surpris avec ses deux premiers albums, Toby mon ami et Âme perdue, est un champion toutes catégories de l’album qu’on lit à toute vitesse, un as de la narration en même temps qu’un expert de l’écriture automatique sans crayonné préliminaire, une technique qui lui permet de garder un maximum de dynamisme au graphisme. Un mot, un seul, bravissimo !

Eric Guillaud

Match, de Grégory Panacionne. Editions Delcourt. 11,50 €

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24 mai

Une planche de Tintin dessinée en 1937 par Hergé vendue 2,519 millions d’euros à Paris aujourd’hui, un record

C’est un record et un sacré record ! Jamais une planche de BD n’avait atteint une telle somme : 2,5 millions d’euros.

L’affaire s’est jouée aujourd’hui à Paris au cours d’une vente aux enchères organisée par la maison de ventes ArtCurial autour de l’univers du créateur de Tintin.

Parmi les nombreux lots proposés à la vente, on trouvait beaucoup d’albums en première édition ou en tirages de tête, mais aussi des dessins et des planches originales dont celle-ci, une double page réalisée en encre de chine pour les pages de gardes des albums de Tintin publiés de 1937 à 1958, estimée à 700 000 – 900 000 euros.

Le catalogue en ligne d’ArtCurial précise : « Très légères traces de pliures à certains endroits ». A ce prix-là c’est sûr, mieux vaut être précis !

Eric Guillaud

copie d'écran site Artcurial

copie d’écran site Artcurial

 

23 mai

70e anniversaire du Débarquement : rencontre avec Jean-David Morvan et Dominique Bertail auteurs d’une BD sur l’une des photographies les plus célèbres de Robert Capa

© Dupuis

© Dupuis & Magnum Photos

C’est l’une des photos les plus symboliques du Débarquement, l’une des plus mythiques de Robert Capa et plus largement de la photographie de presse.

Comme pour toutes les icônes, on lui a attribué un nom, le sien est « The Face in the surf ». Elle représente un soldat américain rampant sur la plage d’Omaha Beach. On y lit toute l’urgence, toute la violence de cet événement historique déterminant pour la suite du conflit.

« Si tes photos ne sont pas bonnes, c’est parce que tu n’es pas assez près », disait Robert Capa. Toute sa vie, le photographe n’eut de cesse de se glisser aux premières loges, parfois au péril de sa vie comme ici sur la plage d’Omaha Beach et plus tard en Indochine où il trouva la mort en marchant sur une mine. C’était il y a exactement 60 ans !

Les photos qu’il prit ce fameux jour du 6 juin 1944, il en reste onze, sont les seules à témoigner du premier assaut sur les plages normandes.

Dans « Omaha Beach, 6 juin 1944″, premier album d’une série de monographies co-produite par les les éditions Dupuis et l’agence Magnum, le scénariste Jean-David Morvan et le dessinateur Dominique Bertail reviennent sur la genèse de cette photo. Interview…

© Robert Capa - International Center of Photography/Magnum Photos

© Robert Capa – International Center of Photography/Magnum Photos

Pourquoi ce photographe ? Pourquoi cette photo ?

Jean-David Morvan. Parce qu’elle a été prise il y a presque 70 ans et que c’est une des 11 photos (aujourd’hui 10) qui existent d’un moment connu dans le monde entier : le débarquement à Omaha Beach. Mais même si cette photo est icônique, c’est tout le reportage sur le débarquement qu’il était intéressant de traiter. Soit l’avant et l’après, à travers l’œil de Robert Capa.

Comment prépare-t-on, se prépare-t-on, à un album comme celui-ci, qui n’a rien à voir avec la fiction ?

J-D. M. La première chose que j’ai faite fut de lire  » Slighty out of factums », l’autobiographie de Capa. Et puis l’ICP (International Center of Photography, ndlr) m’a dit : la plupart de ce que vous avez écrit est faux. J’ai répondu que ce n’était pas possible puisque justement c’était Capa qui l’avait écrit. Et justement m’a-t-on dit : il a beaucoup transformé le réel. Capa était un joueur, sa vie aussi, il en a fait une martingale. Il m’a fallu piocher des infos dans tous les livres sur sa vie. Ce fut passionnant de démêler la vérité de la légende.

