20 Août

Gens de Clamecy : Edmond Baudoin et Mireille Hannon tirent le portrait d’une société idéale

Gens-de-ClamecyUn nouvel album d’Edmond Baudoin est toujours un événement pour ceux qui s’intéressent à la bande dessinée dite contemporaine. Cette fois, l’auteur de Couma acò, du Chant des baleines ou encore de Piero a décidé de tirer le portrait de gens de Clamecy et d’en faire un récit sur la liberté, l’égalité, la fraternité et la résistance en compagnie de Mireille Hannon. 

Pourquoi Clamecy ? Parce que cette petite ville de la Nièvre, qui compte moins de 4000 habitants, a une histoire singulière. Longtemps capitale du flottage du bois de chauffage entre les forêts du Morvan et Paris, Clamecy a toujours été très réceptive aux idées nouvelles et révolutionnaires venant de la capitale. En 1789, elle sourit à la Révolution. En décembre 1851, au lendemain du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, elle se révolte pendant deux jours pour défendre la IIe République. Une insurrection qui fît plusieurs morts.

Ce qui intéresse Edmond Baudoin aujourd’hui à Clamecy, ce n’est pas tant comment on vit avec ce passé et cet héritage aussi glorieux soient-ils mais comment on imagine, on rêve, on fantasme, le monde de demain, le monde idéal.

Au marché de Clamecy, dans les cafés, à la médiathèque, Edmond Baudouin pose ses crayons et invite les habitants à livrer un peu d’eux mêmes. Un portrait contre quelques confidences. La question est simple : Qu’est-ce qui serait pour vous une société idéale ?

Un monde où l’on entendrait tomber des arbres les crottes de chenilles…

Entre quelques petits rappels historiques, depuis l’instauration de la République de 48 jusqu’au coup d’état de Bonaparte en 1851… les habitants confient leurs espoirs d’une société meilleure, plus juste, où la santé et l’éducation seraient prioritaires aux intérêts du grand capital, où tous les hommes seraient égaux, où l’on accepterait les différences de chacun, où la monnaie aurait cédé la place au troc, où il n’y aurait plus de guerres, où la science pourrait soigner toutes les maladies, où chacun aurait de quoi nourrir et éduquer ses enfants, où l’hypocrisie serait bannie, où les villes retourneraient au végétal et où on entendrait tomber des arbres « les crottes de chenilles »

Aspiration, rêve ou utopie ? Appelez-ça comme vous voulez, l’espoir et la résistance valent toujours mieux que la résignation. Avec ces portraits, une quarantaine, Edmond Baudoin, tente de trouver des réponses à des questions qu’il se pose lui-même et que nous pouvons nous aussi nous poser. Auteur d’une quantité impressionnante d’ouvrages dont un grand nombre publiés à L’Association, Edmond Baudoin est un précurseur de ce qu’on appelle la bande dessinée contemporaine et notamment de la bande dessinée autobiographique. Ici, l’auteur convoque le passé pour parler d’avenir, d’un avenir qui ne demande qu’à être meilleur. Il ne tient qu’à nous de l’imaginer, semble nous dire Edmond Baudoin ! En librairie le 14 septembre…
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Eric Guillaud

Gens de Clamecy, d’Edmond Baudoin et Mireille Hannon. Éditions L’Association. 15€

© L'Association / Baudoin & Hannon

© L’Association / Baudoin & Hannon

16 Août

Pages d’été. La Bicyclette : une histoire au coeur de la seconde guerre mondiale à Singapour signée Cheah Sinann

Unknown C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Qui de mieux placé qu’un Singapourien pour raconter la seconde guerre mondiale de ce côté-ci de l’Asie ? L’auteur de ce roman graphique paru à La Boîte à bulles, Cheah Sinann, n’a bien évidemment pas vécu la guerre mais en connaît l’histoire avec un grand H et pas mal d’histoires avec des petits h, des histoires d’hommes et de femmes plongés au coeur de l’horreur. La Bicyclette en est une. Est-elle réelle, seulement inspirée de faits réels ou totalement imaginée ? Peu importe, elle aurait pu être véridique, tant le récit est fortement documenté et le contexte solidement planté.

