13 Juin

La Boucherie de Bastien Vivès réédité à l’occasion des 11 ans de Warum-Vraoum

Capture d’écran 2016-06-13 à 14.15.16Onze mois pour fêter leurs onze ans. Onze mois et autant de titres phares de leur catalogue réédités. Chez Warum-Vraoum, on voit les choses en grand! L’album Moi je d’Aude Picault avait ouvert le bal en janvier, nous voici en juin, à mi-parcours, et c’est au tour de La Boucherie de Bastien Vivès de se refaire une petite beauté pour la bonne cause.

Tout frais sorti, La Boucherie ne parle pas de la Première guerre mondiale, de ses tranchées et de ses poilus, non non, mais de l’amour qui, sans faire autant de morts, peut provoquer pas mal de dégâts. Au point de se demander si l’amour vaut mieux que la guerre.

Faites l’amour pas la guerre ?

Bien sûr que l’amour vaut mieux que la guerre. D’abord pour tous ces moments intimes de bonheur partagé, ces regards des premières heures, ces confidences sur l’oreiller. Et même si les histoires d’amour finissent mal en général, comme celle-ci, écrite en un mois après une rupture amoureuse par l’excellent Bastien Vivès, auteur par ailleurs de Polina, Le Goût du Chlore ou encore de La Grande Odalisque.

Un récit intime qui nous invite au coeur du quotidien d’un couple, presque sous la couette, et nous fait partager les moments heureux et malheureux, l’amour fou des débuts et le désamour, les joies et les peines, les certitudes et les doutes.

Une histoire universelle  griffée par l’un des auteurs les plus en vue de ces dernières années.

Eric Guillaud

La Boucherie, de Bastien Vivès. Editions Vraoum. 20 €

© Vraoum / Vivès

© Vraoum / Vivès

12 Juin

24 Heures du Mans : un mythe de la course automobile en BD chez Glénat

album-cover-large-29211Pour tous les pilotes du monde comme pour les fans de sport automobile d’une manière générale, les 24 Heures du Mans sont l’une des course les plus prestigieuses au monde, si ce n’est LA plus prestigieuse. À quelques jours du départ de la 84e édition, Glénat publie un album BD sur les éditions de 1968 et 1969. 48 pages plein gaz…

« La course la plus dure… la plus passionnante et la plus gratifiante au monde! », précisent les auteurs de cet album dans les premières pages. Et ils n’ont pas tort. Après les années 1964-1967, la collection « Plein gaz » des éditions Glénat revient sur deux années qui participent pleinement à la légende du circuit et de la compétition. 1968 et 1969, les deux années où Ford s’imposa avec la mythique GT 40 Mk I face à des bolides de plus en plus modernes et rapides. C’était l’époque de Larousse, Ikxs, Beltoise, Oliver, Mairesse… et tant d’autres.

Une fin de décennie également marquée par les événements de mai. La course de 1968 fût reportée au mois de septembre. Une édition pluvieuse.

En une vingtaine de pages pour chaque édition, Christian Papazoglakis et Robert Paquet au dessin, Youssef Saoudi au scénario, nous replongent de très belle manière dans l’atmosphère de ces années 60. Tous les trois sont des passionnés d’automobile. Papazoglakis et Paquet se sont d’ailleurs rencontrés au studio Graton où ils ont contribué aux aventures Michel Vaillant.