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

Vous êtes-vous rendu sur la plage d’Omaha ? Qu’avez-vous ressenti ?

J-D. M. Une fois, il y a très longtemps.

Dominique Bertail. Oui, J’y étais déjà allé plus jeune. Mais quand j’y suis retourné  seul à l’occasion de cette album, l’émotion était beaucoup plus  forte. Je me suis concentré sur ce que l’on voit de chacun des endroits de la plage et de la falaise, quand on a le nez dans le sable, les pieds dans l’eau ou quand on est enfermés dans un bunker sombre, pour pouvoir en dessiner tous les points de vue. Ça crée une très forte empathie de s’imaginer la perception de chacun de ces soldats. Le sol est encore très chargé de toute cette souffrance. J’avais ressenti la même sensation sur le site de la bataille d’Austerlitz. Ce n’est pas innocent de mettre en scène et dessiner une bataille; on prend conscience que ce n’est ni un événement historique ni stratégique mais bien une multitude de drames humains. Pour peu qu’on prenne le temps et l’attention, les fantômes apparaissent et racontent.

La réalisation de l’album a-t-elle changé votre vision du Débarquement ? D’ailleurs, quelle vision en aviez-vous ?

J-D. M. J’avais la même vision que tout le monde je pense : « le jour le plus long », « il faut sauver le soldat Ryan », « Band of brothers », « Apocalypse ».  Je pense qu’il y a peu de mensonges historiques sur cet évènement. Cependant c’était très intéressant d’avoir le point de vue d’un photographe si brillant (à tous les points de vue) que Capa. Il y ajoute des détails qui décadrent ou recadrent un peu le regard.

D.B. Je n’avais pas bien pris la mesure de l’entreprise humaine et technologique. L’instant dramatique et la dimension militaire du débarquement masquent un peu l’immense travail en amont de ces centaines de milliers de stratèges, d’architectes, d’ingénieurs, d’artistes… Ces hommes ont conçu, construit et transporté – dans des conditions météorologiques extrêmes – d’immenses ports maritimes. C’est ahurissant et magnifique!

Et de Capa, que connaissiez-vous ?

J-D. M. Ses monographies et l’histoire de la valise Mexicaine, que nous devrions traiter en 2016. Comme je disais, je connaissais la légende. Et je suis entré dans le réel.

D.B. Je connaissais très peu le personnage, je ne connaissais que ses clichés. C’était une très belle occasion de le découvrir.

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

Quelle a été la principale difficulté rencontrée pendant la réalisation de l’album ?

J-D. M. Trouver la bonne documentation et surtout faire ressentir le personnage et sa vision du monde. Car cet album est basé sur SA vie autour du débarquement. C’est un récit personnel sur l’histoire, pas un récit historique contenant des personnages. Capa était unique, tout comme ce qu’il a vécu et ressenti.

D.B. Pour moi, ça a sans doute été de retrouver dans le dessin l’urgence, le drame et la spontanéité des clichés de Capa. Je l’ai dessiné très vite, dans un grand effort de concentration, en ne pensant qu’à l’énergie, avec le trac de se planter. D’habitude, la réalisation d’une BD, c’est une course de fond, là, c’était un sprint.

De quelle manière l’agence Magnum vous a-t-elle aidée ?

J-D. M. De toutes les manières ! Ce livre et cette collection n’existent que par l’écoute que Magnum nous a offerte. Sans eux, rien n’aurait été possible. Vivement les nouveaux livres d’ailleurs !

Quel regard portez-vous sur la photo d’une manière générale et sur la photo de presse en particulier ?