C’est l’histoire d’un gamin des rues de Singapour qui rêve d’apprendre à faire du vélo et qui tombe sur un soldat japonais, un occupant, dont la seule ambition n’est pas de gagner la guerre mais de participer aux Jeux Olympiques en tant que cycliste. Nous sommes en 1942, les Etats-Unis sont entrés en guerre après l’attaque de Pearl Harbour et les Japonais viennent de conquérir la ville de Singapour après un périple de plus de 800 km – pour beaucoup à vélo – depuis la ville de Kota Bharu.

Entre les deux naît une amitié singulière mais à haut risque. L’un et l’autre pourraient être jugés pour trahison. Mais la passion du vélo est plus forte que les différences, plus forte que les préjugés, plus forte que la peur.

Même si le dessin ne m’a pas vraiment convaincu, La Bicyclette a le mérite de s’intéresser à un épisode de la seconde guerre mondiale peu connu de ce côté-ci de la planète. Les dernières pages du livre offrent quelques repères historiques non négligeables.

Eric Guillaud

La Bicyclette, de Cheah Sinann. Editions La Boîte à bulles. 15€

© La Boîte à bulles / Sinann

© La Boîte à bulles / Sinann

11 Août

Sortez les carottes, Lapinot fait son retour à L’Association…

couv_lapinot-e0481Lapinot ?  Vous avez dit Lapinot ? Le Lapinot de Lewis Trondheim ? Eh bien oui. On le croyait mort et enterré mais le revoici plus fringant que jamais dans de nouvelles aventures imaginées par le sieur Lewis Trondheim lui-même. L’album est annoncé pour le 21 août à L’Association – c’est un retour à la maison – dans un format standard de 48 pages MAIS AUSSI, sortez les carottes, dans une édition luxe avec dos toilé, couverture dédiée et cahier spécial de 16 pages, le tout pour 39€ MAIS ENCORE dans une édition superluxe, la même en tous points à une petite différence près, la couverture sera blanche, toute blanche, à charge pour l’acheteur d’y coller sa photo ou d’y faire un petit gribouillis ou, ce qui serait peut-être préférable, de coincer Lewis pour qu’il vous face une couverture originale et unique, une superdédicace en somme à 500 la bête tout de même !

Albums mais aussi ex-libris. Ils vous seront offerts dans le réseau des libraires indépendants. Et puis une sérigraphie tirée à 149 exemplaires dont 50 numérotés et signés pour L’Association à 90€. Il ne manque plus que les mugs et les tee-shirts !.

Eric Guillaud

10 Août

Pages d’été : Raven & l’ours, Hey Jude!, Yennega… trois BD pour les plus jeunes

9782203118409C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Ras-le-bol des histoires de chats ? Alors voici rien que pour vous une histoire de chien. Celui-ci est un boston terrier, Il s’appelle Jude et débarque sans prévenir dans le foyer de Julie – un cadeau d’anniversaire – contre l’avis de son père. Jude est tout petit mais a déjà un sacré caractère et aime par dessus tout jouer avec les chaussettes. Au point de les avaler, une première bêtise qui le conduit tout droit chez le véto. Pourra-t-il échapper à l’opération ? Je vous rassure, oui, il échappera à l’opération et survivra. Mais la vie de la petite famille va s’en trouver chamboulée. Sandrine Revel à qui l’on doit 9782849532843_1_75_1l’excellent N’embrassez-pas qui vous voulez chez Dupuis signe ici un récit plein d’humour mais aussi de conseils avec un cahier spécial donnant des astuces pour élever son chien, des jeux ou encore des recettes de friandises. Si vous n’aimez pas les chiens, passez votre chemin. (Hey Jude!, de Sandrine Revel. Éditions Casterman. 14)