Je n’ai pas vérifié si toutes les vis étaient bien présentes sur les bolides mais le dessin et le scénario sont des plus solides. Vous pouvez y aller tête baissée que vous soyez amateurs ou passionnés pointus…

Eric Guillaud

24 Heures du Mans, 1968-1969 : Rien ne sert de courir…, de Christian Papazoglakis, Robert Paquet et Youssef Saoudi. Editions Glénat. 13,90 €

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07 Juin

Nuages et pluie : une histoire de vampires dans l’Indochine des années 20 signée Loo Hui Phang et Philippe Dupuy

COUVE_NUAGES-ET-PLUIE_WEBUne histoire de vampires chinois en Indochine au lendemain de la Première guerre mondiale, voilà une trame peu banale. Elle est signée par deux auteurs que l’on connaît bien, Loo Hui Phang et Philippe Dupuy. Un album Futuropolis à croquer à pleines dents de nuit comme de jour…

Pour une histoire de vampires, on aurait plus volontiers imaginé un environnement montagneux, une atmosphère brumeuse, un pays de l’Europe centrale par exemple. Mais pas l’Indochine des années 1920. C’est l’une des premières surprises de l’album. Nuages et pluie est un conte fantastique, une histoire à se relever la nuit pour aller se jeter un petit bol de sang frais. Héros presque malgré lui de cette aventure, Werner, un Allemand, un boche comme on appelle couramment ces ennemis d’hier. Werner est arrivé on ne sait trop comment à Saïgon. Besoin d’échapper à son passé, à la guerre justement, à ces tranchées où il a vu mourir son meilleur ami. Une balle qui a traversé le corps de part en part avant d’échouer dans la poitrine de Werner. Lui s’en est sorti.

Rejeté par les uns, détesté par les autres, Werner finit par atterrir dans une immense usine au Laos, une usine qui ressemble à un camp de concentration avec ses baraquements alignés et ses employés qui ont tout de morts-vivants. Un lieu inquiétant dirigé par une famille chinoise dont la fille, dit-on, souffre d’une maladie étrange qui lui interdit de s’exposer à la lumière du jour…

Cent mille journées de prières ou L’Odeur des garçons affamés d’un côté, Monsieur Jean ou Boboland de l’autre, Les enfants pâles et L’Art du chevalement au centreLoo Hui Phang et Philippe Dupuy, pris individuellement ou ensemble, sont des auteurs connus et reconnus au-delà même du monde du Neuvième art. L’une et l’autre, mariés dans la vraie vie, traînent leur talent du côté du théâtre, du cinéma et de la musique, avec des gens comme Rodolphe Burger, Moriarty, Dominique A ou même l’atelier lyrique de l’Opéra de Paris… Des artistes complets unis pour le meilleur et uniquement le meilleur !

Eric Guillaud

Nuages et pluie, de Loo Hui Phang et Philippe Dupuy. Editions Futuropolis. 21,50 €

© Futuropolis / Loo Hui Phang & Philippe Dupuy

© Futuropolis / Loo Hui Phang & Philippe Dupuy

03 Juin

Salto : un roman graphique époustouflant de Judith Vanistendael et Mark Bellido au Lombard

salto-522-l325-h456-cAu milieu de la foultitude d’albums publiés chaque mois, certaines couvertures nous interpellent plus que d’autres, pour un mot, un dessin, un personnage, une couleur. C’est le cas de Salto. Pour toutes ces raisons et pour une autre encore, essentielle, une atmosphère mystérieuse, un personnage encapuchonné, lunettes noires sous la pluie, transformé en perchoir pour quelques oiseaux locaux. Mais que peut bien nous raconter ce livre ? Une simple histoire de marchand de bonbons, comme le suggère le sous-titre ?

Pas tout à fait. Salto est l’histoire d’un saut périlleux. El Salto en espagnol. Un saut dans le vide, dans l’inconnu. Tout commence sur les bords de la Méditerranée, à Castellón de la Plana précisément, près de Valence. Miquel y est effectivement vendeur-livreur de bonbons mais plus pour très longtemps. Son patron en a assez de ses facéties et finit par le virer. Rêveur limite ado attardé, insouciant, voire parfois inconscient, Miquel se retrouve sans boulot, sans un sou. Lui qui se voyait écrivain mais désespère de ne pas avoir une vie romanesque décide un beau jour d’embarquer femmes et enfants dans une nouvelle aventure, un changement de vie radical. Direction le Pays Basque où Miquel devient garde du corps de personnalités menacées par l’ETA. Un chien comme on les appelle alors dans la région.