J-D. M. Je suis passionné par la photo et le reportage car il faut en une image faire ressentir le poids de l’histoire, la grande et la petite dans le même 160e de seconde. Évènement, regards, mouvement, lumière, cadrage, tout doit se coordonner au moment du déclenchement. Alors que pour arriver là, à cet instant décisif comme disait Cartier-Bresson, le photographe a dû passer par de nombreuses épreuves. C’est cela que la collection veut raconter.

D.B. J’ai toujours énormément regardé de photos de reportages, surtout les clichés des pionniers du XIXe, de Brady, de Curtis, les clichés de l’Ouest, de la guerre de Crimée, de la guerre de Sécession, de la Commune etc… Ça a toujours été pour moi un déclencheur à rêverie, une porte ouverte au voyage dans le temps et dans l’espace. J’aime redessiner ces clichés anciens, croiser les regards de toutes ces personnes désormais disparues, essayer de deviner leur vies, leurs pensées…

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

© Dupuis & Magnum Photos / Morvan & Bertail

Selon vous, une BD peut-elle avoir autant de force qu’une photo ?

J-D. M. Les deux médias ne sont pas vraiment comparables. Et c’est justement ce qui les rend complémentaires. Mais la règle la plus importante de cette collection est : on ne redessine pas une photo telle qu’elle. Ce serait en tuer l’essence. On peut faire varier le point de vue au moment du shoot, mais jamais refaire le même cadrage. Les photos elles-mêmes sont publiées dans les pages qui suivent la partie bande-dessinée, avant un cahier « pédagogique » replaçant l’ensemble dans son contexte.

D.B. L’immense force de la photo, c’est l’instant qui révèle des espaces, des événements, des personnes qui ont existé. On voit ce que le photographe a vu. La photo est une preuve indiscutable. Elle est universellement compréhensible.

La puissance de la BD, elle, est plus complexe, plus pénétrante. La bande dessinée requiert une très forte participation du lecteur. Il doit imaginer une voix aux personnages qui n’appartiendront qu’à lui. Il doit reconstituer un mouvement et un espace à partir d’un dessin bidimensionnel et intemporel et sera seul maître de cette spacio-temporalité.

La photographie, c’est l’accès au monde extérieur. La BD, c’est l’enrichissement d’un monde intérieur.

Mourir pour une idée, mourir pour une photo. Quel commentaire vous suggère le décès très récent de la photographe Camille Lepage qui comme Capa est morte en faisant son travail ?

J-D. M. Le courage d’avoir assumé ce qu’ils avaient décidé de faire de leur vie jusqu’au bout.

D.B. Je ne peux pas savoir, je ne suis pas photographe reporter. Mais j’ai l’impression que c’est une forme dure de sport extrême. On dirait une façon de vivre plus vite, plus fort, de nombreuses vies, nourries de danger et d’adrénaline. J’imagine que la mort doit continuellement accompagner les photographes reporter. C’est un métier merveilleusement beau et romantique. Cependant, je ne perçois pas les photographes comme des martyrs de l’information, mais comme des aventuriers au très grand appétit de vie et de réel.

Merci Jean-David et Dominique

Propos recueillis par Eric Guillaud le 20 mai 2014. L’album « Omaha Beach, 6 juin 1944″ sera disponible en librairie le 30 mai

A lire aussi l’interview de Clément Saccomani, directeur éditorial, chargé des nouvelles productions au sein de Magnum Photos

22 mai

Rencontre avec Joe Sacco à la médiathèque Marguerite Yourcenar à Paris (15e) le samedi 14 juin

© Michael Tierney

© Michael Tierney

Le journaliste américain Joe Sacco, précurseur de la bande dessinée documentaire, auteur notamment de « Palestine : une nation occupée », « Gaza 1956, en marge de l’histoire« , « Reportages » sera présent à la médiathèque Marguerite Yourcenar dans le 15e à Paris le samedi 14 juin à 15h30 pour une rencontre autour de son nouvel album « La Grande guerre, le premier jour de la bataille de la Somme » en compagnie de Vincent Marie, historien, auteur de « La Grande guerre dans la bande dessinée », et de Jean-Christophe Ogier, journaliste spécialisé BD…

Réservations indispensables par mail (mediatheque.marguerite-yourcenar@paris.fr) ou téléphone (01 45 30 71 41). Plus d’infos ici.