Oui, passez votre chemin et jetez-vous sur Raven & l’ours. Pas de chien cette fois mais un ours. C’est tout aussi poilu me direz-vous mais ça n’aboie pas, c’est déjà ça de gagner. Lui s’appelle Dimas et elle c’est Raven, une gamine haute comme trois pommes à cidre qui s’est perdue dans la nature. À force de chercher ses parents partout, elle tombe sur l’ours qui dormait tranquillement dans sa caverne. Elle lui demande de l’aider à retrouver son chemin. Mais les choses ne vont pas être simples. Raven ne se souvient même pas dans quelle ville est sa maison. Commence alors un périple yennegaFemmeLionriche en rencontres, en péripéties et en énigmes. Personnages attachants, graphisme sobre et délicat, couleurs attractives, narration rusée, ce récit de Bianca Pinheiro est un bonheur, un bonheur simple mais efficace. (Raven & l’ours, de Bianca Pinheiro. Éditions La Boite à bulles. 14€)

Changement total d’univers, direction l’Afrique avec un conte signé Yann Dégruel et intitulé Yennega, la femme lion. Dans ce conte, il y a un royaume, et dans ce royaume un château, dans ce château, il y a un roi qui rêve d’avoir un fils, qui a finalement une fille. Peu importe, le roi élève cette fille, Yonnega, comme un garçon. Elle tue son premier lion à l’age de 14 ans, se fait remarquer à la chasse et au combat par son audace et son courage et finit par intégrer l’armée royale. De quoi rendre son père particulièrement fier, oui, jusqu’au jour où elle lui annonce qu’elle souhaite se marier et avoir un enfant. Scandale au château, le père est furieux ! Après Genz Gys Kan, Saba et la plante magique ou encore Haïda, Yann Dégruel nous offre l’adaptation en BD d’un vieux conte africain mettant en scène une femme libre, indépendante, intrépide, rebelle même contre l’autorité du père, bien décidée à mener sa vie comme elle l’entend en bousculant singulièrement les traditions d’une société fortement patriarcale. Divertissant et éducatif ! (Yennega, la femme lion, de Yann Dégruel. Éditions Delcourt. 9,95€)

Eric Guillaud

09 Août

Pages d’été : Demo, une exploration des affres de l’adolescence signée Becky Cloonan et Brian Wood

Couv_303837C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Voilà un beau pavé de près de 500 pages qui pourrait bien vous servir d’oreiller sur la plage après lecture, bien évidemment. Demo, c’est son nom, a débarqué en France en mai dernier sous pavillon Glénat, le tout en version intégrale et définitive, de quoi rassasier pour de bon tous ceux qui attendaient fermement ce qui est considéré comme un petit chef d’oeuvre du comics, qui a en tout cas rencontré un immense succès de l’autre côté de l’Atlantique au point d’être nommé comics indé de l’année par Wizard Magazine en 2004 et se retrouver en compétition pour deux Eisner Awards. Rien que ça ! Et quand je dis que les fans l’attendaient fermement, je fais light parce que pour de vrai, ils trépignaient d’impatiente depuis que le bouquin était paru en italien, en portugais et en allemand, c’était il y a maintenant plus de huit ans!

Bref, la vie appartient à ceux qui se lèvent tôt et savent patienter. Au scénario, on retrouve Brian Wood, à qui l’on doit DMZ, Channel Zero ou encore The Couriers, et au dessin, Becky Cloonan, une talentueuse dessinatrice influencée par le manga et par ailleurs responsable de la série East Coast Rising qui lui valut une troisième nomination aux Eisner Awards dans la catégorie « meilleure nouvelle série ». C’est clair, on n’a pas affaire à des amateurs!