« Tout ce que tu dois avoir, c’est du courage… », lui dit son nouveau boss, « le reste, tu l’apprendras sur le tas ». Miquel apprendra surtout qu’avec ce genre de boulot, tu n’as plus de vie privée et au bout d’un moment plus de femme, plus d’enfants. Le vide. Miquel se retrouve seul avec son arme et sa mission quasi-divine. Une descente en enfer qui ne fait que commencer…

© Le Lombard / Vanistendael & Bellido

© Le Lombard / Vanistendael & Bellido

De Judith Vanistendael, nous disions à la sortie de son album David, les femmes et la mort qu’elle explorait l’invisible, l’intime, avec beaucoup de délicatesse, une touche de poésie et un sens de la tragédie exceptionnel. Inutile de changer un mot, une virgule, Salto est un album époustouflant qui commence comme une comédie colorée, enjouée, et se termine dans la tragédie la plus sombre. Cette histoire est celle de Mark Bellido que Judith a rencontré il y a quelques années sur le chemin de Compostelle.

J’ai trouvé son histoire fascinante. Et comme j’avais envie de devoir dessiner des choses que je ne dessine pas normalement, de changer mes horizons, une histoire de garde du corps – avec des voitures et des flingues – me paraissait idéale !

Ne vous méprenez pas cependant, Salto relève plus du psychologique que de l’action. Avec un certain courage, ou un courage certain, Judith nous parle de l’ETA, de cette « terreur généralisée » dans laquelle les terroristes ont maintenu le pays pendant des années. « Cette même terreur… », poursuit-elle, « qui est entrée dans mon quotidien au cours de l’année passée. J’habite Molenbeek, à Bruxelles. Cela a été une expérience assez intense de travailler sur un livre qui parle de la terreur dans ce contexte ».

Un livre radicalement indispensable. Parution le 10 juin.

Eric Guillaud

Salto, de Judith Vanistendael et Mark Bellido. Editions Le Lombard. 22,50€

© Le Lombard / Vanistendael & Bellido

© Le Lombard / Vanistendael & Bellido

02 Juin

Tribute to Otomo : une exposition hommage au créateur d’Akira à la Galerie Glénat

Du 8 eu 26 juin, la Galerie Glénat à Paris vous propose de retrouver l’exposition « Tribute to Otomo » réalisée pour le Festival International de la Bande dessinée d’Angoulême en 2016.

Elle sera présentée dans son intégralité et même augmentée de nouveaux hommages de prestigieux dessinateurs parmi lesquels Virginie Augustin, Bannister, Dominique Bertail, Matthieu Bonhomme, Merwan Chabane, Ludovic Debeurme, Benoît Feroumont, Manuele Fior, Juan Gimenez, Jirô Taniguchi, François Boucq… la liste est longue, 53 auteurs en tout pour un hommage à l’un des maîtres du manga, auteur notamment de la série Akira actuellement rééditée aux éditions Glénat Manga.

Eric Guillaud

Plus d’infos sur le site de la galerie Glénat

 

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01 Juin

Akira : la réédition d’un monument du manga chez Glénat

Akira 01 FR JEn 1990, lorsque débarque la série Akira en France, la fin des années 2010 qui lui sert de contexte paraît encore bien loin, assez pour imaginer le pire d’ici là, comme une troisième guerre mondiale et l’avénement d’un monde dominé par l’ultraviolence.

2016… 2019, nous y sommes presque. La troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu mais rien ne nous en protège encore aujourd’hui. Le pire serait même à venir prédisent les observateurs les plus pessimistes.

En attendant, on croise les doigts et on ouvre (ce qui n’est pas facile je l’accorde !) le premier volume de cette nouvelle édition d’un des monuments du manga et plus largement de la bande dessinée mondiale, édition que l’on dit définitive, pilotée par le patron himself, Otomo, depuis le Japon.