Eric Guillaud

© Sacco - Futuropolis/Arte Editions

© Sacco – Futuropolis/Arte Editions

20 mai

Cinq questions au journaliste Michaël Sztanke, auteur avec Alexis Chabert de La Faute chez Delcourt

 

Michaël Sztanke à Pyongyang

Michaël Sztanke à Pyongyang

Comment vous est venue l’idée de l’album La Faute ?

Michaël Sztanke. La première chose qui frappe l’oeil en posant le pied en Corée du Nord c’est l’omniprésence des portraits des leaders Kim Il-sung et Kim Jong-il. Les Nord-Coréens portent sous forme de badge les visages souriants de leur leader sur leur veston à l’endroit de leur cœur. J’ai posé la question à mon guide : « Comment faites-vous et que se passe-t-il si vous égarez votre badge ? » La réponse fut « On n’égare pas notre badge ». A partir de cette anecdote j’ai construit un scénario imaginant la perte d’un badge et tous les évènement qui pouvaient en découler. L’idée m’est venue dans l’avion du retour lors de mon premier voyage.

La BD est le médium le plus adéquat pour raconter justement ce qu’on ne peut pas filmer.

9782756047256vSelon vous, en quoi l’album peut-il être complémentaire de votre documentaire?

M.S. Tourner un documentaire en Corée du Nord est extrêmement complexe. Que montrer et comment le montrer étant donné le contrôle très serré sur place et l’impossibilité d’interroger qui vous souhaitez ou de se déplacer librement… Pour le documentaire j’ai pu me rendre deux fois à Pyongyang en septembre 2012 et février 2014. J’ai filmé beaucoup de sites officiels ou touristiques et beaucoup de nouvelles infrastructures récemment construites sous Kim Jong-un, le leader arrivé au pouvoir à la mort de son père. Un festival de cinéma, un parc d’attractions, une patinoire, une station de ski à 200 km de Pyongyang, une nouvelle bibliothèque universitaire, un nouvel hôpital etc… uniquement des lieux neufs. Comment comprendre ce qu’il se joue derrière cette sorte de village Potemkine ? La BD est le médium le plus adéquat pour raconter justement ce qu’on ne peut pas filmer. Il permet une vraie liberté de ton et donc de plonger le lecteur dans l’atmosphère de ce pays.

Comment percevez-vous la BD et plus précisément la BD reportage ?

M.S. Je conçois le BD reportage comme un médium plus libre et moins formaté pour aborder une question que la télévision. Les cases reportages ou documentaires de la télévision laissent peu de place à la liberté créative. Avec le dessin et le récit tout est permis en terme de forme, tout en gardant le fond, l’essentiel, c’est à dire l’information. Il est vrai que la BD reportage est devenue un peu à la mode chez les journalistes qui y voient une possibilité de s’échapper des formes auxquelles ils sont habitués. Il y a également un public très réceptif à la BD reportage ou documentaire qui aime à la fois la BD et l’information…

Quel est le souvenir le plus fort que vous gardez de vos séjours en Corée du nord?

M.S. Je crois que l’arrivée en voiture dans la nouvelle station de ski flambant neuve et vide qui a coûté au régime 300 millions de dollars est impressionnante quand on sait qu’un tiers de la population a du mal à se nourrir… La visite d’une famille modèle où une petite fille de 2 ans chante la gloire au leader Kim Jong-un est aussi glacial que l’hiver nord coréen.

Pensez-vous renouveler l’expérience avec d’autres pays  ?