Mais que raconte Demo ? Très bonne question. Demo s’intéresse à l’adolescence, vous savez cette période de la vie entre l’enfance et l’âge adulte qui est souvent source de multiples préoccupations. L’originalité ici, c’est que les auteurs parlent des ados, de leur vie, de leurs joies, de leurs peines, à travers des personnages qui collectionnent, en plus des questions existentielles, des superpouvoirs. Dix-huit histoires courtes en tout, indépendantes, concises et nerveuses, à lire entre deux petits ploufs !

Eric Guillaud

Demo, de Becky Cloonan et Brian Wood. Editions Glénat. 30€

© Glénat / Cloonan & Wood

© Glénat / Cloonan & Wood

Pages d’été : Strangers in paradise, le soap opera de Terry Moore réédité en intégrale aux éditions Delcourt

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C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

« Sans amour, nous ne serons que des étrangers au paradis » . Ne me demandez pas qui a écrit ça, je n’en sais rien, mais cette citation qui revient à plusieurs reprises dans le récit de Terry Moore résume bien l’affaire, Strangers in paradise, Étrangers au paradis en bon français, est d’ailleurs le titre de cette série déjà publiée au format comics en France dans les années 2000 et aux States quelques années plus tôt.

Et on s’en fiche à vrai dire de savoir qui – ou simplement si quelqu’un – a prononcé cette phrase, elle est belle et suffisamment explicite pour que chacun comprenne ce qu’est Strangers in paradise, une histoire de vies ordinaires confrontées au quotidien, pas l’enfer mais presque, une comédie de situation ou – histoire de faire plus branché – un soap opéra à la Plus belle la vie. C’est un exemple bien sûr !

Comédie de situation ou soap opéra, l’important est à l’intérieur et de ce côté-là, c’est que du bon. « J’ai commencé à écrire Strangers in paradise parce que je ne trouvais rien de comparable en librairies… », explique l’auteur, « je mourais d’envie de lire une histoire d’amour, d’amitié, de bravoure… ».

Amour, gloire et beauté, non pardon, amour, amitié et bravoure sont effectivement au coeur de Strangers in paradise. Côté casting, l’histoire tourne autour de trois personnages qu’on apprend à connaître et aimer au fil des pages, trois personnages super-attachants, deux filles, Francine et Katchoo, un garçon, David. Pour faire vite, vraiment très vite, David aime Katchoo, Kaztchoo aime Francine, Francine aime les garçons, les garçons n’aiment pas vraiment Francine pour ce qu’elle est.

« J’ai donc abordé ce récit en passant du temps avec ces personnages, jusqu’à ce qu’ils deviennent des êtres que j’ai appris à aimer, avec toutes les émotions et tous les sentiments contradictoires que cela induit, et parfois même avec des comportements imprévisibles et exaspérants. Et de l’espoir, Tout cela parle d’espoir, parce que sans espoir, tout le reste est une tragédie inévitable »

Alors que sort cette intégrale en France, l’auteur aurait annoncé selon les éditions Delcourt son intention de reprendre la série. En attendant, jetez-vous sur ce premier des trois volumes prévus, 600 pages de bonheur scénaristique et graphique pour un prix, il est vrai, assez costaud. Annoncé dans un premier temps à 45€, l’album est finalement arrivé sur les étagères de nos chers libraires à 39,95€. Par les temps qui courent, ça pique un peu !

Eric Guillaud

Strangers in paradise (Intégrale 1), de Terry Moore. Éditions Delcourt. 39,95€

© Delcourt / Terry Moore

© Delcourt / Terry Moore

04 Août

Pages d’été : Ultimex en enfer, Gad au paradis

UnknownC’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode détente et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Dire que le purgatoire ressemble à la ville du Havre, la bonne ville portuaire de notre premier ministre, mérite une sentence sans appel. Mais Ultimex et Steve ne sont plus à ça près. En quatre pages ni plus ni moins de ce nouvel opus sorti conjointement par les éditions lapin et Vraoum, nos deux gaillards se sont attaqués à l’une des institutions de notre pays, l’église catholique, en tirant une balle sur une représentation du christ, en volant l’argent d’une urne, en provoquant un arrêt cardiaque à une bonne soeur qui passait par là et en envoyant un camion citerne chargé de 30 000 litres d’essence sur une église. Alors oui, dire que la ville du Havre ressemble au purgatoire ou inversement, c’est mal, très mal, mais encore acceptable par rapport au reste.