Dans le fond, le récit n’a bien évidemment pas changé. Il conserve la même puissance scénaristique et graphique qu’au siècle passé. Dans la forme, il se veut plus fidèle à l’original. Exit la couleur, retour au noir et blanc, nouvelle traduction, onomatopées sous-titrées, jaquette originale et surtout, surtout, sens de lecture initial respecté, bref de quoi faire saliver les fans de la première heure autant que les nouveaux convertis à la cause. Autant le dire de façon direct, ce premier tome a franchement de la gueule et on attend la suite avec une certaine fébrilité. En attendant, vous pourrez toujours vous calmer en allant voir l’expo « Tribute to Otomo » présentée à la Galerie Glénat du 8 au 26 juin. Toutes les infos ici.

Eric Guillaud

Akira (tome 1), de Katsuhiro Otomo. Editions Glénat. 14,95€

29 Mai

Mon père était boxeur : un récit autobiographique de Barbara Pellerin mis en images par Vincent Bailly et Kris

1507-1Lui c’est Hubert, elle c’est Barbara, un père, sa fille, un boxeur, une documentariste. Entre les deux, à première vue, pas grand chose en commun. L’un et l’autre ne se voient d’ailleurs plus depuis des mois, des années. Et pourtant ! En 2011, Barbara décide de faire un portrait sur son père le boxeur. C’est cette histoire qu’elle raconte ici avec Kris et Vincent Bailly. L’histoire d’une relation père-fille complexe.

Elle s’appelle Barbara mais n’a aucun don pour la musique. « C‘est juste un joli prénom », dit sa mère au moment de sa naissance. Son truc à elle, c’est plutôt l’image, le documentaire. Et c’est justement un documentaire sur l’univers de la boxe qu’elle envisage de réaliser en utilisant son père comme porte d’entrée. À moins que ce ne soit le contraire. Utiliser l’univers de la boxe pour se rapprocher du père, tenter enfin de le cerner, de le comprendre, d’expliquer ses accès de colère qui la terrorisaient lorsqu’elle n’était qu’une enfant et qui ont fini par faire fuir sa mère.

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

Cette mère a accompagné le champion dans ses victoires et surtout dans ses défaites. À mesure que le ring s’éloignait, l’alcool se rapprochait. Dangereusement. Le boxeur devient représentant au sein du groupe Berger. Un autre combat commence. Apéro après apéro, colère après colère, le caractère du père change, la vie n’est plus aussi douce.

« J’ai baigné dans la crainte d’un débordement… », explique Barbara Pellerin, « d’un coup de folie, du meurtre. Imprévisible, il se transformait brusquement en un volcan de fureur que rien ne semblait arrêter, même pas moi ».

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

A 18 ans, Barbara prend le large. Pas de fâcherie avec ce père mais un besoin de ne plus le voir. Elle ne le retrouve que bien des années plus tard,. Son père sort alors d’un séjour en hôpital psychiatrique.

« Au milieu d’un gouffre creusé depuis l’enfance, la boxe deviendra un virage, une virgule, un trait d’union entre mon père et moi », explique Barbara.

Caméra au poing, elle commence à le suivre et passe une partie de l’hiver 2012 au Boxing club de Rouen, quand son père décède subitement.

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

© Futuropolis / Pellerin, Kris & Bailly

« Lorsque je commence à comprendre que ce film prend le chemin d’une quête, celle sans doute impossible de comprendre mon père, la vie s’arrête brusquement un dimanche matin de novembre ».

De cette expérience, Barbara en tire un documentaire et un peu plus tard cette bande dessinée qui montre ce que le documentaire ne montre pas à commencer par la jeunesse de Barbara. Un récit autobiographique au coeur de l’intime, un récit fort et poignant, magnifiquement écrit et mis en images par deux talentueux auteurs du Neuvième art, Kris (Un Homme est mort, Notre mère la guerre…) pour l’adaptation et les dialogues, Vincent Bailly (Un sac de billes, Coupures irlandaises…) pour le dessin, une touche graphique qui rappellera peut-être à certains celui de Baru en un brin plus sauvage, en un brin plus jeté façon croquis.