M.S. Pourquoi pas sur un autre pays. Mais pour le moment j’ai en tête une BD sur la Corée du Nord mais d’un autre point de vue…

propos recueillis le 20 mai 2014 par Eric Guillaud

Découvrez la chronique de l’album sur ce blog

© Delcourt / Sztanke & Chabert

© Delcourt / Sztanke & Chabert

17 mai

La Faute, histoire d’un séjour en Corée du Nord

9782756047256vDécidément, l’intérêt pour la bande dessinée documentaire ne se tarit pas, bien au contraire…

Après Les Larmes du seigneur afghan que nous avons chroniqué précédemment sur ce blog, voici La Faute, un album paru dans la collection Mirages des éditions Delcourtréalisé par le dessinateur Alexis Chabert et le journaliste Michaël Sztanke.

On quitte l’Afghanistan, les chefs de guerre et les Talibans pour plonger cette fois dans l’atmosphère glaciale de l’un des pays les plus mystérieux, les plus fermés et les plus totalitaires au monde, la Corée du Nord.

Bâti sur des faits réels rapportés par le journaliste de ses différentes visites dans le pays pour les besoins d’un documentaire, La Faute raconte la damnation, la descente en enfer d’un Coréen, Chol-Il, guide touristique pour les quelques étrangers qui parviennent à obtenir un visa. Sa faute ? Avoir omis de porter sur son veston le badge officiel à l’effigie des leaders de la Corée, le jour des funérailles de Kim Jong-Il. Chol-Il aura beau jouer les bons « petits soldats » et le guide parfait auprès du journaliste Michaël Sztanke  rien n’y fait, sa hiérarchie le considère comme un traite. Sa famille doit fuir le pays…

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L’interview de l’auteur à découvrir ici

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« Seule la perte du badge est de l’ordre de la fiction… », précise Michaël Sztanke, « Les dialogues, les situations et les informations sont vrais ». Et ça fait peur ! Le journaliste dépeint un pays totalement asphyxié, coupé du monde extérieur, un peuple bâillonné, tenu par la terreur et parfois la faim… On savait déjà tout ça mais La Faute nous permet de toucher cette vérité du bout des doigts et des yeux grâce à un scénario intelligent, un graphisme délicat, épuré, des couleurs ternes et froides, à l’image qu’on se fait du pays !

Eric Guillaud

La Faute, Une vie en Corée du Nord, de Sztanke et Chabert. Editions Delcourt. 15,95 €

Le documentaire de Michaël Sztanke sera diffusé sur France 5 en septembre prochain. Le 28 février dernier, le journaliste était invité sur France Culture pour évoquer son séjour en Corée du Nord…

 

11 mai

Illustrer La Promesse de l’aube et mourir ? Joann Sfar déclare sa flamme à Romain Gary

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Ça ressemble à un aboutissement mais, bien sûr, ce n’en est pas un, juste une étape en forme de déclaration d’amour.

Au moment ou le monde littéraire célèbre le centenaire de la naissance de Romain Gary, l’auteur et cinéaste Joann Sfar lui rend un hommage vibrant en proposant chez Futuropolis une édition illustrée d’un de ses chefs-d’oeuvre, La Promesse de l’aube. Et dire qu’il s’agit d’une déclaration d’amour n’est pas un effet de style. « J’aime tout chez cet homme… », déclare-t-il, « Sans réserve. Son élégance, son picaresque, sa révolte ». Puis il ajoute : « Oui Gary a toujours été mon héros, et mon bouclier contre une certaine médiocrité. Quand on lui demande « Êtes-vous romantique ? » et qu’il répond  : « Par rapport à la merde, oui! », ça pourrait être ma devise… ».

Et les points communs entre les deux ne s’arrêtent pas là. Gary est né à Vilnius, la belle-famille de Joann Sfar en vient, Gary a grandi à Nice, Joann Sfar aussi, Gary a été au tennis du Parc Impérial, Sfar aussi… « Tous les lieux, toutes les préoccupations de La Promesse de l’aube me touchent ».