« Quand on a bouffé la vie comme nous, c’est à dire en se bâfrant et en s’en foutant partout, on ne peut pas ignorer l’addition quand le serveur l’apporte ».

Ultimex et Steve iront en enfer, c’est une certitude, mais Gad, l’auteur de cette diablerie, ira lui au paradis tant le scénario, le dessin et les dialogues relèvent d’un savoureux miracle. Deux personnages complètement dingues qui réunissent à eux seuls tous les défauts du monde et au final un album savoureusement irrévérencieux, irrespectueux, punk dans l’âme, qui parle d’enfer, de paradis, de filles, de sexe… C’est trash, totalement trash, souvent scatologique mais drôle à mourir sur le coup sans avoir le temps de prendre un ticket pour l’enfer ou le paradis. Il fallait oser inventer un personnage avec une tête d’oeil, Gad l’a fait. Mieux vaut ça finalement qu’une tête de c… Depuis 2008, Ultimex agite le web et l’édition papier avec une dizaine d’albums au compteur et on est loin de s’en lasser. À lire avant la prière du soir !

Eric Guillaud

Ultimex en enfer, de Gad. Éditions Lapin / Vraoum. 20€

© Lapin Vraoum / Gad

© Lapin Vraoum / Gad

03 Août

Pages dété : Happy Birds ou l’histoire d’un gars fan d’Angry Birds signée Lewis Trondheim et Hugo Piette

happyBirdsC’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode détente et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Il ne mange plus ou mal, il ne se lave plus ou presque, il ne cherche plus de travail, il n’a pas le temps, Pekko ne fait que jouer, jouer et jouer à son jeu préféré, Angry Birds, du matin au soir, du lundi au dimanche. Jusqu’au jour où une offre d’emploi à la mesure de son talent retient son attention. Angry Birds recrute ! Du moins la société qui le produit : Rovio.

Et contre toutes attentes, Pekko est embauché et commence directement en haut de l’échelle. Oui oui, tout en haut, à plusieurs mètres de hauteur, à empiler les cartons de merchandising dans les entrepôts de la société. C’est sûr, il aurait préféré faire partie de l’équipe créative ou  – mieux encore – des testeurs mais il faut bien commencer par un bout. Et dans l’immédiat, ça lui suffit amplement pour draguer les filles à la cafétéria et se prendre parfois pour un oiseau…

Si on ne peut décemment pas ignorer qui est Lewis Trondheim, j’avoue que je ne connaissais pas le dessinateur belge Hugo Piette qui a pourtant signé dans un passé proche Poncho et Semelle chez Sarbacane, Les arrachés : Ni Dieu, ni freins chez Fluide Glacial et plus récemment Varulf avec le Nantais Gwen de Bonneval chez Gallimard/ Bayou. Et c’est mal ! Car Hugo Piette a un sacré coup de pinceau, du genre à vous faire marrer sans même lire les dialogues. C’est dire. Mais bon, comme j’ai récemment appris à lire, j’ai lu.

Et là pas de mystère, Lewis Trondheim, pour ceux qui pourraient en douter, a encore de beaux restes. Non pas qu’il soit vieux mais avec autant de bouquins à son actif, on pourrait imaginer qu’il commence à s’essouffler. Même pas ! Cette histoire de ludophage qui va gravir les échelons du monde du travail comme on gravit les niveaux d’Angry Birds, est tout simplement un petit chef d’oeuvre de rigolade. Pas de cette rigolade blafarde avec le sourire de circonstance hein mais bien avec le rire, le vrai, celui qui fait travailler les zygomatiques.