C’est beau, c’est même très beau, c’est intelligent et sensible. Cerise sur le gâteau, le DVD du documentaire accompagne l’album, un trentaine de minutes avec, c’est un détail mais qui a son importance, une très belle musique de La Maison Tellier sur le générique de fin. Autant de raisons pour se jeter sur l’album.

Eric Guillaud

Mon père était boxeur, de Barbara Pellerin, Vincent Bailly et Kris. Editions Futuropolis. 20€

25 Mai

La Maison : encore un magnifique récit de l’Espagnol Paco Roca

9782756081021_cgEt si on la gardait ? Pour les vacances. Pour les week-ends. Pour les souvenirs. Tant de choses vécues entre ses murs, de petits et grands bonheurs, de petits et grands malheurs aussi…

« Et si on la gardait? » , se répètent José, Vicente et Carla en triant les affaires de leur père, décédé il y a maintenant un an. « Et si on la gardait? ». Mais la maison commence à prendre l’humidité. Trop loin de la ville, trop loin de la mer, trop loin de la famille, personne n’y vient. Alors, José, Vicente et Carla doivent se résigner, nettoyer, faire place nette pour un éventuel acheteur.

Un arbre à abattre, un coup de peinture à donner sur la façade, un volet à réparer, un muret à retaper et, à chaque fois, des souvenirs qui rejaillissent, plongeant les uns et les autres dans un état mélancolique.

« Vendre cette maison, c’est comme renier une partie de notre passé », dit l’un des frères. Et de se remémorer les moments les plus heureux passés ici, l’air qui sentait le pin et la terre mouillée les jours de pluie, les cigales qui n’arrêtaient pas de chanter certains étés, la tonnelle à laquelle tenait tant le père, les jours de bricolage en famille… puis la disparition de la mère, la maladie du père, les visites à répétition chez le médecin, la fin.

© Delcourt / Roca

© Delcourt / Roca

Encore un très bel album signé de Paco Roca ! L’auteur espagnol nous avait déjà conquis avec La Nueve, Les Rues de sable, L’Hiver du dessinateur ou encore et surtout avec Rides publié en 2007, réédité en 2013 sous le titre La Tête en l’air, un succès de librairie vendu à plus de 30 000 exemplaires en Espagne, traduit en 10 langues, récompensé par les prix les plus prestigieux en Europe et au Japon et adapté en film d’animation pour le cinéma. 

La Maison fait partie de ces albums qui ne s’oublient pas la dernière page tournée. C’est un livre qui se déguste, qui se mérite presque, qui demande un peu plus d’attention que les autres. Lire, regarder bien sûr, mais aussi imaginer, écouter les silences, sentir dans l’atmosphère cette mélancolie emprunte de nostalgie, la fameuse saodad que chantait Cesaria Evora.

Sur un peu plus de 120 pages au format à l’italienne, Paco Roca nous parle de la mort, de ce qui reste, de ce qui se transmet, de cet héritage non monnayable, non palpable. En faisant le vide dans la maison, les deux frères et la soeur font le ménage dans leurs têtes, reviennent à l’essentiel, et en même temps ont l’impression de redécouvrir le père, ce père qui les aimait, les attendait parfois. Magnifique !

Eric Guillaud

La Maison, de Paco Roca. Editions Delcourt. 16,95€

© Delcourt / Roca

© Delcourt / Roca

20 Mai

Lâchez-moi la traîne! : Clara Cuadrado nous donne sa vision du mariage

LACHEZ MOI LA TRAINE C1C4 OK.inddElle rêvait d’un mariage intime, sans chichi, genre barbecue chic, champêtre quoi, écolo branché, un poil bobo, une trentaine de personnes à tout casser, sans enfants, dans un endroit original après une messe à l’église. Et tant pis si elle n’est pas croyante et ne connaît pas une seule prière.