Résultat de courses, les éditions Futuropolis et Gallimard nous proposent un très beau livre de plus de 500 pages qui marque la rencontre de deux grands noms de la culture…

Eric Guillaud

La Promesse de l’aube, de Gary illustré par Joann Sfar aux éditions Futuropolis Gallimard. 39 €

07 mai

Les Larmes du seigneur afghan, une BD documentaire autour du travail de la journaliste Pascale Bourgaux

Capture d’écran 2014-05-07 à 20.22.03Pascale Bourgaux est grand reporter à la RTBF, la Radio Télévision Belge Francophone. Entre 2001 et 2010, elle s’est rendue à plusieurs reprises en Afghanistan chez un seigneur de guerre installé au nord du pays. Mamour Hasan, c’est son nom, a résisté aux Talibans aux côtés de Massoud mais il voit depuis peu une partie de sa famille, son fils aîné notamment, et des villageois rejeter la présence occidentale et basculer dans le camp taliban. Sur place, Pascale Bourgaux tente de comprendre comment un tel revirement est possible.

De cette expérience, la journaliste en a tiré en 2011 un documentaire intitulé Les larmes du seigneur afghan, notamment diffusé sur Canal+ en janvier 2013. On y découvre toute la complexité de ce pays et le doute permanent d’un peuple ballotté entre la violence des uns, la corruption des autres et la présence occidentale devenue insupportable pour beaucoup.

Trois ans après le documentaire, le dessinateur italien Thomas Campi et le scénariste belge Vincent Zabus, qui s’étaient déjà fait remarquer de belle manière avec l’excellent album Les Petites gens, décident de raconter cette histoire en bande dessinée en y posant leur regard sur le difficile travail de la journaliste et de son cameraman obligés de se déguiser en Afghans et donc, pour Pasacale Bourgaux, de porter la Burka. Le danger est permanent, la complexité de la situation palpable. Un témoignage forcément indispensable !

 Eric Guillaud

Les Larmes du seigneur afghan, par Campi, Zabus et Pascale Bourgaux. Editions Dupuis. 16,50 €

© Dupuis / Campi Zabus & Bourgaux

© Dupuis / Campi Zabus & Bourgaux

04 mai

Burn out, l’histoire d’une vengeance implacable signée Ozanam et Sommer

L.10EBBN001514.N001_BurnOUT01_C_FRLa vengeance est un plat qui se mange froid. Ethan Karoshi, policier de son état, va même apprendre à ses dépens qu’elle peut se déguster gelée. A faire mal aux dents ! Mais revenons au début de cette histoire. Nous sommes en juillet 1980 du côté de Reno dans le Nevada. Ethan Karoshi, donc, mène une vie plutôt paisible, partagée entre son boulot, sa famille, ses parties de pêche et sa maîtresse. Oui quand même, Ethan a une maîtresse, histoire de correspondre à l’image qu’il se fait du flic normal, du genre qu’on rencontre dans les polars. Et c’est justement de ce côté-là que l’affaire va se corser. Debra Willer, sa maîtresse, est retrouvée sauvagement assassinée. A partir de ce moment précis, la vie d’Ethan ne sera plus du tout la même…

Un scénario implacable pour une vengeance qui l’est tout autant, Burn out est un petit bijou de polar violent et cynique dans l’Amérique des années 80. Au scénario : Antoine Ozanam qui a déjà signé plusieurs albums chez Casterman dont Le Roi banal ou Succombe qui doit, et au dessin le Danois Mikkel Sommer dont c’est ici le premier album pour le marché francophone, le premier mais certainement pas le dernier tant son graphisme est remarquable. Celui qui estime « n’avoir jamais été un grand dessinateur » , comme il l’a déclaré dans une interview accordée au site Nobrow, fait pourtant preuve ici d’un talent confirmé. Chacune de ses planches nous plonge corps et âme dans une atmosphère étouffante, suffocante, à la limite de la surchauffe !

Eric Guillaud

Burn out, de Ozanam et Sommer. Editions Casterman. 18 €

© Casterman - Ozanam & Sommer

© Casterman – Ozanam & Sommer