Mais je m’égare. Happy Birds est un petit chef d’oeuvre donc, je l’ai dit, mais aussi un beau petit bouquin au format à l’italienne avec des gags sur toutes les pages. De quoi en ressortir happy !

Eric Guillaud

Happy Birds, de Lewis Trondheim et Hugo Piette. Éditions Delcourt. 14,95€

© Delcourt / Trondheim & Piette

© Delcourt / Trondheim & Piette

02 Août

Pages d’été : Zorglub décolle à plein tube sous la plume et le pinceau de Jose Luis Munuera

aeMoOEOXYsZhaXVQX0isTYGW03UarSaH-couv-1200 C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode détente et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Un héros est né ! Enfin pas tout à fait, d’abord parce qu’il n’a rien d’un jeunot et encore moins d’un de ces héros extra-ordinaires comme on peut les imaginer, les rêver, les fantasmer. Son nom qui commence par un Z comme Zorro et se poursuit comme une onomatopée aquatique est déjà en lui-même une sacrée gageure. Côté physique, ce n’est pas beaucoup mieux, son crâne largement dégarni et son collier de barbe l’écartent définitivement des rôles de jeunes premiers sur le marché international de la bande dessinée.

Mais peu importe, Zorglub, c’est son nom, n’est pas là pour épater la galerie et émoustiller les midinettes. À 58 ans, ce personnage créé par André Franquin dans l’aventure de Spirou et Fantasio intitulée Z comme Zorglub, a une toute autre réputation à défendre, celle du savant fou et mégalomane capable du pire et parfois, oui parfois, du moins pire. Car Zorglub est un être plus complexe qu’il n’y paraît.

« Pour moi… », confie l’auteur Jose Luis Munuera, « c’est un des personnages de la série les plus riches et les plus vrais, en fin de compte. Même si, au départ, il incarne un archétype, celui du savant mégalomane, celui du méchant des années cinquante, des James Bond des débuts, ce côté-là est contrebalancé par son profil de gaffeur impénitent, de crétin pitoyable qui essaie d’attirer l’attention du monde entier par ses inventions qui se révèlent de plus en plus ridicules ! A cause de, ou grâce à ces contradictions, c’est un personnage qui détient un charme et un potentiel dramatique formidables! ».

À lire Jose Luis Munuera, Il en deviendrait presque attachant. Et c’est le cas. Surtout dans son rôle de père. Oui, Zorglub est papa. C’est du moins ce que met en scène Munuera dans le premier volet de ce qu’on appelle un spin-off, autrement dit une série dérivée, de Spirou et Fantasio.

Impossible bien évidemment de ne pas penser à Gru, le gentil méchant de Moi, moche et méchant, et à sa progéniture, avec cette particularité supplémentaire que la fille de Zorglub, Zandra, pour ne pas la nommer, est un, enfin une… disons qu’elle a des origines inattendues. Mais ceci n’empêche pas celà, Zorglug est un papa poule ultra-protecteur. Impossible d’approcher la fille sans que le père déclenche une guerre totale. André, jeune prétendant l’apprendra à ses dépens…

En résumé, alliant un côté résolument aventure, tendance superproduction hollywoodienne, et une approche intime et sentimentale du personnage et des relations père-fille, La fille du Z est un très bon album offrant une mise en place remarquable de l’univers, avec beaucoup d’action, d’humour, de dérision même. À ce titre, la scène d’ouverture mettant en scène André et Zendra sortant d’une séance de cinéma et regrettant la quantité impressionnante de spin-offs, remakes et autres suites inondant la production tant au cinéma qu’en BD est une merveille ! À défaut de nouvel héros, un univers est né !

Eric Guillaud

La fille du Z, Zorglub (tome 1), de Munuera. Éditions Dupuis. 10,95€

© Dupuis / Munuera

© Dupuis / Munuera