Mais bon, finalement, Clara dût faire comme tout le monde et se plier aux exigences des uns, aux finances des autres, aux parents qui ont un avis sur tout, à ceux qui ont un avis sur rien, à la météo qui a décidé de se la jouer capricieuse, aux invités de dernière minute qui chamboulent les plans de table…

Et rien que ça… ça occupe ! Presque un an pour Clara, qui n’est autre que l’auteure. « Il se trouve que l’été précédent… », confie-t-elle sur son blog, « je me suis fiancée, et que j’étais en plein préparatifs de mariage (prévu en juin 2014). Et sachant qu’un mariage, c’est bien plus compliqué que ce qu’on croit à organiser, je me suis dit que ça valait peut-être la peine de raconter tout ça en BD ».

Et de la suivre étape après étape. Jour J- 242 : la préparation religieuse. J-150 : la robe de mariée. J-69 : l’enterrement de la vie de jeune fille…

Rien de neuf me direz-vous ? Le mariage de Clara et sa préparation ressemblent à quantité de mariages et de préparations. Lâchez-moi la traîne! a juste le mérite de répondre au goût du jour avec des personnages modernes, un trait dynamique et un ton vivifiant. Et c’est déjà pas mal !

Eric Guillaud

Lâchez-moi la traîne, de Clara Cuadrado. Editions Delcourt. 10,95 €

12 Mai

Un Tout petit bout d’elles de Beuchot et Zidrou: une histoire d’amour pour dénoncer l’excision

1507-1Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus de 200 millions de femmes sont actuellement excisées dans le monde, 500 000 en Europe, 53 000 en France et 13 000 en Belgique. Des chiffres qui font peur et des pratiques qui restent tabou jusque dans nos sociétés européennes. Un Tout petit bout d’elles lève le voile sur cette réalité sous la forme d’une fiction…

Direction le Congo, pas forcément le pays africain le plus touché par ces pratiques mais, malgré tout, des femmes y sont excisées au nom d’une culture et d’une tradition. Impossible de trouver un mari sans s’y plier, se plaisent à répéter les partisans de cette coutume qui n’est en rien un phénomène religieux, nous rappellent les auteurs. Antoinette fait partie de ces femmes mutilées, une belle Congolaise amoureuse d’un Chinois, Yue, venu travailler dans le parc national de la Salonga. « Quand on mélange du noir et du jaune, on obtient toujours du noir », dit le boss méprisant de Yue, « quand on mélange du noir et du jaune, on obtient de l’amour », rétorque Yue.

Et c’est bien d’amour dont il s’agit entre Yue et Antoinette. Quand tous les hommes du chantier courent à la maison close la plus proche dès la permission venue, Yue, lui, retrouve son amoureuse, Antoinette, et sa fille, Marie-Léontine, qu’elle protège de l’excision jusqu’au jour où…

C’est avec beaucoup de délicatesse et d’intelligence que Zidrou et Beuchot abordent l’excision dans ce récit. Mais aussi sans détour. Même si l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté en 2012 une première résolution dénonçant ces pratiques et même si plus de 110 pays ont soutenu et ratifié cette résolution, toutes les 4 minutes dans le monde, une fillette subit encore une mutilation génitale.

Qu’est ce que l’excision précisément ? Quelles en sont les conséquences ? Comment combattre ces pratiques ? Où s’adresser pour trouver soutien et aide ? Un cahier rédactionnel très complet d’une dizaine de pages en fin d’album répond à toutes ces questions.

Un livre à mettre entre toutes les mains…

Eric Guillaud

Un Tout petit bout d’elles, de Beuchot et Zidrou. Editions Le Lombard. 17,95 € (parution le 20 mai)

© Le Lombard / Beuchot & Zidrou

© Le Lombard / Beuchot & Zidrou